‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 46 sur 215 · ST. ANC. DK L’ORIENT · texte numérisé non relu

ST. ANC. DK L’ORIENT

MASPERO

survécut pas longtemps à cet échec et elle mourut presque aussi subitement qu’elle était née1.

L’heureuse issue de cette longue aventure mit David en goût de succès : son royaume se développa sur tous les points à la fois avec la rapidité habituelle aux monarchies orientales. Moab succomba le premier : les deux tiers de ta population furent massacrés de sang-froid, le reste se soumit2. Au nord, les Hébreux rencontrèrent un ennemi plus redoutable. La Syrie était morcelée, comme au temps des Égyptiens, en royaumes rivaux, ceux de Damas, de Maaklia, de Bohob, de Zobah, d’IJamath; le prince qüi régnait alors sur Zobah, Hadadézer, fils de R'éhob, les renversa l’un après l’autre. La fondation d’un État unique dans la vallée de l’Oronte ne pouvait plaire à David : il attaqua l’Aram-Zobah au moment où Hadadézer « allait pour recouvrer ses frontières sur le Heuve d’Euphrate », et il remporta une victoire signalée. La tradition ajoute qu’il avait annexé Damas et qu’il avait jreçu l’hommage plus ou moins nominal des roitelets voisins, mais cela n’est rien moins que prouvé. La défaite d’Hadadézer remplit de joie non seulement les Hébreux, mais plusieurs chefs syriens que son humeur inquiète gênait : l’hou d’Hamat dépêcha son fils Joram à David pourde féliciter de son triomphe3. Cette conquête en entraîna d’autres. On avait dégarni les territoires du sud afin d’occuper Zobah, et les Iduméens avaient saisi cette occasion de razzier Juda : Joab et Abishaï les anéantirent dans la vallée du Sel, au sud de la mer Morte4. Leur roi périt les armes à la main, et son fils Hadad s’enfuit en Egypte avec quelques serviteurs. Joab égorgea toute la partie mâle de la population, et il installa des garnisons juives à Élatli et à Éziongaber, vers la pointe orientale de la mer Rouge5 : David consacra le butin à Jahvéh, et Jahvéh, plein de gratitude, « le garda partout où il allait6. »

Quelques années d’une politique habile avaient transformé

1. Sur ces guerres philistines, voir Stade, Geschichte des Volkes Israël , p. 215-267. — 2. Il Sam., vur, 5; I Chron., xviii, 2. — 3. II Sam., vm, 3-10; I Chron., xvm, 3-10. — 4. II Sam., v-iii, 13-14; I Chron., xvm, 12-13. — 5. I Rois, xi, 15-16. — 6. II Sa?n., xviu, 11-12,

Chron., xxm, 10-11.

LE ROYAUME HÉBREU. 587

les Hébreux en conquérants. Leur autorité était respectée des bords de l’Oronte au torrent d’Égypte et aux rives de !a mer Rouge. Moab, Édom, Ammon relevaient directement de leurs officiers ; les Philistins fournissaient le froment et l’huiie à la table royale; ia Phénicie leur offrait ses bois précieux et leur prêtait ses artistes : Zobah, llamath et les États d/

Le site de Rabbath-Ammon.

l’Araniée leur payaient redevance. Leur royaume en arrivait presque à être un empire, coulé dans le même moule que ceux de l’Égypte et de la Chaldée, mais il était étriqué, mal né et peu viable. Pas plus qu’aux temps des Pharaons, les tributaires n’avaient abdiqué le désir de liberté : au fond de leur cœur» ils détestaient la souveraineté d’Israël et ils ne souhaitaient qu’un prétexte, bon ou mauvais, pour risquer de nouveau la fortune des armes. Nahasb, roi des Ammonites, étant mort, David, qu’il avait jadis protégé contre les persécutions de Saul, envoya complimenter son fils Hanoun. Celui-ci s’imagina que les ambassadeurs étaient des espions

chargés de lever le pian de sa cité royale : il leur rasa la moitié de la barbe, leur coupa la moitié des vêtements jusqu’à la ceinture, et les chassa ignominieusement. Ce fut le signal de la guerre. Les Ammonites s’entendirent avec Hadadézer et ils soulevèrent la Syrie : les contingents de Roliob, de Maakha, de Tob et de Zobah se hâtèrent à leur aide. Joab, qui commandait en l’absence de David, se trouva serré entre les Ammonites et les troupes de secours : il partagea son armée en deux corps, conserva sous ses ordres celui qui faisait face aux Syriens et confia l’autre à son frère Abishaï. Les Svriens enfoncés, les Ammonites se débandérent, et Joab ne jugea pas à propos de les poursuivre jusque dans leur ville. îladadézer ne se tint pas pour battu; il rassembla ce qu’il avait de soldats et il réclama des renforts aux Araméeus d’au delà l’Euphrate. Cette fois, David prit l’offensive : il franchit le Jourdain et il s’avança jusqu’auprès d’Alarn, où Sobakh, général d’Hadadézer, accepta la bataille. Les Syriens plièrent de nouveau : Sobakh fut tué dans la déroute et Iladadézer, abandonné de ses alliés, implora l’aman. L’année suivante, Joab investit Rabbah. Au moment où elle allait céder, il appela le roi au camp pour lui laisser l’honneur de la reddition. Les Ammonites» furent traités aussi durement que leurs cousins de Moab : « on les mit sous des scies, et sous des herses de fer, et sous des haches de fer, et on les fit passer par les fourneaux où l’on cuit la brique1 ». La clémence ne comptait point parmi les vertus favorites d’Israël.

La Syrie avait donc trouvé son maître. Les Assyriens, rejetés au delà de l’Euphrate par le désastre d’Assournazirabal II, ne songeaient plus à l’assaillir, et l’Égypte usait les restes de son énergie d’autrefois dans des querelles intestines : les circonstances étaient propices à façonner en un seul État les nations comprises entre l’Euphrate et la mer Rouge. La création du royaume d’Israël ne procura pas à la Syrie l’unité qui lui aurait été nécessaire pour résister avec des chances de succès aux entreprises de ses deux puissants voisins. Aussi bien, les Hébreux n’étaient pas un peuple

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