‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 49 sur 215 · IV · texte numérisé non relu

IV

sanglier monstrueux, venait de lui tuer son amant,. Elle l’ensevelissait et la Phénicie entière s’associait à son deuil de Tammouz1. Sur les catafalques dressés dans les temples et dans les hauts lieux, des statues en bois peint simulaient le dieu, qu’on veillait avant çle le conduire au tombeau : partout, dans les rues de- la ville, dans les bois, par la montagne, des troupes de femmes échevelées ou la tète rase, les habits en lambeaux, la poitrine meurtrie, le visage déchiré à coups d’ongles en signe de douleur, erraient et se lamentaient. Au jour voulu, on enterrait le simulacre avec les rites traditionnels, et l’on préparait les jardins d’Adonis, sorte de vases où des rameaux verdoyants, plantés sans racines, se desséchaient, au soleil. L’été s’écoulait: vers Pau: tourne, « à la suite de pluies très fortes et subites, tous les torrents versaient dans la mer des flots cl’eau Rougeâtre, qui, par suite de la direction du vent, perpendiculaire au rivage, ne se mêlaient que très lentement à l’eau de la mer, et formaient, surtout vus obliquement, une bande rouge le long des côtes2. » C’était le sang d’Adonis, et la douleur des fidèles se ravivait à son aspect. Sept jours durant, les larmes avaient leur cours, mais, le huitième, les prêtres annonçaient que le dieu, ressuscité, allait rejoindre sa divine maîtresse. Aussitôt la joie éclatait bruyante et sans bornes : de même qu’on avait feint la mort et la sépulture, on jouait au naturel les scènes de la résurrection. Toutes les lemmes, et non pas seulement les pleureuses, se rasaient la tête op, si elles étaient trop coquettes pour renoncer à leur chevelure, elles se rachetaient en se donnant à un étranger, comme la déesse s’était livrée à son amant ranimé3 : le salaire de leur faiblesse était versé au trésor sacré4.

La religion d’Israël ne différait pas sensiblement à l’ori-

1. Fr. Lenormant. Il mito di Adone-Tammuz nçi documenti cuneiformi ( Atti de I I V Congreso internationale, p. 145-173), dérive de la Chaldée le nom Doumouzi-Tammouz et le mythe de ce dieu. — 2. E. Renan, Mission de Phénicie , p. 28. M. Renan vit le phénomène se produire près d’Amschît, au commencement de février, Maundrell ( Voyage , p. 57-58), le 17 mars; il est cependant beaucoup plus fréquent vers l’automne, pendant les pluies de l’arrière-saison. — 3. De deâ üyria ç. — 4. Hérodote, I, cxcix; Justin, XVIII, h.

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gine des autres religions cananéennes. E)lp reconnaissait des dieux de nature diverse, dieux domestiques ( téraphim ) particuliers à chaque famille1, dieu des astres et du ciel, dont le plus imporlant s’appelait Jahvéh2. Jahvéh était le patron d’Israël au même titre que Karnosh était celui de Moab, et Melkarth celui de Tvr. Comme les divinités eana

''allée de l'Adonis.

néennes, il se mpqtrait souvent jaloux, plqs enclin à la colère qu a }a miséricorde, impitoyable envers ceux qui l’avaient offensé3. Comme les divinités cananéennes, il élisaitpour em-

1. Voir Vtiistoire de Rachel dans la Genèse, ^xxi, 19-58; ef. Jugçs, xvih, 15 sqq.; I Samuel , xix, 13 sqq. — 2. Le mot Jahvéh doit, appartenir au vieux fonds sémitique, car on le retrouve, çouime nom de dieu, dans le riom du roi de Hamath laouhidi (yar. Jiopbiijj), au temps de Sargon (Scjiyadèr, Die Keilinschri ften und das Allé Testament, 1883, p. 23 sqq.). L’origine et le sens n’en sont pas encore bien assurés : certains critiques sont portés cependant à croire qu’il fut le dieu des Kénites, a vant de devenir je dieu d’Israël (Tiele, Vergelij fonde Geschiedenis , p. 558-5G0; Stade, Geschichte des Volkes Israël . p. 130-152). Çf. sup la forme grecque ’ïato, Baudissin, Studien , 1, p. 181-254. — 3. 1 Samuel , xv; Il Samuel , xxiv.

blêmes des images (éphod) d’homme, de taureau1, de serpent, en métal ou en bois, des pierres brutes, des colonnes. Ainsi qu’il convient au maître de la nature, c’est dans l’orage qu’il se manifestait le plus souvent à ses adorateurs : la foudre était sa voix, le vent son souffle, la lumière son vêtement2,. Irrité, il fermait les canaux du ciel et il arrêtait la pluie; apaisé, il lui permettait de tomber et de féconder les champs. Il avait siégé d’abord au Sinai et au Séîr; mais, après la conquête, il descendit dans les villes, à Hébron, à Pnouel, à Shiloh, à Sichem, et il en expulsa les dieux antiques. Pour justifier son usurpation, on se rappela fort à propos que leurs sanctuaires avaient été révérés jadis par les héros mythiques de la race : Hébron avait abrité Abraham; Shiloh, Sichem, Pnouel, Makhanaïm, étaient pleins du souvenir de Jacob. Shiloh était le plus couru de tous dans les temps qui précédèrent l’établissement du royaume hébreu : la présence d’une arche mystique y attirait les dévots en foule. Jahvéh, figuré par deux pierres sacrées analogues aux bétyles, habitait dans l’arche, et quiconque touchait même involontairement sa demeure tombait foudroyé3. Il s’attacha à ces lieux renommés, mais sans négliger les montagnes, les bamôth des âges antérieurs : il y rendit ses oracles et il y sollicita l’hommage des fidèles. Le culte qu’il y recevait se rapprochait par bien des points des cananéens, mais il n’était à beaucoup près, ni aussi sanglant, ni aussi licencieux. La circoncision avait délivré l’homme de l’obligation du sacrifice humain4, et l’offrande du premier-né était remplacée

t. La forme du taureau, qui prévalut à Dan et à Béthel, n’a rien de commun avec l’Apis des Égyptiens : Apis était un taureau, un dieu vivant, non pas l’image d’un dieu. La forme de serpent existait à Jérusalem, où une légende fit du serpent d’airain une image fondue par Moïse dans le désert, pour guérir les Hébreux de la morsure des reptiles. — 2. Ainsi que l’a bien montré Kuenen, le passage des livres saints auquel sont empruntées ces paroles et les passages analogues peuvent bien être de simples figures de rhétorique à l’époque où ils ont été écrits, vers le vne ou vin* siècle avant notre ère; à l’origine, ils durent être pris au pied de la lettre et rendre exactement la conception que le peuple se faisait de Jahvéh. Cf. Tiele, Vergelijken.de Geschiedenis, p. 445 sqq. — 5. II Samuel , vt, 7 ; 1.1. Kuenen, De Godsdienst van Israël, t. I, p. 230 sqq.; Tiele, Vergclijkende Geschiedenis , p. 545-546. — 4. Cf. dans YExode, iv, 24 sqq., l’origine mythique de la

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par celle du chevreau1. Cependant telle circonstance pouvait se présenter où la victime humaine était réclamée ou acceptée. Jephté avait consacré à Jahvéh la première personne qu’il rencontrerait en rentrant chez lui après la victoire, et sa fille fut réservée par le sort à l’accomplissement du vœu2.

Avant leur établissement au pays de Canaan, les Hébreux n’avaient guère eu que des fêtes de bergers, comme celle de la tonte des brebis3. Les Cananéens, laboureurs et vignerons, avaient sanctifié par des fonctions religieuses les semailles, la récolte, la vendange et les principaux événements de l’année agricole ; chacun devait à son dieu la possession ou plutôt l’usufruit du territoire et il lui payait, en guise de loyer, les prémices de tout ce que le sol portait. Les Israélites, devenus cultivateurs à l’école des Cananéens, leur empruntèrent leurs cérémonies, comme ils leur avaient emprunté leurs temples. Chaque sanctuaire eut ses panégyries locales que les gens des tribus voisines fréquentèrent : à Shiloh, au moment de la vendange, les jeunes fdles allaient danser dans les vignes4 ; à Sichem,les habitants sortaient delà ville et se répandaient dans les champs, puis, la grappe foulée, ils s’assemblaient autour du dieu pour l’offrande et pour le banquet sacré5. Le temple de Salomon ne fit disparaître aucune des chapelles ni des fêtes locales. Salomon ne l’avait point bâti à cette intention ; il voulait simplement avoir son dieu près de lui sous sa main. Aussi bien Jahvéh n’ était pas encore exclusif ; il se déclarait supérieur à ses rivaux, mais il avouait leur existence et il condescendait même à leur donner asile chez lui. 11 hébergeait une Astarté et son collège de prêtres 6, un serpent d’airain qui guérissait les

circoncision chez les Hébreux. — 1. Genèse, xxn, 1-13, donne un récit légendaire de cette substitution. L'offrande du premier-né de l’homme, fréquente aux* temps qui précédèrent l’exil, est un emprunt fait par les Israélites aux religions voisines : on s’appuya, pour la justifier, sur une mauvaise interprétation de la loi qui ordonnait d’offrir les prémices des produits de la terre et le premier-né de tous les animaux domestiques (Wellhausen, Prolegornena, p. 01-92). — 2. Juges, xi, 28-40 — 3 1 Samuel, xxv, 2 sqq.. 36. — 4. Juges, xxi, 19 sqq. — 5. Juges. iv, 26 Cf. Wellhausen, Prolegornena. p. 96 sqq. — 6. II Rois, xvm, 4;

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maladies et les piqûres d’animaux venimeux1. Les chevaux et lés chars de Baai entraient solennellement dans ses cours, les courtisanes sacrées y tissaient pour lui les lentes où elles accueillaient les dévots les jours fériés; les pleureuses s’y lamentaient sur la mort de Tammouz-Adonis 2. Salomon érigea des autels à Kamosh et au dieu des Ammonites sur le mont des Oliviers5; à plus forte raison laissa-t-il subsister les lieux saints où, depuis la conqüêtë, on avait adoré le dieu national. Le seul effet sérieux que son œuvre produisit fut de changer et dé relever la condition des desservants. Jusque-là quiconque le souhaitait avait été prêtre en Israël, c’est-àdire avait pu consacrer directement l’offrande et supprimer l’intermédiaire entre le dieu et Jui. Sur un point seulement, dans la pratique de la divination, le sacerdoce exigeait une instruction particulière. L’image de Jahvéh prédisait l’avenir. Nous avons vu comment en Egypte les statues divines répondaient aux questions qu’on leur posait par une inclinaison de tête, quelquefois même de vive voix4. On ne sait trop de quels procédés les prêtres hébreux usaient pour interpréter la volonté de leur idole, mais l’art d’interroger Jahvéh était un secret, et il ne s’acquérait qu’après un noviciat assez long.

Le sacerdoce, restreint à ces pratiques, n’était donc pas un privilège : on devenait prêtre soit par vocation naturelle, soit en exécution d’un vœu de la famille8. Il y avait eu pourtant, çà et là, dans les lieux saints, des familles asservies au dieu de père en fils : nous connaissons deux au moins d’entre elles, celle d’Éli à Shiloh 6 et celle de Jonathan-bëh-Gersom à Dan7. L’histoire de cette dernière est des plus signilicatives. Un Hébreu de la montagne d’Éphraïra, iVIikah, moitié piété, moitié spéculation, édifia sur ses domaines une « Maison de Dieu » ; il y installa une image de Jahvéh, plaquée d’argent8, et il en installa la garde à l’un de ses fils. Cela

xxiii, 4 sqq. — 1. II Rois , xxm, 7. — 2. Ezéchiel vm, 14-15. — 3. I Rois , xi, 5 sqq. ; II Rois, xxiii. 13. — 4. Voir p. 334-335. — 5. Voir l’histoire de Samuel et de sa consécration à Shiloh (1 Samuel i-m). — 6. Voir p. 334-535. — 7. Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, p. 151- 156. — 8. Le texte parle de deux images ( Juges , xvn, 5-5); j’ai admis avec Reuss qu’il s’agissait d’un simulacre unique.

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suffisait pour la partie matérielle du culte, pour l’offrande, pour le sacrifice; mais il lui manquait un homme du métier qui remplît la fonction la plus lucrative, l’émission des oracles. Vint à passer un lévite de Juda, Jonathan, fils de Gersom, qui cherchait où exercer son ministère : Mikah se l’attacha par la promesse d’un traitement annuel, de la nourriture et de l’habillement. Cependant une troupe de Dànites en marche vers le nord demanda une consultation, et, ayant obtenu une réponse favorable, enleva l’idole et le célébrant. Celui-ci voulait résister, mais la menace et un appel pressant à son intérêt bien entendu eurent raison de ses scrupules : « Que vaut-il mieux pour toi être le prêtre d’un seul homme ou celui d’une des tribus d’Israël? » Maîtres de haïs, les Danites y déposèrent l’image dans un sanctuaire dont la renommée grandit rapidement1. À coté des prêtres les textes mentionnent parfois de saints personnages, analogues à ceux que l’on rencontre aujourd’hui chez les nations de l’Islam : des voyants (roè) que l'esprit de Dieu envahit brusquement, sans préparation, et auxquels il dévoile .les événements futurs; des prophètes (nabi), qui vivent isolément ou en commun et qui n’atteignent a la vision de l’avenir qu’après un entraînement rigoureux. Leurs séances étaient accompagnées de musique et dé chant, comme celles des derviches modernes, et l’exaltation que leurs manœuvres développaient chez eux gagnait parfois les assistants, comme c’est encore le cas dans les ziki* des musulmans2. Jahvéh n’était pas d’ailleurs le seul qui suscitât des prophètes. Baai avait les siens, dont les pratiques et l’inlluence ne le cédaient en rien à celles de leurs confrères5.

L’avènement de la royauté et la concentration des forces politiques de la nation eurent leur contre-coup sur les institutions religieuses et sur l’organisation de la pr êtrise. Le

1. Juges, xvn-xvin. — 2. I Samuel., ix, 9 sqq.; cf. Wellhausen, Prolegomena, p. 281, qui compare les nabi aux derviches, « die Haufen JahvetrunkeneP Derwische ». Pour l'effet produit, sur les assistants par les chants des prophètes et de leurs disciples, voir la scène si curieuse où Saül est saisi par la contagion de leur fureur et se met à chanter au milieu d’eux (I Samuel, x, 9 sqq.). — 5. La lutte entre Élie et les prophètes de Baal est racontée, 1 Rois, xviii.

dieu du souverain et le temple où ce dieu réside ont une importance marquée dans toutes les monarchies orientales : en Egypte, nous avons vu Phtali prévaloir sous les dynasties memphités, Amon l’emporter sous les dynasties thébaines. Il en fut de même en Israël. Saül, le plus indépendant des rois, accepta au début de son règne les bons offices d’un prêtre de la maison d'Éli, et il eut son temple à Nob dans la tribu de Benjamin : Akhijah l’accompagna dans sa première guerre contre les Philistins et consulta pour lui l’oracle de Jahvéb1. Sous David, Abiathar joua un rôle assez considérable, et Salomon transféra à la maison de Sadok la prérogative, que ses prédécesseurs avaient accordée à celle d’Éli, de fournir le chapelain de la maison royale. Dans cette alliance du sacerdoce et de la royauté, c’est naturellement la royauté qui eut d’abord l’avantage. Le roi sacrifie où et quand il veut : non seulement David préside lui-même au transport de l’arche de Jahvéb, mais Salomon, lors de la dédicace du temple, monte à l’autel; il y prie, les bras étendus, et il bénit le peuple2. Les prêtres n’ont auprès du souverain que des fonctions secondaires : ils tiennent sa chapelle en ordre, ils ont le soin du mobilier sacré, iis interrogent l’image de Jalivgh avec les cérémonies prescrites pour le contraindre à répondre. Ils ne font l’oblation ou le sacrifice qu’au nom des sujets du roi ou lorsque le roi renonce à l’accomplir par lui-même. Néanmoins Salomon, en construisant le temple de Jérusalem, donna à son clergé ce qui lui avait manqué jusqu'alors, un point d’attache au sol, un centre de ralliement qui demeurât immuable quand tout changerait autour de lui3. Sadok, investi grand prêtre, s’adjoignit pour l’aider d’autres prêtres secondaires, qui se répartirent, selon les degrés d’une hiérarchie savante, les mille fonctions qu’exigeait la routine journalière du culte. Ils ne formaient pas encore une caste fermée : sans doute, la tendance-à substituer le fils au père dans la charge qu’il remplissait dut se manifester dès le début, mais le recrutement se fit librement, surtout

I. I Samuel, xiv, 10 sqq. Il est vrai que plus tard Saül fit massacrer Akhijah et luule sa famille : Abiathar seul échappa et se réfugia auprès de David. — 2. 1 Rois, vm, 14, 32 sqq., 54 sqq., 62 sqq. — 5. Wellhauseu, Rrolegomena, p. 130 sqq.

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dans les emplois inférieurs. Le sacerdoce appartient à l’homme « qui dit de son père et de sa mère : « Je ne les ai point « vus », qui ne reconnaît pas son frère, el qui ne veut rien savoir de ses fils. Car ils observent tes commandements et sont les gardiens de ta loi. Ils enseignent (es statuts à Jacob et tes mandements à Israël; ils présentent 1 encens à ta narine et l’holocauste à ton autel1. » Quiconque renonçait au monde pouvait devenir prêtre ou domestique. Prêtres ou domestiques, le personnel était tout entier dans la main du grand prêtre, et le grand prêtre était dans la main du roi. Le temple n’était qu’une annexe du palais, et le clergé qu’une fraction de la domesticité royale5.

La suprématie politique et religieuse que ces établissements attribuaient à Juda suscita contre lui la jalousie et la haine des autres tribus. Éphraïm surtout ne voyait pas sans rancune la domination échappée à ses chéikhs et dévolue aux chefs d’un clan dont la population était, en partie au moins, d’origine étrangère. Il ne semble pas que le mécontentement se soit accru jusqu’à la révolte ouverte ; cependant Salomon eut un compétiteur sérieux dans Jéroboam, fils de Nebàt. Jéroboam fut contraint de s’enfuir en Lgypte3, auprès de Pharaon; le seul fait qu’on l’avait opposé un moment au souverain légitime était d’un mauvais augure pour 1 avenir. Plus tard, quand l’influence sacerdotale prédomina, au milieu des douleurs de l’exil et des dangers qui menacèrent les Juifs à la rentrée dans Jérusalem, on se reporta avec complaisance vers les temps où le premier temple avait été fondé, et l’on se plut à en embellir le souvenir. Salomon apparut à ces Hébreux dégénérés comme le sage de la race ; il « prononça trois mille proverbes et composa mille et cinq cantiques, — et il traita de tous les arbres depuis le cèdre qui est au Liban jusqu’à l’hysope qui sort des murailles, et il parla des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles et des poissons4». Non content de lui prêter le talent littéraiie,

1. Deutéronome, xxxm, 8-12- La bénédiction de Moïse doit dater du vm- siècle, et donne par conséquent une idée de ce qu était à cette époque la condition du sacerdoce. — 2. Wellhausen, Proleyomena, p. 143-144. — 5. I Rois, xu, 26-40, où l’épisode du prophète Akliijah parait avoir éLé intercalé après coup. — 4. I Rois, iv, 39-34. Le plus an-

on conta que Jahvéh s’était, mani Testé trois fois à lui, le lendemain de la mort de David, pour lui accorde]’ la sagesse et la prospérité1 ; après la dédicace du temple, pour le confirmer dans la pratique du culte2; vers la fin de sa vie, pour lui reprocher ses faiblesses idolâtres et pour lui prédire la chute de sa maison5. On le mit en correspondance régléé avec tous les monarques de l’univers4, et l’on évoqua la reine de Saba au fond de l’Arabie afin de lui rendre hommage5. Les contemporains ne soupçonnèrent rien de tout cela : Salomon resta pour eux le maître r'guéi lieux et dur qui les avait écrasés d’impôts à seule fin d’embellir sa ville et d’enrichir sa tribu.

11 était à peine mort (929) que la réaction s’accusa contre son œuvre. Soii fils Roboam lui succéda sans opposition à Jérusalem, mais les clans du centre et du nord se rassemblèrent, à Sichem, pour choisir leur, roi; « ils ne reconnaîtraient, Roboam comme tel que s’il les libérait des charges dont son prédécesseur les avait accablés ». Jéroboam, de retour d’exil, se chargea de présenter les doléances d’Israël.

« Ton père a mis sur bous un joug pesant, mais toi, allège la rude servitude de ton père et le joug pesant qu’il a mis sur nous, et nous te servirons. » Roboam demanda un dëJai de trois jours, et il commença par consulter les vieux serviteurs de la couronne, qui lui conseillèrent de céder. L’avis des jeunes gens qui l’entouraient prévalut : quand Jéroboam revint, il fut accueilli par des outrages et par des menaces.

« Mon père avait mis sur vous un joug pesant, et moi je rendrai votre joug plus pesant encore : mon père vous a châtiés avec des verges, moi je vous châtierai avec des fouets garnis de pointes. » Les tribus du nord et de l’est, les Philistins, Moab, Ammon, se déclarèrent pour Éphraïm et pro-

cien des livres attribués A Salomon, le Cantique des Cantiques , est un recueil de chants d’amour rédigé dans le royaume d’Israël vers le vme siècle; les autres sont d’époque très postérieure. — 1. I Rois , m, 4-t>; îï Chroniques , vm, 7-12. — 2.1 Dois, ix, sqq. ; Il Chron., vii, 12-21

3. 1 Rois , ix, 9-13. 4. I Rois , iv, 34; cf. Eupolemos dans les

Fragm. H. Græc édit. Didot, t. III, p. 225 sqq. — 5. 1 Rois , x, 1-13; II Chron ., ix, 1-12. Les Abyssins se sont approprié la légende de la reine de Saba et en ont fait un des épisodes de leur histoire populaire Cf. Prâtorius, De fabulâ regiuæ Sahæ apud Ethiopas, Berlin, 1871.

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clamèrent Jéroboam roi d’Israël1. C’était la revanche de Joseph sur Juda : Juda refusa de déserter la race de David, et il se sépara du reste de la nation. Personne ne le suivit dans son isolement; mais le territoire occupé par les débris de Siméon, et quelques bourgades de Dan ou de Benjamin, trop rapprochées de Jérusalem pour échapper à l’attraction de la grande ville, restèrent aux mains de Roboam*.

Ainsi tomba la maison de David et avec elle le royaume qu’elle avait essayé de fonder. Certes, à ne juger que le caractère des deux hommes qu’elle fournit, on ne peut s’empêcher de penser que son entreprise méritait de mieux réussir. David et Salomon offrent l’assemblage si curieux de qualités et de défauts qui font les grands princes chez les Sémites. Le premier, soldat de hasard et héros d’avertture, est le type du fondateur de dynastie, fourbe, cruel et dissolu, mais brave, prévoyant, capable de dévouement, de générosité et de repentir; le second est le monarque fastueux, sensuel, dévot, qui succède d’ordinaire au soldat heureux. S’ils n’instituèrent rien de durable, c’est qu’ils méconnurent l’un et l’autre la nature du peuple auquel ils avaient affairé. Les Hébreux n’avaient pas l'esprit militaire, et David les contraignit à la guerre; ils n’étaient ni marins, ni constructeurs, ni enclins alors au trafic ou à l'industrie, et Salomon leur bâtit des flottes et des routes, les lança dans des aventures industrielles et commerciales. Le hasard des circonstances parut un moment les favoriser. L’affaiblissement de l'Égypte et de l’Assvrie, les divisions de l’Aram et de la Phénicie, permirent à David de gagner des batailles et d’arrondir son domaine : l’alliance intéressée de Tyr prêta à Salomon le moyen de réaliser ses projets de voyages et de constructions. Mais le royaume qu’ils avaient édifié péniblement ne reposait que sur eux : dès qu’ils ne furent plus là, il s’évanouit sans bruit et presque sans secousse, par la seule force des choses.

1. I Bots, xii, 1-19. Le récit, est antérieur à la chute de Samarie, mais écrit probablement par un Judéen. — 2. La tradition postérieure, d’après laquelle Behjamiii se serait rattaché à Juda, est contredite formellement par I Rois , xii, 20.

Israël et Juda jusqu’à l’avènement d’Omri; la vingt et unième dynastie égyptienne; Sheshonq Ier.

Commencements du royaume de Damas.

L’union d’Éphraïm et de Juda sous un même sceptre avait été trop courte pour beaucoup changer aux vieilles traditions de l’époque, des Juges : seule la division en tribus, déjà très faible, avait disparu et n’était plus qu’une sorte de souvenir bisîorique. En réalité ce n'était plus que deux tribus qu’il y avait : Juda au sud, Israël au nord et dans les régions situées au delà du Jourdain. Israël était de beaucoup le plus puissant : tant qu’il vécut, Juda se mut obscurément dans son orbite et il n’attira que peu l’attention des étrangers. Rohoarn s’appliqua à mettre son royaume en défense, à fabriquer des armes, à réparer les murailles des villes. Jéroboam déploya de son côté beaucoup d’activité : il s’installa de sa personne à Sichem, et il fortifia sur la rive gauche du Jabbok le bourg de Rnouel, afin de surveiller Galaad. Le nouvel État ne manquait pas de sanctuaires vénérés qu’on pouvait opposer à Jérusalem : Jéroboam en choisit deux, dont il rehaussa le prestige par ses largesses, Dan "au nord, Bethel, au sud, sur ta frontière de Juda et presque en vue de la cité de David. « Il fabriqua deux veaux « d’or et il dit au peuple : Ce vous est trop de peine de « mouler à Jérusalem : voici tes dieux, ô Israël, qui t’ont « fait sortir du pays d’Égypte. » Comme le sacerdoce du temple unique de Salomon, celui des temples de Jéroboam était une classe ouverte : « Quiconque voulait se consacrait et était des sacrificateurs des hauts lieux1. » Cette reconnaissance officielle des sanctuaires d’Israël était pour exciter la jalousie des prêtres de Juda, et la rivalité politique des deux royaumes se compliqua de la rivalité religieuse des deux clergés. Tous les deux servirent Jahvéli avec les mêmes rites, mais chacun affirma que les rites de l’autre étaient entachés de crime et désagréables au dieu national. La trace de leurs querelles est encore visible dans un discours que les rédac-

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