I P, ois, xa. 8-17. — 2. Il Rois, n
LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN
ravis sous les règnes précédents, et les Juifs eurent le droit d’occuper à Damas un quartier particulier : c’était la contrepartie et la revanche de la paix imposée à Omri par Benhadad Ier1. '
La lutte cessait à peine quand les Assyriens surgirent sur l’Oronte. Benhadad avait suivi leurs progrès d’un œil inquiet, et il s’était préparé à les recevoir chaudement. 11 avait renouvelé ses alliances avec Hamath, avec Arad et la Phénicie, il avait réclamé les contingents d’Israël et des Arabes, racolé des auxiliaires jusqu’en Égypte et au pays d’Àmmon. Lorsque, au début de l’automne de 854, Salmanasar franchit l’Euphrate, il marcha bravement au-devant de lui et il lui offrit la bataille à Karkar*. 11 avait sous ses ordres deux mille chars et dix mille Hébreux d’Achab, sept cents chars, sept cents cavaliers, dix mille fantassins d’Hamath, mille mercenaires égyptiens, mille Ammonites qui, joints aux contingents de ses vassaux, formaient une armée de soixante-deux miiie neuf cents fantassins, dix-neuf cents cavaliers et quatre mille huit cent dix chars; un chef arabe, nommé Djendib, lui avait amené un corps de mille chameaux. 11 perdit quatorze mille des siens et il fut contraint d’évacuer la vallée de l’Oronte5. Néanmoins il avait opposé une résistance si acharnée et sa retraite s’était opérée en si bon ordre que Salmanasar ne se hasarda pas à pousser plus avant. Il ne revint pas non plus l’année d’aprè£> embarrassé qu’il était au sud-est de son empire. Mardoukshoumizkour, roi de Babylone, trahi et vaincu par son frère illégitime, Mardoukbelousatè, l’avait appelé à l’aide ; il ravagea, dans une première campagne (852), les districts situés au nord du Tournât; dans une seconde, il battit le prétendant, le tua, s’empara de Babylone, de Barsip, de Kouti, et descendit dans la Chaldée maritime4.
La paix n’avait pas duré entre Achab et Benhadad. En traitant de la restitution des villes juives, on avait négligé de mentionner Ramoth-Galaad. C’était cependant une place
1. I Bois , XX. — 2. Karkar était au voisinage d’Hamath (Schrader, Die Keilinschriften und dos Aile Testament , 1883, p. 180). — 3. lin autre texte porte vinqt mille cinq cents. — 4. Maspero, les Empires , p. 69-75.
importante : çllè commandait la rive gauche du Jourdain et elle menaçait à la fois Israël et. Juda. Achab voulut profiter de l’issue douteuse de la campagne contre les Assyriens pour réparer son oubli, et il se procura des alliés afin de l’appuyer dans son entreprise. Un grand changement d’esprit et de politique venait de s'accomplir à Jérusalem. Jehoshaphat (Josaphat) était un adorateur fervent de Jabvéh ; mais sa piété ne le rendait pas aveugle aux nécessités politiques du temps présent. L’expérience des règnes précédents avait prouvé combien la rivalité était funeste aux deux adversaires : par l’effet de leurs discordes, Moab, Am mon, Édom, les fiefs philistins avaient secoué le joug; Damas était devenue la capitale d’un royaume redoutable et elle menaçait de restaurer l’empire de David à l’avantage de Benhadad. La crainte d etre attaqué à son tour, si les tribus d’Israël succombaient, prévalut sur les récriminations des prophètes de Jahvéh, à qui la haine de Baal fermait les yeux sur le danger de la patrie. Josaphat se convainquit de la nécessité d'effacer le passé et de réunir toutes les forces de la nation contre les Syriens. Il maria son fils Joram avec Athaliah, fille du roi d’Israël1, et quand Achab le pria de l'accompagner sous les murs de Ramoth-Galaad, il y consentit volontiers*. Pour la première fois depuis près d’un siècle, les milices de Juda entrèrent sans intentions hostiles sur le territoire d’Éphraïm et les deux moitiés de la nation se confondirent sous les mêmes drapeaux.
Josaphat s’était montré actif et belliqueux dès le début de son l’ègne : il avait conduit contre ses voisins du sud plusieurs expéditions heureuses qui affermirent son autorité sur Édom3. Sa valeur échoua contre la fortune de Benhadad. Il manqua d’être pris dans le combat qui s’engagea en vue de Bamotli, et son armée lut à moitié détruite. Achab, blessé mortellement d’une llèclie au commencement de la journée, demeura vaillamment à son poste et mourut d’épuisement vers le coucher du soleil : ses soldats, saisis de panique, se débandèrent (855). Achaziali ramena le corps
1. Cf. II Rois , Vin, 18, combiné avec II Rois, vin, 26. — 2. I Rois , xxii, 1-19; II Chron ., xvn, 1-27. — 3. II Chroniques, xvii.
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de son père à Samarie. Josaphat s’enfuit à Jérusalem* :
de Mésha, roi de Moab
Israël retomba au rang de vassal, probablement aux mêmes
t. I Rots , xtn, 20-29; II Chron xvui, 28-34
conditions qu’avant la victoire d’Aphek, et ses rois, Achaziah (853-851), puis Joram, durent fournir leurs contingents habituels à Üenhadad contre l'Assyrie. Salmanasar, après avoir réglé les affaires de Baby Ionie, revint à la charge après 850 et deux fois de suite, eu 849 et en 848, il affronta le choc de la coalition syrienne, En 848, dix nulle des Damasquins périrent, une partie de leurs chariots et de leur matériel de guerre resta sur le champ de bataille. Mais les Assyriens, toujours victorieux, s’il faut les en croire, étaient toujours trop affaiblis par leur victoire pour en u$er. Ils employèrent les deux années suivantes à soumettre quelques tribus de l’Arménie et des marches mêdiques et ils ne reparurent en Syrie que vers 840, sans plus de succès qu à l’ordinaire1. Benhadad ne laissa pas entamer son royaume, et Salmanasar, découragé par son opiniâtreté, se résigna à lui accorder quelque répit : à peine débarrassé de cet adversaire, il se rejeta sur les Hébreux,
Us avaient déjà réparé leur désastre (853-851). Après la bataille de Ramoth-Galaad, Mêsha, roi de Moab, avait relusé le tribut quê son peuple payait depuis quarante ans aux rois d’Israël2. Ses débuts furent heureux : il ràfla du coup Médéba, Nébo, Atarôt, que les gens de Gad avaient possédées de tout temps, Horonaïm, égorgea la population hébraïque ou l’emmena en esclavage, lui substitua partout des colons moabites, puis fortifia la plupart des villes, à commencer par Dhibon, sa capitale5. L’événement prouva que ces mesures de prudence étaient bien entendues. Joram, qui avait succédé à Achaziah en 851, ne se sentit pas assez fort pour le réduire à lui seul et il appela Josaphat à son secours. Gomme les deux confédérés n’osaient mener l’attaque vers le nord, par crainte des garnisons syriennes qui étaient en Galaad, ils la dirigèrent au sud de la mer Morte et ils vinrent assiéger le Moab i te dans sa cité royale. Malgré quelques succès partiels, l’entreprise avorta. Mésha, serré de près et désespérant des hommes, eut
1. Maspero, les Empires , p. 75-78. — 2. Ces faits nous sont connus par la fameuse stèle de Dhibân, découverte en »869 par M. Clermont - Ganneau, et dont les fragments sont conservés au Musée du Louvre. — 5. II Rois, ni, 4-27.
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recours au moyen suprême que la religion lui offrait en pareil cas : il dévoua son fils à Kamosh el il le brûla sur la muraille, en présence du camp ennemi. A la vue des fumées de l’holocauste, les Israélites, convaincus que Jahvéh serait désormais sans force, furent saisis de terreur et se débandèrent. A dire vrai, une invasion de Benhadad dut être pour quelque chose dans le triomphe des Moabites. il fondit sur Éphraïm et il monta jusqu’à Samarie : elle tint bon, et Benhadad, désespérant de la forcer, leva le siège au moment où la famine l’avait déjà presque rendue, il ne devait plus rentrer en Israël : malade et presque mourant, il fut achevé par Khazaël, un de ses officiers, qui se proclama roi en sa place1. 11 avait régné près de trente ans, non sans gloire. Il avait noué d’étroites alliances avec Hamath et avec la Phénicie, dominé trenle-deux rois vassaux, et résisté vaillamment aux Assyriens; il avait essayé de conquérir la Palestine entière, et s’il n’avait pas réussi, au moins avait-il soumis presque tout le pays de Galaad entre le Hauran et la frontière de Moab. Damas était devenue entre ses mains la capitale réelle et le boulevard de la Syrie.
Khazaël ne se montra pas indigne du haut rang où son crime l’avait élevé. Il se fit reconnaître sur les deux versants de l’Anti-Liban et sur la majeure partie de la Syrie septentrionale. Quand Joram et Achaziah renouvelèrent contre Ramoth de Galaad la tentative qui avait été si funeste à leurs prédécesseurs quelques années auparavant, ils échouèrent comme Achab et Josaphat2, et leur défaite amena une révolution où la dynastie d’Omri sombra. Mais alors Salrnanasar, après avoir combattu les tribus du haut Euphrate (845), poussé une pointe sur le plateau de Médie (844) et guerroyé avec les peuples de l’Amanos (843), recommença les hostilités contre l’Aram. Khazaël l’attendit dans une position choisie avec soin et il fut vaincu. C’était la bataille la plus sanglante qui eût été livrée jusqu’alors par les Assyriens, mais elle fut décisive : les Damasquins perdirent seize mille hommes de pied, quatre cent soixante-dix cavaliers, onze cent vingt et un chars. Damas, assiégée, échappa à la rage des vain-