‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 56 sur 215 · II Rois , vi, 8; vm, 15 — 2. II Rois , vin · texte numérisé non relu

II Rois , vi, 8; vm, 15 — 2. II Rois , vin

queurs, mais les avant-gardes ninivites pénétrèrent jusque dans les montagnes du llauran, pillant et brûlant tout. Les rois de Sidon et de Tyr, craignant un sort pareil pour leurs États, s’empressèrent de payer volontairement une redevance. Israël envoya en tribut des barres d’or et d’argent, des plats, des coupes et des ustensiles d’or, des sceptres et des armes : ce fut le début des relations directes entre lui et l’Assyrie (842) 4.

Le prince qui les inaugura, Jéliu, venait d’être porté au trône par une des révolutions les plus tragiques que les historiens hébreux aient enregistrées. Les prophètes n’avaient jamais pardonné à la maison d’Omri l’introduction des religions phéniciennes. Déjà Élie avait songé à détrôner Achab et à le remplacer par Jéhu2; Elisée, le disciple favori et le successeur d’Élie, exécuta le projet de son maître. Joram avait été blessé devant Ramoth et il s’était retiré pour se guérir au palais de Jezréel, loin de sa capitale et de son armée. Un émissaire d’Elisée s’introduisit dans le camp, à Ramoth, et « voici, les capitaines étaient assis, et il dit : « Capitaine, j’ai à te parler ». Et Jéhu répondit : « A qui de nous t’adresses-tu? » Et il dit : « A toi, capitaine. » Lors, Jéhu se leva et entra dans la maison ; le jeune homme lui versa l’huile sur la tète », lui ordonna de détruire la race d’Achab et s’enfuit. « Alors, Jéhu sortit vers les serviteurs de son maître, et ils lui dirent : « Tout va-t-il bien / Pour- « quoi ce fou est-il venu vers toi ? » Il leur répondit : « Vous connaissez l’homme et vous savez ce qu’il peut dire. » Mais eux : « Ce n’est pas cela ; déclare-nous donc mainte- « nant ce qui en est. » Il reprit donc : « Après m’avoir conté « telle et telle chose, il m’a dit : « Ainsi a dit Jahvéh : Je t’ai « oint pour être roi sur Israël. » Alors, iis se hâtèrent et prirent chacun leurs vêtements et lui en tirent un divan au plus haut des degrés, et sonnèrent de la trompette et proclamèrent : « Jéhu a été fait roi. » Achaziah de Juda était venu rendre visite à son oncle et à sa grand’mère Izebel. Quand la vigie annonça qu’on voyait une troupe s’avancer, les deux rois, au lieu de s'enfuir, montèrent sur leurs cha-

t. Maspero, Us Empires , p. 79-87. — 2. I Roi*, xïx, 46.

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

riots pour aller à sa rencontre : c’était se livrer sans défense aux mains de l’ennemi. Jéhu perça Joram d’une llèche et il abandonna aux gens de sa suite Achaziah, qui s’échappait. En apprenant le meurtre et l’approche du meurtrier, la vieille Izebel voulut du moins mourir en reine : « elle farda son visage, orna sa tête et regarda par la fenêtre. — Et comme Jéhu entrait dans la porte, elle dit : « En a-t-il bien pris à Zimri qui tua son seigneur? » — Et il leva sa tête vers la fenêtre et dit : « Qui est ici de mes gens? qui? >*

Les envoyés de Jéhu devant Salmanasar.

Alors deux ou trois eunuques regardèrent vers lui, — et il leur dit : « Jetez en bas ». Et ils la jetèrent, de sorte que son sang rejaillit contre la muraille et contre les chevaux; et il passa par-dessus elle. » Restaient les princes * de la maison d’Achab, au nombre de soixante-dix selon la tradition : il ordonna qu’on lui envoyât leurs tètes de Samarie et il les exposa en deux tas à la porte du palais de Jezréel. Les princes de la maison de Juda. qui venaient rejoindre Achaziah, furent assassinés de même sur le bord de la route ; les adorateurs et les prêtres de Baal, réunis par trahison dans le temple, furent égorgés jusqu’au dernier, et Jahvéh resta seul maître d’Israël. Le contre-coup de cette révolution se fit sentir à Jérusalem d’une manière assez imprévue. Athaliah, fille d’izebel et mère d’ Achaziah, voyant la race de Josaphat

à peu près détruite, extermina ce qui en survivait : un Seul enfant, Joas, échappa par les soins du grand prêtre. Le massacre achevé, elle saisit le pouvoir, s’entoura d’une garde phénicienne et pratiqua officiellement la religion de son Baal. Le crime de Jéhu avait donc produit ce résultat singulier de rehausser la religion nationale en Israël pour rabaisser dans Juda : Jahvéh trôna seul dans Samarie, mais Baal s’installa dans Jérusalem à côté de Jahvéh1.

La réforme de Jéhu n’avançait pas beaucoup les affaires des Hébreux : Khazaël était toujours menaçant. Deux ans après sa première défaite, en 840, il avait de nouveau affronté les Assyriens, mais sans succès : il avait perdu quelques forteresses et payé tribut, de même que les rois de Tyf, de Sidon et de Gèbel. Ce fut son dernier essai de résistance contre Salmanasar ; plutôt que de s’exposer à des malheurs inévitables, il préféra acheter par des cadeaux le droit dé poursuivre en paix ses entreprises contre les Israélites. Elles lui réussirent au delà de toute espérance : Jéhli était meilleur assassin que général et il fut battu « sur toutes ses frontières, — depuis le Jourdain jusques au soleil levant, dans tout le pays de Galaad, des gens dë Gàd, de Ruben et de Manashshé, depuis Aroer qui est sur le torrent d’Aruon jusques en Galaad et en Bashan* ». Damas, humiliée au nord par les Assyriens, était encore assez puissante pour humilier les Juifs au midi. Mais ses forces ne répondaient plus à l’ambition de ses maîtres : épuisée par trop de guerres successives, elle tendait à s’effondrer sur elle-même au premier choc sérieux. Si, au milieu de la faiblesse universelle, elle était encore le boulevard de la Syrie, ce n’était qu’un boulevard branlant et ruiné à demi.

Elle vaincue, l’œuvre principale de Salmanasar était accomplie. Son père avait conquis la Syrie du nord : lui, fit un pas de plus dans la direction de l’Égypte, en abattant les royaumes de la Syrie centrale. Le reste de son règne se passa presque entier dans des expéditions contre le nord et contre l’est. Deux années de guerre lui livrèrent les deux versants de l’Amanus, la Gilicie plane, et Tarzi (Tarse) elle-même (831);

1, U Hois, ix-xi, 2. =■ 2. Il Iiois,x, 32-33.

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

i<= pays d’Ourartou et de Van en Arménie résista trois ans et céda à son tour. Cependant i’âge était venu et avec lui les infirmités : le vieux roi, las enfin de tant de fatigues, quitta les camps et céda le commandement à ses généraux. Soi! fils aîné, Assourdainabal, estima qu’il vivait trop longtemps et souleva contre lui plus de la moitié de son empire. Assour, Àmid, Arbèles et vingt-quatre autres villes participèrent à la rébellion : Kalakh et Ninive demeurèrent fidèles. Sdlmanasar abdiqua au profit de son second fils, Shamshiadad. En moins de quatre ans la révolte fut étouffée : Assourdainabal fut tué, et Salmanasar eut du moins la consolation de moürir en paix, après trente-cinq ans de règne (825)1.

Décadence de l’empire assyriens; l’Ourartou; les prophètes d’Israël : Jéroboam II ;

Tiglatphaiasar II ï ; chute de Damas.

Après lui la suprématie militaire de l’Assyrie se maintint quelque temps encore. Shamshiadad IV (824-812), par des assauts répétés, eut raison des tribus du Naïri et conquit la Mêdie jusqu’au pays de Parsoua *, sur les bords du lac d’Ouroumiyèh. Mardoukbalatsouikbî, le plus puissant des princes qui régnaient alors sur la Babylonie, plia sous le choc, malgré l’assistance de i’Élam et des Araméens : il perdit sept mille hommes, deux cents chars avec son étendard royal et Ses bagages, à la bataille de Daban (819). Cette victoire ne fut pas décisive, non plus que deux autres campagnes dirigées en 812 et 811 contre Babylone; elle prépara du moins les voies à Adadnirari III (812-784), qui asservit les princes Chaldéens. Adadnirari III se montra aussi remuant que l’avaient été son père et son aïeul : chacune de ses années est marquée par une expédition triomphale. Il

1. Maspero, lès Empires, p. 87-95. — 2. Un canton montagneux dang le voisinage de la Médie, d’après Schrader, Keüinschriflcn und Ge~ schichtsforckung , p. 173; Sayce le place sur la rive occidentale dii lac d’Ouroumiyèh, d’après le témoignage des inscriptions de Van ( The Dëcyphérment of the Vannic Inscriptions , dans les Verhandlungen des V,en inter nalionalen Orientalisten-Conaresses %u Berlin, 2*r Theil, l,l*Hàlfte, p. 310).

CHAPtTttB IA.

pénétra sept fois en Médie, envahit deux fois le pays Manna1 et trois fois la Syrie. Mariah, roi de Damas et l’un des successeurs de Benhadad 111, s était insurgé : il l’assiégea et il le força dans sa ville royale. La rapidité avec laquelle il l’avait châtié empêcha les voisins de suivre cet exemple » la Phénicie, Israël, Édom, les Philistins n osèrent point s’agiter pendant toute la durée du règne1 * *. L’empire assyrien s’étendait alors sur ta meilleure partie de l’Asie antérieure : par ses vassaux il touchait d’une part au golfe Persique et à l'ÉIam, d’autre part à la mer Rouge et à l’Égypte. A l’Orient, i! dominait sur les cantons montagneux où les affluents du Tigre prennent leur source. En Arménie, il avait fait peu de progrès depuis le temps de Tiglatphalasar Ier : il occupait le pays au Sud et à l’Ouest du lac de Van jusqu’aux sources du Tigre, mais au delà les dilficultés du terrain et la vaillance des habitants ne lui avaient pas permis de s’implanter de manière durable. La Mésopotamie, la Ghaldée, la Syrie du Nord, confessaient sa supériorité; môme Salmanasar et ses successeurs avaient dépassé le Taurus et l’Amanus, et les plaines de la Gilicie, les Toubal, les habitants de la Cappadoce, leur obéissaient. La côte syrienne, de l’embouchure de l’Oronte à Gaza, et tous les royaumes de l’intérieur entre la mer et le désert, relevaient d’eux5. On pouvait déjà leur appliquer les paroles du prophète hébreu : ils étaient « comme le cèdre au Liban, dont la taille s’est haussée par-dessus tous les arbres des champs. — Tous les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches, et toutes les bêtes des champs ont fait leurs

1. Manna est placé par Sayce, toujours d’après les inscriptions vanniques, entre le territoire de Van et celui de Parsoua ( loc . laud).

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