Une des femmes d’Adadnirari se nommait Sammouramat. Comme
ce nom est le type original du nom de Sémiramis, on a proposé de
reconnaître en cette Sammourramat la Sémiramis d Hérodote, qui
vivait un siècle et demi avant Nabopolassar et qui avait embelli Babylone. Cette Sémiramis elle-même serait le prototype de la Sémiramis légendaire. Ces deux hypothèses n’ont pas été généralement admises. . — 3. Sur les limites de l’Assyrie sous Àdadnirari, voir les observations très justes de Delattre, Esquisse de Géographie assyrienne (extrait de la Revue des Questions historiques , 1883, p. 22-29), et le Peuple tÉ l'Empire des Mèdes , p. 74-84.
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petits sous ses rameaux, et les grandes nations ont habité sous son ombre1. »
Monté à ce degré de gloire et de puissance, l’empire s’affaissa tout d’un coup. Un rival se dressa devant lui qui, un demi-siècle durant, balança sa fortune et menaça de le supplanter dans l’hégémonie de l’Asie occidentale, l’Ourartou. Le pays tourmenté où le Tigre et l’Euphrate prennent leurs sources était habité alors par une seiilerace, les Kaldi, différente des Arméniens modernes, mais affiliée vraisemblablement aux Géorgiens et à quelques autres nations du Caucase. Il était morcelé en un grand nombre de principautés minuscules auxquelles il n’est pas toujours facile d’assigner une position certaine sur la carte; la plus importante était celle de Biainas, dont la capitale, Dhouspas, est notre ville moderne de Van*.
Les rois, entrés en contact avec l’Assyrie dès le règne d’Assournazirabal, *"• ie shanltllUdad-
se civilisèrent à l’école de
leurs adversaires et ils apprirent d’eux l’art de récriture, foutipris, puis Shardouris II attirèrent à leur cour des scribes
1. Ézéchtel, xxxi, 3-6. — 2. Dhouspas est la Tliospia de Ptolémée (V, 13, 19; VIII, 19, 12), qui avait valu au lac le nom de Thoepitès.
MIST. ANC. DE l’orient. - MASPERO. 29
ninivîtes qui rédigèrent les documents officiels dans leur langue, et qui prodiguèrent les épithètes les plus ronflantes du protocole assyrien à leurs patrons barbares. L’Assyrien fut, dans ces premiers temps, l’idiome savant des Kaldi, mais, dès le règne d’îshpouinis Ier, fils de Shardouris, le système fut appliqué aux dialectes indigènes avec quelques modifications : déjà nombre d’inscriptions conçues dans le parler de Van ont été découvertes, et chaque jour le sol de l’Arménie nous en rend de nouvelles. Elles nous introduisent dans un monde étrange, où nous ne sommes pas encore à notre aise pour nous orienter. L’Qurarti adorait trois divinités principales, Khaldis, le dieu suprême, l’éponyme de la race, Téishbas, le maître de l’air et des deux, Ardinis, le soleil. Une armée de dieux secondaires se ralliait autour de cette trinité, Aouis, l’eau, Ayas, la terre, Selardis, la lune, Irmousinis, Adaroutas, Kharoubaïnis : une seule inscription en énumère quarante-six dont plusieurs avaient été empruntés aux nations voisines. Il semble qu’au début, ce panthéon ne renfermât point de déesse : la seule qu on y rencontre, Sharis, paraît n’être qu’une doublure d’Ishtar. Les textes historiques ne font pas grand cas de ces personnages subalternes et ils les comprennent tous sous un titre collectif, celui d’enfants de Khaldis. Les rois de Van, sans cesse en armes, domptèrent graduellement les principautés du voisinage, celle des Mannai, le Mousassir, le mont Mildish, et mainte autre dont le nom n’éveille aucune idée précise dans notre esprit, Sisirikhadris, Oudoukhais, Irdaniou dans le pays d’Iskigoulou, Baltou, Khaldiri. Le plus ancien d’entre eux, après Shardouris Ier, Aramé, commandait déjà au Milid, sur la rive occidentale de l’Euphrate. Ses successeurs, Shardouris II et Ishpouinis, gagnèrent du terrain vers l’Est et vers le Sud, malgré les défaites que leur firent subir Salmanasar II (829) et Shamshiadad IV (819). Menouas, le fils d’Ishpouinis, poussa ses armes en tout sens, de l’Araxe au Taurus, puis au lac d’Ouroumiyah, et son fils Argishtish Ier entama l’Assyrie : le Parsoua et le Khouboushkhia passèrent sous sa suprématie. Les souverains ninivites s'évertuèrent en vain à les refouler dans les montagnes . les épidémies qui décimèrent l’Asie vers cette époque et
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I épuisement de la Dopulation entravèrent leurs efforts. Ils
One stèle d’Ourartou.
finirent par désespérer de leur cause et par s’abandonner à leur sort sans résistance.
Salmanasar III (782-772), fils d’Adadnirari III, commença
la décadence ; après une seule incursion contre Damas (772), il fut contraint d’évacuer la Syrie. Sous Assourdân II (772- 754), tandis que l’Ourartou ne cessait de s’accroître, la révolte éclata aux portes mêmes de NiniVe, dans le pays d Arrapkha et dans la ville de Gôzan. Elle fut réprimée, mais elle acheva de briser la force du peuple et l’énergie du souverain ; au lieu qu’Assournazirabal, Salmanasar, Shamshiadad, Adadnirari, avaient marqué chaque année d’une expédition heureuse, Assourdân II resta neuf années en paix sur les dixhuit qu’il régna. Sous Assournirari II (754-745), ce fut pis encore : en huit ans il n’y eut que deux campagnes, dirigées toutes deux contre le pays de Namri, à quelques journées à peine de la capitale. Les traditions classiques plaçaient vers cette époque une première destruction de Ninive. Elles ignoraient le nom des grands princes du siècle précédent et elles les remplaçaient par une lignée de rois fainéants, issus de Ninus et de Sémiramis. Sardanapale, le dernier d’entre eux, vivait dans le harem, entouré de femmes, habillé en femme et livré aux travaux d’une femme. Deux des princes tributaires, Arbakès le Mède et Bélésys de Babylone, le virent occupé de la sorte et ils s’insurgèrent ainsi que leurs peuples. L’imminence du danger éveilla en lui les qualités guerrières de sa race : il se mit à la tête de 1 armée, il batt it les rebelles et il les achevait, quand des troupes qui arrivaient de Bactriane à son secours firent défection et passèrent à l’ennemi. Il s’enferma dans Ninive et il y résista deux ans à tous les assauts ; la troisième année, le Tigre, gonflé par les pluies, déborda et renversa les murailles sur une longueur de vingt stades. Sardanapale se rappela alors qu’un oracle lui avait garanti la victoire jusqu’au jour où le fleuve se tournerait contre lui, et il ne voulut pas tomber vivant aux mains de ses sujets : il se brûla dans son palais avec ses trésors et ses femmes1. C’est un roman et rien de plus; mais les monuments nous prouvent que pendant trente années, entre Adadnirari IV et Tiglatphalasar III, l’Assyrie déchut du haut rang où la valeur de ses princes l’avaient portée un siècle durant *.
1. Sur la légende de Sardanapale, voir Ctésias, Fragment s, édit. Didot, p. 39-41 ; cf. Diodore, II, 23-28; [Athénée, XII, 7, etc. — 2 Mas*
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Sa faiblesse avait rendu les peuples de Syrie à eux-mêmes : ils n’usèrent de leur liberté que pour se déchirer mutuellement et pour s’abîmer de plus en plus dans leurs discordes. Athaliah avait tenté d’anéantir la maison de Josaphat et d’introduire officiellement en Juda le culte de Baal : elle ne réussit ni dans l’une ni dans l’autre de ses entreprises. Le grand prêtre Jehoïada avait dérobé au massacre un fils d’Achaziah, nommé Joas, et il l’avait nourri secrètement dans le temple. Ses menées débauchèrent à la longue les commandants de la garde et d’autres chefs militaires; quand il fut assuré de leur appui, il leur révéla l’existence de l’enfant et il le proclama roi devant eux. Athaliah, accourue au bruit, fut tuée; Mattan, le grand prêtre de Baal, partagea son sort1. Jehoïada s’imposa comme tuteur au souverain nouveau, qui avait sept ans à peine : ce fut le règne des prêtres. Ils se confièrent à eux-mêmes l’administration des domaines de Jahvéh et ils^’approprièrent sans scrupule le meilleur des revenus sacrés : le scandale devint si fort que Joas dut leur en retirer la libre disposition. Israël était dans une situation pire que celle de Juda. Général médiocre, politique plus médiocre encore, Jéhu ne put repousser Khazaël. Le Syrien pénétra jusqu’à Gath, sur la frontière philistine, <( et tourna son visage pour monter vers Jérusalem ». Joas acheta la paix : il déroba au sanctuaire ce que Josaphat, Joram et Achaziah, ses pères, y avaient consacré, et tout l’or qui se trouva dans les trésors du temple et du palais, il l’envoya à Khazaël, pour que celui-ci se retirât de devant Jérusalem2. La misère fut au comble sous le fds de Jéhu : « Joachaz fit ce qui déplaît à Jahvéh, et la colère de Jahvéh s’embrasa contre Israël et le livra entre les mains de Khazaël, roi de Syrie, et entre les mains de Benhadad, fils de Khazaël, durant tout ce temps-là3 ». Joas, délivré par la retraite des Syriens des attaques du dehors, et par la mort de Jehoïada d’un maître dont l’au-
pero, les Empires, p. 102-115. C’est ici que M. Oppert place la lacune qu’il a cru reconnaître dans le canon assyrien ( Inscriptions assyriennes des Sargonides, p. 3-18; la Chronologie biblique fixée parles éclipses des inscriptions cunéiformes, 1-17). — 1. II Rois, xi; et'. YVellhausen, Prolegomena , p. 204-208. — 2. II Rois, xn, 17-18. — 3. Ibid., xm, 1-8,
torité lui pesait depuis longtemps, essaya de se soustraire à l’influence sacerdotale; il souleva la haine du clergé et il fut assassiné dans son lit. Son fils Amaziah l’enterra au tombeau des rois et le vengea par le supplice des meurtriers : mais, avec une générosité rare chez les gens de son siècle, « il ne fit point périr les enfants de ceux qui avaient égorgé son père1 ». Deux années auparavant, Joachaz s’était éteint à Jésuralem dans la misère, laissant des coffres vides, une armée impuissante et un État réduit de moitié*.
Tant de malheurs, frappant coup sur coup, avaient remué fortement les esprits. Puis d’autres désastres étaient survenus : la famine, la sécheresse, la peste3; enfin, 1 apparition soudaine des Assyriens avait porté l’angoisse au comble. Depuis l’établissement du royaume, les Jlébreux avaient vécu dans une sorte de petit monde, où de petits États, taillés sur le même modèle qu’eux, Moab, Ammon, Gaza, Tyr, même Damas, se livraient de petites batailles à propos de bourgades obscures et de cantons à moitié déserts. Une fois seulement, au temps de Sheshonq, ils avaient senti la main d’un des grands empires orientaux s’appesantir sur eux, mais pour un instant seulement. L’entrée en lice d une nation nouvelle, plus féroce et plus belliqueuse encore que l’Égypte, les rappela au sentiment de leur propre faiblesse et les poussa à comparer leur dieu national aux dieux de leurs vainqueurs. Certes, il n’y avait guère place pour le doute absolu et pour la négation de toute divinité, à cette époque de foi superstitieuse ; mais beaucoup en arrivèrent à se demander si Jahvéh était réellement aussi puissant qu on l’avait cru jusqu’alors. Les dieux de Damas et d’Assour, qui venaient de foudroyer Gath, Calnéh, Hainath*, ceux de Tyr et de Sidon qui octroyaient aux Phéniciens le commerce du monde entier, ceux même de Moab et d’Ammon, ne valaient-ils pas mieux qu’un dieu toujours humilié malgré ses promesses? Israël leur prêta hommage avec plus d’ardeur qu’il n’avait jamais fait auparavant : il se prosterna devant toutes les armées du ciel, il s’attroupa autour des reposoirs
» jj i\ois, xiv, 5-6. — 2 Ibid., xm, 9-10; xiv, 1. — 3. Amos , iv, 4-11. - 4. Ibid., VI> 1'2*
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de K&vân, l’étoile d’EI, il se pressa dans les tentes du roi des dieux4. Jahvéh ne perdit rien à l’adjonction de ces partenaires, loin de là : le peuple redoubla de piété à son
Juifs au vhi* siècle.
egard, et les souverains suivirent l’exemple du peuf le. Plus qu’autrefois peut-être, on alla en pèlerinage à B thel, â Gilgal, à Mizpah, à Pnouel, à Bershéba; chaque nntin, on apportait les sacrifices, tous les trois jours les dîmes, et les dons volontaires affluaient*. Mais ce culte dont on ne sevrait