Amos , ▼, 25-27. — 2. Ibid*, iv, 4-5; v
pas le dieu national, on le mêlait le plus qu’on pouvait de pratiques eu usage chez les étrangers et qu’on supposait lui être agréables. Àchaz de Juda érigea dans le temple de Jérusalem un autel construit sur le modèle de ceux qu’il avait admirés à Damas1. Les jeûnes et les pénitences publiques se multiplièrent*, avec les holocaustes. Les dieux cananéens aimaient la chair grillée du premier né3 : Achaz eut recours au même moyen qui avait si bien servi Mesha contre Israël, et il brûla son fils en l’honneur de Jahvéh4. L’usage de passer les enfants par le feu devint si général à Jérusalem, qu’on réserva, au pied de la colline, un endroit spécial où ces horreurs s’accomplirent au plein jour5. L’influence du sacerdoce officiel et des collèges de prêtres ne pouvait que gagner à ce redoublement de ferveur religieuse. On a vu le rôle prépondérant que Jehoïada avait joué dans la catastrophe d’Athaliah : pourtant le grand pontife n’était encore que l’humble serviteur du roi, et mal lui en prit de l’avoir oublié, quand son protégé Joas eut atteint l’âge d’homme. Dans le royaume du nord, les révolutions de palais, les guerres étrangères, les usurpations, surtout l’existence de plusieurs sanctuaires aussi bien achalandés l’un que l’autre, ne permirent pas au clergé royal d’ancrer solidement sa prépondérance. Dans le royaume du sud, qui était plus petit et moins exposé aux assauts du dehors, il acquit bientôt une force et une stabilité extraordinaires. Comme toutes les corporations influentes, il tendit à devenir une classe fermée, où l’on n’admit que les descendants des familles vouées depuis longtemps à la prêtrise, une tribu qui figura dans la légende à côté des douze autres tribus d’Israël et qui prétendit se rattacher directement à Lévi, fils de Jacob. Israël protesta contre cette centralisation du culte et contre l’unité de sanctuaire qui l’avait produite : vers la fin du neuvième siècle, il promulgua le petit code connu sous le nom de Livre de l’Alliance6. La morale et les règles de conduite en étaient de mise dans les
1. II Rou , xn, 10-16. — 2. I Rois , xxi, 9, 27-29. — 3. Cf. plus haut, p. 401. — 4. II Roù, xvi, 5; cf. p. 442-443. — 5. Jérémie, vii, 31 sqq. — 6. Exode , xx, 23-xxm, 30, où le livre de l’Alliance est inséré sous forme de discours adressé Dar Dieu à Moïse, sur le mont Sinaï. ; r.
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deux royaumes, et elles ne sont probablement qu un sommaire des lois en vigueur à cette époque; mais les versets du début visent directement l’idée du temple de Jérusalem et ils la condamnent. « Tu me feras un autel de terre, sur lequel tu sacrifieras tes holocaustes et tes oblations de prospérité, ton gros et ton menu bétail; en quelque endroit que je mette la mémoire de mon nom, j’y viendrai vers toi et je te hénirai. Que si tu me fais un autel de pierre, ne le taille point, car, en le touchant avec le fer, tu le souillerais. Ne monte pas non plus à mon autel par des degrés, de peur que tu ne découvres ta nudité en y montant1. » Les patriarches et les ancêtres de la race avaient adoré Dieu en plein air, sur des autels grossiers et bas, en présence de pierre brutes : il faut les imiter et non les clercs de Juda. D’ailleurs, en augmentant le nombre des sanctuaires, n’augmente-t-on pas celui des liens qui enchaînent Jahvéh à ses enfants?
Cependant, ni l’adoption des idoles étrangères, ni l’éclat du culte national, ni le développement du sacerdoce judôen, ne remédiaient aux malheurs publics : Damas et As§our ne cessaient pas de vaincre et de prospérer, Israël et Juda d etre vaincus et de dépérir. Les prophètes envisagèrent cette persistance de la mauvaise fortune de tout autre manière que les prêtres ne faisaient : ils y virent la preuve même de la grandeur de Jahvéh et une raison nouvelle de n’honorer que lui. Le vulgaire confessait le Dieu d Israël, mais il admettait aussi la réalité des dieux étrangers ; là était l'origine de la colère de Jahvéh contre les siens. Les dieux des nations ne sont pas des dieux, ils sont des non-dieux : ils ne sont pas seulement impuissants et ridicules, ils n’existent pas ailleurs que dans l’imagination humaine. Jahvéh, lui, est le dieu unique : il est, et nul n’est que lui, il a tiré l'univers du néant, il le conserve. Il aurait pu, s’il l’avait voulu, accorder sa protection parliculière câ l’une des nombreuses familles qu’il a placées ici-bas : « N' 'êtes -vous pas pour moi, ô fils d’Israël, ce que sont les fils des Koushites? N’ai-je pas tiré Israël d’Égypte comme j’ai tiré les Philistins de Kaphtor et les Araméens de Kîr2? » Pourtant, par un
t. Exode, xx, 24-26. — 2. Amos, iv, 7.
privilège insigne, qu il était libre de ne pas conférer, il a choisi Israël pour être son peuple et il lui a promis de le continuer en Canaan aussi longtemps qu’Israël lui restera fidèle. Israël a péché, Israël a dévié vers les faux dieux et il a manqué aux conditions du pacte qu’il avait conclu avec son Seigneur : les malheurs qui l’accablent sont la juste punition de son manque de foi. Jahvéh, ainsi conçu, cesse d’être le dieu d’une race pour devenir un dieu universel, et c’est bien sous l’image d’un dieu universel que nous le présentent les premiers prophètes dont nous lisons les œuvres1.
Le plus ancien d’entre eux, Amos, était né au bourg de Tekoâ, dans la tribu de Juda, mais son action s’exerça de préférence sur Israël2 : la vie politique était concentrée presque entière dans le royaume du nord, et c’était là qu’il convenait de frapper les grands coups. Amos, exalté par l’inspiration au-dessus des formules où le patriotisme de tribu emprisonnait l’idée de Jahvéh, accable de ses imprécations « ceux qui se confient en Sion et qui se croient tranquilles en la montagne de Samarie », et qui pensent que tout leur est permis parce qu’ils sont le peuple de Dieu. « Poussez jusques à Kalnéh et vous en allez de là vers Hamath la Grande; puis descendez à Gath des Philistins. Êtes-vous meilleurs que ces royaumes-là et votre territoire est-il plus étendu que n’était le leur5? » Jahvéh, qui ne les a pas épargnés, n’épargnera point les Hébreux. De même qu’il n’hésite pas à punir Damas, Gaza, les Philistins, Édom, Ammon, Moab, a il enverra le feu en Juda et il dévorera les palais de Jérusalem, à cause de trois crimes d’Israël et même de quatre4 ». Il prend donc les nations étrangères à témoin de la honte et des excès de ceux qui furent son peuple : o Portez votre attention sur les monts de Samarie, crie-t-il dans les palais d’Ashdod et dans ceux de l’Égypte, et regar-
1. Sur cette transformation de l’esprit prophétique en Israël, ci. Wellhausen, article Israël , dans la nouvelle édition de Y Encyclopœdia Britannica , t. III; Kuenen, Religion nationale et religion universelle , p. 86 sqq. — 2. Joël a le pas sur Amos d’après l’opinion reçue; les arguments qu’on fait valoir en faveur de l’ancienneté de son œuvre sont trop faibles pour emporter la conviction. Amos vivait vers le milieu du huitième siècle avant notre ère. — 5. Amos, VI, 2.. — 4. Ibid., I-II.
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dez les grands désordres qui y sont et ceux à qui on fait tort au dedans d’elle1. » Le Seigneur a en horreur l’injustice et la mollesse des grands, leur dureté à l’égard des faibles, leur supérstition et leur fausse piété. « Je hais, je dédaigne vos fêtes; — je ne sens point vos assemblées, — je ne prends pas plaisir à vos offrandes, — je ne regarde pas votre tribut de veaux gras ! — Loin de moi le bruit de vos cantiques, — et que je n’entende pas le son de vos lyres ! — Mais que le bon droit jaillisse comme l’eau, — et la justice comme un torrent qui ne tarit pas2. » C’est donc dans une formule de morale universelle que Jahvéh résume ce qu’il attend de son peuple élu, et, puisque celui-ci s’obstine à lui prodiguer ces honneurs à moitié païens dont il ne veut plus, le châtiment ne sera pas long à venir : \< Je déteste l’orgueil de Jacob, — et ses palais je les hais, — et j’enfermerai la ville et tout ce qui s’y trouve. — Alors s’il reste dix hommes dans une maison, — ils mourront ! - — Et quand le parent chargé de l’enterrement — en prend un pour emporter le corps hors de la maison, — et qu’il dit à celui qui est au fond de la chambre : — Y a-t-il encore quelqu’un avec toi ? — L’autre dira : Non ! — et il dira : Silence ! — ce n’est pas le cas de prononcer le nom de Jahvéh 1 5 » La colère divine poursuivra partout les coupables : « S’ils pénétraient dans le tombeau, — ma main les en arracherait; — s’ils montaient au ciel , — je les en ferai descendre; - — s’ils se cachaient au sommet du Carmel, — je les y découvrirais et je les saisirais ; — s’ils se dérobaient à nos yeux au fond de la mer, — j’y manderais le serpent pour les mordre; — s’ils s’en allaient captifs devant l’enriemi, — j’y manderais lepée pour les égorger 4 ! » C'était la première fois qu’un prophète annonçait la ruine et l’exil : la notion de l’universalité de Dieu obscurcissait déjà dans Amos celle du patriotisme, mais pas assez complètement pour qu’elle l’empêchât de souhaiter le renouveau de sa race. Jahvéh détruira la maison de Jacob, mais il ne l’exterminera pas entièremeht; les pécheurs mourront par lepée, mais le royaume de David refleurira
4. Amos, ni, 9. —2. Ibid v, 21-24. — 5. Ibid, vi, & -10. — 4, Ibid., ix, 2-4.
pour les fidèles. « Voyez, il vient des jours — où le moissonneur suivra de près le laboureur, — et celui qui presse les raisins touchera à celui qui jette la semence. — Et je ramènerai les captifs de mon peuple, d’Israël, — pour qu’ils rebâtissent leurs villes détruites et y demeurent, — et qu’ils replantent leurs vignobles et en boivent le vin, — et qu’ils se fassent des jardins et en mangent le fruit! — Et je les replanterai dans le sol, et ils ne seront plus arrachés — de leur sol que je leur ai donné ! — C’est Jahvéh, ton Dieu, qui le dit1 1 »
L’avènement de Joas au trône d'Israël et d’Amaziah au trône de Juda sembla rajeunir et renforcer les Hébreux. Joas battit Benhadad III, près d’Aphek8 et dans trois autres combats, mais il ne le chassa pas complètement. On contait qu’avant d’affronter cette guerre il avait consulté le vieil Elisée mourant. Celui-ci lui avait ordonné de tirer des flèches contre terre en sa présence. « Le roi frappa trois fois, puis s’arrêta. — Et l’homme de Dieu se mit fort en colère contre lui et lui dit : « 11 fallait frapper cinq à six fois, et tu aurais « frappé les Syriens jusqu a les anéantir; mais maintenant « tu ne les frapperas que trois fois5. » Amaziah de son côté avait écrasé les Édomites dans la vallée du Sel, sur le champ de bataille de David, et il avait saccagé Sélah leur capitale. Enivré de son succès, il se crut appelé à rétablir le royaume de Salomon et il défia Joas dans Samarie. Celuici lui répondit par une parabole : « Le chardon qui était au Liban fit dire au cèdre qui est au Liban : « Donne ta fille pour femme à mon fils. » Mais une bête sauvage du Liban vint à passer et foula le chardon aux pieds. — Parce que tu as rudement frappé Édom, ton cœur s’est exalté. Contentetoi de ta gloire et te tiens dans ta maison : pourquoi soulèverais-tu le mal par lequel tu tomberas, toi et Juda avec toi? » La rencontre eut lieu à Bethshemesh sur la frontière philistine. Amaziah fut vaincu et pris : Joas entra sans opposition dans Jérusalem, la démantela sur une longueur de
l„ Amos, X, 14-45. Le rôle d’Amos a été défini d’une manière fort claire par Euenen, Religion nationale et universelle, p. 108-110. — ■ % U Rois , xiii, 17. — 3. Ibid., xm, 25,
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quatre cents coudées, pilla le temple comme s'il se fût agi d’un dieu païen et non de Jahvéh, emmena des otages et retourna à Samarie, où il mourut bientôt après1. Jéroboam Il acheva ce que son père avait à peine eu le temps d’ébaucher* : de même que David et Salomon, il réunit toutes les tribus sous sa domination, au moins pendant les quinze premières années de son règne, et il courba quelques-unes des nations voisines sous son autorité. Leur faiblesse fut au moins pour autant que sa vigueur dans cette renaissance. Les rois d’Assyrie avaient laissé échapper la suzeraineté sur l’Aram et sur la Phénicie. Damas n’était plus en état de braver une attaque sérieuse, tant sa résistance contre Salmanasar et contre ses successeurs l’avait épuisée. Si l’on en croit le livre des Rois, Jéroboam reconquit au nord et à l’est les territoires que David et Salomon avaient possédés, Moal) et Ammon, la Cœlé-Syrie, Damas, Hamath elle-même2. Après les longues années de misère durant lesquelles « les Syriens avaient déchiré Galaad avec des herses de fer3 », son règne apparut comme une époque de gloire et de sécurité : le commerce avec la Phénicie et avec l’Égypte refleurit, et « les enfants d’Israël habitèrent de nouveau sous les tentes ainsi qu’aux jours du passé4 ». L’imagination des poètes s’en mêla ; comme autrefois on avait attribué à Jacob mourant des prophéties relatives au sort de ses enfants, on supposa que Moïse avait voulu bénir les tribus avant de disparaître. Siméon avait déjà péri et il n’est plus nommé; Juda et Benjamin reçoivent leur part d’éloges, sincères peut-être, mais certainement un peu maigres. Joseph a encore un beau rôle, mais l’intérêt du morceau se concentre entier sur Lévi : au lieu de le maudire, comme Jacob avait fait, Moïse l’exalte et le cite en exemple à tout Israël. C’est un signe de l’importance que le sacerdoce avait prise depuis un siècle.
Le règne de Jéroboam II marque mieux qu’un moment de grandeur politique : selon toute vraisemblance, il fut une des époques les plus fécondes de la littérature religieuse.
1. II liois, xrv, 1-15 ; II Chron ., xxv, 1-24. — 2. II Rois, xiv, 23-28. — 3. Amos, I, 3. — 4. II Hm». ni, 5. où le pacage fest appliqué au temps de Joacbaz.
La concentration des tribus en deux royaumes solidaires l’un de l’autre avait amené les Hébreux à scruter leurs origines et à recueillir les poèmes nationaux, les fragments de lois, les prophéties, les proverbes, les chansons d’amour, les traditions qui couraient chez le vulgaire et parmi les lettrés au sujet de la création, des patriarches, du séjour en Égypte et au désert, de la conquête et des héros qui avaient gouverné les clans avant qu’il y eût des rois. Environ un siècle après la mort de Salomon, vers 840, un prêtre de Juda composa une histoire, où il contait à sa manière les débuts de la race humaine, les légendes relatives à la fondation des vieux sanctuaires, Hébron, Pnouel, Sichem, Béthel, les conventions que Moïse le législateur avait conclues au Sinaï avec Dieu, et les événements qui s’étaient écoulés depuis lors jusqu’au temps ou il vivait. Aucune tendance théologique n’est sensible dans ce qui nous reste de son œuvre : ses récits ont encore la saveur populaire. Jahvéh, chez lui, est un dieu du type et de la famille de Kamosh et de Melkarth. Lorsqu’il veut conférer une faveur à son serviteur Abraham, il lui apparaît sous forme humaine, il boit et il mange avec lui. Sodome et Gomorrhe ont commis des crimes abominables, « si bien que le cri contre elles est augmenté et que leur péché est aggravé » : avant de les punir, il descend lui-même, pour voir de ses propres yeux si elles ont agi selon la rumeur qui est venue jusqu’à lui, « et, si cela n’est pas, je le saurai1 ». Ailleurs, il lutte une nuit entière avec Jacob2, et il se précipite en fureur sur Moïse afin de le tuer5. Une façon aussi naïve de présenter les choses sacrées ne pouvait plus suffire à une époque où Amos proclamait l’unité de Dieu : un prêtre éphraïmite, probablement contemporain de Jéroboam, et déjà imprégné de l’esprit prophétique, s’empara du sujet et y joignit des faits nouveaux. Naturellement, tout ce que le premier avait raconté à la plus grande gloire de Juda, son successeur l’adapta à la plus grande gloire d’Israël : ainsi il refuse à Juda le droit d’aînesse parmi les enfants de Jacob pour le conférer à
1. Genèse , xviii, 1*2, 7-8, 20-21. — 2. Genèse, xxxii, 24 sqq, —
Exode, iv, 24-27.
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Ruben. Mais en quoi il diffère surtout de son prédécesseur, c’est en l’idée qu’il se fait de Dieu. Dieu n’a plus chez lui le caractère purement matériel. Il ne se montre plus en tout temps ni en tout lieu, mais seulement la nuit et en rêve. 11 commence même à ne plus vouloir communiquer directement avec la créature : il se sert d’anges comme intermédiaires et il ne se dévoile que graduellement. Les patriarches l’ont adoré sous le titre d’Élohîm, les dieux, et il attend la venue de Moïse pour livrer son vrai nom, qui est Jahvéh. Désormais, l’intérêt de l’histoire se concentre autour de Jahvéh, sur ses prêtres, sur ses prophètes. Moïse n’est plus le seul libérateur du peuple : à côté de lui, on voit apparaître Àharon et le grand prêtre Éléazar. Le sacrifice n’est plus accessible à tous : il devient le privilège d’une tribu, celle de Lévi. La conquête de Canaan s’accomplit en une seule fois par l’ordre de Dieu, et le partage du territoire s’opère par tirage au sort, sous la sanction de l’autorité religieuse1. C’est sans doute vers le temps où cet historien élohiste écrivait que les légendes relatives à Samuel, à David, à Salomon, au prophète Eli, reçurent leur forme première. Des préceptes moraux, mis dans la bouche de la Sagesse elle-même et confondus plus tard avec les Proverbes, les chants d’amour réunis dans le Cantique des Cantiques, plusieurs des psaumes, d’autres morceaux encore, sont peutêtre l’œuvre de poètes contemporains : par malheur, il n’est pas toujours facile de reconnaître, après les remaniements nombreux que la littérature hébraïque subit avant, pendant et après l’exil, ce qui appartient certainement au règne de Jéroboam II.
Ce furent quarante années de prospérité et de paix, les dernières du royaume. Six mois après la mort de Jéroboam, son fils Zakariah fut assassiné, en présence du peuple, par
1. Le premier écrivain est désigné d’ordinaire sous le nom de Jahviste, le second sous celui de deuxième Élohiste ou même, simplement d’Élohiste. On trouvera dans les manuels spéciaux les renseignements nécessaires sur la façon dont leurs œuvres ont été remaniées, mêlées, coordonnées, sous l’influence deutéronomique d’abord, puis sous l’influence sacerdotale, avant de prendre la forme que nous leur connaissons Aujourd’hui dans les livres historiques de la Bible.
Shalloum, fils de Jabèsh, et la maison de Jéhu cessa d’exister1. Shalloum lui-même ne demeura qu’un mois aux affaires : il fut tué dans Samarie par Ménakhem, fils de Gadi*, et Taphsakh et plusieurs autres villes qui avaient essayé de résister à celui-ci furent punies avec une cruauté sans égale. Le châtiment ne se fit pas attendre. En 745, une révolte éclata à Kalakh, dans laquelle disparut Assournirari, et le pouvoir échut aux mains d’un homme peu disposé à mener la vie de roi fainéant. On ne sait d’où sortait Tougoultipalêsharra (Tiglatphalasar) III, s’il appartenait à la même famille qu’Assournirari, ou s’il n’était qu’un usurpateur habile; mais tandis que son origine est obscure, sa personne brille, dans l’histoire, d’un éclat incomparable. 11 était taillé sur le patron des grands conquérants d’aqtrefois,. actif et ambitieux, plus assidu au camp qu’au palais. Venant, comme il faisait, après des années de faiblesse et de décadence, il marque un des points tournants de l’histoire d’Assyrie. Un successeur d’Àssournirari, qui aurait suivi les errements d’Assournirari, aurait consommé la ruine de son peuple : Tiglatphalasar releva les énergies déprimées, montra de nouveau à ses soldats le chemin de l’étranger et les conduisit plus loin qu’ils n’étaient jamais allé avant lui. 11 joignit même aux qualités du général celles de l’administrateur. Ses prédécesseurs comprenaient encore la conquête telle que les Pharaons l’avaient entendue : les pays vaincus étaient pillés à loisir, puis soumis au tribut et leurs chefs assujettis à l’hommage, mais ils n’étaient pas incorporés au territoire de l’Assyrie. Tiglatphalasar procéda par voie d’annexion et de colonisation. Les cantons qui lui paraissaient utiles à garder, il détrônait la famille qui les avait régis, il y implantait des troupes de prisonniers arrachés aux contrées lointaines, et il en confiait le gouvernement à des officiers assyriens qui relevaient de lui directement. La population, astreinte au service militaire, livrait chaque année un nombre déterminé de recrues. Les villes payaient un impôt fixe en métal et en nature : Ninive, trente talents, dont dix consacrés aux frais généraux et vingt assignés à