‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 59 sur 215 · Il Rois, iv, 8 12. — 2. Ibid. y iv · texte numérisé non relu

Il Rois, iv, 8 12. — 2. Ibid. y iv

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

l’entretien de la flotte; Kalakh, neuf, sans parler des étoffes» des chariots, des chevaux, du blé, des produits du sol et de l’industrie locale. Par malheur, ce règne si brillant et si fécond en résultats glorieux est l’un des plus difficiles à enfermer dans le cadre reçu des histoires orientales : les données que ses monuments nous fournissent sur Israël et la Judée diffèrent tellement des récits hébraïques, qu’on ne saurait pour le moment en définir la chronologie exacte sans chance d’erreur ou de contradiction1.

Tiglatphalasar monta sur le trône le 15 lyar (avril) de l’an 745. Il employa six mois à se consolider au pouvoir, puis il partit vers le Sud. Les conditions politiques de la Babylonie avaient bien changé depuis le commencement du vmc siècle. Les Àraméens, jusqu’alors cantonnés dans les marais, s’étaient emparés de la Mésopotamie .entière, même de Babylone, et ils l’avaient morcelée en principautés indépendantes, dont beaucoup portaient le nom. de la race, ou plutôt de la maison (bit) qui les administrait, Bît-Dâkouri, Bit-Amoukkâni, Bît-Sliîlâni, Bît-Shâlli. La plus importante était celle de Bît-Iàkin, aux bords de la mer, à l’embouchure de l’Euphrate et du Tigre, parmi les bourbiers et les dunes2; d’autres s’échelonnaient le long du Tigre et de l’Ouknou, aux confins de l’Élam : là, entre une quarantaine de petits États aux noms bizarres, Itouou, Roubouou, Khamaranis, Loukhouatou, Nabatou, deux tribus jouissaient d’une autorité incontestée, celles de Poukoûdou et de Gamboûlou, campées, comme Bit-Iâkin, dans les marais voisins du golfe

1. Tiglatphalasar eut affaire à trois rois d’Israël, Ménakhem, Pékakh, Iloshéa, et à deux rois de Juda, Azariah et Joachaz. Sans entrer dans le détail des arguments donnés de part et d’autre, je dirai que le Phoul ctleTiglathpkalasar de la Bible sont identiques au Tougoultipalêsharra III des Assyriens, et je sacrifierai les données chronologiques du récit biblique au témoignagne des monuments contemporains. C’est à cette époque surtout qu’il convient d’appliquer les paroles de saint Jérôme dans sa lettre au prêtre Yitalis : « Reloges omnes et Ve t cris et Novi Testament! libres et tantam annorum reperies dissonantiam , et numerum inter Judam et Israël , id est inter regnum utrumque, confusum , ut hu jusccmodi hœrere quœstionibu* non tam studiosi quam otiosi hominis esse videatur » (Sancti Hieronymi, Opéra , édit. Martianay, Paris, 4669, t. II, col. 622). — 2. Fr. Delitzch, Wo lag das Paradies? p. 200-203.

Persique, sur la frontière de l’Élam1. Tiglatphalasar se lança à travers cette mêlée de petits États. Il reçut 1 hommage du prince qui régnait à Babylone, Nabounasir, le Nabonassar des Grecs (747-755), prit Dour-Kourigalzou, Borsippa, Coutha. Un seul des clans araméens se défendit, le Bît-Shîlâni; il fut dévasté systématiquement et son roi Nabououshabshi empalé devant la porte de son palais, les autres se soumirent, et le vainqueur rentra dans sa capitale, après avoir assumé officiellement le titre de roi de Shoumir et d’Akkad2. Une expédition sans importance au Namri, par delà le Zab inférieur (744), compléta la prise de possession des pays du Sud et de l’Est, qui relevaient jadis de Ninive. Ce résultat obtenu, il se porta vers l’Ouest où des ennemis plus sérieux l’attendaient. Le centre de la résistance n’était plus, comme auparavant, le Patin : la cité d Arpad* et le canton d’Agousi exerçaient la haute main sur les contrées qui s’étendent entre l’Amanus et l'Euphrate, et depuis peu l’Ourartou les avaient rangées sous son allégeance. Shardouris 111, le fils et le successeur d’Argishtis, considérait la Syrie du Nord comme l’annexe naturelle de son empire, et désormais toute action de l’Assyrie de ce côté se compliquait d’une querelle avec l’Ourartou. Dès que Tiglatphalüsar eut franchi l’Euphrate et eut mis le siège devant Arpad, Shardouris accourut et menaça ses derrières. Les Assyriens durent quitter leurs lignes pour l’aller combattre, et ils le repoussèrent, mais sa défaite ne mit pas fin à la lutte. Le roi d’Hamath et plusieurs autres se joignirent tour à tour à la coalition sans pouvoir en retarder la ruine. Arpad succomba après trois ans de siège (742-740) ; Hamath ouvrit ses portes bientôt après, et une partie de ses habitants fut exilée dans les villes d’Oullouba et de Birtou, que le roi venait de saccager (759). Cet exemple décida les réfractaires : parmi les dix-huit rois qu’énumèrent les

1. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies? p. 237-241. — 2. Les inscriptions jusqu’à présent connues confondent en un seul récit les deux campagnes de 745 et de 731. J’ai suivi les indications de Schrader, Die Kçilinschriften und das Aile Testament , 1883, p. 249 et 259. — 3. Aujourd’hui Tell Erfâd, à deux lieues environ d’Alep (Kiepert, dans la Zeits. der 1). Morgl. Ges., xxx, p. 655).

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

scribes assyriens comme ayant reconnu alors l’autorité de Tiglatphalasar, figurent Ménakhem de Samarie et Rézôn de Damas1.

Depuis longtemps, les peuples de la Mésopotamie entretenaient des relations suivies avec ceux de la Médie. Trois routes les menaient de la vallée du Tigre moyen au plateau de l’Iran : l’une, la plus employée, franchissait le grand Zab et débouchait dans le bassin du lac d’Ouroumiyèh, par le col

Chameaux à deux bosses amenés en tribut.

de Kélishin; l’autre conduisait à travers la passe de Bannéh jusqu’à l’Ecbatane du Nord; une troisième enfin remontait le petit Zab. Par les trois, les caravanes apportaient à Ninive les produits de l’Asie centrale, l’or, le fer et le cuivre, les étoffes, les pierres précieuses, la cornaline, l’agate, le lapislazuli, quelquefois enfin des animaux curieux, l’éléphant, le rhinocéros et le chameau à deux bosses de la Transoxiane 5.

1. Il est probable, mais non certain, que Ménakhem de Samarie et Rézôn de Damas se soumirent au tribut. Cf. Smith, Assijrian Ihslory , dans la Zeitschrift , 1869, p. 92. — 2. Smith, The Aimais of Tiglalh-Pile zerll, dans la Zeitschrift, 1869, p. 11-13; Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament , 1885, p. 249-258, où l’auteur a incorporé la substance de son mémoire Zur Kritik der Inschriften T iglat h-Pilesers U, Berlin, 1879-1880. — 3. G. Rawlinson, The five great Monarchies , t. II, p. 553, 554, 557-558.

Aussi la plupart des rois ninivites avaient-ils voulu posséder le district de Namri, auquel elles aboutissaient. Ils s’y heurtèrent à des tribus guerrières, analogues pour les mœurs et pour l’audace à ces Kourdes d’aujourd’hui, sur lesquels leurs soi-disant maîtres turcs ou persans n’exercent qu’une primauté des plus contestées. Vers le sud, aux confins de l’Élam et de la Susiane, l’élément araméen dominait encore : là étaient le pays d’Oumliyash avec sa capitale Bît-ïshtar, les cantons de Bît-Sangiboutî, de Bit-Kapsi, les villes de Girgira, d’Akhsibouna et vingt autres dont les noms trahissent l’origine. En seconde ligne, mais toujours sur la frontière élamite, les peuples d’Ellibi se déployaient du nord-ouest au sud-est. Les vallées profondes et boisées, que se creusent les affluents du Tigre et de l’Oulaï, leur offraient des retraites où les chars et les fantassins lourdement armés de l’Assyrie avaient peine à les atteindre : on parvenait encore à les battre, mais tous les conquérants du monde antique, les Perses, les Macédoniens, les Parthes s’efforcèrent en vain de les asservir1. Au nord de ces barbares, mais au sud du Zab inférieur, le Namri, puis, au nord-est, le Parsoua, complétaient la barrière vivante qui séparait Ninive du plateau central. Plusieurs rois y avaient déjà pratiqué la brèche; mêmé Adadnirari IV l’avait forcée2. La première fois que Tiglatphalasar l’assaillit (738), son effort se concentra d’abord sur l’Oumliyash et sur les contrées du sud-est. Le succès fut rapide, complet : tandis qu'il dévastait systématiquement le pays, son lieutenant Assourdaninâni exécutait une razzia fructueuse « chez les Mèdes puissants qui habitent au lever du soleil », et il leur enlevait cinq mille chevaux, des hommes, des bœufs, des moutons. La campagne terminée, les Assyriens occupèrent solidement les points les plus rapprochés de leur territoire. Tiglatphalasar « réorganisa les villes, leur inculqua le respect d’Assour, son maître, y installa les hommes des pays que sa main avait conquis, et, à leur tête, des officiers comme préfets ». Des troubles le

X. Selon un rapprochement ingénieux de M. Delattre le Peuple et l'Empire des M'edes , p. 90, les Eilibi seraient les Élyméens de Strabon, XVII, i, 17-18. — 2. Voir p . 447-448

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

rappelèrent l’année suivante : ils furent promptement, étouffés, et l’armée regagna Ninive chargée de butin. L’annexion et la colonisation de quelques cantons, la soumission de quelques autres à un tribut plus ou moins exactement payé.

furent les seuls résultats de ces deux campagnes ; la Médie propre n’y perdit que des hommes et du bétail !.

1. La présence des noms de Zikrouti, Araqouttou, Ariarva, Nishsha' parmi les noms des peuples vaincus, a fait croire que Tiglajphalasar était allé en Arie, en Arachosie et jusque dans la vallée de l’Indos (E. Norris, Assyrian Diction ary, s. v. Nam ri, Zikrouti, Ariarva, Araqouttou ; Fr. Lenormant, Sur la campagne de Teglathphalazar II dans l'Ariane , dans la Zeitschrift, 1870, p. 48-55, 65-71). Cette hypothèse séduisante a été renversée par M. Patkanoff, dont le mémoire, écrit en russe, n'est pas malheureusement accessible à la plupart des savants, La question de l’identification des tribus mentionnées a été traitée en dernier lieu, avec succès, par Delattre, Esquisse de géographie assyrienne, p. 40-49, et le Peuple et l’Empire des M'edes , p. 85 99.

Cet intermède brillant, mais sans conséquences durables, était clos à peine, que des soins plus pressants ramenèrent Tiglatphalasar au sud et à l’ouest. Jusqu’alors Juda avait eu ‘des rapports peu fréquents avec l’Assyrie. Après sa défaite par Joas, Amaziah avait employé le reste de sa vie à réparer son désastre. Son fils Azariah ou Ozziah acheva la conquête d'Édom et recouvra sur la mer Rouge le port d’Élath, perdu depuis Josaphat; mais atteint par la lèpre dans la force de Page, il associa son fils Jotham au trône *. Grâce à l’énergie de ces deux princes, Juda redevint puissant et prospère, au moment même où le dernier espoir d’Israël s’éteignait avec Jéroboam II. L’énergie féroce de Ménakhem ne put le protéger contre les Assyriens : il dut acheter leur retraite au prix de ses trésors2. Son fils Pékakhiah, qui lui succéda, fut assassiné l’année d’après par un de ses généraux, Pékakh, fils de Rémaliah3. Pékakh gagna à ce meurtre une royauté précaire et menacée de toutes parts. Damas n’avait pas gardé longtemps les garnisons israélites ; après un Renhadad IV dont on ne sait rien4, Rézôn II ceignit la couronne, et, sous sa direction, la Cœlé-Syrie sortit enfin de la torpeur où elle était plongée depuis un demi-siècle. Tant qu’il ne se jugea pas assez solide sur le trône, il s’inclina devant la supériorité de Tiglatphalasar5; mais au sud, dans les pays foulés jadis par ses ancêtres, son ambition se donna carrière. Pékakh, trop faible pour lui résister, trop pauvre pour l’éloigner à prix d’argent, se déclara son vassal, et tous deux unirent leurs armes contre Juda. Un jeune homme de vingt ans, Achaz6, venait d’y succéder à Jotham : ils le battirent en deux rencontres, ils ravagèrent son territoire, et ils encombrèrent les marchés de la Syrie de prisonniers juifs. Aussitôt les Édomites se révoltèrent, les Philistins se jetèrent sur les villes du midi et de l’ouest, Bethshemesh, Aialon, Shoko, Timnah ; dans une de ses pointes vers le sud, Rézôn s’aven-

II Rois , xiv, 17-21; xv, 1-7, 52-58. — 2. II Rois , xv, 19-20, où Tiglatphalasar porte le nom altéré de Phout. — ■ 3. II Rois , xv, 22-25. — 4. Ce Benhadad est mentionné dans un texte mutilé comme père de Rézôn. Cf. Schrader. Die Keilinsckriftenund das Alte Testament , 1885, p. 261-252. — 5. Voir plus haut, p. 407. — 6. Les textes assyriens l’appellent Joachaz.

LE SECOND EMPIRE ASSYRIEN

lura jusqu’aux bords de la mer Rouge et il prit Élath. Comme malgré tout Achaz résistait encore, les deux alliés résolurent de le détrôner et de le remplacer par une de leurs créatures* le fils de Tabéel, sur la fidélité duquel ils comptaient1. Dans cette extrémité, le Juif leva les yeux vers le seul prince assez robuste pour le tirer de danger et assez ambitieux pour saisir un prétexte d’intervenir en Palestine : il ramassa les réserves du temple et il envoya une ambassade les déposer aux pieds du roi d’Assyrie2.

Tiglatphalasar accourut : voyant combien la puissance de Rézôn avait augmenté pendant son absence, il ne l’assaillit point de front* mais il s’attaqua d’abord à Israël. Pékakh ne se sentit pas de taille à lutter et il s’enferma dans Samarie, abandonnant le reste dû royaume. Les tribus du nord et de l’est, déjà plus d’à moitié ruinées pendant les guerres avec Damas, reçurent alors le dernier coup. Tiglatphalasar « vint et prit Ijon, Abel-Beth-Maakha,

Janoha, Kedesh, Hazor, Galaad et la Galilée, même tout le pays de Naphtali, et il en transporta le peuple en Assyrie3 » : Israël ne comprit plus que le territoire d’Éphraïm et quelques cantons voisins. Cette exécution sommaire remplit d’effroi la Palestine et précipita les soumissions : Hannon, roi de Gaza, qui, en sa qualité d’ennemi d’Achaz, se croyait menacé plus directement, s’enfuit au Mousri, dans le désert d’ïdumée; les Philistins se reconnurent tributaires4 (754). Soit crainte, soit faiblesse réelle, Rézôn avait laissé écraser son allié, sans tenter aucune diversion : quand l’ennemi se rabattit sur lui,

1. M. Oppert a supposé que le nom du fils de Tabéel était Azariah d’après les monuments assyriens (cf. la Chronologie biblique , etc., p. 29-32). — 2. II Rois, xvi; Isaïe, vu, vin, ix. — 3. II Rois, xv, 29. — 4. Sehrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 1883, d- 255-256.

il batailla deux années entières (755-752), mais à la fin ses forces s’usèrent, sa capitale succomba et il fut tué. Le vainqueur emmena huit mille habitants à Kîr, en Arménie, et réduisit la Damascène en province assyrienne1. Avant de s’éloigner, il convoqua ses fidèles à le saluer dans la cité soumise (752), et vingt-cinq rois répondirent à son appel : Achaz vint, comme les autres, apporter ses présents d allégeance et remercier son libérateur*.

11 semblait que les Assyriens n’eussent plus qu’à passer en Égypte pour compléter leur domination sur l’ancien monde ; la Ghaldée les rappela des bords de la Méditerranée aux rives de l’Euphrate. Treize aimées s’étaient écoulées depuis que la suzeraineté de Ninive avait été imposée à Babylone; Nabounazir avait été remplacé en 734 par son fils Nabounadinziri, et celui-ci avait été assassiné au bout de deux ans par un de ses officiers, qui se fit roi sous le nom de Naboushoumoukin. Les Araméens saisirent le prétexte de celle usurpation pour intervenir dans les affaires : Oukinzir, prince de Bît-Amoukkâni renversa Naboushoumoukin au bout de deux mois (752) et se fit roi en sa place. Tiglatphalasar intervint à son tour et parut devant Shapia, la citadelle du Bît- Amoukkâni, mais l’opiniâtreté des habitants eut raison de ses assauts : il fut forcé de lever le siège. Il fut plus heureux en 729 et, l’Amoukkâni tombé, les autres princes demandèrent grâce, même celui de Bît-Iâkin, Mardoukabaliddîna (Mérodachbaladan); en 728, Tiglatphalasar saisit les mains de Bel et se proclama roi de Babylone. Il n’an-

1. II Rois , xvi, 9; cf. Isaïe , xvii, 1 sqq. Schrader, Die Keilinschriften, and das Aile Testament , 1883, p. 264-265; Smith, The Annals of Tiglatk-P ilezer II, dans la Zeitschnft, 1869, p. 14. Yoici, autant qu’on peut la connaître, la liste des rois de Damas depuis Salomon :

Rézôn Ier.

Benhadad III.

Khézion (?).

[Mariah.]

Tabivimmon.

Benhadad Ier.

[Benhadad IV.]

Adadézer Benhadad II.

Piézôn II. (?)-732.

Kiuzael.

Page 1