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C’est le nom du grand canal qui arrosait Babylone

labeur ininterrompu avant d’aboutir. Asarhaddon n’épargna rien pour en hâter l’achèvement, ni l’or, ni l’argent, ni les pierres dures, ni les émaux : il rebâtit tout ensemble, les palais, les temples et les deux murs de la ville, ImgourbeJ et Nimittibel, il nettoya le lit des canaux, il replanta les bois sacrés et les jardins du harem. Les habitants furent rapatriés aux frais du trésor des provinces éloignées où ils avaient été bannis, et ils furent réintégrés dans leurs propriétés, avec une indemnité qui leur permit de subvenir aux* difficultés de la première installation. La renaissance de la cité éveilla des inquiétudes et des jalousies chez ses voisines. Dès 680, les Chaldéens se révoltèrent aux ordres de Nabouzîroukinishlishir ; mais celui-ci, débusqué de ses positions par le préfet d’Ourou, se sauva en Élam où Khoumbankhaldash II avait succédé à Khoumbanklioldash Ier, quelques semaines seulement avant la mort de Sennachèrib. L'Elamite, au lieu de lui faire bon accueil, l’empoigna et l’égorgea, pour éviter toute cause de conflit avec l’Assyrie (679).

Cette échauffourée, si vite terminée, n’en eut pas moins des conséquences funestes. C’était la première fois, depuis l’accession de Tiglatphalasar, que les troubles presque inévitables qui accompagnent un changement de dynastie aboutissaient à la guerre ouverte. La grande armée de Sargon et de Sennachèrib s’était dissoute, et les deux fractions en lesquelles elle s’était scindée, commandées qu’elles étaient par des généraux expérimentés, avaient plus souffert en se choquant un seul jour qu’elles ne 1 auraient fait pendant toute une campagne contre leurs ennemis ordinaires. Et cela arrivait après une série d’efforts qui avaient épuisé déjà la population, au moment où des ennemis frais surgissaient partout sur la scène et menaçaient l’empire au Nord et à l’Est. Bien loin vers le Nord, au delà des fleuves de l’Arménie et des pics du Caucase, dans les steppes du continent européen, des tribus sauvages vivaient, les Gimirri, que les Grecs ont connus sous le nom légèrement altéré de Cimmériens. Les légendes qui couraient sur eux les représentaient comme relégués aux confins de l'univers : « Jamais le soleil brillant « ne les atteint de ses rayons, ni lorsqu’il monte au ciel, « ni lorsqu’il redescend du ciel vers la terre, mais une nuit

LES SARG0N1DËS.

« funeste s’étend toujours sur ces misérables mortels1. » Des animaux fabuleux, des griffons au corps de. lion, au cou et aux oreilles de renard, aux ailes et au bec d’aigle erraient autour de leurs campements et parfois les assaillaient : ils se défendaient tant bien que mal à coups de haches, et ils ne sortaient pas toujours indemnes de ces rencontres. Les quelques marchands qui pénétraient chez eux rapportaient des notions moins fantastiques sur la nature du sol qu’ils habitaient; mais ils commençaient seulement à entretenir des

Bataille contre les Griffons.

relations avec le monde méditerranéen, lorsque des circon stances imprévues les obligèrent à émigrer. Les Scythes, chassés des plaines de l’ïaxarte par une invasion de Massagètes, se précipitèrent dans la direction de la Volga et du Don : la terreur qu’ils inspiraient était telle que les Cimmériens préférèrent s’expatrier plutôt que d’affronter leur choc (750). Une tradition, vulgaire en Asie trois siècles plus tard, racontait comment leurs rois les supplièrent de tenir tête aux agresseurs ; le peuple ayant refusé de les écouter, ils s’entretuèrent avec leurs fidèles, et l’on montrait encore leurs sépultures sur les rives du Tyras2. Quelques-unes des

1. Odyssée, XI, 14-19. Éphore applique ce passage aux Cimmériens de son temps qui siégeaient en Grimée, et il l’explique en disant qu’ils étaient un peuple de mineurs vivant perpétuellement sous ferre ( Fragm , 45, dans Müller-Didot, Fragmenta Historicçrwn Grxcorum, 1. 1, p. 245). —2. Hérodote IV, xi-xu- La version d’Aristéas de Proconnèse, telle que

tribus se réfugièrent dans la Chersonès Taurique : le plus grand nombre dépassa les Marais Méotides et poussa vers le Sud, le long de la côte, poursuivi par des hordes Scythes. Cette masse hétérogène, tombant dans le bassin du Cyrus, s’y heurta à l’Ourartou, puis se rejeta au Sud-Est contre le Mannaï : repoussée par les généraux de Sargon contre 720, elle se reporta vers d’autres contrées moins bien protégées. Les Scythes se fixèrent dans le bassin oriental de l’Araxe, aux frontières de l’Ourartou et du Mannaï, et ils y formèrent une sorte de communauté pillarde, sans cesse en querelle avec ses voisins1. Les Cimmériens filèrent à l’Ouest et s’échelonnèrent sur le Haut Euphrate, ainsi que dans les bassins de l’Halvs et du Thermodon, au grand dommage des souverains de l’Ourartou : ils débordèrent de là sur l’Asie Mineure, et, évitant les marches du Taurus, trop bien gardées par les Assyriens, ils s’emparèrent de Sinope, où les Grecs avaient fondé récemment une colonie2, puis ils se ruèrent sur la Phrygie. Ils y rencontrèrent des bandes qui avaient franchi le Bosphore de Thrace vers 710, et parmi lesquelles les historiens anciens citent plus particulièrement les Trères3. Les deux peuples se joignirent et se fondirent pendant' les premières années du vne siècle, et d’abord ils n’attaquèrent point la Phrygie, mais ils occupèrent la côte de l’embouchure du Rhyndakos à celle de l’Halys, et ils constituèrent une confédération, dont Héraclée et Sinope furent les villes principales4 : ils en sortaient chaque année pour se répandre sur les pays voisins, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre5. 11 semble que Sharézer comptait sur leur appui pour

la donnent Hérodote (IV, xm) et Damaste dè Sigée (Müller-Didot, Fragmenta Historicorum Græcorum, t. II, p. 65), présente les choses d une manière plus compliquée : les Arimaspes auraient chassé les Isséd.ons qui jetèrent les Scythes sur les Cimmériens. — 1. Ce sont les Ashkouzai ou Ishkouzai des inscriptions assyriennes, comme Winckler l’a démontré [Àltorientalische Forschungen , t. I, p. 187-188). — 2. Hérodote, IV, xii. Scymnus de Chios, 941-952, dans Müller-Didot. Géographie Grœci Minores , t. I, p. 236. — 3. Strabon dit que les Trèr.es étaient à la fois des Cimmériens (xiv, I § 40, p. 647) et des Thraces (xm, I § 8, p. 386). — 4. Arrien parlait de leur séjour aux bords du Sangarios, chez les Maryandiniens ( Fragm . 47, dans Müller-Didot, Fragmenta Historicorum Græcorum , t. I 11 , p. 595). — 5. Leur empire a été défini

LES SARGOMDES.

lutter contre son frère ; en tout cas, ils profitèrent des troubles que son crime souleva pour tâter les Assyriens. Leur roi Tioushpa chassa les garnisons qui tenaient la Cappadoce et il groupa autour de lui les populations indisciplinées de la plaine Cilicienne. Asarhaddon l’arrêta sur le Saros, le battit près de Khouboushna et le rejeta au delà de l’Halvs1. Tandis que ses généraux achevaient de remettre l’ordre de ce côté, lui-même travaillait à réprimer les révoltes que le bruit de l’invasion cimmérienne avait suscitées

Les Scythes préparant leurs armes.

un peu partout en Syrie. Il écrasa successivement les gens de Parnaki entre l’Euphrate et le Balikh, puis la Cilicie et la Phénicie. Abdimilkôt, roi de Sidon, avait lié partie avec un certain Sandouarri, qui possédait les deux forteresses de Koundou et de Sizou en Cilicie2 : ils furent pris l’un et l'autre, et Sidon livrée à la fureur des soldats. Les autres princes de la Syrie, convoqués en hâte, assistèrent aux châtiments de la cité rebelle, et, après avoir rendu leur hommage au souverain, ils retournèrent dans leurs États, convaincus que l’Assyrie n’avait rien perdu de sa vigueur (679).

La mésaventure des Cimmériens ne servit pas de leçon

très exactement dès le xviii* siècle par Fréret, Mémoire sur tes Cimmériens. dans les Mémoires de /’ Académie des Inscriptions , 1745, t. XIX, p. 609. — 1. Khouboushna est peut-être la Kabessos des géographes grecs ét latins. — 2. Koundou est la ville que les géographes

aux Scythes. En 078, leur roi Ishpakaï1 s’allia aux Mannaï et tenta la fortune avec eux : il fut repoussé avec pertes au Nord du lac d’Ouroumiyéh, mais cet insuccès ne fut pas assez grave pour couper court aux intrigues scythiques, et un autre chef de hordes, Kashtariti, essaya de réunir les Mèdes, les Ourartiens, les Mannaï et les Cimmériens contre l’Assyrie. Le mariage d’une filie d’Asarhaddon avec un troisième roitelet Scythe du nom de Bartatoua5 rompit l’entente et empêcha la coalition de se nouer. Il fallut néanmoins une surveillance active pour contrebalancer les manœuvres de Kashtariti, et deux fois au moins Asarhaddon dut aller étouffer au fond de la Médie des rebellions qu’elles avaient provoquées. « Le pays de Patousharra est situé chez les a Modes lointains et compris dans le Bikni, montagne de « cristal, et dont personne parmi les rois mes pères n’avait foulé le sol. )) Deux de ses chefs, Sidirparna et Ëparna, dont les noms ont une physionomie arienne, furent emmenés en esclavage. Un peu plus tard, trois autres princes voisins, Ouppiz, maître de la ville de Partakka, Zamasana de Partou kka, Ramatiya d’Ûurakazabarna, implorèrent l’aman. Les marches mèdes jouirent d’un calme profond jusqu’à la tin du règne : le gouverneur de Kharkhar, de qui elles mouvaient. n’eut plus que des actes de brigandage insignifiants à réprimer.

La restauration de Babylone ne s’était pas achevée sans produire quelques complications nouvelles. Le môme sentiment de jalousie qui avait mis les armes aux mains des Chaldêens trois ans plus tôt souleva les gens du Bît-Dakkoûri en 670. Lorsqu’il leur fallut restituer aux Babyloniens revenus d’exil les terres qu’ils avaient saisies, ils s’v refusèrent énergiquement : pour triompher de leur mauvais vouloir, Asarhaddon dut déposer leur roi Shamashibni et lui substituer Naboushallim, fils de Bélésvs. Peut-être, les Araméens du désert et les tribus arabes qui rôdaient entre l’Euphrate

classiques nomment Kouinda (Strabon, XIV, 5 §, 10, 617). entre Tarse et Anàzarbê. **- 1. Ce nom, qui a une physionomie iranienne, semble se rattacher à la même racine que le mède Spakô , qui signifiait chienne (Hérodote, I. ex). — 2, Probablement le Protothoués d’Hérodote, 1, cm.

LES SARGONIDES.

et la Syrie s’étaient-ils compromis avec le prince du Bît- Dakkoûri, ou peut-être avaient-ils profité des guerres du Nord pour pousser sur le territoire babylonien des razzias plus sauvages qu’à l’ordinaire. Déjà, vers la fin de son règne, Sennachérib, afin de châtier l’un des chéikhsde Kédar, Khazael d’Adoumou, avait emporté les statues d’Atar-Samaïn et des autres dieux de la tribu : la perte de leurs idoles avait affligé tellement les Arabes, qu’au début du règne d’Asarhaddon, Khazael était venu lui-même à Ninive et qu’il en avait réclamé humblement la restitution. « J’eus pitié de « lui, dit l’Assyrien. Je fis réparer ses dieux, j’y inscrivis « l’éloge d’Assour, mon maître, accompagné de ma signa- « ture, et je les lui rendis. » Les Arabes payèrent cette concession assez cher : on leur imposa pour reine Tabouya, qui avait été nourrie dans le palais de Ninive et dont le dévouement était acquis à la politique assyrienne ; le tribut payé jadis à Sennachérib fut augmenté de soixante-cinq chameaux. C’était la rançon des idoles ; une occasion se présenta bientôt d’aggraver encore les charges qui pesaient sur les habitants du désert. Khazael mourut, et un petit chef, nommé Wahab, brigua sa succession; sur quoi Asarhaddon le fit emprisonner et investit Yatailou, fils tde Khazael, puis, afin de se rembourser des frais de l’opération, il obligea son protégé à livrer chaque année au trésor dix mines d’or, mille escarboucles et cinquante chameaux de l’espèce la plus estimée. Il avait ainsi confirmé sa suprématie sur la portion de l’Arabie qui séparait Babvlone de Damas; en 675, il s’aventura plus au Sud, mais les sables arrêtèrent sa marche. Il se contenta d’annexer le pays de Bâzou, « dont le site est lointain, un passage de dépérissement, une région de défaillance, un lieu où règne la soif », et celui de KMzou, dans lequel il tua huit rois. « Je traînai en Assyrie leurs dieux, leurs dépouilles, leurs trésors et leurs sujets. Layalé, roi de Yadiah, s’était soustrait à ma domination; quand il apprit le rapt de ses idoles, il comparut devant moi à Ninive, la ville de ma royauté, il s’inclina devant moi, et je lui pardonnai son péché, je l’accueillis avec bienveillance. Quant à ses dieux, j’écrivis au-dessous de leurs images les éloges d’Assour, mon maître, je les apportai et les lui resti-

tuai, puis je lui confiai ce pays de Bâzou et je lui ordonnai de payer un tribut à ma royauté1. » La nouveauté n’était pas le seul mérite de ces exploits. La soumission de ces tribus avait pour résultat et d’empêcher les ravages qu’elles opéraient dans la Chaldée et d'ouvrir aux caravanes la route la plus directe entre Babylone et Damas; elle compléta heureusement l’œuvre de pacification entreprise sur les frontières. Asarhaddon avait vaincu les Gimmériens.et les Scythes, étouffé les troubles de la Babylonie, entretenu de bonnes relations avec l’Élam, pacifié l’Arabie; il était libre maintenant de consacrer toute son attention à l’Egypte, dont les intrigues l’inquiétaient depuis longtemps.

Les Assyriens en Égypte, Taharqou (692-666) conquête de l’Égypte par Asarhaddon (670);

Assourbanabal (667-625?); conquête de l’Élam.

Depuis le désastre d’Allakou et la catastrophe de Sennachérib, Shabitkou s’était tenu toujours sur la défensive : il s’était renfermé dans les frontières de l’Égypte, et il avait lutté énergiquement pour dominer sur les princes du Delta. Mais ses efforts n’avaient point prévenu la catastrophe : le prince qui régnait alors au Gebel Barkal l’attaqua, le prit et le tua2. Les barons transférèrent leur allégeance au vainqueur, et le plus considérable d’entre eux, Stéphinatès, qui commandait à Sais et à Memphis, reconnut l’Éthiopien pour seigneur (692). Taharqou appela de Napata sa mère qu’il qualifia grande régente, dame des deux pays, maîtresse de t.outesles nations. Elle descendait probablement des premiers prophètes d’Amon, et elle lui avait transmis les droits qu’elle avait à la couronne ; c’était donc sa propre usurpation qu’il légitimait en lui prodiguant tant d’épithètes pompeuses3. L’anti-

1. Maspero, les Empires , p. 348-360. Les pays de Bâzou et de Khâzou sont bien certainement Bouz et Khouz de la Bible ( Genèse , xxn, 21 ; Jérémie, xxv, 32). Le site en doit être cherché au sud-est des montagnes du Hauran, dans les régions explorées récemment par lluber. — 2. Manét.hon, édit. Unger, p. 251. — 3. E. deRougé. Sur quelques monuments du règne de Tahraka, dans les Mélanges d' archéologie égyptienne et assyrienne , t. I, p. 82, et Inscriptions hiéroglyphiques, pl. lxxiv-

LES SARGONIDES.

quité classique admit ses titres à la gloire du conquérant : une tradition en vogue à l’époque gréco-romaine assurait qu’il avait parcouru l’Afrique entière de la mer Rouge aux colonnes d’Hercule1. Ses portraits le représentent avec une tête lourde, carrée, au* joues pleines, à la bouche ferme, au menton obstiné, et ce que nous connaissons de son histoire confirme l’impression de vigueur physique et morale qu’ils nous donnent. Il est certain qu’aussitôt entré en possession du Delta, il suivit avec attention ce qui se passait aü delà de l’isthme. Nous n’avons, il est vrai, aucune indication sur la politique qu’il suivit à l’égard de la Judée, mais nous pouvons être assurés qu’elle porta ombrage à l’Assyrie, car Asarhaddon résolut, dès qu’il fut libre par ailleurs, d’en finir une fois pour toute avec l’Égypte. Depuis un demi-siècle que les deux puissances se heurtaient par intervalles et ne cessaient jamais de s’observer, les Assyriens avaient eu plus d’une occasion de constater que Pharaon n’était pas de taille à tenir devant eux les armées de l’Égypte et même celles de l’Ethiopie, si braves qu’elles fussent, avaient un armement et une tactique trop arriérées pour se mesurer avec avantage aux bandes Ninivites, aguerries au contact des nations les plus vigoureuses de l’Asie, les Élamites, les gens de l’Ourartou, les Mèdes, les Gimmériens, les Scythes. Leur principale défense était la région presque sans eau qui sépare la Philistie et la Judée du Delta : si l’on réussissait à mener une armée nombreuse au delà de ce désert inhospitalier, Memphis serait une proie aussi facile que Babylone l’avait été. Asarhaddon

Taharqou.

S. Birch, Monuments of the retgn of Tirhakah, dans les Transactions of the Society of Biblical Archseology , t. VII, p. 199, Petrie, Tunis , t. II, p. 29-30, pl. IX, n° 162. — 1. Strabon, xv, 1 § 6, qui paraît avoir emprunté ce renseignement à Mégasthènes.

se prépara donc méthodiquement à la lutte. En 675, il avait pacifié le Miloukhkha et gagné les Nomades du désert Iduméen, de façon à ne pas être inquiété pendant le trajet des solitudes, mais une diversion opérée par les Élamites l’avait arrêté. Khoumbankhaldash II avait franchi le Tigre et ravagé la plaine jusqu a Borsippa, sans que les garnisons pussent empêcher ses déprédations. Par bonheur il mourut soudainement quelques jours après son retour à Suse, et son frère Ourtaki eut trop à faire de s’asseoir sur le trône solidement pour songer à recommencer les hostilités (674). Asarhaddon se retourna donc vers l’Égypte, mais cette première attaque échoua, et Taharqou conçut un orgueil immense pour s’être tiré de cette épreuve à son honneur. Comme beaucoup des contrées sur lesquelles son ennemi dominait comptaient parmi celles que ses ancêtres thébains avaient possédées jadis, il orna la base de sa statue d’une liste de nations et de villes copiées sur les monuments de Ramsès II : les Khâti, le Mitanni, Gargamish, Arvad y figurent côte à côte avec Assour. C’était là pure fanfaronnade, car il ne mit jamais le pied sur le sol de l’Asie, mais sa victoire lui créa des alliés parmi ceux des petits États Syriens qui nourrissaient encore l’espoir de recouvrer leur indépendance. Tyr n’avait jamais reconnu l’autorité de l’Assyrie depuis les jours d’Éloulaeos, mais elle ne conservait que son île ; son roi Baâlou jugea la circonstance bonne pour recouvrer la portion du continent quelle avait perdue alors, et il conclut alliance avec Taharqou. Les gouverneurs assyriens de la Phénicie proclamèrent aussitôt le blocus et construisirent sur la côte une série de redoutes qui en interdirent l’accès aux Tyriens (672), mais Asarhaddon ne vint pas à leur aide aussitôt qu ils 1 espéraient : une révolte dans le bassin du Haut Tigre, au canton de Shoupria, l’occupa toute l’année 672, et il dut passer l’année 671 entière à observer les mouvements des peuples qui bordaient la frontière septentrionale, les Tabal, 1 Ourartou, les Scythes. Enfin, en 670, il quitta Ninive dans les premiers jours du mois de Nisan ; il inspecta en passant le corps qui tenait Baâlou en échec, puis il poussa jusqu'à Aphek sur le territoire de l’ancienne tribu de Siméon, et il parcourut le Miloukhkha afin d’assurer ses derrières. Après une incursion

LES SARGONJDES.

de six semaines dans des parages sans eau, « infestés de monstres étranges et de serpents à deux tètes », il se replia sur Hapliia, et, longeant la côte, il atteignit la frontière de l’Égypte. Le 3 Tarnmouz, il défit les avant-gardes éthiopiennes près du bourg d'Ishkliotipri : Taharqou, accouru avec le gros de ses forces, livra et perdit deux batailles sanglantes le 16 et le 1 8 Tammouz.

Memphis ouvrit ses portes le 22, après quelques heures d’assaut et fut saccagée.

Les Klhiopiens décimés s’enfuirent dans la direction de Thèbes. L’assaut avait été si rapide que Taharqou n’eut pas le temps d’éloigner sa cour : la reine, les concubines, le prince héritier Oushanahorou, plusieurs* autres enfants du roi luimême, une partie

de la famille de Sa- Stèle triomphale d’Asarhaddon.

bacon et de celle

de Shabitkou tombèrent aux mains des Assyriens. La victoire avait coûté si cher et les Éthiopiens, même en retraite, paraissaient encore si redoutables qu’Asarhaddon renonça à les poursuivre. Il fit bon accueil aux petits princes lorsqu’ils vinrent prêter hommage entre mains, et il les confirma

chacun dans la possession de leurs domaines, mais il installa à côté d’eux des résidents assyriens pour les surveiller, et il changea les noms égyptiens de leurs villes en noms sémitiques : ainsi, Athribis devint officiellement Limirpatêshiassour. Il leur imposa une redevance annuelle de six talents d’or et de six cents talents d’argent, outre des étoffes de lin et des tissus précieux, du vin, des peaux de bêtes sauvages, des chevaux, des moutons, des ânes, puis il revint en Asie à la tète d’un convoi immense de butin et de prisonniers. Son retour fut un triomphe perpétuel : il parada sur toutes les voies et par toutes les cités syriennes ces . bandes d'Égyptiens et d’Éthiopiens sur la valeur desquelles les princes et les peuples avaient établi de si vains espoirs depuis tant d’années. 11 grava une stèle commémorative de sa prouesse au Nahr el Kelb à côté de celles que Ramsès II y avait laissées, et il érigea partout des monuments dont un, découvert à Sindjirli, nous montre Taharqou et son allié Baâlou agenouillés devant lui, l’anneau de servitude aux narines. Il s’intitula désormais le roi d’Égypte, le roi des rois d’Égypte, le roi du Saïd et de Koush, tant ce lui fut grand orgueil d’avoir foulé aux pieds les principautés du Delta. Ft vraiment, l’Égypte était le seul des anciens États Orientaux qui eût toujours défié jusqu’alors les attaques de l’Assyrie. Les Élamites avaient subi des défaites désastreuses et il leur en avait coûté plusieurs de leurs provinces. Les gens de l’Ourartou avaient été refoulés dans leurs montagnes. Rabylone avait été détruite; les Khâti, les Phéniciens, Damas, Israël avaient été absorbés l’un après l’autre. L’Égypte, qui les avait encouragés dans leurs résistances inutiles, n’avait jamais ycrté la peine de ses intrigues, et lors même qu’elle s’etait risquée sur les champs de bataille de la Palestine, elle s’était tirée à bon compte de l’aventure : une fois ses armées revenues au bord de son Nil, nul n’avait osé les y poursuivre, et l’idée s’était enracinée chez ses ennemis comme chez ses amis que le désert la protégeait efficacement contre toutes les atteintes. L’événement prouva qu’elle n’était pas moins invulnérable que les autres royaumes de ce monde, et qu’une attaque hardie avait raison aisément de tous les obstacles placés par la nature sur le chemin de l’envahisseur : la difficulté était

LES SARGONIDES

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moins de la conquérir que de la conserver une fois conquise*.

Asarhaddon est une des figures les plus originales et les plus attachantes de l’histoire d’Assyrie. Actif et résolu, Ï1 l’était autant qu’Assournazirabal ou que Tiglatphalasar,

Sphinx assyrien.

mais il ne joignait à leurs qualités ni leur dureté contre les sujets, ni leur férocité à l’égard des vaincus. 11 saisissait l’occasion d’être clément avec autant de soin que ses prédécesseurs recherchaient celle de se montrer impitoyables ;

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