‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 7 sur 215 · VIII. Qobhou (Btevé,xT)ç · texte numérisé non relu

VIII. Qobhou (Btevé,xT)ç

ÏX. ? (Xevépr]r).

Cf. Mariette, la Table de Saqgarah et la Nouvelle Table d'Abydos .

décisif, la superstition vint en aide aux Égyptiens. Une nuit, tandis que les deux armées étaient en présence, le disque de la lune sembla s’accroître démesurément, au grand effroi des ennemis, qui prirent ce phénomène pour un signe de la colère céleste et qui se soumirent sans combat1. La paix ne fut plus troublée de longtemps, et sa durée favorisa le développement des sciences et des arts. Le successeur de Néchérôphès, Tosorthros, perfectionna l’écriture et la taille des blocs de pierre. Médecin comme Téti, il aurait composé des traités qui existaient encore aux premiers siècles de l’ère chrétienne : aussi les Grecs l’avaient-ils identifié avec leur dieu Asclépios, l’imhotpou des Égyptiens2. Sous l’influence de ce roi et de ses descendants, la richesse du pays s’accrut, les monuments se multiplièrent; par malheur, l’habitude qu’ils conservaient de se faire désigner officiellement par leurs noms d’Horus ne nous permet pas encore de déterminer quel est celui d’entre eux qui édifia un temple à Hieracônpolis en face d’El-Kab3. Encore quelques règnes, et les tombeaux vont nous livrer une telle masse de documents originaux que nous pourrons reconstituer d’une manière certaine, non seulement l’histoire des souverains, mais la vie des simples particuliers.

Une lieue environ à l’ouest de Memphis, la chaîne Libyque se déploie en un vaste plateau, qui court, dans la même direction que le Nil, sur une longueur de plusieurs lieues. A l’extrémité septentrionale, un prince demeuré inconnu, mais qu’il faut peut-être reporter jusqu’aux siècles antérieurs à Ménès, avait taillé en plein roc un sphinx gigantesque, symbole d’Harmakhis, le soleil levant. Plus tard un temple d’albâtre et de granit, le seul spécimen que nous possédions de l’architecture monumentale de l’Ancien Empire, fut construit à quelque distance de l’image du dieu ; d’autres temples, aujourd’hui détruits, s’élevèrent çà et là et firent du plateau entier comme un vaste sanctuaire consacré aux divinités funéraires. Les habitants de Memphis vinrent y déposer leurs morts à l’abri de l’inondation. Les gens du

1. Manéthon, édit. Unger, p. 86-87. — 2. ld.} p. 87; cf. Sethe, Imouthes, 1902. — 3. Quibell, Hiéracônjpolis, t. I, pl. II.

EMPIRE MEMPHITE

vulgaire étaient enterrés dans le sable à un mètre de profondeur, le plus souvent nus et sans cercueils. D’autres étaient ensevelis dans de petites chambres rectangulaires, grossièrement bâties en briques jaunes, le tout surmonté d’un plafond en voûte, d’ordinaire ogivale. Aucun ornement, aucun objet précieux ne les accompagnait au tombeau : seulement^ des vases en poterie étaient placés à côté du cadavre et renfermaient les provisions qu’on lui assignait pour l’autre vie1.

Les tombes monumentales sont, à proprement parler, la demeure du double. Lorsqu’elles sont complètes, elles se divisent en trois parties : une chapelle extérieure, un puits

et des caveaux souterrains. La chapelle est une construction quadrangülaire qu’on prendrait de loin pour une pyramide tronquée. Les faces, bâties en pierres ou en briques, sont symétriquement inclinées et le plus souvent unies : parfois cependant les assises sont en retrait, l’une sur l’autre et forment presque gradins. La porte, qui s’ouvre d’ordinaire dans la paroi de l est, est tantôt surmontée simplement d’un tambour cylindrique, tantôt ornée sur les côtés de bas-reliefs représentant l’image en pied du défunt, et couronnée par une large dalle couverte d’une inscription en lignes horizontales. C’est une prière et l’indication des jours consacrés au culte des ancêtres. « Proscynème fait à Anubis, résidant dans le palais divin, pour que soit donnée une sépulture dans l’Amentit, la contrée de l’ouest, la très grande et très bonne, au féal selon le Dieu grand ; pour qu’il marche sur les voies

Mariette, Sur le» tombes de L'Ancien Empire, p. 2-3.

où il est bon de marcher, le féal selon le dieu grand, pour qu’il ait des offrandes en pains, farines et liqueurs, à la fête du commencement de l’année, à la fête de Thot, au premier jour de l’an, à la fête de Ouagaît, à la grande fête du feu, â la procession du dieu Minou, à la fête des offrandes, aux fêtes du mois et du demi-mois, et chaque jour. »

D’habitude, l’intérieur de la chapelle ne renferme qu’une seule chambre. Au fond, â la place d’honneur, se dresse une Stèle quadrangulaire de proportions colossales, au pied de laquelle oü aperçoit une table d’offrandes en albâtre, granit ou pierre calcaire, posée à plat Sur le sol, et quelquefois deux obélisques minuscules ou deux autels, évidés au sommet pour recevoir les dons en pains sacrés, en liqueurs et en victuailles dont il est parlé dans l’inscription extérieure. L’aspect de la stèle est celui d’une porte un peu étroite, un peu basse, dont la baie serait toujours close. L’inscription gravée sur le linteau nous apprend le nom du maître du tombeau. Les figures taillées dans les montants sont ses portraits et ceux des personnes de sa famille. La petite scène du fond le montre assis devant sa table, et l’on a poussé le soin jusqu’à graver auprès de lui le menu de son repas. La stèle était à proprement parler la façade extérieure de la maison éternelle où chacun allait s’enfermer à son tour. Rien d’étonnant qu’on l’ait faite à la semblance d’un'e porte : si la porte est fermée, c’est que nul ne devait pénétrer dans le caveau, ni voir le sarcophage, passé le jour de l’enterrement. La formule qu’on y inscrivait n’était pas seulement une épitaphe destinée à rappeler aux générations futures que tel ou telle avait existé jadis; elle préservait le nom et la li Dation de chacun, et elle attribuait au mort un état civil, sans lequel il n'aurait pas eu de personnalité dans sa vie nouvelle : un mort sans nom aurait été comme s’il n’existait pas. Ce n’était, là toutefois que la moindre vertu de la stèle : la prière et les figures qui y étaient tracées avaient pour effet d’assurer des moyens d’existence au personnage auquel elle était consacrée. Comme les vivants ne sont pas en communication directe avec les morts et ne peuvent leur transmettre tes offrandes de la main à la main, ils élisent un dieu pour intermédiaire et ils lui dédient le sacrifice, à la con-

EMPIRE MEM FUITE

dition qu’il prélèvera là part de son féal sur toutes les bonnes choses qu’Ori lüi vOüé et dont il vit. L’être invoqué est presque toujours lë chacdl Anubis ou le Dieu grand , c'est-à-dire OsiPis. L’âriie ou plutôt le double du pain, des

Stèle représentant une façade (lé maison.

boissons, de la viande, se rendait de la sorte daiis l’autre monde et il y nourrissait lé double de l’hotnitie. Il n’y avait même pas besoin que cette offrande fût réelle pour être effective : le premier venu, répétait avec la voix juste la formule de l'offrande, procurait par êela setil âu double la possession de tous les objets dont il récitait l’énumération.

Dans bien des câs, la Stèle Seule était gravée; souvent

aussi, les parois de la chambre étaient décorées de tableaux et de scènes sculptés avec soin. Un seul de ces tableaux a 'une signification funéraire bien marquée et représente la façon dont le mort exécutait son voyage d’outre-tombe. Les Égyptiens pensaient, comme la plupart des peuples, que le passage de cette terre-ci à Vautre terre ne peut pas s’opérer indifféremment à tous les endroits. Le point exact d’où leurs âmes partaient pour entrer dans le monde surnaturel se trouvait à l’ouest d’Abydos, et c’était une fente de la montagne. La barque du soleil, le soir, arrivée au terme de sa course diurne, se glissait avec son cortège de dieux par la bouche de la fente et pénétrait dans la nuit. Les âmes s’y insinuaient avec elle sous la protection d’Osiris. Il fallait donc qu’elles se rendissent à Abydos de tous les points de l’Égypte, et l’on supposait qu’elles faisaient le voyage par eau. Cette expédition est fréquemment représentée sur les peintures des tombeaux. D’ordinaire, le mort, habillé de ses vêtements civils, commande la manœuvre comme s’il eût été encore en vie. D’autres fois, il était enfermé dans un catafalque entouré de pleureuses et de prêtres. Des canots et des chalands chargés d’offrandes escortent les barques principales. Les gens de l’équipage poussent des cris de bon augure: « En paix, en paix, auprès d’Osiris! » ou causent et se disputent entre eux. On serait tenté de croire qu’il s’agit d’une véritable traversée, et les Grecs se sont laissé tromper aux apparences. Ils racontaient que les plus considérés et les plus riches des Égyptiens se font enterrer dans Abydos parce qu’ils estiment à honneur de reposer auprès d’Osiris. En fait, les personnages des tableaux d’hypogées ne vont pas réellement à Abydos. Ils reposent à Memphis, à Béni-Hassan, à Thèbes ou dans telle autre ville : leur âme seule partait en excursion après la mort1.

Toutes les autres scènes nous font assister à la préparation et au transport des offrandes funéraires. De leur vivant, les grands seigneurs passaient avec les prêtres de véritables contrats, par lesquels ils donnaient à tel ou tel temple des terres et des revenus en échange de sacrifices aux époques réglées

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