‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 73 sur 215 · Voir page 467-409 de cette histoire · texte numérisé non relu

Voir page 467-409 de cette histoire

LES DÉBUTS DE LA MÉDIE

le plateau même, s’empara de la plupart des villes, les annexa à l’Assyrie, et construisit des forteresses sur plusieurs des points importants. Fidèle aux traditions de la politique assyrienne, il déporta des Mèdes dans les provinces occidentales de son empire, à Hamath, dans la Cœlé-Syrie, et il sema la Médie de colonies syriennes : une partie des juifs de Samarie y fut exilée de la sorte1. Comme tribut enfin, il exigea chaque année le don d'un certain nombre d’étalons niséens. Il régnait en souverain sur tous les chefs de la région, sur celui d’Allabria et sur celui d’Ellibi2, sur les princes d’Agazi, d’Ouriakkou, d’Ambanda, de Zikartou. et sur vingt autres dont nous ne savons où placer les domaines. Deux ou trois noms de chefs ont la forme iranienne, Pharnès, Ariya, Vastakkou, et le seul district dont on puisse dire qu’il était à coup sûr occupé par les Ariens, celui de Partakanou, figure le dernier et le plus lointain sur la liste des tributaires. Un seul nom tranche sur la masse, celui d’un Davaoukkou, dont la légende s’empara bientôt pour lui attribuer la fondation de l’empire mède3.

Hérodote nous raconte, en effet, que vers 708, c’est-à-dire au moment où Sargon était tout-puissant, les tribus éparses de la Médie s’étaient réunies en un corps de nation et que les principautés isolées s’étaient fondues en un royaume unique. <( Il y avait chez les Mèdes un homme sage, à qui était nom Déiôkès, le fils de Phraortès. Ce Déiôkès, enamouré du pouvoir, fit comme il suit : Les Mèdes vivaient par bourgades; lui qui était, dès avant cela, des plus considérés dans la sienne, mit de plus en plus son étude à la pratique de la justice; et il en agissait ainsi quand le désordre était grand par toute la Médie, sachant combien l’injustice est ennemie du juste. Les Mèdes de sa bourgade, voyant ses manières, le choisirent pour leur juge, et lui, comme il courtisait le pouvoir, était droit et juste. Agissant de la sorte, il eut louange non petite de ses concitoyens, à ce point qu’apprenant ceux des autres bourgades qui avaient été jusqu’alors frappés d’injustes sentences, comment Déiôkès était le seul homme

1. II Rots. xvii. 6; xviii, Il ; cf., p. 485. — 2. Sur l’Elllbi, voir p. 468 note 1. — 3. Delattre, le Peuple et l'empire des Mèdes. p. 99-125.

qui jugeât selon le droit, dès qu’ouïrent la chose, tout contents accoururent vers Déiôkès et, jugés eux aussi, à la lin ne s’adressèrent plus à aucun autre. Comme la foule des clients augmentait toujours à mesure qu’on se persuadait de l’équité de ses jugements, voyant Déiokès que tout reposait sur lui, plus ne voulut s’asseoir au lieu où s’asseyant jusqu alors avait rendu justice, et assura qu’il ne voulait plus juger; car point ne trouvait son compte à négliger ses propres affaires pour juger tous les jours celles d autrui. Les rapines et le désordre revenant dans les cantons plus qu’ils n’avaient fait auparavant, les Mèdes s’assemblèrent en un même lieu et se consultèrent entre eux, parlant pour ce qu’il convenait faire. Selon ce que je pense, les amis de Déiokès parlèrent plus que tous les autres : « Nous ne pou- « vous continuer d’habiter le pays dans l’état où nous « sommes. Allons, établissons un d’entre nous comme roi, «< et ainsi le pays sera bien gouverné et nous retournerons à « nos affaires, et nous ne serons pas maintenus par l’injus- « tiee dans un état de trouble perpétuel » Parlant à peu près ainsi, ils se persuadèrent qu’ils voulaient un roi. Et surle-champ on examina qui on élirait roi : Déiôkès fut proproséet fort loué par un chacun, si bien qu’ils convinrent de Délire toi1. » Une fois maître, Déiôkès se construisit un grand palais et s’entoura d’une garde royale. 11 commanda ensuite à ses sujets d’abandonner leurs villages et de s’assembler auprès de lui, dans tes murs d’une grande capitale. (< Les Mèdes, dociles à ses ordres, bâtirent cette ville immense et bien fortifiée qu’on nomme Acbatana. Ses enceintes sont excentriques et construites de telle sorte que chacune dépasse l’enceinte inférieure seulement de la hauteur de ses créneaux. L assiette du lieu, qui s’élève en colline, tavorisa cét arrangement. Il y avait en tout sept enceintes, et dans la dernière le palais et le trésor du roi. Le pourtour de la plus grande égale à peu près le pourtour d’Athènes. Les créneaux -de la première sont peints en blanc; ceux de la seconde en noir; ceux de la troisième en pourpre; ceux de la quatrième en bleu ; ceux de la cinquième sont d’un rouge orangé. Aux

Page 1