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Hérodote, I, xcvi-icvuï

LES DÉBUTS DE LA MÉDIE

deux dernières, ies créneaux sont argentés pour l’une et dorés pour l’autre. Toutes ces fortifications, Déiôkès les fit élever pour lui-même et pour son palais; il commanda au peuple de se loger hors de la citadelle. La ville terminée, il posa le premier en règle que nul n’entrerait chez le roi, mais que toutes les affaires s’expédieraient par l’entremise de certains officiers qui les rapporteraient au monarque; qu’il serait indécent de regarder le prince en face, de rire ou de cracher en sa présence. Il établissait ce cérémonial autour de lui pour ne pas donner à ses contemporains élevés avec lui, aussi bien nés et aussi bien doués que lui, l’occasion de s’aigrir à sa vue et conspirer contre lui : il pensait qu’en se rendant invisible à ses sujets, ils finiraient par le considérer comme un être d’une nature différente1. »

Deux ou trois faits à peu près positifs se détachent sur ce fond de légendes. Il est vraisemblable que le Dayaoukkou des textes assyriens, le Déiôkès d’Hérodote, se créa réellement une principauté importante aux pieds de l’Elvend et qu’il y fonda Ecbatane la Grande, ou du moins qu’il l’éleva au rang de capitale. Il ne devint jamais le souverain vénérable que la postérité s'imagina qu’il était, et le territoire soumis à son autorité représente à peine la moitié de ce qu’était la Médie à l’époque classique. 11 n’en réussit pas moins, — et c’est ce qui lui valut sa renommée par la suite, — à fournir aux tribus Mèdes un centre autour duquel elles se rallièrent peu à peu. L’œuvre déconcentration était à peine commencée sous Sennachérib, et ce n’est pas sans raison que la légende considérait le long règne de Déiôkès comme une époque de paix. Le demi-siècle de durée qu’elle lui assigne correspond au moment de la plus grande puissance assyrienne : sous Sennachérib, sous Àsarhaddon, sous Assourbanabal, la Médie, trop faible encore pour se rendre indépendante, relevait des gouverneurs installés à Kharkhar et elle leur versait son tribut avec résignation2.

La tradition assignait un certain Phraortès5 pour succes-

1. Hérodote, I, xcvm-xeix. — 2. Maspero, les Empires , p. 324-328, 446-454. — 3. Hérodote, I, en. Un passage de l’inscription de Béhistoun (n, 1. 14) nous fait connaître la tonne originale du nom, Frawarti

seur au pacifique Déiôkès. Il monta sur le trône vers 653, en un temps où l’étoile d’Assourbanabal était encore dans l’ascendant, et il ne semble pas qu’il ait essayé tout d’abord de secouer le joug assyrien. Il débuta par l’annexion des petits États les plus proches, puis il s’attaqua à l’autre branche de la race, celle qui, par le nombre et par la valeur militaire de ses clans, était seule capable d’entrer en compétition avec son propre peuple1. Les Perses, concentrés 'a l’origine dans les vallées étroites qui coupent le plateau iranien, vers le sud, avaient pris occasion des embarras de l’Élam et de ses luttes avec l’Assvrie, pour se développer à ses dépens, depuis la fin , du vme siècle. Ils choisissaient leurs rois dans la famille d’un certain Akhamanish, l’Achéménès des Grecs, lequel, au temps de l’invasion iranienne, aurait été le chef de la principale des tribus persanes, celle des Pasargades. Achéménès aurait eu pour successeur un Téispès, qui régnait pendant les années où Assourbanabal consomma la ruine de Suse : il acquit la partie orientale de l’Élam et il s’intitula roi d’Anshân8. La Perse, telle quelle se trouva constituée par cette annexion, s’étendait depuis l’embouchure de l’Oroatis, le Tab des modernes, jusqu’à l’entrée du détroit d’Ormuzd. La région des côtes, dont les alluvions ont grandement modifié le tracé depuis l’antiquité, est formée de bancs de sable et d’argile rangés parallèlement : elle est stérile et mal arrosée. Le reste du pays est coupé par plusieurs chaînes de montagnes qui vont s’élevant toujours, de la mer au plateau : il est infécond par places, surtout au Nord et à l’Est, mais boisé ailleurs et riche en céréales. Quelques rivières seulement, l’Oroatis, l’Araxès (Bendamir) et le Kyros (Kourab) rompent la barrière côtière jusqu’à la mer : la plupart des eaux n’ont pas d’écoulement et elles s’accumulent au fond des valléos, en lacs qui varient de surface selon les saisons. Les dix ou douze tribus, enlesquellesles Perses se divisaient, se répartirent ce territoire assez inégalement. Les Pasargades, parmi les-

ou Fravartish : il signifie le croyant , celui qui proclame sa foi en Ahouramazda (Justi, Eramsches Namenbuch , p. 105). — 1. Hérodote. I, ch. — 2. Hérodote dit formellement que Téispès succéda à Achéménès (vu, xi), et son témoignage est confirmé par celui du roi Darius (Ima iption de Behistoun. col. I, 1. 56).

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quels on élisait les rois, les Maraspiens et les Maspiens, dont les chefs appartenaient aux sept familles les plus nobles de la nation, se cantonnèrent sur le rebord du plateau, autour de la ville de Pasargades. Les Panthialéens. les Derusiéens et les Carmanes menaient la vie sédentaire dans les régions de l’Est, tandis que les Daens, les Mardiens, les Dropiques et les Sagartiens séjournaient, à l’état nomade, dans les districts les plus rapprochés de la Susiane. Les Perses étaient une race intelligente et fine, dure à la fatigue, belliqueuse d’instinct. Ils étaient hauts et minces de taille, larges d’épaules et de hanches, avec une tête petite et une abondance de cheveux et de barbe bouclée, un nez droit, une bouche ferme, un œil perçant et alerte. Phraorle triompha d’eux, malgré leur vaillance, et, renforcé de leurs contingents, il réussit à conquérir tous ses voisins1.

Ce succès l’enivra au point qu’il se crut de taille à affronter les Assyriens. Cela se passait vers 655, une dizaine d’années après la chute de l’Élarn, et il n’est pas probable que l’Assyrie eût décliné sensiblement pendant cet intervalle de temps. Assourbanabal, vieilli et saoûl de victoires, se tenait partout sur la défensive, et il ne se mettait en mouvement qu’à la dernière extrémité, sur la menace d’une révolte à l’intérieur ou d’une agression étrangère. Il employait ses loisirs à construire des temples ou à décorer des palais et à recueillir dans les bibliothèques sacrées, surtout dans celles de Babylone, les vieux livres qui renfermaient la littérature, les sciences, les arfs, l’histoire de la Chaldée ancienne. Il les faisait transcrire par ses scribes et, de ces copies, il formait à Ninive une bibliothèque dont les débris sont arrivés jusqu'à nous2 C’est ce moment de prospérité unique que Phraorte choisit pour le défier. Nous n’avons aucun renseignement sur la marche de la guerre : nous savons seulement que les Mèdes furent vaincus et que leur roi tomba sur le champ de bataille avec la plus grande partie de ses troupes3. Son fils Cyaxare n’abandonna point la partie, mais, avant de reprendre l'offensive, il réforma le recrutement et l’organisation de son

1. Hérodote, I, eu. — 2. Maspero, les Empires , p. 459-464. — dote. I, eu.

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