Deutéronome , xm
sortie d’Égypte ; mais les deux autres, celle des semailles et celle des Tabernacles, se rattachaient simplement aux phases de l’année et avaient lieu, la première sept semaines après le commencement de la moisson, la seconde lors de la rentrée des dernières récoltes. Le prêtre prend sa part de la victime offerte en ces circonstances diverses et de la dîme annuelle ou triennale que le législateur impose sur le blé, sur le vin, sur les premiers-nés du bétail, et dont le produit était consacré à une sorte de fête de famille célébrée dans le lieu saint. 11 est donc assimilé aux pauvres de Dieu, à la veuve, à l’orphelin, à l’étranger, et son pouvoir n’est guère plus grand qu’il n’était au début de la monarchie L C’est en effet au prophète qu’appartient le devoir de diriger le peuple dans tous les cas non prévus par la loi. « Je mettrai mes « ordres en sa bouche, dit Jahvéh, pour qu’il proclame ce « que je lui commanderai. Et si quelqu’un devait ne pas « écouter mes ordres qu’il proclamera en mon nom, je lui a en demanderai compte. Mais un prophète qui aurait l'au- « dace de proclamer en mon nom des ordres que je ne lui « aurais pas donnés, ou qui parlerait au nom d’autres dieux, « ce prophète-là doit mourir. Et si vous vous dites en vous- « mêmes : Comment saurons-nous quel est l’ordre que Jahvéh « n’aura point donné ? » Si un prophète parle au nom de « Jahvéh et que la chose n’arrive pas et ne s’accomplit pas, « c’est un ordre que l’Éternel n’aura point donné : le pro- « phète aura parlé dans sa présomption, vous ne devez pas « en avoir peur 2. »
Le code soi-disant mosaïque existe encore, au moins dans ses parties principales. Il a été intercalé plus tard dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Deutéronome, et il en forme la section législative5. La lecture achevée, Josias, « se plaçant « sur l’estrade, proclama le pacte avec Jahvéh, savoir de « suivre Jahvéh de cœur et d’âme, de garder ses com- « mandements, préceptes et ordonnances, et de valider « ainsi les- paroles de ce pacte, telles qu’elles étaient
1. Cf. p. 400-409. — 2. Deutéronome, xvur, 18-22. — 5. Les chapitres îv, 44-xxvi et xxxvm (Kuenen, The Religion of Israël , t. Il, p. 15-17; Reuss, la Bible : T Histoire sainte et la Loi , t. I, p. 160).
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« écrites dans ce livre ». En terminant la rédaction de son code, l’auteur avait adopté une fois de plus le ton menaçant des prophètes à l’égard de Juda. « Si vous n’obéissez « point à Jahvéh, si vous ne pratiquez point ses comman- « dements et ses lois que je vous prescris aujourd'hui, toutes « les malédictions vous frapperont et s’accompliront sur « vous. Vous serez maudits à la ville, maudits à la campagne. « Maudit sera votre panier et votre pétrin, maudit le fruit « de vos entrailles et le fruit de vos champs ; vos vaches et « vos brebis seront stériles. Vous serez maudits dans toutes « vos entreprises... Le ciel au-dessus de vos têtes sera d’ai- « rain, et la terre sous vos pieds sera de fer : Jahvéh fera « <jue la pluie qu’il faut à votre terre soit du sable et de la « poussière qui tombera du ciel jusqu’à ce que vous soyez « ruinés.... Quand vous vous fiancerez à une femme, un « autre la possédera ; quand vous bâtirez une maison, vous « n’y demeurerez pas ; quand vous planterez une vigne, à vous n’en goûterez pas le fruit.... Vos fils et vos filles « seront livrés à d’autres peuples ; vos yeux le verront et « ne cesseront de se consumer de regrets, et votre main « sera impuissante.... Jahvéh fera lever contre vous un peu- « pie venant de loin, de l’extrémité de la terre, et fondant s sur vous avec la rapidité de l’aigle ; un peuple dont vous « ne comprendrez point la langue, un peuple au regard la- « rouelle, qui ne respectera pas le vieillard, ni n’aura pitié « de l’enfant... Il vous assiégera dans vos villes, jusqu’à ce « qu’il ait abattu dans tout le pays vos plus hautes et vos « plus fortes murailles, dans lesquelles vous mettez votre « confiance, et, quand il vous assiégera dans toutes les villes « du pays que Jahvéh votre Dieu vous donne, vous en vien- « drez, dans la détresse et l’angoisse où vous réduiront vos « ennemis, à manger le fruit de vos entrailles, la chair de « vos fils et de vos filles que Jahvéh vous aura donnés.... Et « Jahvéh vous dispersera parmi toutes les nations d’une ex- « trémité de la terre à l’autre, et vous y servirez d’autres « dieux inconnus à vous et à vos pères, du bois et de la « pierre. Et chez ces nations vous n’aurez ni repos, ni place « tranquille où vous mettrez le pied.... Votre vie vous appa- « raitr a comme susnendue à un fil, vous n’en serez jamais
« sûrs, mais vous serez en larmes nuit et jour. Le matin « vous direz : « Que n’est-il déjà soir ! » et le soir vous « direz : « Que n’est-il déjà matin ! » par suite des terreurs « qui vous hanteront et du spectacle cpue Vous aurez souS « les yeux1. » L’invasior, récente encore, des Limmériens2 avait rempli les esprits d épouvanté t le peuple S’humilia et la persécution commença contre les païens et les partisans du vietix culte. Les dieux étrangers furent détruits, les hauts lieux souillés à plaisir, les prêtres des Raalirii égorgés sut leurs propres autels. Quand tout fut fini, Josias ordonna dé célébrer la Pâque K en la manière qü’il est prescrit au Livré « de Cette alliance. — Et certes jamais Pâque ne fut célé- « brée, ni au temps des Juges, qui' avaient jugé en Israël, « ni au temps des rois d’Israël et des rois de Judâ, cOmmé tt cette Pâque qui fut célébrée en l'honneur de Jahvéh, dans « Jérusalem, la dix-huitième aimée du roi JosiaS3. »
Le premier enthousiasme une fois calmé, la réaction sé fit sentir, dans les hautes classes, comme dans le peuple, et de vrai, le spectacle que l’Asie présentait était de nature à pro-^ vaquer le doute parmi les fidèles. L’Assyrie, cette Assyrie que leurs prophètes leur avaient montrée comme l'instrument irrésistible des Vengeances du Très-Haut, non Seulement elle avait été culbutée du rangqu’elle occupait parmi les nations, mais elle agonisait sous l’étreinte de Gyaxare, Et d’autre part, cette Égypte dont ils leur avaient prédit la destruction sous les coups de l’Assyrie, elle sortait de ses ruines plüs Vigoureuse que jamais. Si elle se décidait à reparaître au-delà de l’isthme, quelle attitude Juda devrait-il adopter entre ce pouvoir rajeuni et P Assyrie moribonde? La crise éclata au printemps de 608. Ninive, assiégée par les Mèdes, était sur le point de capituler, et l’ouverture de sa succession n’était plus qu’une question de jours : si Néchao tardait plus longtemps à saisir sa part, il risquait de voir la Succession se régler sans lui et de trouver Un autre en possession. Il quitta Memphis, et une fois de plus une armée égyptienne s’âche-
1. Deutéronome, x\y iii. — 2. Voir p. 582-584 de cette Histoire. — 3. Il Rois, xxxii- xxxni ; Il Chron ., xxxiv-xxxv. Pour l’histoire de Josias et de sa réformé religieuse, voir Kiiëneh. *The Religion of Israël, t. Il, p. 6-42; Rfeüss, la Biblé • l’Histoire saiiitè et la Loi, t; I, p. 154-211.
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miha sur la route traditionnelle de l’Euphraté. Ce n’était plus* connue un siècle auparavant, un assemblage aventureux de bandes éthiopiennes et de contingents léodaUx, condamnés à la défaite par la haine et lés méfiances qui lés divisaient. Tous les éléments qui la constituaient, Égyptiens, Libyens, Grecs, Gariens, étaient bien dans la main de leur chef et s’avancaient en une masse compacte et irrésistible « comme le Nil; ses flots roulent en avant ainsi qu’une « rivière. Il dit : « Je me lève, j’inonde la terre, je vais noyer « cités et peuples! Chargez chevaux, chars, élancez-vous au « galop! Que les guerriers marchent* l’Éihiopieh et le Li- « byen bien abrités sous son bouclier, l’Égyptien tendant « son arc1. » Sitôt que Josias l’apprit, il n’hésita pas : il convoqua ses troupes et il se prépara à repousser l’attaque; Néchao affecta de dédaigner cet ennemi : « Qü’ai-je à faire « avec toi* roi de Juda ? lui demanda-t-il. Je ne viens paë « contre toi aujourd’hui* mais contre la maison avec qui j’ai « güerre, et Dieu m’a Commandé de me presser. Abstiehs-toi « de provoquer Dieu qui est avec moi, de peur qu’il ne të « détruise 2. » Il pensa que son message serait écouté, et il poussa au Nord sahs attendre la réponse; mais si basque Ninive fut déchue* Josias ne se crut pas délié des serments qu’il lui avait prêtés. Confiant dans l’aide de Jahvéh, il marcha parallèlement à l’envahisseur et il alla 1 attendre â Mageddo, dans l’endroit même où neuf siècles plus tôt Tlioutmôsis III avait vaincu les Syriens confédérés5. Les Juifs plièrent sous le choc et se débandèrent; Josias fut perCé d’une flèche, et Néchao, sans plus s’inquiéter de lui, continua Sa course. Il s’arrêta à l’Euphrate, soüs les murs de Garchémis* puis, après avoir placé des garnisons dans quelques postes importants, il redescendit vers leBud. Il séjourna quelque temps à Riblah pour y recevoir les hommages des princes syriens, et là il apprit que les Juifs, sans consulter son bon plaisir, avaient proclamé roi Joachaz, fds de Josias, qu’ils jugeaient sans doute disposé à suivre la politique de
1. Jérénnëi, xuv, 7-9, où cette description est donnée de l'armée vaincue à Garchémis, mais qui était identique à celle-là pburla compôsîtion. — 2. Il Chroniques } xxxv, 20-2^ — 5. Voir plus Haut, p. 254-256.
CHAPITKE XI.
son père. Il le déposa après trois mois de règne, et il le remplaça par son frère aîné Éliakim, auquel il imposa le nom de Joïakîm : la Judée fut frappée d’une amende de cent talents d’argent et d’un talent d’or. De retour à Memphis il voulut glorifier la mémoire des mercenaires grecs qui l’avaient aidé, et il consacra dans le temple d’Apollon Branchides, à Milet, la cuirasse qu’il avait portée durant la campagne1 Après cinq siècles de faiblesses et de discordes, l’Égypte se retrouvait une fois encore maîtresse de la Syrie2 *.
Tandis qu’elle triomphait, Ninive achevait de succomber : Sinsharishkoun, à bout de ressources, agit comme tant de rois orientaux, et il se brûla dans son palais plutôt que de tomber aux mains de Cyaxare (608). Les Babyloniens ne participèrent pas au pillage des temples par respect pour les dieux qui étaient identiques aux leurs, mais les Mèdes n’éprouvèrent point les mêmes scrupules : « Leur roi, l’in- « trépide, détruisit entièrement les sanctuaires des dieux « d’Assour et des cités d’Accad qui s'étaient montrées hos- « tiles envers lui et ne lui avaient point prêté assistance. Il « détruisit leurs livres saints sans en laisser subsister un « seul ; il ravagea leurs cités etil les dévasta comme si elles « n’avaient jamais existé5. » Ninive à bas, l’empire s'effondra' du coup : au bout de quelques années, son histoire n’était qu’un thème de légende; moins de deux siècles après, on ne connaissait plus d’une manière certaine le site de sa capitale, et une armée grecque passa presque à l’ombre de ses tours démantelées, sans soupçonner qu’elle avait devant elle ce qui demeurait de la cité, où vingt générations de monarques tout puissants avaient résidé dans leur gloire4. Certes les autres grandes nations de l’Orient, l’Égvpte et la Chaldée, n’avaient pas épargné les vaincus aux jours de leur prospérité : les Pharaons des dynasties thébaines avaient
1. Il Rois , xxm, 29-35; cfr. II Chroniques xxxvi, 1-4. Hérodote, II, clix, nomme Magdolos la ville où la bataille fut livrée. — 2. Hérodote, II, eux. Le gros scarabée du Musée du Caire, déjà publié par Mariette, Mo¬
numents dîvers, pl. 48 c , est le seul monument connu jusqu’à présent
des victoires de Néchao. — 5. Cylindre de Nabomde, Col. II, 1. 2-41. —
4. Xènophon, Anabase , III iv, § 1, où les citées ruinées de Mespila
et de Larissa ne sont autres que Kalakli et Ninive.
LES DÉBUTS DE LA MÉDIE
foulé l’Afrique et l’Asie sous leurs sandales et emmené en esclavage des populations enlières. Mais du moins, à côté de leur œuvre de colère, ils avaient accompli une œuvre de civilisation. C’est d’Égvpte et de Chaldée que les arts et les sciences de l’antiquité sont venus; l’Égypte et la Chaldée nous ont légué les premières connaissances sérieuses qu’on ait eues en astronomie, en médecine, en géométrie, dans les sciences physiques et naturelles ; si les monuments de la Chaldée ont péri sans retour, ceux de l’Égypte sont encore debout pour nous prouver à quel degré de perfection les premiers-nés des hommes avaient haussé l’architecture. Et si maintenant nous demandons à l’Assyrie autre chose que des conquêtes, elle ne possédait rien en elle qu’elle n’eût emprunté à ses voisins. Elle emprunta ses sciences à la Chaldée, ses arts à la Chaldée et un peu à l’Égypte, son écriture à la Chaldée, sa littérature scientifique et religieuse à la Chaldée; la seule chose qui lui appartienne en propre, c’est la férocité de ses généraux et la bravoure de ses soldats. Du jour qu’elle surgit dans l’histoire, elle ne vécut que pour la guerre et pour la conquête; le jour où l’épuisement de sa population ne lui permit plus les succès du champ de bataille, elle n’eut plus sa raison de vivre et elle disparut1.
1. Voici, autant qu’on peut le rétablir, le tableau de la dynastie des Sar^onides :
SiiaroukIn (721-704) (Sargon 11).
Sinakiiéirba (704-680) (Sennachérib).
AsiisnouRAKiiÉrnniN (680-667) (Asarhaddon). Ashshourbanabal (667-625) (Sardanapale).
Asushoorétjlilani (625-620).
Sinsii arishkoun (620-608) (Saracos).
L’empire mode et Cyaxare : la Lydie. — La religion iranienne ; Zoroaslrp, les Mages. — L’empire chaldéen et le monde oriental, depuis la destruction de Niniye jusqu’à la chute de l'empire mède.
L*empire mède et Cyaxare ï la Lydie.
Deux grands royaumes sortirent à la fois de ses ruines. Cyaxare s’attribua l'Assyrie propre et ses dépendances sur le Haut-Tigre. Nabopolassar joignit à la possession de Babylone la suzeraineté sur la Mésopotamie, la Syrie et la Palestine, l’Élam : il prétendit même étendre sa domination au delà de l’isthme, et il considéra les rois d'Égypte comme ses feudataires, pour ce qu’ils avaient, quelques années durant, relevé de NiniveL On pouvait craindre qp’après avoir fourni un effort commun dans l’action contre l’ennemi. Ils ne fussent mécontents l’un et l’autre de ^eur part des dépouilles et qu’ils ne se heurtassent bientôt, mais il p’en fut rien. Soit tolérance, soit crainte mutuelle, ils s’évitèrent, et leur neutralité réciproque assura la paix du monde oriental pendant plus d’un demi-siècle.
L’histoire de Cyaxare nous est presque inconnue durant les années qui suivirent son triomphe : on clevine seulement les obstacles qu’il rencontra, et l’on constate le résultat des guerres qu’il entreprit pour les surmonter. Les régions qqi s’étendent entre la Caspienne et le Pont-Euxin avaient été bouleversées par les Cimmériens et par les Scythes. Rien n’y subsistait plus de l’ordre de choses qui y avait prévalu si longtemps, et les barbares semblaient être incapables d’é-
1. La trace de cette prétention se retrouve dans les fragments de Bérose, où le roi d’Égypte est traité d e satrape, 6 TeTaYpivoç aaxpâirr)<; èv xr) Aîyuuxcü..w. (fragm. 14, dans Müller-Didot, Fragm. H. Græc., t. II. p. 506 j.
dilier quoi que ce fût à la place de ce qu ils avaient renversé. L’Ourartou était rentré dans ses limites anciennes au pied de l’Ararat, et l’on ne sait qui le gouvernait : la civilisation d’Argishtis et de Ménouas s’était évanouie presr que complètement avec leur dynastie, et le peuple, qui ne s’en était jamais imprégné profondément, était retombé bientôt dans une demi-barbarie, Des masses confuses d a^ venturiers européens se remuaient dans les régions de l’Araxe, cherchant un canton où s’établir, et ils ne réussirent que beaucoup plus tard à s’emparer de celui qui tira son nom de Sa casé ne 1 de la principale de leurs tribus. Les Moushkou et les Tabal, ceux du moins qui n avaient pas péri soiis la tourmente, s’étaient réfugiés dans les montagnes qui bordent la Mer Noire, et où les Grecs les fréquentèrent sous les noms de Mosynèques et de Tibaréniens2. Les. restes des Cimmérieos les avaient remplacés dans la Cappadoce, tandis que les Phrygiens gagnaient du côté de 1 Est et se répandaient, sur le bassin du Haut Halys, puis sur 1 ancien Miliddou3, qui bientôt reçut d eux le nom d Arménie, lout cela s’agitait, se choquait, se chassait de contrée en contrée^ formait bien « le chaudron bouillant » que le prophète hébreu entrevoyait dans ses visions’, et qui tantôt débordait sur les nations voisines, tantôt se consumait en grondements inutiles.
Gyaxare employa près d’un quart de siècle à conquérir et à régulariser ce chaos I il y réussit enfin et, toujours victorieux, il parvint aux bords de l’Halys, mais là il se trouva soudain face à face avec des ennemis d autre valeur, les Lydiens. La Lydie axait changé deux fois de dynastie depuis l’émigration des Toursha et des « peuples de la mer ». Selon la tradition nationale, la lignée des Atyades axait été remplacée par une famille d Heraclides, dont le londateui Agron possède une généalogie plus mythique- encore que sa personne ; il descendait d Hercule et d une esclave de Jaidanos par Alkæos, Bêlos et Ninos. Faut-il voir dans les noms
1. gtrabon, XI, toi § 4, p. 3tL — % Fr-, benormant, les Origines de l’Histoire , t, lit, p. 243-246. — 5. L'origine phrygienne des Arméniens est indiquée déjà par llérodote, VII, fcxxKUi. 4* déréiiiie, 1, 13, v, plus, haut, p, 583.
assyriens de ces derniers un souvenir de la dominai ion hittite1? Àgrcn eut pour successeurs vingt et un rois, chacun fils du précédent et dont les règnes additionnés forment un total de cinq cents ans2. On ignore ce qu’ils furent pour la plupart, et ce qu’on nous dit des autres nous transporte en pleine légende. Kamblês était tourmenté d’une faim si féroce qu’une nuit, pendant son’ sommeil, il dévora la reine3; la femme de Mêlés enfanta un lion'*. Le récit de l’expédition, en Palestine, d’un général lydien qui aurait fondé Ascalon au temps d’Alkimos5, peut être un souvenir effacé des migrations tyrrhéniennes et semble montrer que, longtemps encore après la crise des peuples de la mer, les Lydiens partaient en course aux côtes d’Égypte et de Syrie. Vers 687, ces Héraclides furent renversés à leur tour6.
La Lydie était, comme les autres contrées de l’Asie Mineure, un véritable État féodal. Au-dessous du roi, qui résidait à Sardes, s’échelonnait une hiérarchie de grands vassaux et de princes, alliés pour la plupart à la famille régnante et munis chacun de privilèges spéciaux. Thvessos, Jfelænæ, Daskylion, Tyrrha, étaient . le siège d’autant de dynasties subalternes, dont les prétentions et les rébellions perpétuelles restreignaient singulièrement le pouvoir du suzerain. Depuis près d’un siècle déjà, les Héraclides n’exerçaient plus que l’apparence du pouvoir : deux clans issus du sang royal, celui des Tylonides et celui des Mermnades, se disputaient le poste de compagnon du roi, qui mettait toutes les forces de l’État à la disposition du titulaire. Un certain Gygès, le premier des Mermnades dont nous ayons le nom, avait été élevé à cette dignité par le vieux Kadys, et son (ils Daskylos, lui avait succédé pendant le principat d’Ardys, vers 740. Une conspiration à la tête de laquelle était Alyattès,
1. Savce, The Ancrent Empires of the East , t. I, p. 427. — 2. Hérodote, I, vu. — 3. Athénée, X, 8, probablement d’après Xanthos de Lydie (. Fragm . H. Græc., t. I, p. 38-59); cf. Nicolas de Damas ( Fragm . H. Grive., t. III, p. 572). — 4. Hérodote, t, lxxxiv. — 5. Xanthos [Fragm. H. Græc., t. I, p. 43) et Nicolas de Damas [Fragm. H. Græc., t. III, p. 372) dans Élicnne de Byzance, .v. v. ’Acrxà/wv. — b. En 724 d’après la chronologie ordinaire. Les monuments assyriens prouvent que Gygès vivait encore entre 6G6 et 6ü0, et ils nous forcent d’abaisser ce chiffre.
l’héritier du trône, substitua pour un temps l'influence des Tylonides à celle des Mermnades. Sadyattès, le dernier des Héraclidcs, crut peut-être contenter les deux factions rivales en leur partageant les emplois les plus élevés : tandis que le Tylonide était le compagnon du roi et à ce titre dépositaire de la hache à deux tranchants, symbole de l’autorité suprême, Gygès, prince de Tyrrha, i emplissait les fonctions de majordome. Mécontent de la part qui lui était dévolue, il se révolta ouvertement, tua Sadyattès et ceignit le, diadème (687) ». Son histoire devint plus tard pour les Grecs un sujet de roman sur lequel leur fantaisie travailla sans contrôle. Gvgès ne fut plus pour eux un vassal qu'une rébellion heureuse avait porté au trône : ils lui attribuèrent une origine des plus basses. Les Cariens avaient alors le privilège de fournir aux armées orientales un de leurs éléments les mieux disciplinés. Opprimés par les colons grecs, ils s’expatriaient volontiers et ils allaient prendre du service au
dehors, en Égypte ou en Phénicie2 : en Lydie, ils remplissaient la garde royale, et leurs chefs exerçaient une influence prépondérante. Gygès, fds de Daskylès, était un chef d’aventuriers de race carienne, entré aux gages de la Lydie; il usurpa graduellement les prérogatives de la royauté, puis il assassina, d’accord avec la reine, Candaule, le dernier descendant des Héraclides. Hérodote contait déjà, d’après le poète Archiloque, que Candaule, allolé par la beauté de sa femme, la montra nue à Gygès : la reine, outrée
La Hache aux mains de Zeu»
Labraundos.
1. Les principaux traits de cette histoire sont empruntés à Nicolas de Damas ( Fragm . tlist. Græcorum, t. 111, P- 580-386), qui lui-même les avait tirés probablement de Xantlios le Lydien. Gelzer [üas Zeita/ter des Gyges ( Gheinisches Muséum , t. XXXV, p. 518-528) a rétabli la suite des événements avec beaucoup de vraisemblance, et je n ai pas cru pouvoir mieux faire que de reproduire son récit. 2. Voir p. 571-oci de cette Histoire.
de ce qu’elle considérait comme un affront, força le favori à tuer son maître, pois elle lui donna sa main et la couronne1. Le récit de Platon est plus merveilleux. Après un orage terrible, un berger du roi de Lydie aperçoit une fente daps le sol et il y descend. 11 y trouve un grand cheval de cuivre à moitié brisé, et, dans les flancs du cheval, le cadavre d’un géant, qui porte au doigt une bague d’or. Il s’aperçoit que la bague peut le rendre invisible à volonté, va chercher fortune à la cour, séduit la reine, poignarde le roi et se substitue à lui2. D’après une troisième légende, il ne commet son crime et ne monte sur je trône que pour accomplir un oracle. Tandis que Toudô, fille du roi des Mysiens, n’était encore que la fiancée de Sadvattès, deux aigles géants s’abattirent sur le toit de sa chambre à coucher, et les devins conclurent de ce présage qu elle serait en une seule nuit la femme de deux rois : la nuit dos noces, Gygès tua son maître, et il épousa la reine sur place3. Le changement de dynastie ne s’accomplit pas sans lutte. Les partisans des Héraclides coururent aux armes et se préparèrent à défendre la cause des souverains légitimes. Gygès, appuyé par les mercenaires carions, préféra s’en rapporter à la décision d’Apollon Delphien ; elle lui fut favorable. «Dès qu’il Tut assis fermement sur le trône, il envoya à Delphes des présents considérables, comme en font foi les offrandes en argent qu’il plaça dans le sanctuaire. Outre cet argent, il donna un grand nombre de vases en or, parrni lesquels les plus remarquables sont les gobelets, au nombre de six, et du poids de trente talents, qui sont déposés dans le trésorcorinthien 4. »
L’avènement des Mermnades fut pour la Lydie le commencement d’une ère nouvelle. Elle avait toujours été une terre vaillante et belliqueuse, féconde en hommes, nourricière de chevaux vigoureux ; mais les Héraclides n’avaient pas exploité les ressources qu’elle offrait pour la conquête. Gygès n’eut pas de peine à réveiller les instincts guerriers de son peuple.
1. Hérodote, I, vm-xm. Voir l’analyse de cette légende dans Gelzer, Das Zeitalter des Gygès ( Rh . Muséum, t. XXXV, p. 515-518). — 2. Platon, République , II, 3. — 3. Nicolas de Damas, dans Müller-Didot, Fragm. H. Græc., t. III, p. 380-386. — 4. Hérodote. I, xm-xiv.
Sardes, appuyée sur un rocher dont les flânes à pic défient de trois côtés l’escalade, était naturellement presque imprenable : il la changea en un vrai camp retranché, où sa cavalerie se reposait chaque hiver, et d’QÙ elle partait presque chaque printemps pour quelque aventure nouvelle. De ses campagnes à l’ intérieur on ne sait rien, si ce n’est qu’il annexa plusieurs cantons de la Phrvgie à son royaume1, Ce Vêtait toutefois là que le moindre de sa tâche : le plus
Cpfiliers ly<tiens.
pressé pour lui était de se frayer un chemin à la mer. Les colonies grecques, éoliennes et ioniennes, haïraient 1 embouchure de toutes les rivières qui arrosaient son territoire : Sniyrne et Phocée fermaient la vallée de l’Hermos et bloquaient Sardes; Colophôn commandait Centrée du Caystros, Milet celle du Méandre. Gvgès débuta par s’emparer de la côte carienne au sud, au nord de la Iroade" et de la Mysie, depuis le golfe d’Adrarnyttion jusqu’au delà dp Rhyndatms.
. Les Grecs le secondèrent d’abord dans ses ambitions : les Milésiens se liguèrent même avec lui pour établir la colonie d’Abydos sur ï’ileilespont5. Mais leurs intérêts différaient
\. Strabon, 1, XUL h 22, t-, 2, Strabon, J. XIII, I, 22; XIV, I, 6. - 3. Strabon, I, XIII. 2.
trop des siens pour que l'entente persistât longtemps. La guerre éclata entre les Lydiens et l’Ionie, et se prolongea sans trêve pendant un siècle et demi : la cavalerie lydienne se répandait dans la banlieue des cités helléniques, brûlait les vergers, détruisait les villages, pillait les temples, razziait les hommes et les bestiaux. Gygès assiégea Milet et Smyrne sans succès, mais il prit Colophon1 : ici encore la légende s’est mêlée à l’histoire pour attribuer une cause extraordinaire à ses succès. On conta qu’il avait pour favori un jeune homme d’une beauté merveilleuse, nommé Magnés, et que les Magnésiens défigurèrent au point de le rendre méconnaissable : il les assiégea et il ne se retira qu’après les avoir châtiés cruellement2. Piien ne prouve qu’il ait jamais possédé une cité grecque autre que Colophon, mais, malgré divers échecs, la politique qu'il avait inaugurée eut les résultats les plus heureux pour sa dynastie. La Lydie était demeurée jusqu’alors un État purement oriental, et elle n’avait eu qu’une part modeste dans le -développement général de l’histoire. Gygès l’arracha au milieu dans lequel elle avait vécu, et il l’introduisit dans le concert des États helléniques. La culture de l’Ionie s’infiltra à la cour des Mermnades, et elle y effaça peu à peu la trace des influences hittites et assyriennes qui l’avaient précédée.
Les anciens se demandaient qui avait inventé la monnaie, Phidon d’Argos ou les rois lydiens3 : les modernes se sont décidés en faveur de ces derniers4. Les peuples les plus policés, les Égyptiens, les Assyriens, les Hittites, les Phéniciens, avaient pourvu par l’échange aux opérations journalières entre gens d'une même ville et à celles du commerce international. Les marchés étaient un simple troc de denrées
nécessaires ou de produits de luxe : un monument d’époque
1. Hérodote, I, xiv. — 2. Nicolas de Damas, dans les Fragm. H. Græc ., t. III, p. 395, probablement d’après Xanthos de Lydie [Fragw. H. Græc., t. I, p. 40) ; cf. Suidas, s. v. Mayvqç, où il est question ou poète Magnés de Smyrne. — 3. Pollux, IX, 83. — 4. Rawlinson, f)n the invention of coining and the earliest Spécimens of Goined Money, dans son Gerodotus, t. I, p. 563-568; H. Lenormant, les Monnaies royales de la Lydie , 1876, Paris, et la Monnaie dans l'antiquité, t. 1 (1878). 125 sqq.; Barclev Head, Coinage of Lydia and Per sia, 1877, dans les Sumismata Uricntalia , I.
memphite nous montre des ménagères allant au bazar et y achetant des souliers, des légumes, des liqueurs avec des éventails, des colliers en verroterie et d’autres menus objets. On avait cependant reconnu déjà que les métaux nobles, l’or, l’argent, et, parmi les métaux vils, le cuivre, étaient l’instrument le plus sûr et le plus commode des transactions. D’abord employés à l’état brut, en poudre ou morceaux irréguliers, on s’habitua bientôt à leur imposer des figures régulières et à les couler en lingots, échelonnés selon le système de poids en usage chez chaque peuple, et
ramenés à des tailles assez faibles pour représenter les valeurs minimes dont on a besoin au courant de la vie. Ces lingots ne recevaient aucune marque officielle destinée à garantir l’exac-
Monnaie lydienne au renard.
titude du poids et la pureté du titre ; c’était une marchandise dont il fallait vérifier la qualité et évaluer la quantité à la balance, chaque fois qu’elle changeait de main. Les banquiers lydiens et les rois de Lydie, Gyges le premier1 2, imaginèrent de les timbrer d’une empreinte déterminée qui leur assurât un cours légal. Le métal qu ils choisirent pour cet usage fut non pas l’argent ou 1 or pur, mais cet alliage naturel d’or et d’argent que les anciens appelaient électrum, et qu’ils recueillaient dans les lavages du Pactole ou dans les filons quartzeux du Tmolos ou du Sipylos - . Le type de ces monnaies primitives diffère assez sensiblement de celui qui a prévalu depuis. Ce sont des pastilles de métal, ovoïdes, légèrement aplaties sur les côtés, n offrant au droit qu’une surface striée, et montrant au revers 1 ern-
1. L’or de Gygès, ruyaoaç ypuc roç, est cité par Pollux, III, 87.
2. L’électrum était, à probablement parler, un alliage renfermant plus de 20 pour 100 d’argent; toutefois le duc de Luynes'a démontré [Revue numismatique , 1856, p. 89) que lelectrum des pièces lydiennes contient une proportion d’argent très supérieure à ce chiffre.
preinte profondément enfoncée en creux dé trois poinçons, datis l’iih desquels OU distingue encore le renard, etftblèihê d’Apollon Bassdreus. L’Usage s’en répandit rapidement, él les Grecs ne furent, pas les moins prompts à imiter l’exemple que les Lydiens léUt* donnaient. Phidon d’Argos appliqua â l’argent ce qui n’avait été encore essayé Uu’àveC l’êlectrum, et il frappa des pièces au type de la tortue dans Pile d'Égine* dont il était le maître. Moins de deux siècles plus tard, l’usage de là monnaie s était répandu dans tout lè monde antique.
Le l ègue de Gygès se termina par un désastre. Pressé des Cimmêriens, il avait reçu en rêVé l’avis de prêter hommage au roi d’Assyrie, AssOurbanâbàl, dont les premiers succès remplissaient de bruit le monde oriental. Dü joUr qu’il eût obéi à l’ordre d'en haut, la fortuné se déclara pour lui : il choisit parmi ses prisonniers deux chefs qu’il manda enchaînés à Ninive1. Mais, lë péril passé, il Ise Cepentit de Sa démarche ët il expédia des SCCoUrs aux Égyptiens révoltés. Bientôt après, les Cimmêriens, ayant groupé autour d’éüX les Trères et d’autres tribus thraces, revinrent à la charge sous la conduite d’un certain Tougdartiis. Cette fois, . la 1 ebartee lès favorisa. Gygès fit de son mieux pour soutenir leur choc, mais ses lanciers sè débandèrent devant l’élan désordonné des Barbares; il fut tüé dans la déroute dé sës soldats, et son corps demeura sans sépulture2. La Lydie entière fut dévastée et Sardes prise, â l’exception dé la citadelle (652) : Ardys, revenant à la politique première de son père, implora le Secours de l’ASsyrie. Il S'en trouva bi’ëtt : vers 640, Tougdatnis succomba dans les gorges du Taurüs sous les coups deS généraux d’AssoUrbanabal. Àrdÿs recouvra dès lors la plus grande partie dü territoire perdit et S’agraUdii aUx dépens des cites grecques3; il isola Milet du reste de la confédération ionienne, en occupant l’acropole fortifiée de Priôrte4 Sadyattès (élb-6i0) écrasa dëüx fois l’iiifanterie
1. Voir plus haut, p. 539. — 2. G. Smilli, llistory of AsSürbanipal , p. 64-68, 11-75. — 3. Hérodote, I, *v. Je considère la ftibfttibii d’Héiwdote compte se rapportant à la grande invasion où périt Gygès, et non pas à ütte invasion postérieure (Cf. Kr. Lenormailt, Lettres üssyriolbgiques , lre série, t. t, p. 79). — 4. Hérodote, I, iv, attribue quarante-
miiésiehne dans les plaines basses du Méandre. Àlyatte, qui lui succéda en 610, désespérant de forcée la ville, essaya de là réduire par la famine. « Chaque été, dès que les fruits et les moissons Commençaient à mûrir, il partait à là tête de sou armée, qii’il faisait marcher et Camper àü son des instruments. Arrivé sur le territoire des Milésiens, il gâtait entièrement lés réédités et les fruits. » 11 se conduisait avec une modération relative dont lés Grecs lüi surent gré. Il évitait de détruire lëS habitations et les édifices consacrés au culte : une fois, l’incendie qui ravageait la plaine ayant gagné lé temple d’Àthéna, près d’AssêSos, il le rebâtit à ses frais. Son obstination échoua devant la fermeté des Rlilêsiens. 11 traita avec eux, se rejeta sUr d’autres cités moins fortes, enleva Smyrtie1 : il àVëlt établi sa suzeraineté jusque sur la riVe gauche de l’Halys, quand les Mèdes parurent â la rive opposée. .
La Lydie était trop riche- et trop fertile pour ne pas exciter la convoitise de CvaXare : la tradition courante chez les
Grecs-, Un siècle plus tard* avait invente un véritable roman pour expliquer les origines du conflit. Un corps de Scythes nomades, que le Mède avait â Son service, le quitta soudain, disâlt-Oii, et së réfugia auprès d’ Alyatte : il réclama Ces transfuges, n’obtint pas leur extradition et déclara la guerre. Il S’aperçut bientôt que l’ennemi qu’il avait devant lui était trempé d’autre façon que les barbares de la Haute Asie. De vrai, l’armée d’Alyatte était inférieure en nombre à la sienne, Mais elle l’emportait par la valeur des éléments qui la composaient et des chefs qui la commandaient : Cyaxare U’aVait rien qu’il pût Comparer aux lanciers cariens, aux hoplites d’Ionie, à la grosse cavalerie lydienne. La lutte se prolongea six ans à succès égal* et lés deux armées, après 'plusieurs batailles indécises, allaient se rencontrer Uhe fois encore, lorsque lé soleil s’éclipsa soudain. Les peuples de filran né voulaient combattre qu’à la pleine lumière du soleil, et les Lydiens, bien que prévenus, dit-on, par Thalês, du phénomène qui se préparait, n’étaient peüt-
neuf ans de règne à Ardys; Eusèbe lui en donne trente-sept, qui est le chiffre adopté ici. — 1. Hérodote, I, xvi-xxv.
être pas plus rassurés que leurs adversaires : on se sépara sur-le-champ. La tradition recueillie par Hérodote racontait que le Syennésis de Cilicie, allié du roi lydien, et le Babylonien Nabonide1 (Labynèios), qui soutenait Cyaxare, proposèrent un armistice et persuadèrent aux rivaux de s’accommoder. L’ Il al y s resta la limite officielle des deux royaumes; pour consolider l’alliance, Alyatte maria sa fille Aryènis avec Astyage, fils de Cyaxare. Selon l’usage du temps, les deux princes, après s être prêté le serment d amitié i’un à l’autre, scellèrent le contrat en se piquant le bras mutuellement et en buvant le sang qui coulait de la blessure (585) 2 .
Cyaxare ne survécut pas longtemps à la conclusion du traité : il mourut en 584, plein de gloire et de jours. Peu de princes eurent une destinée aussi brillante que la sienne, même dans ce siècle de fortunes soudaines et de triomphes éclatants. Héritier d’un royaume sans cohésion et sans organisation, proclamé roi au lendemain d’une délaite où son père avait succombé, assailli par des hordes barbares, il surmonta tous les obstacles par sa ténacité et par sa vaillance; les Scythes détruits, il écrasa les Assyriens, conquit l’Asie orientale,* l’Arménie, la Cappadoce. A son avènement, la Mèche était confinée dans une petite portion du plateau de l’Iran : à sa mort, l’empire mède s’étendait des bords de l’Helmend à la rive orientale de l’Halys3.
1. Le nom de Nabonide est dû à une erreur d’Hérodote ou de ses informations : c’est en effet Nabuchodorosor qui régnait alors à Babylone. — 2. Hérodote, I, lxxiu-lxxiv. La date de 610 a été admise par la plupart des historiens (cf. Grote, Hislory of Greecc , t. II, p. 418; Rawlinson, l lerodolus , t. I. p. 302-504, et The five great Monarchies î, t. II, p. 409-113) ; d’autres ont préféré voir dans l’éclipse mentionnée par Hérodote celle de 597 (Fr. Lenormant, Histoire, t.* II, p. 555). 11 me semble que la date du 28 mai 585 (Bosanquet, Fall of Nineveh , p. 14; Unger, Kyaxares und Astyages , p. 33-37) convient mieux que les autres à ce que nous savons présentement de l’histoire du temps. Cicéron [de Divin ., I, 86), Pline [II. A., II, 12) et Eusèbe
(. Chron . Can., Il, p. 531) placent la guerre sous le règne d’Astyage. —
3. Pour l’histoire de la Lydie et de ses guerres avec Cyaxare, j’ai suivi presque partout les résultats auxquels est parvenu Radet, la Lydie et le Monde grec au ternjis des Mermnades.
La religion iranienne : Zoroastre, les Mages.
Il est à coup sûr le moins connu de tous ceux qui régirent l’Orient : les historiens de l'âge classique n’ont pu que recueillir les traditions courantes sur lui chez les Perses, et ses princes ne nous ont légué aucun monument qui nous renseigne directement sur leur histoire. Nous l’entrevoyons donc comme à travers un brouillard, organisé à peu près de la même manière que l’empire achéménide, mais plus imparfait, plus fruste, plus proche de la barbarie : c’est une Perse à l’état rudimentaire et dont les rouages sont encore mal engrenés. La machine politique y était montée sur les mêmes principes qui avaient prévalu en Assyrie, en Élam, en Chaldée, dans tous les États avec lesquelles il avait eu des rapports de vassalité, d’alliance ou de guerre : dès que nous perçons ce vernis superficiel, nous rencontrons dans sa vie intérieure et dans sa religion des éléments dont l’originalité nous transporte au milieu d’un monde entièrement nouveau.
La religion y était établie dans ses grandes lignes lorsque le peuple se leva contre Assourbanabal, et le nom même de Fravartish, le confesseur, que porte le souverain d alors1, prouve qu’elle était pratiquée dans la famille royale. Nous ne saisissons presque rien des diverses évolutions qu elle accomplit avant de revêtir la forme la plus ancienne que les livres sacrés nous en ont conservée. Selon les uns, le mazdéisme naquit dans l’Aryanêm Vâedô 2; selon les autres, il ne se développa qu’en Médie3 presque au dernier terme des migrations iraniennes. Plus tard on attribua à l’influence d’un seul homme ce qui avait été l’œuvre des siècles : les légendes nationales attribuèrent au prophète Zarathoustra (Zoroastre)4 l’honneur d’avoir établi la vraie religion. Presque tous les écrivains de l’époque classique s’accordent à
1. Voir plus haut, p. 563, note 4. — 2. Voir plus haut, p. 55b, note 1. — 3. James Darmsteter. Études iraniennes , t. I, p. 10, sqq. ; The Zend Avesta p. xlvi sqq; cf. Spiegel dans la Zeits. der D. Morgenl. Ges., i. XXXV, p. 629 sqq. — 4. Le nom de Zarathoustra peut signifier la