‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 78 sur 215 · CIO · texte numérisé non relu

CIO

CftAPîTRfï XTt.

placer ce personnage sur les plans les plus reculés de l'antiquité fabuleuse. Herrnippos et Eudoxe prétendaient qu’il florissait six ou sept mille ans avant Alexandre, mais Pline , le disdit de mille ans antérieur à Moïse ’, et \anthos de Lydie affirmait que six cents années seulement s’étaient écoulee? entre sa mort et la campagne de Xerxès contre Athènes1. Selon la tradition la plus ancienne, il était né à Baghà, en Médie2, ou en Atropatène3, et il vivait aux premiers âges de la race iranienne, au temps où les tribus étaient encore campées en Bactriane. 11 était de race royale et il fut choisi par Dieu, dès avant sa naissance, pour régénérer le monde. Son enfance et sa jeunesse ne furent qu’une lutte incessante contre les démons : toujours assailli, il était toujours vainqueur et il sortait plus parfait de chaque épreuve. Quand il eut trente ans, uh génie supérieur, Vôhoumanô, lui apparut et le conduisit en présence d’Ahouramazdâ. Invité à interroger Dieu, il demanda « quelle était la meilleure des créatures qui sont sur la terre ». On lui répondit que celui-là était excellent parmi les hommes dont le cœur est pur. Il voulut ensuite connaître le nom et la fonction de chacun des anges, la nature et les attributs du mauvais principe. 11 traversa Une montagne de flammes, se laissa ouvrir le corps et verser dans le" sein du métal fondu, sans éprouver aucun mal ; après quoi il reçut des mains de Dieu l’Avesta. le livre de la loi, et il fut renvoyé sur la terre4. Il se rendit à Balkh,

splendeur de l’or (Oppert, l’Honnover , le verbe créateur de Zoroaslre , p. 4), rouge, couleur d’or (J. Darmsteler, Ormazd et Àhrimàn, p. 1 94), adonné à l’agriculture (Ascoli, dans les liëîtrâ/je lui' veufleicheMe Sprach [oréchuru] , t. V, p. 240), sCrfiMice de la déesSè lshtlir (H. Uawlihsôh, dans le JQltrittàl of Ihë I î. Asiatic Society, t. XV, p. 227) ; il y a d’au ires étymologies possibles. La plus généralement adoptée aujourd’hui est celle d’Eugène Burnouf, d’api és laquelle il signifierait le possesseur de chameaux fauves (.1. Darmsleter, le Zend-Âvesia, t. III, p. lxxvi, note 1). — i. Muller-hidbt, Frayïti. II. Or., t. I, p. 44. Ctéâias faisait de Zoroaslre uh roi de BafctriaiiB contemporain de Ai nos et Sémiramis (édit. C. Müller-Didot, p. 19). — 2. C’est la tradition défendue par M. de Ilarlez dans son Introduction à l'étude de l'Avesla, Maisonneuve, in-8°, 1882. — 5. .1. Barrnsteter, The Zend-Avesta. p. XLih-L. — 4. Les livres persahs -modernes nomment ce roi Goushtasp, lils de Lohrasp. Vîstâçpa-Goushtasp est devenu en grec 'TcrtdltJ7ur)i;, mais le personnage de Vistàçpa n’a rien de commun avec 1 père de Dariüs.

auprès de Vîstâçpa, fils d’Aoùrvatàçpa, qui régnait alors sur la Baclriane, et il y défia les savants de la cour. Pendant trois jours ils essayèrent de le combattre et de l’égarer, trëntë à sa droite, trente à sa gauche. Lorsqu’ils se furent avoués vaincus, il déclara qu’il venait de Dieu et il commença de lire l’Àvesta au souverain. Persécuté par les sages, accusé par eux de magie et d’impiété, il l’emporta sur eux à forcé d’éloquence et de miracles. Vîstâçpa, sa femme, son fils, crurent en lui, et la plus grande partie du peuple suivit cet exemple. La légende ajoute qu’il vécut longtemps encore, honoré de tous pour la sainteté de sa conduite. Selon les tins, il mourut frappé dé la foudre; selon les autres, il fut tué à Balkh par un soldat touranien. On s’est demandé souvent s'il était un personnage historique, ou seulement un héros mythique égaré dans l’histoire. On ne saurait trancher pareille question d’une manière décisive: ce dont on peut être assuré, c’est que, s’il vécut réellement, rien ne nous est arrivé de lui que le nom1.

Au début, le dieu suprême des Iraniens était « le cercle « entier du ciel8 », « le plus solide des dieux, car il a pour « vêtement la voûte Solide du firmament », le plus beau, le plus intelligent, celui dont les membres ont les proportions les plus harmonieuses. Son corps est la lumière « souveraine et infinie », ses veux sont le soleil et la lune5 Plus tard, sans perdre tout à fait son caractère originel, il devint de plus en plus abstrait et il se dégagea presque entièrement de la matière. On emprunta au début pour le représenter le symbole d’Assonr, et les sculpteurs le montrèrent sortant à mi-corps du disque ailé qui plane au front des monuments de Ninive4; on se le figura par la suite comme un roi de stature imposante qui se révélait de temps en temps aux souverains de l'Iran. On l’appelait Ahouramazdâ5 «l’omniscient )), Çpëntomainyous , l’esprit du bien, le sage par excellence, « le lumineux, le resplendissant, le très grand

1. Spiegel, Eranische Aller thumskunde, t. I, p. 668-711. — 2. Hérodote, I, cxxxi. — 3. James Darmsteter, Ormzda et Ahriman , p. 30-37, et le Dieu suprême des Aryens, dans les Essais orientaux, p. 120-121. — 4. Voir ce symbole pt iJ < haut, p. 354, comparé à la vignette de la page 613. — 5. Les inscriptions cunéiformes en caractères perses écrivent

et très bon, le très parfait et très actif, le très intelligent et très beau 1 ». Il est incréé, mais il a créé toute chose2 et ii est assisté dans l’administration de son œuvre par des légions d’êtres qui lui sont soumis. Les plus puissants de ses coadjuteurs sont six génies d’ordre supérieur qu’on appelle les Ameshaçpentas (Amshaspands), « les immortels bienfaisants ». Ils étaient à l’origine des dieux de la nature, le Soleil, la Lune, la terre, les vents, les eaux, mais on leur attribua ensuite des fonctions moins matérielles, et l’on fit d'eux, Vôhoumanô, le « Bon esprit », Àshavahista, le « trèspur », Khshathravairva, le « royaume désidérable », Çpenta ârmaïti, la « sagesse parfaite », llaourvatèt, la santé, Ameretât, l’immortalité3. Lumineux comme leur maître, « ils ont tous les sept même pensée, même parole, même action, même père, même Seigneur* ». Toutefois, chacun d’eux avait son domaine propre dont il s’occupait sans contrôle étranger; Vôhoumanô veillait sur le bétail, Ashavahista sur le feu, Khshathravairva sur les métaux, Çpenta ârmaïti sur la terre, Haourvatât et Ameretât sur les végétaux et sur l’air. Audessous d’eux, les Yazatas (Yzeds) 5„ répandus par milliers dans l’univers, veillent à la conservation et au jeu de ses organes : l’esprit de la lumière divine, Mithra « aux beaux pâturages »,le vigilant Mithra, « qui, le premier des Yazatas célestes, pointe au-dessus du mont Hara6, avant le soleil immortel aux chevaux rapides/qui le premier, en pompe dorée, saisit les beaux sommets et abaisse son regard bienfaisant

ce nom Aouramazda; le zend dit Ahourôrnazdâo et le persan moderne Ormouzd, Ormazd. De Mazdà vient le nom mazdéisme, qu’on donne au système religieux des Iraniens. — 1. Yaçna, 1,1. — 2. Spiegel, Eranische Aller tiiumskunde, t. II, p. 21-51, a résumé tous les passages des livres sacrés où il est question d’Ahouramazdà. — 5. Spiegel, Eranische Aller t hume k un de. t. II, p. 51-40 : sur les deux derniers, voir James Darmsteter, Ilaurvalât et Ameretât, dans la Bibliothèque de l'École des hautes éludes , fasc. xxm. — 4. J. Darmsteter, Ormazd et Aliriman, p. 58-45. 6. Yâzata, « celui à qui on doit offrir le sacrilice », cf. yaz, sacrifier, yaeva , sacrifice (J. Darmsteter. Ormazd et Ahriman, p. 205-206); ou « digne d’adoration » (E. Burnouf, Commentaire sur le Yaçna , p. 218). — G. Haro Berezaiti, l’Elbourz, sur lequel le soleil se lève, « autour de laquelle tourne mainte étoile, où il n’y a ni nuit ni ténèbres, ni vent froid ou chaud et dont les nuages n’atteignent pas le sommet • (J. Darmsteter, The Zend Avesta. t. II, p. 121-152).

sur la demeure des Ariens1 » ; Mào, le génie de la lune ; le vent, Vâto; l’atmosphère, Vayou, « le grand des grands, le fort des forts, le dieu à l’armure d’or», qui amasse l’orage et le lance contre le démon5 ; Atar, le feu; Vérethraghna, qui suscite la guerre et qui accorde la victoire ; les diîférents génies de l’eau, du feu, de l’air et des astres5». Ils touchent de près à une classe d’êtres spéciaux, les Fravashis (Frohar ou Feroüer). La Fravashi est « le type divin d i chacun des

Ahouramazdà.

êtres doués d’intelligence, son idée dans la pensée d < >rmazd * » . Chaque homme, chaque créature née ou à naître, chaque Yazata et Ahouramazdà lui-même avait sa Fravashi qui veillait sur lui et qui se dévouait entière à son salut. Après la mort de l’homme, les Fravashis restaient au ciel et elles y devenaient une sorte d’esprit indépendant, d autant plus puissant pour le bien que les créatures auxquelles elles avaient été attachées sur la terre avaient mieux pratiqué la pureté et la vertu5. Pendant les six derniers jours de l’année, elles erraient par les villes, demandant : « Qui veut « nous louer? Qui nous offrir un sacrifice? Qui songer à

1. J. Darrasteter, The Zend-Avesta, t. I, p. lxi, et t. II, p. 122-125. — 2. J. Darrasteter, Ormazd et Ahriman , p. 110-114. — 3. Spiegel, Eranische Aller thumskunde, t. II, p. 41-91 — 4. E. Burnout, Commentaire sur le Yaçna, p. 270. — 5. Spiegel. Eranische A Uer thumskunde.

t II, p. 91.

(( nous et nous saluer, nous accueillir par un don de « viande, de vêtements purs et de prières? w Et s’il se trouve un homme qui réponde à leur prière, elles le bénissent : « Puisse-t-il y avoir en sa maison troupes d’animaux et « d’hommes, un cheval léger et un chariot solide, un homme « qui sache la manière de prier Dieu et de présider dans « une assemblée h »

Ahouramazdâ avait tait le monde non par Pacte de ses mains, mais par la magie de sa parole, et il avait voulu que son œuvre lût exempte de fautes. Mais la création ne peut subsister que par l'équilibre des forces qu elle met en jeu.

et l’opposition de ces forces inspira aux Iraniens l’idée qu’ellesétaient mues par deux principes ennemis, l’un créateur et utile, l’autre mauvais et meurtrier. Le dieu de l’obscurité et de la mort, Angrômainyous, se dressa contre Ahouramazdâ, le dieu de la lumière et de la vie. Au début, ils régnèrent chacun dans son domaine, rivaux mais non pas adversaires irréconciliables : ils coexistèrent pendant des âges sans entrer en conflit direct, séparés qu’ils étaient par le vide. Tant qu’Ahouramazdâ se renferma inactif dans sa splendeur stérile, le principe du mal sommeilla inconscient de lui-même sous la nuit qui n’avait pas eu de commencement; mais le jour où l’esprit qui accroît (Çpentomainyous) résolut enfin de se mettre au travail, les premiers essais de son activité vivifiante éveillèrent Angrômainyous*. Le ciel

1. J Darmsieier. The Zend Avesta , t. T, L P- 102-193; cf. Oivnazd et Ahriman , p. 159-152. — 2. J. Dannsieter, Orrnazd et Ahriman,

n’existait pas encore, ni l’eau, ni U terre, ni le feu, ni le bœuf, ni l’hojqme, ni les démons, quand le mauvais se rua sur la lumière pour l’étouffer : mais Ahouramazdâ avait déjà évoqué les ministres de sa volonté, Àmeshaçpentas, Yazalas, FrayashiSj et il récita la prière de vingt et un mots dans laquelle tous les éléments de la morale sont résumés, l’Aliouna-vairya : « Fa yolonté du Seigneur est )a règle du

Un des rçiauvsus génies d'Angrcunairiyous.

bien. Que les bienfaits de Vôboumânô soient accordés aux œuvres accomplies pour Mazda en ce moment : celui-là fait régner Alunira qui protège le pauvre. » Angrômainyous fut repoussé, mais de même qu Ahouramazdâ se manifestait dans tout ce qu’il y a d’utile et de beau, dans la lumière, dans la justice, dans la vertu, il voulut percer dans tout ce qui est nuisible et Laid, dans les ténèbres, dans le crime, dans le péché1. 11 opposa aux six Ameshaçpentas six esprits égaux en force et en puissance ^ Akomanô, la « pensée mauvaise » ; Andra, te feu destructeur, qui cherche à semer

p. 88-94. — 1. Spiegel, Eranische AUerLkimskuude , t, il, p. 121-

dans le inonde le chagrin et le péché; Çaourou, « la flèche de la mort1 », qui pousse les rois à la tyrannie, les hommes au vol et au meurtre; Nâonghaithya, l'arrogance et l’orgueil; Taourou, la soif; Zaïri, là faim2 *. Il suscita contre les Yazatas les Daêvas (devs) ou démons, qui ne cessent d’assiéger la nature et de s’opposer à la régularité de ses mouvements5. Au moment de la création, tandis qu’Ahouramazdâ émettait la lumière, l’homme, tout ce qu’il y a de bon en ce monde. Angrômainyous évoquait les ténèbres, les animaux et les plantes nuisibles : jaloux de l’homme, il chercha à le faire déchoir. Avant l’arrivée de Zoroastre, ses créatures mâles (Yatous) et femelles (Païrikas, Péris) se mêlaient librement à l’humanité et contractaient des alliances avec elle : Zoroastre brisa leurs corps et leur défendit de se révéler autrement que sous forme de bêtes4, mais leur pouvoir ne sera complètement détruit qu’à la fin des temps. Alors trois prophètes issus de Zoroastre, Oukhshyatereta, Oukhshvatnémô, Çaoshyant ou Açtvatereta, dicteront trois nouveaux livres de la loi qui compléteront le salut du monde, mais à Çaoshyant est réservé l’honneur de porterie coup décisif. La lumière souveraine s’attachera à lui et à ses compagnons; il affranchira les créatures de la corruption et :de la pourriture, puis il « rendra l’univers éternellement vivant, éternellement accroissant, maître de lui-même. ». Les ténèbres se dissiperont devant la lumière, la mort devant la vie, le mal devant le bien. « Akoumanô frappe, mais Vôhoumanô le frappera à son tour. La parole de mensonge frappe, mais la parole de vérité la frappera à son tour. Haourvatât et Ameretât frapperont et la faim et la soif ; Haourvatât et Ameretât frapperont la faim terrible, la soif terrible 5. » Angrômainyous lui-même devra confesser la supériorité d’Ahouramazdâ, et la perfection régnera souveraine6.

1. J. Darmsteter, The Zend-Avesta, t. I, p. lxxiii et lxxii. — 2. Spiegel,

Eranische Alterthumskun.de, t. II, p. 126-130; J. Darmsteter, Ormazd et Ahriman , p. 259-265. — 3. Spiegel, Eranische Alterthumskunde, t. II,

p. 130-141 ; J. Darmsteter, Ormazd et Ahriman, p. 265-272. Le mot Daêva, qui signifiait primitivement dieu, a passé au sens de démon. —

4. Spiegel, Eranische Alterthumskunde, t. II, p. 145-148. — 5. J. Darm¬

steter, The Zend-Avesta^ t. 11, p. 508. — 6. Spiegel, Eranische Aller-

Au milieu de ce conflil des deux principes, l'homme, assailli par les Daèvas, défendu par les Yazatas, vit selon la loi et la justice dans la condition où le sort l’a jeté. Il doit contribuer autant qu’il est en lui à l’accroissement de la vie et du bien, et suivant qu’il travaille à remplir cette fin naturelle ou qu’il agit pour la contrarier, il est Xashavan, le pur, le fidèle ici-bas et le bien-heureux en l’autre monde, ou Xanashavan , le maudit qui se révolte contre la pureté. La plus haute place dans la hiérarchie appartient à Yâthravan, au magedout la voix glace les démons de terreur, puis au soldat dont la massue terrasse les impies; mais, à côté d’eux, le législateur a réservé une place d’honneur à celui qui cultive la terre. « C’est un saint, celui qui s’est construit ici-bas une maison, dans laquelle il entretient le feu, du bétail, sa femme, ses enfants et de bons troupeaux. Celui qui fait produire du blé à la terre, celui qui cultive les fruits des champs, celui-Là cultive la pureté : il avance la loi d’Ahouramazdà autant que s’il offrait des sacrifices.1 » L’homme a été placé ici-bas afin de disputer à Angrômaïnyous les parties stériles du sol ; labourer est son premier devoir. Son second est de protéger les créatures d’Ahouramazdâ et d’anéantir celles d’Angrômainyous. Il aidera donc ses coréligionnaires ; il leur donnera un vêtement s’ils sont nus, et il ne refusera jamais du pain au laboureur affamé sous peine de tourments éternels. Même sa charité s’étendra aux bêtes mazdéennes, au taureau, au mouton, au hérisson, au chien. Le chien est la meilleure des créatures d’Ahouramazdâ, celle pour laquelle il faut avoir le plus de respect; c’est péché non seulement que le tuer9, mais que lui servir « des os dans lesquels il ne peut mordre ou des aliments assez chauds pour lui brûler la gueule ou la langue3. »

Pour le reste, on avait soin de ne pas surcharger la vie de formules ; on exigeait de l’Iranien qu’il crût en Dieu, qu il lui adressât des prières et des sacrifices, qu’il fût simple de

Ihurnskunde, t. II, p. 153-158; J. Darmsteter, Ormazd et Ahnman, p. 224 sqq. — 1. Yaçna , XXX fil, 2-3. — 2. Hérodote, I cxl, note déjà le soin que prenaient les Mages de ne jamais tuer un chien : 01 8s or) Motyoi aùxo/eipiï) uâvxa tc).t)v vt'jvoç xai avôpaiitou y.xe:vou<7c. o.J.Darm- •teter, The Vendidad Sade , t. I, p. 131; Hovelacque, l'Avcsta , Zo-

cœur, sincère en pnroles, loyal dans tous ses actes. « Nous adorons Ahouramazdâ, le pur, le seigneur de pureté; nous adorons les Ameshaçpenlas, les possesseurs du bien, les distributeurs du bien; nous adorons tout ce que le bon esprit a créé, tout ce qui peut servir au bien de sa création et à l’extension de la vraie foi. — Nous louons toutes les bonnes pensées, toutes les bonnes paroles, toutes les bonnes actions qui sont ou qui seront, et nous conservons en pureté tout ce qui est lion. — Aluuramazdâ, être toujours bon, toujours heureux, nous nous efforçons de penser, de parler d'agir comme il convient pour assister les deux vies1 )>, celle de l’Ame et celle du corps. L’homme de bien par excellence (ashavan) est celui qui a bonne pensée, bonne parole, bonne action; quiconque réunit en soi ces trois vertus est en état d’ordre et de pureté complète (asha)2. Une lois sorti de la perfection, on n’y rentrait que par le repentir accompagné de bonnes œuvres : détruire les animaux malfaisants la grenouille, le serpent, la fourmi5, transformer les terres incultes en terres cultivées, marier une jeune fille pure et saine à un homme juste4, étaient autant de modes d’expiation recommandés par la loi. Le mariage était strictement obligatoire, et, comme il paraissait d’autant plus recommandable que la parenté était plus étroite entre les deux époux, non seulement on accouplait la sœur au frère, mais le père à la fille et le fils à la mère, au moins parmi les mages5. Nulle loi ne restreignait le nombre des épouses ou des concubines : loin de là, l’on estimait qu’un homme devait s’unir à autant de femmes que sa fortune lui permettait d’en entretenir. Après la mort, il était défendu de brûler le corps, de l’ensevelir6, ou de le jeter dans la rivière : à le faire, on eût souillé le feu, la terre ou l’eau. On avait deux manières différentes de se débarrasser du cadavre sans dommage pour la pureté des éléments. On le recouvrait d’une couche de cire

roastre et Le Mazdéisme, p. 356-356. — 1. Yaçna , XXXV, 1-5. — 2. J. Darmsteter, Ormazd et Ahriman, p. 7. — 5. Cf. Hérodote, 1, cxi ; Agathias, II, 24. — 4. J. Darmsteter, The Zend-Avesta , t. I. p. 171. — 5. J. Darmsteter, Le Zend Avesta, t. I, p. 126-134. — 6. Hérodote I, cxxxv — 7. Au temps de S Ira bon, brûler un cadavre était puni de mort (l. XV, 14); dans le Zend-Avesta, « c’est un crime qu'on ne peut expier »

et on l’eu fouissait1 : l’enduit était censé empêcher l'impureté qq’un contact direct avec la terre aurait produite. On ('exposait en plein air et on le laissait dévorer aux oiseaux et aux bêles de proie2 : en ce cas, de grandes tours rondes servaient de cimetières5. L’âme, après être restée trois jours encore dans le voisinage de sa dépouille mortelle, la quittait à l’aube du quatrième pour se rendre au jugement. Le génie flashnou Uazishta, le véridique par excellence, pesait ses actions bonnes et mauvaises dans la balance infaillible et l’acquittait ou la condamnait, selon le témoignage de sa propre vie. Au sortir du ttibunal, ou la menait à l’entrée du pont Chili vat, qui était jeté sur l’enfer et qui menait au paradis. Impie, elle ne le franchissait pas, mais elle tombait dans l’abîme, où elle devenait l’esclave d’Angrômainyous ; pure, elle le passait sans peine avec l’aide de 1 ange Çraosha. Yôhoumarjô lui souhaitait la bienvenue, la présentait au trône d’Ahourainazdâ comme il avait fait Zoroastre, puis lui assignait la place quelle devait occuper désormais jusqu’au jour de la résurrection des corps4.

L’Avesta avec les doctrines qu’il renferme, « c’est le code « d’une secte religieuse très bornée; c’est un Talmud, un « livre de casuistique et d’étroite observance. J’ai peine à « croire que ce grand empire perse ait eut une loi aussi « stricte5. » Les livres sacrés de l’Iran, tels que nous les possédons aujourd’hui, ont été rédigés probablement à 1 épo-

(J. Darjnpsteter, The Zend-Avesta, t. I, p. 9). « A sin for which there is no atonement, the burying of thé dead » (J. Darmsteter, I he \ endidcid Sadé, t. I, p. 8) ; l’une des plus grandes douleurs qu on puisse causer q la terre est d’y enterrer un chien (id-, p. 24-25). Un connaît pourtant les tombeaux des rnis (Arriem Anabase , LVi, xtx). Il semble donc que la défense d’enterrer ies cadavres est postérieure aux ^chéméliides (J. Darmsteter, The Zend-Avesta , t. 1, p. xc-xqj. — 1. Sirabon, 1. XV, 5; Hérodote, 1, cxl. — 2. Strabon, 1. XV, 5 (d’après Onésicrite; ; Hérodote (1, cxl), dont le témoignage a été accepté par Cicéron [Tusculanes , I, 45), affirpae que les corps étaient enterrés après avoir été dévorés seulement en partie par les chiens ou par les oiseaux. 3. Ces tours s’appellent dakhmas , « monuments » (Vendidad, édit. Darmsteter, Farg., VI, 44 sqq. ; VIII, 10 sqq.). — 4. G. Kawlinson, The five great Monarchies , t. il, p- 333-340; Spiegel, Eranische Aller thumshunde , t. IL p. 148-151.— 5. E. Renan, Rapport sur Les travaux de La Socuié asialigue, 1880, p. 29.

CHAPTTPF, XII.

que des Sassanides : une tradition fort ancienne raconte que le roi des Parthes, Vologèse Iür, ordonna qu’on recueillît tous ceux de leurs fragments qui avaient échappé aux persécutions d’Alexandre, et que l’édition définitive en fut publiée sous Sapor II Anoushirvân, vers le milieu du vie siècle de notre ère*. La collection renferme des chapitres fort anciens, écrits dans une langue plus archaïque2, et une partie des idées qui y sont exprimées découle de textes déjà considérés comme étant canoniques au temps des rois achéménides; mais le peu que les historiens grecs nous racontent des religions mèdes et perses diffère sur bien des points de ce que TAvesta nous enseigne. Il n’est pas certain que le dualisme ait été aussi nettement réglé alors qu’il l’est dans les livres de la loi, ni que les rois achéménides aient connu l’existence d’Angrômainyous. La coutume qu’ils avaient de se construire, en vue de leur capitale, des tombes monumentales, dont quelques-unes existent encore, montre que le fait d’enterrer un cadavre n’était pas considéré comme un sacrilège. Il semble cependant que beaucoup de préceptes, qui n’étaient pas observés par le peuple, étaient pratiqués par les prêtres, par ces Mages qui formaient une des six tribus de la nation médique5. En tout cas les observances que la loi leur imposait étaient innombrables et minutieuses. Ahouramazdâ et ses aides n’avaient ni temples, ni tabernacles, et bien qu’on les figurât parfois dans les bas-reliefs sous des espèces humaines et animales, personne ne se serait risqué à ériger clans leurs sanctuaires ces statues soi-disant animées ou prophétiques auxquelles les Égyptiens et les Assyriens rendaient hommage. Toutefois on leur élevait, au sommet des collines, dans les palais, au centre des cités, des pyrées, c’est-à-dire des abris où la flamme s’allumait en leur honneur, et ne s’éteignait plus d’âge en âge. Ces pyrées allaient d’ordinaire deux par deux, et c’est ainsi qu’on les rencontre çà et là parmi les ruines, à Nakhsh-î-Roustem, par exemple4

1. J. Darmsteter, The Zend-Avesta, t. I, p. xxxm-xxxvii. — 2. Ainsi es Gâthas, qui sont cités dans le \açna et le Vendidad (J. Darmsteter, The Zend-Avesta, 1. 1, p. lui). — 3. Hérodote, I, ci. — 4. Perrot etChipie7, Histoire de T Art antique , t. V, p. 643; Marcel Dieulafoy, l’Art antique de la Perse, t. 111, pl. V.

Ils ont la forme d’un cube et ils ressemblent à des tours flanquées aux quatre angles de colonnes reliées par des arches demi-circulaires; une rangée de créneaux triangulaires les urmonte et le haut en est creusé légèrement pour réserver a place du foyer.

Les rites du sacrifice duraient longtemps, et ils se compliquaient de manipulations, de gestes cérémoniels et d’incan-

Les deux autels iraniens ae Nakhsh-î-Roustem.

tâtions interminables. Où le pyrée ne devait pas abriter un feu perpétuel, on l’allumait avec des brindilles écorcées et purifiées par avance, puis on l’entretenait avec des bois précieuv, de préférence du cyprès ou du laurier, mais on avait soin de ne pas souffler sur la ilamme pour l’activer : l’haleine humaine la souillait, et celui qui commettait volontairement cette grave offense était puni de mort1. L’offrande ordinaire consistait en pains, en fruits, en parfums, en fleurs, mais, quand l’occasion exigeait un sacrifice sanglant, le cheval était la victime préférée2, puis le bœuf, la vache,

i. Strabon, XV, m, § 14, p. 732. - 2. Hérodote VII cxm ; Xénophon, Cyropédie, VIH, ni § 24; Amen, Anaoase, VI, xix, &7; J. Ddimsleter,

la brebis, le chameau, l’âne, le cerf : dans certaines circonstances même, lorsqu’on souhaitait se concilier la faveur du dieu des morts, on offrait un homme1. Le roi, représentant ri ’Ahouramazdâ sur la terré, officiait quand il lui plaisait, mais, lui excepté, nul ne pouvait se dispenser de l’entremise des Mages. Les fidèles se rendaient en procession a l’endroit où la cérémonie devait s’exécuter, et le prêtre, coiffant la tiare, récitait une invocation d’une voix basse et mystérieuse, afin d’appeler les bénédictions du ciel sur le roi et sur la nation2. Il tuait ensuite la victime d’un coup sur la tête, et il la coupait en portions qu il distribuait aux assistants, sans se rien réserver, car Ahouramazdâ ne voulait pour lui que lame : dans quelques cas, là victime était brûlée en entier, le plus souvent, on ne mettait sur le feu qu’un peu de la graisse et des entrailles3. L’officiant se couvrait la bouche avec les rubans qui tombaient de sa mitre, pour empêcher son haleine d’effleurer la flamme ; il tenait dans ses mains le petit fagot de brindilles de tamarisque, le bavesan*, et il préparait la liqueur mystérieuse du haoma 3 Tous les membres de la tribu des mages n’étaient pas nécessairement des prêtres, mais ceux-là seuls qui avaient été voués au sacerdoce dès leur enfance, et qui, après avoir reçu 1’inslruction nécessaire, étaient ordonnés régulièrement. Ceuxlà se divisaient en plusieurs classes dont trois au moins avaient des fonctions séparées, tes magiciens, les interprètes des songes, et les prophètes, parmi lesquels on choisissait le conseil de l’ordre et son chef suprême. Leur existence était austère : ils devaient s’abstenir de toute nourriture ayant eu vie, et même les classes auxquelles la viande était permise n’en pouvaient user que sous de certaines restrictions. Leurs vêtements étaient simples ; ils ne se paraient d’aucun bijou, et ils observaient la plus stricte fidélité dans le mariage : les vertus qu’ils avaient ou qu’on leur prêtait leur assuraient un ascendant incontestable sur le peuple

le Zend-Avesta , t. II, p. 592-394. — 1. Hérodote, VII, cxm-cxvi. — 2. Hérodote, I, ôxxxti. — 3. Hérodote, I, cxxxn, Strabon, XV, ni, § 13, p. 735. — 4. Dinon, Fragm. 8, dans Müller-Didot, Fragmenta Historicum Græcorum , t. I, p. 91; Strabon, XV, m, § 14-15, p. 752-733. —

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