‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 79 sur 215 · De Iside · texte numérisé non relu

De Iside

aussi bien que sur les nobles, et le roi lui-même n’entreprenait rien avant d’avoir consulté Ahourmazdâ par leur entremise. Plusieurs auteurs classiques affirment que, sous des apparences d’austérité, ils cachaient des vices monstrueux, et ce que nous savons d’eux par les monuments originaux ne nous permet pas de combatîre ou d’approuver ce jugement; toutefois il est probable que, même dans les derniers temps, la dépravation fut. chez eux la particularité de quelques-uns plutôt que' le tort de tous, ils restèrent jusqu’au bout fidèles aux règles de pureté cérémonielle et d’honnêteté que les livres sacrés de leurs ancêtres leur imposaient.

L’empire chaldéen et le monde oriental depuis la chute de Ninive jusqu’à la chute de l’empire mède.

La Chaldée avait dû lutter elle aussi pôur saisir la part qui lui avait été attribuée dans l’héritage de l’Assyrie. Non seulement Néchao lui avait ravi la Judée, la Phénicie et la Syrie, quelle estimait lui revenir de droit, mais les Araméens nomades du Khabôur et du Balikh lui refusaient leur hommage, et les bandes de Cimmériens ou de Scythes qui battaient encore la campagne depuis l’invasion de Madyés se joignaient souvent à eux pour attaquer les cités de la Mésopotamie : récemment encore elles avaient pillé la cité sainte de Harràn et dévasté le temple du dieu.Sîn1. Nabopolassar, trop vieux pour partir lui-même, en expédition contre elles, confia probablement le commandement de ses troupes au fils qu’il avait choisi afin de lui succéder, Nabuchodorosor 2, le mari de la princesse mède. Il ne fallut pas à celui-ci moins de trois ans pour remettre tout en ordre : Harràn demeura aux barbares sous condition d’un tribut, mais le district des Soubarou fut annexé à l'empire , et la domination baby-

1 Cylindre de Nabonide, col. X, 1. 12-21. — 2. Le nom de ce prince est écrit d'ordinaire Nabuchodonosor, Nabucadnezzar, par suite d’une confusion entre le 1 r et le 2 n. Les Septante transcrivent Nabucodorossor, et les textes originaux nous donnent la forme pleine Naboukoudouroussoiir, « Nabo, protège la couronne », pour laquelle j’ai préféré la vocalisation Nabuchodorosor, comme étant la plus proche de la forme

Ionienne escalada les versants méridionaux du Masios1. Allaitelle en rester là et laisser les pays d’au delà l’Euphrate, aux mains de ce Néchao qu’on affectait de considérer comme un satrape rebelle? Nabuchodorosor franchit l’Euph rate en 604. On ne sait rien des débuts de la guerre, mais la rencontre décisive eut lieu sur les bords du fleuve, non loin de Gargamish*; les Égyptiens furent complètement battus, et les Syriens surent désormais à quoi s’en tenir sur la force des deux grands empires qui se disputaient leur allégeance. La Judée, qui avait le plus souffert des Égyptiens, accueillit la nouvelle de leur désastre avec joie, et le prophète Jérémie le célébra en strophes ironiques : « Que vois-je? les voilà culbutés, reculant d’épouvante! Leurs guerriers sont écrasés, ils courent, ils fuient sans tourner la tête.... Ah! le plus agile n’échappera pas! Là, au nord, sur les bords de l’Euphrate, ils trébuchent, ils tombent !... Ce jour est pour le Seigneur, pour le Dieu des astres un jour de vengeance, où il frappera ses ennemis; l’épée doit se rassasier, s’abreuver de leur sang; car le Seigneur, le Dieu des astres veut avoir son hécatombe au pays du Nord, sur l’Euphrate! Et maintenant monte en Galaad et cherche du baume, vierge fdle de l’Égypte. C’est en vain que tu multiplies les remèdes; pour toi, il n’y a plus rien qui puisse panser ta blessure! Les nations ont appris ta honte, et la terre est remplie de tes cris ; c’est que tes guerriers se renversent l’un sur l’autre et tombent à la fois tous ensemble3. » Nabuchodorosor rentra en possession de tout le territoire, reçut en chemin la soumission de Joïakîm et des rois indigènes; il était déjà à Péluse, et il se préparait à passer en Afrique, quand la mort de son père l’arrêta dans sa marche. 11 craignit qu’un compétiteur ne s’élevât en Chaldée pendant son absence, il conclut un traité avec Néchao et il partit en toute hâte. Son impatience d’arriver ne s’accommodant pas aux longueurs de la route ordinaire par Gargamish et la Mésopotamie, il se lança à travers le dé¬

traditionnelle. — 1. Cylindre de Nabonide , col. II, I. 1-4; cf. Maspero, lesEmrires, p. 510-517. — 2. Jérémie, x lvi, 2; II Rois, xxiv,7; Jogèpiie, Anliq. jud., X, 7. — 5. Jérémie , xlvi, 5-6, 10-12.

sert d’Arabie avec une légère escorte, et il entra dans P>aby lone au moment où on l’y attendait le moins. Les prêtres avaient pris la direction des affaires et ils lui avaient gardé le trône : il n’eut qu’à paraître pour se faire acclamer et obéir1.

Son règne fut long, prospère, et somme toute pacifique. Les changements politiques survenus en Asie lui fermaient la plupart des champs de bataille ouverts jadis aux Assyriens. 11 n’y avait plus ni Ourartou, ni Mannai, ni Parsua, ni Ellipi, ni Elam, mais un seul royaume Mède, où ce qui subsistait de la plupart de ces pays était incorporé : même l’ Assyrie propre depuis le Radanou et le bassin du Haut Tigre appartenaient à Cyaxare. Du côté de l’Asie-Mineure, la Cilicie relevait peut-être de Babylone, mais là, derrière la Cicilie c’étaient la Médie encore, puis les tribus à demi barbares du Golfe de Pamphylie, et la Lydie par delà. Nabuchodorosor ne rencontrait d’ennemis sérieux qu’à l’Ouest et au Sud, où il avait une position analogue à celle des rois d’Assyrie moins d’un siècle auparavant. L’expérience d’alors avait prouvé que le dernier but où tendait 1 ambition des conquérants asiatiques était la possession de Memphis et de Thèbes, voire de l’Éthiopie : comme Sargon, comme Sennachérib, comme Assourbanabal, Nabuchodorosor, maître de la Syrie, était un danger perpétuel pour l’existence de l’Égypte. Les Pharaons des dynasties précédentes avaient essayé de s’abriter derrière les États syriens, et la politique de Sabacon avait consisté à maintenir la barrière de royaumes qui s’interposait entre lui et l’Assyrie. Damas et Samarie tombées, il ne restait plus à Pharaon d’autre ressource que d’être conquérant et de s’emparer, s’il le pouvait, de la côte phénicienne. Psammétique Ier avait commencé celte œuvre par la prise d’Ashdod; Néchao II avait paru i achever après la bataille de Mageddo. La défaite de Gargamish avait tout renversé, mais en prouvant la justesse de vue des hommes d'État égyptiens. Si la bataille perdue par Néchao 1 avait été entre Péluse et Gaza, c’en eût été fait de 1 Égypte- : livrée

1. Bérose, Fragm. 11, dans Josèphe, Antiq. jud 1. X, c. 11. — 1 On le vit bien, plus tard, lors de te guerre entre Psammétique 111 et

Cambyse.

sur les bords de l'Euphrate, ies vaincus avaient eu le temps de rassembler des forces nouvelles et d’en garnir le front est du Delta- Néchao ne se découragea donc pas malgré son insuccès. 11 appartenait à une race persévérante4, qu'un siècle de revers n’avait pas découragée de ses aspirations à la couronne, et qui ne l’avait gagnée qu’à force de patience et d’obstination. Il remonta sa flotte et son armée en silence, comptant sur l’esprit remuant des Phéniciens et des Juifs pour lui fournir une prompte occasion de revanche.

Une fois de plus il recourut à la Grèce. Des ingénieurs ioniens lui construisirent des chantiers maritimes et lui remplacèrent son vieux matériel par une flotte de trières. En même temps, il essayait de restaurer le canal des deux Mers, abandonné ou ensablé depuis la chute de la vingtième dynastie; il comptait le creuser assez large pour que deux trières pussent y voguer de front ou s’y croiser, sans déborder. Le canal s’embranchait sur le Nil un peu en amont de Bubastis, non loin de Patoumos ; il longeait le pied des collines arabiques de l’est à l'ouest, puis il s’enlonçait dans la gorge de i’Üuady Toumilât, et il déviait au sud dans la direction de la mer Bouge. La tradition contait qu’après avoir perdu cent vingt mille hommes dans cette entreprise/ Néchao ta suspendit sur la foi d’un oracle : on lui avait prédit qu’il travaillait pour les barbares *, Déçu de ce côté, il tourna son activité vers un autre objet. Les Tyriens et les Carthaginois avaient exploré, le. long de la côte d’Afrique, des pays abondants en or, en ivoire, en bois précieux, en épices, mais la politique jalouse des deux peuples empêchait les autres nations d’arriver à travers la Méditerranée jusque dans ces régions lointaines. Les Égyptiens avaient encore présent le souvenir des compagnes maritimes d’autrefois, au siècle où l’escadre de la reine jjatshopsouîtou naviguait les mers d’Arabie et relâchait aux Échelles de 1 Encens2. Néchao lança les matelots phéniciens de sa Hotte à la re-

1. Hérodote, II, clviii; IV. xui. Cf. Diodore, I, 33. Le chiffre de cent vingt mille hommes est évidemment exagéré : dans une enlreprisé pareille, le creusement du canal d’Alexandrie, Méhémet-Ali ne perdit que dix mille hommes. Sur le canal, voir Ehers, Durch Gosen mm binai, p. 471 sqq. — 2. Voir plus haut, p. 232-235.

cherche des terres nouvelles ; ils partirent du golfe d’Arabie sans trop savoir où ils allaient. 1/ entreprise, hardie en tout temps, était des plus périlleuses pour les petits vaisseaux de l’époque; ils devaient toujours cheminer en vue des côtes, et les côtes de l’Afrique sont d’une navigation difficile. Pendant plusieurs mois les Phéniciens continuèrent vers le sud, la droite au continent qui s’allongeait devant eux, la gauche à l’orient. Vers l’automne, ils débarquèrent sur la plage la plus proche, semèrent le blé dont ils s’étaient munis et attendirent que le grain fût mûr : aussitôt après la moisson, ils reprirent la mer.

!;e souvenir précis de leurs observations et de leurs découvertes se brouilla bientôt.

On se rappela pourtant qu’arrivés à un certain endroit ils virent avec stupeur que le soleil sembla mo- Un vaisseau égyptien d’époque saïte.

difier son cours et ne

cessa plus de se lever à leur droite : ils avaient doublé la pointe méridionale de l’Afrique et ils commençaient à remonter vers le nord. La troisième année ils franchirent les Colonnes d Hercule et ils rentrèrent au port : l’amitié étroite qui unissait Tyr à l’Égypte les protégea sans doute contre la jalousie des Carthaginois pendant cette dernière croisière. La faiblesse des moyens dont la marine de cet âge disposait rendit leur voyage inutile ; il n’ouvrit aucune voie nouvelle au commerce, et il demeura comme un fait curieux, mais sans résultat. Les prêtres égyptiens le racontèrent à Hérodote, et Hérodote lui-même nous en a parlé sans trop y croire1

1. Hérodote, IV, xui; cf. Robiou, Recherches nouvelles sur quelques périples d’Afrique dans l’antiquité , p. 1-1 4. Les écrivaies grecs postérieurs à Hérodote niaient la possibilité d’un pareil voyage comme ÉpJiore v Fragm ., Ii. Græc., t. I, p. 26), ou disaient qu’on ne pouvait affirmer si l’Afrique était entourée d'eau entièrement (Polybe, III. 58), ou pensaient qu’aucun voyageur n’était descendu à plus de cinq mille stades au delà de la mer Rouge (Strabon, XVI, m § 10)

Ce n’était là qu’un épisode curieux : tout en poussant ses explorations aussi loin qu’il le pouvait vers le sud, Néchao suivait d’un œil vigilant les événements qui s’accomplissaient en Asie. Depuis ses luttes désastreuses contre l’Assyrie, la Phénicie avait conservé une aversion profonde pour tous ceux de ses maîtres qui lui venaient de l’est. J1 en était dé même de la plupart des États syriens qui avaient encore un semblant d’indépendance, Ammon, Moab, les Nabatéens, les Philistins, Juda. Néchao exploita habilement ces haines ; quatre ans après sa défaite, il décida Joïakîm à se révolter. La mort de Josias avait porté un coup terrible aux espérances des prophètes. « Jamais avant lui il n’v avait eu roi qui lui fût comparable pour s’être dévoué à l’ Éternel de tout son cœur et de toute son âme, et de toute sa force, en toutes choses, conformément à la loi de Moïse, et après lui jamais il n’en surgit de pareil1 ». Les événements qui suivirent la déposition de Joachaz, puis le brusque renversement de la puissance égyptienne, l’avènement de la domination chaldéenne ébranlèrent plus profondément encore la foi en l’efficacité de la réforme. Le peuple sembla n’y voir qu’une vengeance de Jahvéh contre les impies qui avaient renversé ses temples et prétendu l’enfermer dans un sanctuaire unique. Le culte du Dieu d’Israël reprit ses allures d’autrefois, et celui des divinités étrangères fut pratiqué avec plus de ferveur que jamais. Le désappointement des prophètes et de leurs partisans fut d’autant plus amer qu’ils avaient cru un instant toucher presque au but de leurs efforts2. Un jour de fête, le plus connu d’entre eux, Jérémie, fils d’Hilkiah, se présenta sur le parvis et apostropha violemment la foule : « Ainsi a dit Jahvéh : « Si vous « ne m’écoutez point et ne marchez dans la loi que je vous « ai proposée, si vous n’obéissez aux paroles des prophètes « mes serviteurs que je vous mande et que vous n’écoutez « point, je mettrai ce temple en même état que celui de « Shilo, et je livrerai cette ville en malédiction à toutes « les nations de la terre. » On était au commencement du

1. Il Rois, xxm, 25. — 2. lvuenen, The religion of Israël ; t. I,p. 43 sqq. , Religion naturelle et religion universelle , p. 199 sqq.

règne de Joïakîm, au moment le plus fort de la réaction contre les tendances de Josias ; « aussitôt que Jérémie eut achevé, les sacrificateurs, les prophètes et le peuple entier le saisirent, disant : « Tu mourras la mort. » La foule s'amassa dans le temple, les principaux de Juda montèrent de la maison du roi à celle de l’Ëternel, et s’assirent à l’entrée de la porte neuve. L’accusation énoncée, quelques-uns des juges déclarèrent que l’inculpé ne méritait aucun châtiment, puisqu’il avait parlé au nom de Jahvéh, et les anciens alléguèrent en sa faveur l’exemple de Miellée : « Le roi Ézéchias et ceux de Juda le firent-ils mourir? » Il échappa cette fois, mais d’autres n’eurent pas le même bonheur. Uriah de Kiriath-Jéarîm, dont le seul crime avait été de prophétiser contre Jérusalem en la même manière, eut beau se sauver en Égypte; Joïakîm dépêcha à ses trousses Elnathan, fils de Hakbor, et quelques hommes avec lui, qui le ramenèrent à Jérusalem, le décapitèrent, et jetèrent son corps à la fosse commune1.

Cette séparation entre le peuple et l’homme qui représentait la grande tradition prophétique s’accentua rapidement; le moment vint où Israël sembla s’être réduit à Jérémie et à son disciple Barucli. Jérémie était en effet de ceux à qui le désastre de Mageddo avait enlevé toute espérance au présent. Lorsqu’il présenta son premier recueil de prophéties au roi, celui-ci le déchira, puis le brûla, et il fallut que plus tard le prophète et Baruch, en restituassent le texte entier de mémoire 2. Le plus grand nombre ne pouvait en effet s’habituer à l’idée que Jahvéh déserterait Juda ainsi qu’il avait déserté Israël. Toute tentative contraire aux intérêts du Chaldéen, toute alliance avec ses ennemis paraissait légiiime, et les conseils de l’Égypte trouvaient un accueil favorable auprès de la masse. Nabuchodorosor se rendit sur les lieux, de sa personne, et sa présence enraya le mouvement; Joïakîm ne sortit pas du devoir3, mais trois ans plus tard, il se souleva de vrai, toujours à l’instigation de Néchao. Nabuchodorosor ne jugea pas la conjoncture assez grave pour diriger lui-même les opérations militaires. Il se contenta d’envoyer

1. Jérémie, ch. xxvi. — 2. Jérémie, xxxvi. —3. II Rois, xxiv,i.

un de ses généraux avec les contingents d’Àmmon et de Moab, toujours prêts à oublier leur horreur du Chaldéen lorsqu'il s'agissait de satisfaire leur haine contre le Juif. Joïakfni, laissé à ses propres forces, résista avec tant de vigueur que Nabuchodorosor fut contraint d’amener ses vétérans à la rescousse. Son armée était encore en route quand Joïakîm mourut et fut remplacé par son fils, un jeune homme de dix-huit ans, qui assuma le nom de Jékoniah ou Joïakîn. Celui-ci ne régna pas longtemps. Nabuchodorosor arriva au moment même où il montait sur le trône, et sa présence précipita le dénouement; trois mois après, Joïakîn se rendit à discrétion. Les trésors dü temple furent saisis, le roi exilé en Chaldéë, l’armée réduite en esclavage, la population ouvrière transportée à Babylone, où on remploya aux grandes constructions; le demeurant fut remis au dernier fils de Josias, Mattaniah, alors âgé de vingt et un ans (597). Mattaniah, comme ses prédécesseurs, changea de nom en changeant de condition : il s’appela désormais Zédékias1.

Néchao n’avait rien fait pour secourir les Juifs. 11 mourut deux ans plus tard, sans avoir rencontré l'occasion qu’il cherchait (595)*, et son fils Psammétique II n’eut pas le loisir d’entreprendre quoi que ce fût contre l’Asie : une incursion en Éthiopie (591) signala son régné3, mais il disparut avant d’avoir rien accompli de grand (589) K Pendant cet intervalle, la Syrie, tranquille en apparence, n’avait cessé de s’agiter sourdement; les partis qui ne voyaient de salut qüe dans une alliance étroite avec l’Égypte s’étaient remis du coup brutal dont 1 échec de Néchao et de Joïakîm les avait frappés. À Jérusalem, le courant qui portait les esprits vers Pharaon

1. II Rois xx iv; II Chroniques, xxxvi, 5-1 1. Cf. Jérémie , xxiv, xxv, xxv(, xwv, xxxvi, etc. — 2. Manéthon (édit Unger, p. 280) attribue six années de cogne à Néchao II. et Hérodote, II, eux, seize Deux stèles de Florence et de Leyde confirment ce dernier chiffre (Leemans, Lettre à RoseÙini, p. 125-132). — 3. Hérodote, II, clx. C’est à cette expédition que se rapportent les graffiti grecs et phéniciens d’ibsamboül. — 4. f’füsieurs indices m’avaient porté à croire qu’il était mort avant d’avoir atteint sa majorité. Les découvertes de Karnak ne me permettent plus de maintenir cette opinion.

LE MONDE ORIENTAL AlJ TEMPS DE L’EMPIRE MEDE. 651

devint si fort queZédékias, créature deNabuchodorosor, y fut entraîné. Les prophètes de l’ancienne école, pleins de foi en Jalivéll, continuaient à penser que l’humiliation de leur patrie ne pouvait durer longtemps encore. Plus les désastres s’accumulaient sur elle, plus l'heure de ladélivrance leur paraissait voisine. Ceux d’entre eux qui avaient accompagné Joïakîn dans l’exil; Àchab, Zédékiah, fils de Maassiah, Shémaïah, se prédisaient a eüX-mêmes un retour prochain. Ceux qui étaient demeurés à Jérusalem ne cessaient de répéter au peuple : « Vous ne serez point asservis au roi de Chaldée; les vases sacrés du temple sortiront deËabylone ». Jérémie essayait en vain de Combattre l’effet de leurs déclamations. Il écrivait aux exilés de s’armer de patience : « Bâtissez des maisons et demeürez-y, plantez des jardins et mangez-en les fruits! Mariez-vous, engendrez des fils et des filles, donnez des femmes à vos fds et des épéux à vos filles pour qu’elles deviennent mères à leur t**ur. Multipliez-vous là et ne laissez pas diminuer votre nombre... Gardez-vous d’ècouter vos prophètes qui sont au milieu de vous ou vos devins et ne croyez pas aux songes que vous auriez, car ils mentent en prophétisant en mon nom : je ne leur ai pas donné mission, dit Jahvéh. Bar voici ce que dit Jahvéh : « Quand soixante-dix ans « seront accomplis pour Babel, je vous visiterai et je ratifierai « pour vous ma bonne promesse de vous ramener dans votre « patrie* ». L’un de ceux qu’il dénonçait de la sorte, Shémaïah, s’indigna de ces conseils pacifiques et adressa au grand prêtre Zéphaniab une lettre, dans laquelle il le sommait de condamner aux ceps et au carcan ce brouillon d’Ànatôt, qui faisait le prophète à Jérusalem et ne savait que recommander la patience aux déportes. Jérémie n’était jamais en reste d’invectives avec ses adversaires : il maudit Shémaïah dans sa personne êt dans sa race2, et il n’en continua que plus fort à prêcher contre les partisans de la politique agressive : « N'écoutez point ces gens-là, mais rendez-vous plutét sujets du roi de Babvlone, et peut-être vous vivrez; pourquoi cette ville serait-elle réduite en un désert? Mais s’ils sont prophètes, et que la parole de Jahvéh

Jérémie, x\ix, 1-11. — 2. Jérémie, xx ix, 23-52.-

soit en eux, qu’ils intercèdent maintenant auprès de Jahvéh des armées, afin que les vases sacrés qui sont demeurés au temple et au palais des rois et à Jérusalem n’aillent pas rejoindre les autres à Babylone1. » Un jour il descendit en public le joug au cou, tandis que le prophète Hananiah-ben-Azzour de Gibéon prêchait devant les prêtres et le peuple en ces termes : « Ainsi a dit l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël : « J’ai rompu le joug du roi de « Babylone. Dans deux ans accomplis je ramènerai ici Jéko- « niah, fils de Joïakîm, roi de Juda, et tous ceux qui ont été « déportés de Juda et Babylone ». Puis, levant le joug de dessus le cou de Jérémie, il le rompit, car « ainsi a dit Jahvéh ; « Entre ceci et deux ans accomplis, je romprai de « même le joug de Nabuchodorosor, roi de Babylone, de « dessus le cou de toutes les nations ». Le jour d’après, Jérémie reparut chargé d’un nouveau joug, mais d’un joug de fer, emblème de celui que Jahvéh devait jeter « sur le cou de toutes les nations afin qu’elles soient asservies au roi de Babylone2. »

L’avènement d’Apriès au trône d’Égypte suggéra de nouveaux arguments aux partisans de la révolte. On le savait entreprenant, ambitieux, préparé de longue main aux chances d’une guerre : Tyr et la Phénicie, Jérusalem et les pays situés au delà du Jourdain coururent aux armes d’un commun accord. Nabuchodorosor, placé entre trois adversaires, hésita un moment. « Il s’arrête au carrefour des chemins pour consulter l’avenir; il môle les flèches divinatoires, interroge les Téraphim, inspecte le foie des victimes3. » Son indécision ne fut pas de longue durée. Juda était le nœud de la coalition ; son territoire reliait les confédérés de la côte à ceux du désert, les forces de l’Égypte à celles de la Syrie. Tandis qu’une division ravageait la Phénicie et commençait le blocus de Tyr, le gros de l’armée se rua sur la Judée. Zédékias n’osa l’affronter en rase campagne et il se renferma dans Jérusalem, Cette fois le Chaldéen était à bout de patience ; il ravagea le pays sans miséricorde, livra les habitants des campagnes à ia merci des Philistins et des Édo-

1. Jérémie, xxvu, 14, 46-18. — 2. Jérémie , xxviii. — 3. Ézéchiel , xxi.

mites, bloqua les deux forteresses de Lakhish et d’Àzékah, et ne se présénta devant la capitale qu’après avoir tout mis à feu et à sang1. Il la serrait déjà de près quand il apprit qu’Apriès débouchait du côté de Gaza ; Zédékias dans sa détresse avait « mandé ses agents en Égypte pour qu’on lui donnât des chevaux et une armée considérable 2. » Le Chaldéen leva aussitôt le siège et marcha à la rencontre de ce nouvel ennemi. Le parti populaire triomphait déjà du succès de sa politique ; Jérémie pourtant n’avait pas foi en l’heu-

Sphinx du Louvre représentant Apriès.

reuse issue de l’entreprise : « Ne vous faites pas d illusion à vous-mêmes, disant: « les Chaldéensse retireront de Judée », car ils ne se retireront point. Quand même vous battriez toute l'armée qui vous assiège, et qu’il ne restât d eux qu un homme blessé sous chaque tente, ils se lèveraient tout de même et bouteraient le feu à la ville3. » On ne sait pas exactement ce qui se passa én cette occurrence : selon les uns, le roi d’Égypte se retira sans combattre 4 ; selon d’autres, il accepta la bataille et il fut vaincu 5.

Lui parti, la chute de la ville n’était plus qu’une question

26. Cf. Fr. Lenormant, La Divination chez les Chaldéens , 1875, p. 18 — 1. Jérémie , xxxiv, 7. — 2. Ézéchiel , xvii, 15. — 3. Jérémie , xxxvir, 11. — 4. Jérémie , xxxvn, 7 : « l/armée de Pharaon, qui est sortie à votre secours, va retourner en Égypte » — 5. Josèphe, Ant. Jud., X,

de jours, et la résistance ne pouvait plus servir qu’â irriter le vainqueur. Les Juifs ne s’en défendirent pas moins avec l’obstination héroïque et, malheureusement aussi, avec l’esprit de discorde qui fut toujours au fond de leur caractère. Pendant le court moment de répit que la diversion d’Àpriés leur avait procuré, Jérémie avait voulu sortir de Jérusalem pour continuer sa prédication en Benjamin. Arrêté à la porte sous prétexte de trahison, il fut fouetté, incarcéré, et il n’obtint d’adoucissement aux rigueurs de ses geôliers que par l’intervention personnelle du roi l. Interné dans la cour delà prison, il continuait de prêcher à tout venant : « Celui qui demeurera dans cette ville mourra par l’épée, par la famine, par les maladies ; mais celui qui sortira vers lesChaldéens vivra, et son âme lui sera pour butin, et il vivra. Car ainsi a dit Jahvéh : « Cette ville sera livrée certainement à l’armée « du roi de Babylone et il la prendra ». Les généraux de Zédékias et les partisans de la résistance interpellèrent le roi :

« Qu’on fasse mourir cet homme, car il rend lâches les mains des hommes de guerre et de tout le peuple par de telles paroles ». Livré à ses accusateurs, jeté au fond d’une citerne à moitié remplie de boue, il n’échappa, grâce â la compassion d’un eunuque de la maison royale, que pour renouveler ses ordres de soumission plus impérieusement. Zédékias lui demandait secrètement son avis : « Si tu sors volontairement pour aller vers les officiers du roi de Babylone, ta vie sera sauve, cette ville ne sera pas consumée des flammes, et tu vivras toi et ta maison. Mais, si tu ne sors pas vers les officiers du roi de Babylone, cette ville sera livrée aux ChaîdéeUs qui l’incendieront, et tu n’échapperas pas â leur main. » Zédékias inclinait à suivre les conseils du prophète, inais il s’était trop avancé pour pouvoir reculer sans ignominie2. La famine se joignit -bientôt aUx ravages de la guerre et des maladies, sans abattre la constance des assiégés : on n’avait, plus de pain, et l’on ne parlait pas encore de se rendre. Enlin, après un an et demi de souffrances, « la onzième année de Zédékias, au quatrième mois, au neuvième jour du mois, il y eut une brèche pratiquée au mur de la ville. — lit tous

t. Jérémie , xxxvii, 11-21. — 2. Jérémie , xxxvm, 1-19.

les principaux capitaines du roi cio Babçione y entrèrent et se portèrent à la porte du milieu ». Zédékias essaya de s’enfuir au delà du Jourdain : pris dans la plaine de Jéricho, il fut condüit â fvibtah, où Nabtichodorusor tenait cour plénière. Celui-ci traita le vaincu comme les gens de sa race avaient accoutumé de traiter les rebelles : il fit égorger ses fils et tous les magistrats de Juda en sa présence, puis il cône

Roi crevant les yeux d’un prisonnier.

manda qu’on lui crevât les yeux et qu’on 1 expédiât à Babylone chargé de doubles chaînes. La ville fat démolie et brûlée sous la direction de Nabousaradan, un des grands officiers de la couronne; les soldats, les prêtres, les scribes, les gens de haute classe furent transportés en Chaldée et dispersés dans différentes villes. 11 ne resta plus au pays que le petit peuple des campagnes, à qui le vainqueur abandonna les vignes et les champs des riches. L’œuvre de destruction

accomplie, les Chaldéens se retirèrent, laissant le gouvernement de la nouvelle province à un ami de Jérémie, nommé Guédaliah1 (586).

Guédaliah ne vécut pas longtemps : il fut massacré à Mizpah, avec les troupes juives et chaldéennes qui l’appuyaient par Ismaël, fds de Nataniah, delà race de David2. Ismaël fut attaqué à son tour par Jokhanan, fils de Karéah, et se réfugia presque seul chez les Ammonites3. Ceux qui avaient vengé Guédaliah et expulsé Ismaël craignirent à leur tour la colère du maître, et ils s’enfuirent en Égypte, entraînant Jérémie et une partie du peuple *. Apriès leur concéda des terres près de Daphné, d’où ils se répandirent à Migdol, à Memphis et jusque dans la Thébaïde5. Même après cette catastrophe, la mesure des maux de Juda ne fut pas comble. En 581, les débris de la population s’allièrent aux Moabites et tentèrent la fortune des armes ; une dernière défaite, suivie d’un dernier exil, acheva leur ruine. Les bannis de la première heure ne purent que pleurer de loin l’anéantissement de leur race. « La Judée a été emmenée captive, tant elle est affligée et tant est grande sa servitude ; elle demeure maintenant parmi les nations et ne trouve point de repos. — Les chemins vers Sion mènent deuil, parce que personne ne vient plus aux fêtes ; ses portes sont béantes, ses sacrifica-

1. Jérémie , xxxix; II Rois , xxv, 1-24; II Ckron., xxxvi, 13-21. Voici le tableau des rois de Juda, depuis la mort de Salomon jusqu’à la chute de Jérusalem :

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