‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 80 sur 215 · X. JoTHAM · texte numérisé non relu

X. JoTHAM

2. Jérémie , xl-xm, 1-1. — 3. Jérémie , xu, 11-15. — 4. Id., xli, 17-18; xlii. — 5. Id., xliii-xliv, 1.

teurs sanglotent, ses vierges sont accablées de tristesse ; — ses enfants vont en captivité par devant l’ennemi. — 0 Jahvéh, tu demeures éternellement et ton trône dure d’âge en âge ! — Pourquoi nous oublierais-tu à jamais ? Pourquoi nous délaisserais-tu à toujours ? Piamène-nous à toi, que nous nous convertissions ; — renouvelle nos jours comme ils étaient autrefois1. » La défaite des peuples situés au delà du Jourdain suivit de près, Moab d’abord, puis Àmmon*, puis Édom et l’Arabie elle-même3 : les tribus de Kédar et leurs voisins, « ces hommes aux tempes rasées », virent réprimer sévèrement leurs brigandages. Plus tard, la tradition arabe transforma ces razzias en guerres sérieuses menées jusqu’au fond de la péninsule. Elle affirma qu’après avoir dispersé, près du bourg de Dhât-îrk, les Djorhom Joctanides qui lui barraient le chemin de la Kaâbah, Nabuchodorosor atteignit aux frontières de l’Yémen occidental, mais que la fatigue de son armée l’empêcha de pousser plus loin : il revint sur ses pas, emmenant une foule de captifs et deux tribus entières, celles d’Hadhourâ et d’Ouabar, qu’il établit en Chaldée4.

Tyr et l’Égypte restaient seules debout. Tyr, à l’abri derrière les murailles de son île, commandait la mer et brava la colère impuissante des Chaldéens; après treize années d’efforts infructueux, ils se résignèrent à traiter avec le roi Ithobaal III, qui avait conduit la défense5 (574), et ils furent libres désormais de se tourner contre PÉgypte. Dès le len-

1. Lamentations, i, 3-5; v, 19-21. — 2. Jérémie, xlix, 13,21. — 3. Jérémie, xliii. — 4. Caussin de Perceval, Histoire des Arabes , 1. 1, p. 81- 99. La plupart des légendes arabes relatives à Nabuchodorosor dérivent des récits de la Bible; il semble pourtant que l’histoire des expéditions contre l’Yémen renferme un fond de vérité. — 5. Ménandre dans Josèphe, Cont. Apionem, 1, 21, § 127. La plupart des auteurs ecclésiastiques ont soutenu que Tyr avait été prise par Nabuchodorosor, contre le témoignage formel des annales phéniciennes et des historiens grecs (Jérôme, Comment, in Ezech., c. xxv;, xxix ; Op. omnia. t. III, p. 875, 908; Cyrille d’Alexandrie, Comment. in-Jesaïam 23, Op. Omnia , t.II, édit Aubert). Le Chaldéen, disent-ils, avait rattaché l’île au continent par le moyen d’une digue analogue à celle que construisit plus tard Alexandre. Encore au onzième siècle de notre ère, la tradition locale voulait qu’il n’eût pas réussi dans son entreprise 'Guillaume de Tyr, Ilist., XIII, 4.).

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demain de la défaite de Néchao, il ne s était guère passé d’année où les prophètes juifs n'eussent proclamé prochaine la lutte entre Pharaon et la Chaldée. Jérémie l’avait prédite plusieurs fois sans se laisser décourager par le néant de ses prédictions1 : en apprenant la reddition de Tyr, un des captifs de Babylone, Ézéchiel, l’annonça de nouveau. « Ainsi a dit le Seigneur Jahvéh : « J’en finirai avec le faste « d’Égypte par la main du roi de Babel. — Lui, et son « peuple avec lui, les plus barbares d’entre les nations, « seront amenés pour ruiner le pays, et ils dégaineront « contre ('Égyptien, et ils joncheront le sol de cadavres. — « Or je mettrai les canaux à sec, et je livrerai le pays aux « mains des méchants; je le désolerai et tout ce qu'il con- « tient par la main des étrangers. Moi, Jahvéh, j’ai parlé « ainsi. » Ainsi a dit le Seigneur Jahvéh : « Je détruirai a aussi les idoles, j’anéantirai les faux dieux de Memphis, « et il n’y aura plus de prince égyptien, et je répandrai la « terreur au pays d’Égypte. — Je désolerai la Thébaïde, « j’incendierai Tanis, et je ferai bonne justice de Thèbes ; « — et je répandrai ma fureur sur Péluse, qui est la force « d’Égypte, et j’exterminerai la multitude qui est à Thèbes. « — Quand je mettrai le feu en Égypte, Péluse sera griè- « veinent tourmentée et Thèbes sera rompue par diverses « brèches, et il n’v aura à Memphis que détresse en plein « jour. — La jeunesse d’On et de Bubaste tombera par l’épée « ou s’en ira en captivité; — et le jour faudra dans Daphné, « lorsque je romprai les appuis de l’Égypte et que l’orgueil « de sa force sera abattu; une nuée la couvrira, et ses villes iront en captivité2. » A en croire Josèphe, la prédiction du prophète aurait reçu son entier accomplissement : Nabuchodorosor aurait envahi l’Égypte, battu et tué A priés, puis installé un gouverneur sur sa nouvelle conquête, et serait rentré en Asie, emmenant avec lui les Juifs établis dans le Delta3. Les récits égyptiens prouvent, au contraire, que Nabuchodorosor subit un échec sérieux. La flotte d’Apriès,

1. Jérémie , ix, ‘25-26; xliii, 8-13: xlix, 50; xlv. — 2. Ézéchiel , xxx, 10-18. — 5. Josèphe. Ant. jud., X, 11, d’où dérivent probablement les passages des écrivains arabes relatifs à la conquête de l’Égypte, cf. S. de Sacy, llelation de l'Égypte par Abd-Allatif , p. 184, 246.

équipée par des Grecs, détruisit la flotte phénicienne au service des Chaldéens, enleva Sidon et força les autres villes à se rendre sans combat1. Toute la côte syrienne tomba aux mains de Pharaon sans que Nabuchodorosor fît rien pour la lui disputer ou la lui reprendre. Des garnisons africaines occupèrent Gébel et y construisirent, en pierres du pays, un temple dont on a déterré récemment les ruines2. Par un coup de fortune, Apriès atteignit en quelques semaines le but que ses ancêtres avaient vainement poursuivi pendant un demi-siècle : il put s’intituler « le plus heureux des rois qui avaient vécu auparavant » et s’imaginer, dans son orgueil, que « les dieux eux-mêmes seraient incapables de lui nuire5. »

Des dieux ne lui accordèrent pas de jouir longtemps du fruit de ses succès. Les tribus libyennes de la côte, sans cesse harcelées par les colons grecs de la Cyrénaïque, s’étaient adressées à lui comme à leur protecteur naturel et elles lui avaient demandé secours contre les empiètements de leurs voisins. Il n’eût pas été prudent de mettre les mercenaires en face de leurs compatriotes : Apriès dépêcha contre Cyrène une armée égyptienne, qui fut vaincue près du bourg d’irasa et qui souffrit si cruellement dans la déroute qu’un petit nombre de fuyards seulement regagna la frontière du Delta4. Leur retour produisit des troubles. Apriès avait encouru la haine des prêtres et de la populace pour la protection qu’il avait accordée aux étrangers. On crut ou on affecta de croire qu’il avait envoyé les soldats indigènes en Libye pour les y exposer à une mort certaine et pour se débarrasser de gens dont la fidélité lui était suspecte : une sédition éclata6.

1. Hérodote, II, clxi; Diodore, I, 68, — 2. E. Renan, Mission de Phénicie, p. 26 sqq., 179, et le mémoire de M. E. de Rougé sur les débris égyptiens trouvés en Phénicie par M. Renan ( Revue archéologique ,1864, t. Vil, p. 194 sqq.). M. Wiedemann [Gesehichte Ægypiens von Psamitik l, p. 151) attribue ces constructions au règne de Psammétique 1er — 3. Hérodote, II. clxi. La guerre d’Apriès contre la Phénicie ne put avoir lieu tant que le siège de Tyr durait encore, c’est-à-dire de 588 à 575. D’autre par Apriès ne régna que dix-neuf ans, de 589 à 569 (Manéthon, édit. Unger, p. 281-283). La guerre de Phénicie doit donc se placer entre 574, date de la soumission de Tyr par les Chaldéens, et 569, date de la révolte d’Amasis. — 5. Hérodote, IV, eux. — 6. Hérodote,

11 y avait alors à la cour un homme de basse extraction, Amasis, que sa bonne humeur perpétuelle et son habileté avaient élevé des derniers rangs de l’armée au grade de général1. 11 l’envoya au camp des rebelles avec ordre de les ramener au devoir. Amasis haranguait les troupes, quand un soldat lui posa un casque sur la tête et le proclama roi. Devenu d’ambassadeur chef de la révolte, il marcha contre Sais et anéantit, près de Momemphis2, les trente mille mercenaires qui défendaient encore le roi légitime (569). Apriès, pris dans la déroute, fut d’abord épargné et traité avec honneur : il demeura associé au trône, et son nom figura sur les monuments au même titre que celui de son vainqueur5. Mais, réclamé au bout de quelque temps par la populace de Sais, il fut livré à ses ennemis et assassiné4. A Thèbes, la reine Onknas-Nofiribi, fdle de Psammétique II, qui avait succédé à Nitokris dans l’exercice du pouvoir sacerdotal5, reconnut son autorité; mais, en Asie, il dut presque aussitôt repousser l’attaque des Chaldéens. Un document découvert récemment raconte, qu’en l’an 37 de son règne, Nabuchodorosor partit en campagne contre Ahmassou, roi d’Égypte. Nous ne connaissons point malheureusement l’issue de la lutte6. La tradition chaldéenne assure que UÉgypte fut conquise"; la tradition égyptienne est muette à cet égard1. Il

II, clxi; Diodore, I, 68. — 1. Hérodote, II, clxii, clxiv, où il est dit qu’Amasis était de Siouph, près Sais. Hellanicos de Lesbos (Fragm. loi, dans Müller-Didot, Fragm. ffisl. Græc., t. I, p. 66) contait qu’Amasis avait gagné la faveur du roi par le don d’une couronne de fleurs le jour anniversaire de sa naissance. Platon ( Timée , t. II, p. 199, édit. Didot) assure qu’Amasis était de Sais même. — 2. Hérodote, II, clxjii, clxix ; d’après Diodore, I, 68 ; la bataille s’engagea près de Màréa — 3. Champollion, Monuments , t. IV. pl. ccccxliii, 1 ; VViedemann, Ge. schichte Ægyptens von Psamitik I, p. 120, 167 sqq. — 4. Hérodote, II, clxii, clxiii, clxiv ; Diodore, I, 68; cf. Hellanicos, dans Müller-Didot Fragm. H. Græc., t. I, fragm. 151, p. 66, où Apriès est nommé Patarmis. Un monument du Musée du Caire, récemment publié par Daressy ( Guide du Visiteur, p. 103, n° 1609), nous donne la version égyptienne de cette guerre : autant qu’on en peut juger, elle s’accorde en gros avec la version grecque. — 5. Maspero, Deux Monuments de la princesse Ankhnasnofiribrî, dans les Annales du Service des Antiquités, t. V, p. 84-92. — 6. Pinches, A new Fragment of the History of Nebucadnezzar III, dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology, t. VII, p. 210-225.

LE MONDÉ ORIENTAL Ali TEMPS DE L’EMPIRE MÈDE. 641

est probable qu’Amasis perdit les conquêtes phéniciennes de son prédécesseur et fut réduit à l’Égypte : rien n’indique que l’Égypte même ait été entamée et que les Chaldéens aient renouvelé à un siècle de distance l’exploit d’Asarhaddon et d’Assourbanabal.

Ce fut la dernière guerre de Nabuchodorosor, la dernière du moins dont l’histoire ait gardé la trace. Au temps où elle se termina, il était déjà vieux et il devait songer à toute autre chose qu’aux armes ; son ambition se borna désormais à terminer les grands travaux de construction qui rendirent sa mémoire fameuse dans l’antiquité. Pendant le siècle qui avait précédé la chute de Ninive, Babylone avait souffert cruellement des Assyriens. Elle avait été saccagée deux fois par Sennachérib et par Assourbanabal, sans compter les sièges et les pillages partiels qu’elle avait subis au cours de ses révoltes perpétuelles. Nabopolassar avait déjà commencé l’œuvre de réparation ; il semble l’avoir menée pour le compte d’une de ses femmes qui, par un hasard étrange, porte dans la tradition classique le nom égyptien de Nitôkris2. Nabuchodorosor utilisa aux corvées les nombreux captifs syriens, juifs, égyptiens, arabes, qu’il s’était procurés dans ses campagnes, et Babylone, qui n’était guère avant lui qu’une ville de province, devint grâce à lui l’une des cités les plus belles du monde entier. Au centre la ziggourat , la tour à sept étages de Bel, se dressait gigantesque, couronnée d’une statue du dieu en or, haute de quarante pieds, à laquelle une rampe tournante conduisait. Le palais royal, achevé en cinquante jours, était célèbre par ses jardins

1. Wiedemann [Der Zug Nebucadnezar's gegen Ægypten bestâtigt durck eine gleichzeitige hieroglyphische Inschrift , dans la Zeitschrift, 1878, p. 2-6) a essayé de montrer que Nabuchodorosor aurait pénétré jusqu’à la première cataracte, puis qu’il aurait été battu et chassé d’Égypte par un général Nsihor : il combine cette donnée .avec celle du texte cunéiforme. de Pinches (Nebucadnezcir und Ægypten dans la Zeitschrift,, 1878, p. 87-89). J’ai montré ailleurs ( Notes sur quelques points de grammaire et d’histoire dans la Zeitschrift, 1884, p. 87-90; cf. Brugsch, Beitrâge, dans la Zeitschrift , 1884, p. 93-97) ce qu’il faut penser de cette hypothèse. — 2. Hérodote, I, clxxxv; Oppert, li apport adressé au ministre de l'Instruction publique , p . 16; Fr. Lenormant, Histoire , t. II, p. 216-218.

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