Ézéckiel , xvm. — 2. Ézéchiel , xxxvn
désespéré de rien obtenir du peuple, sous le régime du pacte conclu jadis en Égypte, et il avait proclamé la nécessité de négocier une seconde convention, mais sans oser en indiquer les clauses1. Ézéchiel, plus hardi, songea dès ibrs à fixer les termes de l’alliance nouvelle et à rédiger la constitution qu’on devrait substituer à l’ancienne, le jour où 1 exil serait terminé. La royauté avait été essayée et elle n avait pas produit de résultats heureux : pour un monarque comme Ézéchias ou Josias, on en avait eu dix comme Achaz et comme Manashshèh. Cependant les Juifs étaient encore attachés si sincèrement à la forme de gouvernement monarchique, qu’il jugea inopportun de la supprimer entièrement. 11 se résigna à conserver un roi, mais un roi plus pieux et moins indépendant que le prince rêvé par l’auteur du Deutéronome2, un serviteur des serviteurs de Dieu dont la fonction principale se réduirait à subvenir aux besoins du culte. Jahvéli était en vérité le seul souverain qu’il acceptât pleinement. Mais le Jahvéli qu’il concevait n’était déjà plus celui que ses prédécesseurs avaient rêvé, le seigneur Jahvéh d’Àmos, « qui ne fait rien sans révéler son secret aux prophètes, ses servants3 », ou celui d’Hoshéa « qui prend plaisir à 1 amour^et non aux sacrifices et à la connaissance de Dieu plus qu’aux holocaustes4 ». Son Jahvéh à lui n’admet plus aucun commerce familier avec les interprètes de ses volontés ; il tient « le fils de l’homme » à distance, et il communique avec lui uniquement par l’intermédiaire des anges, ses messagers. Sans doute l’affection de ses enfants lui est douce ; mais il préfère leur respect et leur crainte, et l odeur du sacrifice légalement accompli est suave à ses narines. Le premier soin du prophète est donc de lui dresser une maison neuve sur la montagne sainte. Ce temple de Salomon où il avait passé les lointaines années de sa jeunesse, il le rebâtit sur le même plan qu’autrefois, mais plus grand, mais plus beau ; la cour extérieure d’abord, puis la cour intérieure et ses chambres, puis le sanctuaire dont il calcule les dimensions au plus juste : dix coudées d’ouverture pour la
1. Jérémie , xxxi, 32-3i; Kuenen, The religion of Israël , t. II, p. 73 sqq., et Religion naturelle et religion universelle , p. 83, 84, 114.
2. Cf. p. 591 de cette histoire. — 3. Amos, III, 7. — 4. Hoshéa , VI. 6.
LA CONQUÊTE PERSE. 665
porte, cinq coudées de chaque côté pour les parois latérales de la porte, vingt coudées de large et quarante de long pour la salle même, et ainsi de suite avec un luxe de détails techniques souvent malaisé à comprendre1. Et, comme il faut à un édifice aussi bien ordonné un clergé digne de l’habiter, les fils de Sadok seuls auront rang de prêtres, parce que seuls ils ont gardé une fidélité inébranlable ; les autres lévites se confineront dans les emplois secondaires, car non seulement ils ont suivi les errements de la nation, mais ils lui ont donné le mauvais exemple et ils ont pratiqué l’idolâtrie. Les devoirs et les prérogatives de chacun, les revenus de l’autel, les sacrifices, les fêtes, l’apprêt des banquets, tout est prévu et déterminé avec une rigueur inexorable2. Ézéchiel était prêtre et attaché aux manipulations les plus mesquines comme aux fonctions les plus nobles de son métier : les moindres recettes de boucherie ou de cuisine sacrée lui paraissaient aussi nécessaires que les préceptes de la morale à la prospérité future de son peuple. La construction et le rituel une fois mis sur pied, son imagination l’emportait de nouveau. Il se figurait voir une source jaillir du seuil même de la maison divine, et, s’écoulant vers la mer Morte à travers un grand bois, en assainir les eaux. « Et toutes sortes d’êtres animés qui se meuvent vivront partout où le ruisseau débouchera dans la mer, et le poisson sera très nombreux... Et sur les bords du ruisseau, des deux côtés, croîtra tome espèce d’arbres fruitiers, dont le feuillage ne se fanera pas et dont les fruits ne finiront pas : ils en produiront de nouveaux tous les mois, parce que cette eau sort du sanctuaire, et les fruits serviront de nourriture et les feuilles de médicaments3. » Les douze tribus d’Israël, même celles qui avaient disparu à diverses époques, se partageront le pays d’une manière idéale, Dan au nord, Uuben et Juda au sud, et elles fonderont à frais communs, autour de la montagne .de Sion, là Jérusalem nouvelle dont le nom sera désormais : « Ici l’Éternei4 ».
Ézéchiel n’exerça que peu d’influence sur ses contempo-
1. Ézéchiel, xl, 5-xliii, 27. — 2. Ézéchiel, xliv, 1-xlvi, 24. — 3. Ézéchiel , xlvii, 1-12. — 4. Ézéchiel, xlvii, 13-xlviii. Cf. pour le rôle d’Ézéchiel, Kuenen, The Religion of Israël , t. II, p. 105-108.
rains; il resta seul ou presque seul de son avis, et les idées exprimées par Jérémie l’emportèrent sur les siennes. Quelques-uns parmi les exilés s’obstinèrent de plus en plus à adorer les divinités païennes ; ils se fondirent probablement dans la masse de la population chaldéenne et ils furent perdus pour Israël aussi complètement que l’avaient été les déportés d’Éphraïm. Les autres, et c’était le grand nombre, restèrent fidèles à leurs espérances et s'appliquèrent à démêler, parmi les événements qui se déroulaient sous leurs yeux, les signes précurseurs de la délivrance annoncée par le prophète. « Veuille accroître ton peuple, ô Eternel, — « veuille accroître ton peuple et te glorifier, — veuille
« étendre la limite de son pays ! — Éternel, dans la détresse
« ils ont regardé vers toi, — ils se sont répandus en priè- « res quand tu les châtias. — Comme une femme enceinte, « quand son terme approche, — se tord et crie dans ses « douleurs, — ainsi nous étions devant toi, Eternel!... Va. « mon peuple, retire-toi dans ta chambre, — et ferme les « portes derrière toi! — Cache-toi un petit instant, — jusci qu’à ce que le courroux soit passé. — Car bientôt l’Eter- « nel va sortir de son lieu, — pour demander compte de « ses crimes à l’habitant de la terre, — et la terre découvrira « le sang versé — et ne cachera plus le corps des victi-
« mes1. » La mort de Nabuchociorosor en 562 amena un
changement dans leur condition. Évilmérodach tira leur roi Joiakîn de la prison où il languissait depuis trente années, et le traita avec honneur * ; ce n’était pas encore la restauration désirée, mais c’était du moins la fin de la persécution. Puis vinrent les querelles ^de palais qui, emnoins de huit ans, changèrent quatre fois de mains le sceptre de Nabuchodorosor3, puis l’avènement du pacifique et dévot Nabonide. puis les premières victoires de Cvrüs. Rien n’échappait à l’œil vigilant des exilés, et leurs prophètes commencèrent à déclarer que les temps étaient proches, à parler de l'humiliation de Babylone, à en prédire la date, f/un, dont l’œuvre a été
classée avec les écrits de Jérémie, aperçoit les peuples du
1. Anonyme, vers 570 [Isaïe, xxvi, 15-16-xxvn, 1-2). — 2. II Rois, xr, 27-50 ; Jérémie, zlii, 31-54. — 3. Voir p. 642-643 de cette histoire.
Nord et de l’Est en marche contre la cité condamnée. « Sonnez le clairon parmi les nations, appelez les peuples à « inaugurer la guerre, convoquez contre elle les royaumes « d’Ararat, de Minni et ti’Ashkouz; rangez contre elle les « bataillons, lancez la cavalerie comme un essaim de saute- « relies aux ailes droites ! Appelez les peuples à inaugurer « la guerre contre elle, les rois de Médie, les capitaines et « leurs satrapes, et tout le pays de leur domination. La « terre tremble, elle est en travail, car ils vont s’accomplir « les desseins de l’Eter- <c nel de changer Babel « en un désert sans habi- « tants1. » Un autre voit déjà l’oppresseur mort et descendu aux enfers :
« L’enfer dans ses profon- « deurs s’émeut pour toi,
« — à ton arrivée il excite « les ombres; — il fait « lever de leurs sièges « tous les princes de la « terre, — tous les rois « des nations. — Tous « ils élèvent leur voix « — et te disent : « Toi « aussi tu t’es donc éva- « noui comme nous, — tu es devenu notre égal !» — « Et toi « tu te disais en ton cœur : » Je monterai au ciel ; — au-dessus « des étoiles de Dieu j’élèveraimon trône ; — je serai l’égal du « Très-haut! » Ha! c’est dans l’enfer que tu seras précipité, « — au fond du sépulcre ! — Ceux qui t’y verront te contt templeront, — jetteront sur toi un regard curieux : — « Est-ce là l’homme qui ébranla la terre, — qui fit trembler « les empires, — qui changea le monde en un désert, dé- « vasta les villes — et r î relâcha pas les captifs? » — Tous « les rois des peuples reposent avec honneur — chacun « dans son mausolée : — mais toi, tu es jeté loin de ton « sépulcre, — comme une branche vile, — sous un linceul 1. Jérémie, u, 26-29.
Type de Persan.
m CHAPITRE xm.
« de morts égorgés par l’épée, — - qui descendront dans « leurs tombes maçonnées, — toi, cadavre foulé aux pieds « — tu ne seras point réuni avec eux dans la tombe, — défi solateur de ton pays, — bourreau de ton peuple1. »
L’écho de ces malédictions n’arrivait pas jusqu’aux oreilles de Nabonide, ruais il comprenait la grandeur du péril qui le menaçait et il tâchait de le conjurer. Ce n’était pas une fantaisie d’archéologue qui le poussait à relever les temples détruits, à restaurer de vieux cultes oubliés dès longtemps ; il voulait détourner de sa personne et de son royaume la colère des dieux ennemis et se concilier la bonne volonté des nationaux. Cette affectation de piété envers des divinités qui n’étaient pas de Babylone mécontenta le sacerdoce babylonien : lorsque les Perses parurent sur la frontière en 558, non seulement les captifs internés en Chaldée, mais une partie de la population indigène appelait de ses vœux la présence de l’étranger. Nabonide recourut aux grands moyens : il ordonna des sacrifices à Bel, en expiation des péchés du peuple, et il transféra dans ia capitale les dieux les plus vénérés, Zamalinal et. les maîtres de Kis, Bêltis et les seigneurs de Kharsagkalama,les divinités d’Akkad « qui sont au-dessus et au-dessous de l’atmosphère ». Cyrus ne lut pas intimidé par l’arrivée de cette garnison d’idoles: il eut raisoti de ses adversaires en quelques semaines. Au commencement du mois de Tammouz, il avait franchi le Tigre et battu les Chaldéens près delà ville de Routoum. Aussitôt une révolte éclata en Akkad qui enleva à Nabonide ses dernières ressources. Le 14 les Perses entrèrent paisiblement dans Sippar;le 16, Gobrvas qui les commandait s’empara de Babylone presque sans coup férir. Nabonide, livré par les siens, fut traité avec bienveillance et exilé en Carmanie, Son fils aîné BelsharousourJeBalthazar desHébreux ten ta uneifort suprême pour repousser l’invasion: il fut battu parGobryasle 11 deMarchesvân, etilpéritdansladéroute2.
1. An onyme, vers 540 {Isaïe, xiv, 8-20). — 2. Pinches, On a Cunei form Inscription relating tothe Capture of Baby Ion by Cyrus, dans les Transactions of lhe Society , of Biblical Archæology , t. VII, p. 139- 167 où sont publiés les fragments des annales de Nabonide. Cf. H. Rawlinson, dans le Journal of the Royal Asiatic Society , t. XII, p. 70-
LA CONQUÊTE PERSE
L’empire entier tomba du même coup et sans secousse aux mains des Perses. Les peuples tributaires, Syriens, Arabes, Phéniciens, perdirent leurs anciens maîtres et en gagnèrent de nouveaux, sans plus s’inquiéter du changement que s’il ne se fut pas agi d’eux et de leurs intérêts; du moment qu’ils ne pouvaient plus être libres, peu leur importait qui régnait. Babylone elle-même parut s’accommoder de sa servitude, et les partis qui avaient été hostiles à Nabonide se réjouirent de sa captivité. Cyrus fit d’ailleurs ce qui était nécessaire pour s’assurer leur bon vouloir : comme ses prédécesseurs assyriens, Tiglatphalasar, Sargon, Asarhaddon, Assourbanabal, il se plia aux exigences
sqq., où est donnée la proclamation par laquelle Cyrus annonce au peuple de Babylone qu’il prend la royauté du consentement des dieux nationaux. Cf. Bérose, Fragments, 9, 14. Voici d’après le canon de Ptolémée et les monuments (cf. Pinches, The bahylonian Kings of the Second Period, dans les Proceedings, 1883-1884, p. 199-204), le tableau des rois de Chaldée depuis Nabounâzir :
Nabounazir,
Naëovacrcrdpou,
Nahid,
Naô£ot>,
OuKINZlR et PoULOIJ,
XtvÇtpou xa\ IIwpou,
OüLOULÂA,
'iXovXacou,
Mardookabalidinna,
Mapôoxsp.7tâSou,
’Apxsavou,
Sharoükîn,
Premier interrègne.
’Aêaa-iXeÛTOu irpaAou,
Belibni,
Bvpiëou,
Ahshgdrnadinshoumou,
’Acraapaôt'vou,
Nerhaloushêzib,
cPr)ysor|Xo'J,
Moüshêzibmardouk,
Msa“/](7i|Aopôdxou,
Deuxième Interrègne,
’Aêao-iXeuTou ôs-JtÉpou,
Ashsroürakhéiddin,
’AcrapaOtvou,
SlIAMASHSHOÜMOUKIN,
Saocîôou'/ivou,
\ Ashshourbanabal,
> Ashshourétililani,
j KivrjXaSavou,
N ABO ubaloussour ,
Naêo-noXacro-dpou,
NaêoxoXacra'dpou,
’IXXoapouÔap.ou,
Naboükoudouroussoür II,
Amilmardouk,
( Nergalsharoussoor,
^ Labashimardodk,
| NripiyaaoXacr opou,
Nabodnâhîd,
NaêovaStou.
de leur orgueil, et, saisissant les mains de Bel, il se proclama formellement roi de Babytune. Son premier soin fut de renvover chacun dans sa ville les dieux que Nabonide y avait appelés au début de la campagne, et cette satisfaction accordée aux âmes dévotes que leur présence avait blessées acheva de les gagner au vainqueur1. Us présentèrent les événements sous le jour le plus favorable à la vanité nationale, Mardouk dirent-ils, s’était irrité de l'abandon où Nabonide l’avait laissé: « le roi des dieux s'était affligé « profondément de cette humiliation et tous les dieux « qui habitent les temples de Babel avaient abandonné « leurs sanctuaires; on ne voyait plus Marcfouk et les « divinités ses alliés aux processions de Kalanna, car ils « s’étaient réfugiés chez d’autres cités qui ne leur refua saient pas leur respect. Cependant la race de Shoumir et a d’Akkad, tout en deuil, le pria de revenir; il accéda à « leur requête, et contenta le pays en lui choisissant un roi « qui gouvernât selon son vouloir le peuple qui lui serait « confié! Il proclama Kouroush, d'Anshân, roi du monde « entier et il annonça ce titre à toutes les nations.... Il « l'incita à marcher contre Babel sa propre ville, et con- « duisit l’armée perse comme un ami et comme un bien- « faiteur : ses troupes, dont le nombre ne se peut non plus « compter que celui des flots de l’Euphrate, et leurs épées « ne furent qu’un vain ornement, car il les conduisit sans « combat et sans résistance jusqu'à Kaianna, puis cerna et « conquit sa propre cité. Nabonide, le roi qui l’avait mé- « prisé, il le livra dans les mains de Kouroush. Tout le « peuple de Babel, beaucoup parmi ceux de Shoumir et « d’Akkad, les nobles et les prêtres s’étaient soulevés contre « lui et s’étaient refusés de lui baiser plus longtemps les * pieds : ils se réjouirent de leur nouveau maître et chan- « gèrent leur serment de féauté, car le dieu qui ramène les a morts à la vie, et qui est secourable dans tout malheur et « dans toute angoisse, lui avait accordé toute sa faveur8 ».
1. T. Pinches, On a cuneiform Tablet relating io the Capture of Babylon by Cyrus and the events which preceded and led to it dans les Transactions of the Society of Biblical Arckæology, t. VII, p. 144, 167. — 2. Cette citation n’est qu une paraphrase delà longue inscription
LA CONQUÊTE PERSE. 671
Les Chaldéens n’étaient pas seuls à voir dans le Perse un envoyé de Dieu; plus qu’eux encore, les Juifs étaient disposés à lui prêter ce caractère. La manière dont Babvlone avait succombé avait trompé leurs espérances et démenti les prédictions de leurs prophètes : la cité de Nabuchodorosor n’avait pas été effacée de la face du monde comme celle de Sargon et de Sennachérib, et la vengeance de Jérusalem était moins complète que celle de Samarie ne l'avait été. Mais, déçus en cela, ils sentaient que la délivrance était proche, et l’un des plus grands parmi leurs poètes, l'un de ceux dont les œuvres ont été transcrites à la suite de celles d’Isaïe, l’annonçait déjà en termes magnifiques : « Réjouissez- « vous, cieux, car LÉternel l'accomplit; — poussez des cris, « profondeurs de la terre! — Montagnes, éclatez de joie, — « et toi, forêt avec tous tes arbres! — Car l’Éternel rachète « Jacob, en Israël il manifeste sa gloire. — Voici ce que dit « l’Éternel, ton rédempteur, qui t’a formé lors de la nais- « sance : Moi je suis LÉternel, créateur de l'Univers ; — « moi seul je déploie les cieux, — j’affermis la terre — qui a est avec moi?... — C’est moi qui confirme la parole de a mon serviteur, — qui ratifie le conseil de mes messagers, « — qui dit de Jérusalem, qu'elle soit habitée, — et des « villes de Juda, qu’elles soient rebâties : — Je veux relever « leurs ruines! — C’est moi qui dis à l'Océan : Desséche-toi, (( — je veux que tes courants tarissent! — Je dis à Koresh ; « Tu es mon berger! — et il accomplira toute ma volonté, « — en disant à Jérusalem : « Sois rebâtie! — et au temple : « Sois fondé1! » Dès la première année de son séjour à Babylone, Cyrus promulgua l'édit par lequel il permettait aux Juifs de rentrer a’u pays de leurs pères. Tous ne profitèrent pas de la faculté qui leur était accordée ; s’il faut en croire la tradition, quarante-deux mille trois cent soixante se déclarèrent prêts à quitter la terre de l'exil, sous la conduite d'un descendant de David, un fils du roi Joakîn, du nom de Shesbazzar. Ils s’établirent dans les petites villes de Juda et de Benjamin, et la réalité répondit si peu à l’idéal qu ils
découverte et traduite par sir Henry Rawlinson [Journal of the Royal Asiatic Society , t. XII. p. 70 sqq).. -—1. Isaïe, xliv, 23-28.
s’étaient tracé de ce retour, qu’ils laissèrent écouler sept mois avant de déblayer le site du temple pour y élever un .autel des sacrifices. Leur petite colonie, noyée dans un flot de populations hostiles, Philistins, Iduméens, Moabites, Ammonites, Samaritains, se serra autour du gouverneur perse, qui seul pouvait la protéger et lui témoigna une fidélité inébranlable. C’était bien sur quoi Cyrus comptait lorsqu’il les autorisait à regagner leurs montagnes : ils formèrent à cette extrémité de son empire une marche d’autant plus dévouée à ses intérêts que leur existence même dépendait de leur fidélité1.
De tous les princes qui s’étaient alliés contre la Perse, un seul, Amasis, avait jusqu’alors esquivé le châtiment. Une guerre contre l’Égypte semblait donc être imminente : Cyrus hésita un instant, puis il se rejeta vers l’Est lointain, et il y disparut d’une manière mystérieuse (529). Au dire de Xénophon, il mourut dans son lit, entouré de ses enfants, édifiant ceux qui l’approchaient par la sagesse plus qu’humaine de ses derniers moments2; ce tableau n’est pas plus authentique que ne le sont en général les renseignements fournis par Xénophon sur la Perse. Ctésias contait qu’il avait été blessé dans un engagement contre les Derbikes, peuple à moitié sauvage de la Bactriane, et qu’il avait succombé aux suites de sa blessure, trois jours après la bataille3. Selon Hérodote, il demanda en mariage Tomyris, reine des Massagètes, et il fut dédaigné. De dépit il franchit le fleuve Araxès4, battit les barbares et prit le fils de leur reine, Spargapisès, qui se tua de désespoir. « Tomyris, ayant rassemblé ses forces, attaqua les Perses. De toutes les batailles livrées entre barbares, celle-là me paraît avoir été la plus sanglante, à en juger du moins par ce que j’ai ouï dire. D’abord ils se criblèrent de flèches à courte distance ; quand
1. Maspero, les Empires, p. 627-640. — 2. Xénophon, Cyropédie, 1. VIII, c. vu, § 3-38. — 3. Ctésias, Persica , § 6-8, édit. Miiller-Didot, p. 47. Une légende très postérieure contait que Cyrus, parvenu à l’àge de cent ans, avait demandé à voir ses amis. On lui répondit que son lits Cambyse les avait mis à mort; le chagrin que la cruauté de son fils lui causa le tua en quelques jours (Lucien, Macrob., xiv, d’après Onésicrite, Fragm. 32, édit. Miiller-Didot). — 4. Peut-être le Iaiartès.
LA CONQUÊTE PERSE
les flèches leur manquèrent, ils tombèrent les uns sur les autres à coups de piques et de sabres. Ils soutinrent la lutte pendant longtemps sans qu’aucun parti voulût fuir : à la fin les Massagètes eurent le dessus. La plus grande partie de l’armée perse resta sur le champ de bataille ; Cyrus luimême y périt après un règne de vingt-neuf ans. Tomyris,
Le tombeau de Cyrus à Mourghàb.
ayant rempli une outre de sang humain, ordonna qu’on cherchât parmi les morts le cadavre de Cyrus : dès qu’on l’eut trouvé, elle lui plongea la tête dans l’outre et elle 1 accabla d’injures, a Bien que je vive et que je sois victorieuse, « tu m’as perdue en m’enlevant mon fils par ruse : aussi moi « te rassasierai-je de sang1. » Les Perses parvinrent à recouvrer le corps de leur roi ; ils le transportèrent à Pasargades, où ils l’ensevelirent somptueusement dans les jardins de son palais2.
1. Hérodote, I, cciv-ccxiv. — 2. Amen, Anabasè, 1. YI, 19, 4-9, d après