Hérodote, II, cxxxxi
LA CONQUÊTE PERSE
talents d’alun d’Égypte, le plus estimé de tous. L’alun était employé en teinture et coûtait fort cher : les Deîphiens en tirèrent bon parti1. Il envoya à Cyrène une statue de sa femme Ladikê et une statue de Neith, dorée complètement ; à Lindos pour la Minerve, deux statues de pierre et une cui¬
rasse de lin d’une finesse merveilleuse0; à Samos et à sa Junon deux statues en bois qui existaient encore au temps d’Hérodote4. Aussi les< Grecs affluèrent en Égypte et s y établirent en si grand nombre que, pour éviter toute querelle avec les
1. Hérodote, II, clxxx.— 2. A marque le site de THellénion, B celui du village arabe moderne, E le téménos de Héra et d’Apollon, F le téménos des Dioscures, G le téménos d’Aphrodite. — 5. Les débris en subsistaient encore au temps de Pline l’Ancien, H. N., XIX, 1, mais les curieux en arrachaient les morceaux, afin de vérifier si, comme l’assure Hérodote (III, xlvii), chacun des fils était formé de trois cent soixante-cinq brins, tous visibles à l’œil nu. — 4. Hérodote, II, clxxcuu
indigènes, on dut bientôt régler leur position à nouveau. Les colonies fondées le long de la branche Pélusiaque par les Ioniens et par les Cariens de Psammétique Ier avaient prospéré et possédaient déjà une population qu’on peut évaluer à près de deux cent mille âmes1 : Amasis la transféra à Memphis ou dans les environs pour se garder contre ses sujets égyptiens2. Les colons plus récents furent dirigés vers la bouche Canopique sur la petite ville de Pamaraîtî, qui prit le nom de Naucratis et qu’on leur abandonna complètement3. Ils y constituèrent une république gouvernée par des magistrats indépendants, prostates ou timouques4; on y voyait un Prytanée, des Dionysiaques, des fêtes d’Apollon Komæos, des distributions de vin et d’huile, le culte et les mœurs de la Grèce3. Ce fut désormais le seul port ouvert aux étrangers. Lorsqu’un navire marchand poursuivi par des pirates, assailli par la tempête ou contraint par quelque accident de mer, abordait sur un autre point de la côte, le capitaine était tenu de se présenter devant le magistrat le plus proche, afin d’y jurer qu’il n’avait pas violé la loi de son plein gré, mais forcé par des motifs impérieux. Si l’excuse paraissait plausible, on l’autorisait à gagner la bouche Canopique; quand les vents ou l’état de la mer s’opposaient à ce qu’il partît, on embarquait la cargaison sur des bateaux du pays et on la transportait en territoire grec par les canaux du Delta6. Cette disposition de la loi fit la fortune de Naucratis: le commerce entier du Nil s’écoula par ses marchés, et elle devint en quelques années un des entrepôts les plus considérables du monde ancien. Les Grecs de tous pays la remplirent et ils ne tardèrent pas à déborder sur les cam-
1. Letronne, la Civilisation égyptienne, p. 11. — 2. Hérodote, II, cliv. — 3. Hérodote, II, clxxviii. Le site de Naucratis vient d’être retrouvé auprès du bourg d’En-Nabiréh, par M. Flinders Petrie : e nom égyptien et la première transcription du nom grec en hiéroglyphes nous ont été rendus par une stèle de l’anl de Nectanébo II découverte au milieu des ruines en 1899. L’orthographe égyptienne semble indiquer un certain Cratès parmi les fondateurs de la ville. — 4. Hermias de Méthymne dans Athénée, IV, p. 149 ( Fragm . H. Gr ., édit. Müller, t. II, p. 80-81). — 5. Letronne, la Civilisation égyptienne , p. 11-12; G. Luvnbroso, Recherches sur l'économie politique de l'Égypte sous les Lagides, p. 222-223. 6. Hérodote, II, clxxix.
La. CONQUÊTE PERSE.
pagnes environnantes, qu’ils semèrent de villas et de bourgs. Les marchands qui consentaient à ne pas vivre sous la protection hellénique furent autorisés à s’établir dans telle ville d’Égypte qu’il leur plairait choisir et à s’y bâtir des factoreries. Amasis leur concéda même le libre exercice de leur culte : les Éginètes avaient le sanctuaire de Zeus, les Samiens celui de Hêra, les Milésiens celui d’Apollon, et neuf villes d’Asie Mineure s’entendirent pour édifier à frais communs un temple et un enclos sacré qu’elles nommèrent l’Hellénion l. La Haute Égypte et le désert ne furent pas à l’abri de cette invasion pacifique. Les négociants de Naucratis sentirent de bonne heure la nécessité d’avoir des agents sur la route des caravanes qui viennent de l’intérieur de l’Afrique : des Milésiens ouvrirent leurs comptoirs dans l’antique cité d’Abydos2, et les Samiens de la tribu Æskhrionie avaient poussé jusque dans la Grande Oasis3. Les Grecs rapportaient de ces régions lointaines des récits merveilleux qui piquaient la curiosité de leurs compatriotes et des richesses qui stimulaient leur cupidité : philosophes, marchands, soldats, s’embarquaient pour le pays des merveilles, à la recherche de la science, de la fortune ou des aventures. Amasis, qui craignait toujours une attaque des Perses, accueillait les immigrants à bras ouverts : ceux qui restaient s’attachaient à sa personne, ceux qui partaient emportaient avec eux le souvenir des bons traitements qu’ils avaient reçus et ils préparaient en Grèce les alliances dont l’Égypte craignait d’avoir besoin dans quelques années au plus tard.
Tout cela était sagement conçu, mais les Égyptiens de vieille souche ne savaient aucun gré à leur roi de sa prévoyance. Comme les Juifs depuis Ézéchias, comme les Babyloniens sous Nabonide, comme la plupart des peuples de race antique qui se sentent menacés par la ruine, ils attri-
1. Hérodote, II, clxxviii; Lumbroso, Recherches sur l'économie politique de V Egypte sous les Lagides, p. 222-225. — 2. Étienne de Byzance, s. v. vA6u Soç, raconte que les Milésiens avaient fondé Abydos d’Egypte. Letronne (la Civilisation égyptienne , p. 13) a fort bien vu qu’il s’agissait ici d’une factorerie fondée par les Milésiens sous le règne d’Amasis. Les murs du temple de Ramsès II portent encore quelques graffiti en écriture carienne, chypriote et grecque qui doivent remonter à cette époque. — 3. Hérodote, III, xxvi.
huaient leur faiblesse, non pas à leurs propres fautes, mai* à la fatalité d’en haut. Les faveurs qu’Amasis prodiguait aux étrangers leur parurent un sacrilège véritable. Les Grecs n’introduisaient-ils pas leurs dieux avec eux? Ne trouvait-on pas dans les ville4s et dans les campagnes des gens qui associaient le culte de ces divinités barbares à celui des divinités nationales? Le roi n’avait-il pas ordonné qu’on payât la solde et l’entretien des mercenaires sur les biens des temples, à Sais, à On, à Bubaste, à Memphis1? La haine qui s’était amassée contre lui ne se manifesta point par des actes ou par des révoltes: elle le calomnia sourdement et elle dénatura son caractère. Mille histoires malignes ou plaisantes coururent sur son compte, et se perpétuèrent pendant les siècles suivants. On raconta qu’avant son avènement il aimait fort à boire et à mener grande chère, qu’il avait souffert souvent du mal qui a nom faute d’argent, mais qu’il avait réussi toujours à se procurer ce qui lui manquait par divers moyens « dont le plus honnête était par larcin furtivement fait2 ». On affirma que, devenu roi, il s’enivrait encore de brandevin au point de ne plus être en état de vaquer aux affaires publiques3. A ces légendes et à bien d’autres non moins mensongères, ses partisans en opposaient qui étaient toutes en son honneur. D’un bassin d’or dans lequel lui et les siens se lavaient les pieds chaque jour, il avait tiré une statue divine à laquelle les gens vinrent rendre hommage, et ceux-là même qui lui reprochaient la bassesse de son origine. Sur quoi il convoqua le peuple, lui exposa que leur vénération s’adressait à une ancienne cuvette, puis ajouta : « Il en est de moi ce qui en est « d’elle: encore que je fusse jadis petit compagnon, au- « jourd’hui je suis votre roi et j’entends que vous m’hono- « riez tel que de raison4. » Quoi qu’on pût dire, ce furent
1. E. Révillout, Premier extrait de la Chronique démotique de Pari» : le roi Amasis et les mercenaires, selon les données d’ Hérodote et les renseignements de la Chronique, dans la Revue égyptologique, t. I, p. 57-61. — 2. Hérodote, II, clxxiv. — 5. E. Révillout, Premier extrait, dans la Revue égyptologique, t. I, p. 65-67; Maspero, les Contes populaires de l'ancienne Egypte, p. 207-214 ; Hérodote, II, clxxiii, et, d’après Hérodote, Élien, Var. llist., II, 41. — 4. Hérodote, II, ci.xxu.
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les sentiments de haine qui l’emportèrent dans l’esprit des indigènes.
Cyrus mort, Amasis se résigna à la guerre. Les motifs sérieux ne manquaient pas contre lui : il s’était allié à la Lydie, il avait intrigué avec la Chaldée; Cambyse d’ailleurs était jeune et plutôt disposé à exciter qu’à refréner l’ardeur belliqueuse de ses compatriotes. L’imagination populaire ne se contenta pas des raisons très naturelles qui avaient produit le choc de la. plus jeune et de la plus vieille des nations orientales : elle chercha à tout expliquer par des motifs personnels aux principaux acteurs du drame. Au dire des Perses, Cambyse demanda en mariage la fille du vieux roi dans l’espoir qu’on la lui refuserait et qu’il aurait une injure à venger : Amasis substitua Nitêt.is1, fille d’Apriès, à sa propre fille. « Quelque temps après, Cambyse, se trouvant « avec elle, l’appela par le nom de son prétendu père. Sur «• quoi elle dit : « Je vois, ô roi, que tu ne soupçonnes pas « combien tu as été trompé par Amasis : il m’a prise et, « me couvrant de parures, m’a envoyée à toi comme étant « sa propre fille. De vrai, je suis l’enfant d’Apriès, qui était « son seigneur et maître jusqu’au jour qu’il se révolta et, « de concert avec les Égyptiens, le mit à mort. » Ce discours et le motif de querelle qu’il renfermait soulevèrent la colère de Cambyse, fils de Cyrus, et attirèrent ses armes sur l’Égvpte2. » En Égypte, on contait les choses autrement. Nitêtis avait été envoyée à Cyrus et elle lui avait donné Cambyse5 : la conquête n’avait été qu’une revendication de la famille légitime contre l’usurpateur Amasis, et Cambyse montait sur le trône moins en vainqueur qu’en petit-fils d’Apriès. C’est par une fiction aussi puérile que les Égyptiens de la décadence se consolaient de leur faiblesse et de leur honte. Toujours orgueilleux de leur gloire passée, mais désormais incapables de vaincre, ils n’en prétendaient pas moins n’être vaincus et commandés que par eux-mêmes. Ce
1. La forme égyptienne de ce nom est Nitelti. — 2. Hérodote, Ifl, r; Ctésias, fragm. 37, édit. Miiller-Didot, p. 63. — Hérodote, !III, n ; D:non ( Fragm . //. Gr., t. II, p. 91) et Lyceas de Naucratis (Fragm. 2 dans les Fragm. H. Gr., t. II, p. 91, et t. IV, p. 441) racontaient la même histoire, probablement d’après Hérodote.
n’était plus la Perse qui imposait son roi à l’Égypte : c’était l’Égypte qui prêtait le sien à la Perse et par la Perse au reste du monde.
Depuis longtemps le désert et les marais constituaient le véritable boulevard du Delta contre les attaques des princes asiatiques. Entre le dernier château important de la Syrie, Jénysos1, et le lac de Serbon, où les avant-postes égyptiens campaient, il y a près de quatre-vingt-dix kilomètres d’intervalle, qu’une armée ne pouvait parcourir en moins de trois jours2. Dans les siècles passés, le désert avait été moins étendu : mais les ravages des Assyriens et des Chaldéens avaient changé la face du pays et transformé en une solitude des régions jadis assez populeuses. Un événement imprévu tira Cambyse d’embarras. Phanès d’Halicarnasse, un des généraux grecs d’Amasis, déserta et se réfugia en Perse. Il avait du jugement, de l’énergie, une profonde connaissance du théâtre futur de la guerre. Il conseilla au roi de s’entendre avec le cheikh qui dominait sur la côte et de lui demander un sauf-conduit; l’Arabe disposa le long de la route des relais de chameaux chargés d’eau en quantité suffisante pour les besoins d’une armée5.
En arrivant devant Péluse, les Perses apprirent qu’Amasis était mort4 et que son fils Psammétique III l’avait remplacé. Malgré leur confiance aux dieux et en eux-mêmes, les Égyptiens étaient en proie à de sombres pressentiments. Ce n’étaient plus seulement les nations du Tigre et de l’Euphrate, c’était l’Asie entière, de l’Indus à l’Hellespont, qui se ruait sur eux et qui menaçait de les écraser. Les alliés sur lesquels Amasis avait compté, Polvcrate de Samos par exemple5, et ses anciens sujets tels que les Chypriotes6, avaient abandonné une cause qu’ils sentaient condamnée d’avance et ils s’étaient ralliés aux Perses. Le peuple, tourmenté par la crainte de l’étranger, voyait partout des signes et il interprétait en présage sinistre le moindre phénomène de la nature. La pluie est rare dans la Thébaïde et les orages ne
1. Aujourd’hui Khan-Younès. — 2. Hérodote, III, v. — 3. Hérodote, III, iv-ix. — 4. Hérodote, lit, x; Diodore de Sicile, I, 68. — 5. Hérodote, III, lxvii ; cf. dans le môme livre (ch. cxxxix, sqq.) l’histoire de Svloson. — 6. Hérodote III, xix.
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s’y produisent guère qu’une ou deux fois par siècle. Quelques jours après l’avènement de Psamrnétique, « la pluie tomba à Thèbes en petites gouttes, ce qui n’était jamais arrivé auparavant1». La bataille qui s’engagea en avant de Péluse fut menée de part et d’autre avec une bravoure désespérée2. Plianès avait laissé ses enfants en Égypte. Ses anciens soldats, les Gariens et les Ioniens au service de Pharaon, les égorgèrent sous ses yeux, recueillirent leur sangdans un grand vase à moitié plein de vin, burent le mélange et
1. Hérodote, lit, x. Jusqu’à nos jours les gens de la Haute Égypte ont considéré la pluie comme un événement de mauvais augure. Un d’eux disait, au commencement du siècle, en parlant de l’expédition du général Bonaparte :
« Nous savions qu’un grand Fstmmétique 111.
malheur nous menaçait : il
avait plu à Louxor un peu avant l’arrivée des Français. » Wilkinson fait observer que la pluie n’est pas si rare à Thèbes que le croyait Hérodote ; il parle de cinq ou six averses chaque année et d'un grand orage tous les dix ans (G. Rawlinson, Herodotus, 1. II, p.538, note 4). De son aveu même, averses et orages sont confinés à la montagne et ne sévissent pas en plaine : une fois seulement, en 1901, j’ai vu tomber la pluie pendant trente-trois heures d’affilée. — 2. Polyen ( Strat ., vu, 9) rapporte le conte d’après lequel Cambyse aurait mis sur le front de son armée des chats, des chiens, des ibis et d’autres animaux sacrés ; les Égyptiens n’auraient pas osé tirer sur eux de peur de blesser quelque dieu.
se lancèrent comme des furieux au plus fort de la mêlée. Vers le soir, la ligne égyptienne plia enfin et la déroute commença. Au lieu de rallier les débris de ses troupes et de disputer le passage des canaux, Psammétique, perdant la tête, courut s’enfermer dans Memphis. Cambyse l’envoya sommer de se rendre, mais la foule furieuse massacra les hérauts. Après quelques jours de siège, la ville ouvrit ses portes; la Haute Égypte se soumit sans résistance, les Libyens et les Cyrénéens n’attendirent pas qu’on les attaquât pour offrir un tribut1 (525). Cette chute rapide d’une puissance qui défiait tous les efforts de l’Orient depuis des siècles, et le sort de ce roi qui n’était monté sur le trône que pour tomber aussitôt, remplirent les contemporains d’étonnement et de pitié2. On contait que, dix jours après la reddition de Memphis, le vainqueur voulut éprouver la constance de son prisonnier. Psammétique vit défiler devant lui sa fille habillée en esclave, ses fils et les fils des principaux Égyptiens que l’on conduisait à la mort, sans qu’il se départît de son impassibilité. Mais, un de ses anciens compagnons de plaisir étant venu à passer couvert de haillons comme un mendiant, il éclata en sanglots et se déchira le front de désespoir. Cambyse, étonné de cet excès de douleur chez un homme qui avait marqué tant de fermeté, lui én demanda la raison. À cette question, il répondit : (( O fils de Cyrus! mes infortunes personnelles « sont trop grandes pour qu’on les pleure, mais non pas le « malheur de mon ami. Quand un homme tombe du luxe et « de l’abondance dans la misère au seuil de la vieillesse, on « peut bien pleurer sur lui. » Lorsque le messager rapporta ces paroles à Cambyse, il reconnut que c était vrai ; Crésus fondit en pleurs, lui aussi, — car il était en Égypte avec Cambyse, — et les Perses présents se mirent à pleurer. » Cambyse, touché de compassion, traita son prisonnier en roi
4. Hérodote, III, x-xm; Diodore, I, 68, ignore Psammétique III, et Ctésias ( Persica , § 9, édit. Miiller-Didot,p.’47) substitue aux noms anciens celui de son contemporain Amyrtæos. Aristote ( Rhet ., II, 8) considère Amasis comme ayant été le dernier roi d’Égypte. — 2. On n’a que fort peu de monuments de Psammétique III : le principal est un des petits tefnples de Karnak (Champollion, Monuments de l'Egypte , t. IV, pl. cccxi; Lepsius, Denkm., III, pl. 27 f-g ; Mariette, Karnak , pl. 56 b).
et il allait peut-être le rétablir sur son trône comme vassal, quand il apprit qu’une conspiration se tramait contre lui; il l’envoya au supplice 1 II, et il confia le gouvernement de l’Egypte au Perse Arvandès2.
Pour la première fois de mémoire d’homme, le vieux monde obéissait à un seul maître; mais était-il possible de tenir longtemps réunis les gens du Caucase et ceux de l’Égypte, les Grecs de l’Asie Mineure et les Iraniens de Médie, les Scythes de la Bactriane et les Sémites des bords de l’Euphrate, et l’empire n’allait-il pas s’écrouler aussi promptement qu’il s’était élevé? Cambyse essaya d’abord de gagner ses nouveaux sujets en se pliant à leurs mœurs et à leurs préjugés. Il adopta le double cartouche, le protocole et le costume royal des Pharaons; tant pour satisfaire ses rancunes personnelles que pour se concilier les bonnes grâces du parti loyaliste, il se rendit à Saïs, viola le tombeau
1. Hérodote, III, xiv-xv. D’après Ctésias, Persica, §9, édit. Müller-Didot, p. 47, le roi d’Égypte fut envoyé à Suse et y mourut prisonnier. — 2. Hérodote, IY, 166. — Voici le tableau de la famille saïte depuis Tafnaklit :