‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 89 sur 215 · III. Khopirkerî Nakhtoniaboüf NexTavéêri; P', NexTavaê'.ç · texte numérisé non relu

III. Khopirkerî Nakhtoniaboüf NexTavéêri; P', NexTavaê'.ç

2. Édicules de Psamoutis à Rarnak (Maspero, Découverte d’un petit temple , dans le Recueil , t. VI, p. 20; Wiedemann, Sur deux temples bâtis par les rois de la XXIX* dynastie à Karnak , dans les Proceedinqs

miers Achéménides, fut de leur part l’objet de soins assidus. L’île de Pliilæ, en butte aux ravages des Éthiopiens, n’était plus qu’un monceau de ruines1 : Nectanébo II y jeta les fondements de quelques-uns des édifices que nous y voyons encore aujourd’hui2. Le sanctuaire de Nekhabit à

Le pavillon de Nectanébo à Phîlæ

El-Kab3 et celui d’Horus à Edfou4 furent restaurés par Nectanébo Ier, celui de Minou à Coptos5 par Nectanébo IL Les

of the Society of Biblical Archæology, 1884-1885, p. 108-112; Champollion, Monuments , pi. cccm, n° 1, pl. cccix, n° 3; Lepsius, Denkm ., III, 259, a-b) ; travaux de Tachos dans les carrières de Tourah (Brugsch, Histoire d'Egypte , p. 282) et au temple de Khonsou à Thèbes. — 1. L’opinion généralement admise est que Philæ n’avait pas de temple avant Nectanébo : on y trouve pourtant les débris des constructions d’Amasis (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire , § lxxvi, dans la Zeitschrift , 1855, p. 15). — 2. Lepsius, Denkm., III, 285. — 5. Cartouches retrouvés en 1882 dans les ruines du temple.

4. Diimichen, Bauurkunde der Tempelanlagen von Edfu , dans la Znt schrift , 1871, p. 95 sqq. — 5. Maspero. Notes sur quelques points de grammaire et d' histoire, § lxii, dans la Zeitschrift, 1885, p. 4-5.

deux capitales, Tlièbes1 et Memphis2 * *, ne lurent pas oubliées, et les villes du Delta, Sébennytos5, Bubaste'% Pahabi5, Patoumou6, eurent leur part des embellissements. Et malgré le peu de temps qui fut consacré à chacun d’eux, la plupart de ces travaux ne trahissent nulle part la hâte ou l incurie : les artistes qui en étaient chargés possédaient pleinement les traditions du bel art antique et ils savaient au besoin modeler des chefs-d’œuvre comparables à ceux de l’époque saïte7. Le sarcophage en brèche verte de Nectanébo Ier est ciselé avec une perfection qui n’a jamais été dépassée en aucun pays8. Le torse en basalte vert de Nectanébo II ne le cède en rien, pour la pureté du style et pour le fini de l’exécution, aux plus beaux restes de la dix-huitième dynastie et même de l’Ancien Empire9. La victoire d’Ochos porta à l’Égypte un coup plus funeste peut-être que n’avait fait l’invasion de Gambyse. Ochos avait des motifs personnels de haine contre les Égyptiens : ils l’avaient comparé à Typhon pour la cruauté et appelé Yâne, parce que cet animal était consacré au dieu du mal. Arrivé à Memphis, il ordonna, dit-on, qu’on lui accommodât le bœuf Apis pour un banquet qu’il offrait à ses amis, et il intronisa dans le temple de

1. Édifrces de Néphoritès là Karnak (dans Champollion, Notices, t. Il, p. 290; Lepsius, Denkm., III, 284, b-c) ;* d’Hakoris à Karnak (Ghampollion, Notices, t. II, p. 264; Lepsius, Denkm ■ III, 284, f-g]e t à Médinet-

Habou (Lepsius, Denkm., III, 284, h-i) ; de Nekhtharhabi à Karnak (Champollion, Monuments, pl. cccvui, 2, et Notices, t. II, p. 252, 258, 264, 275 sqq. ; Lepsius, Denkm., III, pl. ccxxxxvm a, 287 b-h) ; de Nectanébo II à Karnak (Champollion, Notices, p. 240, 256, 262, sqq., et

Monuments, pl. cccix, 2; Lepsius, Denkm., III, 284, k) et à Medinet-

Habou (Champollion, Mon., II, clxcli). — 2. Graffiti du temps d’Hakoris dans les carrières de Tourah (Champollion, Notices, t. II, p. 489; Brugsch, Recueil de monuments , pl. 10). — a. Leemans, Papyri Grseci , p. 122; Maspero, les Contes populaires, p. 215-222. — 4. Dans les ruines d’un temple aujourd’hui entièrement détruil. — 5. Cartouches relevés eu 1885 dans les ruines du temple de Behebît-cl-Haggar. — Na

ville, Lettre à M. Lepsius, dans la Zeitschrift, 1883, p. 43. — êur

l’art de cette époque, voir le jugement de Letronne, Mémoire sur la

civilisation égyptienne, dans les Mélanges d'érudition, p. 226-234.

8. Aujourd’hui au Musée Britannique; cf. Description de l Egypte,

Antiquités, t. V, pl. xl. — 9. Aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale; cf. Millin, .Monuments inédits, t. I, p. 585, Description de l Egypte, Antiquités, t. V, pl. xxix 7-8.

Phtah un âne auquel i! rendit les honneurs divins1. Le bouc

Bat» s de NecTaueno a Edfou

de Mendès partagea la fortune de î’Àpis2; les temples furent

i. Dinon, fïagni. T\ 0 dans les Fragm. U. Gr>, f. II, p. 95. — 2. Sui¬

das, S t». acnxTO-

pillés, les livres sacrés emportés en Perse, les murs des villes rasés jusqu’au sol, les principaux partisans de la royauté indigène égorgés à loisir. Les supplices achevés, les mercenaires grecs rentrèrent dans leur patrie chargés de hutin, et le grand roi reprit le chemin de Suse, laissant à Phérendatès la garde de la satrapie reconquise1.

Deux hommes surtout avaient contribué au succès, Peunuque Bagoas et le Rhodien Mentor : il leur confia le gouvernement de l’Empire. Bagoas dirigea la politique intérieure ; Mentor, placé à la tête des provinces maritimes de l’Asie, en acheva rapidement la réduction. Artabaze renonça à lutter et chercha un refuge auprès de Philippe le Macédonien2 : les tyrans qui dominaient sur les côtes de la mer Égée et de l’Hellespont ou bien se soumirent de bonne volonté, ou, s’ils résistèrent comme Hermias d’Atarnée, l’ami d’Aristote, furent saisis et mis à mort5. Pendant quelques années la Perse parut avoir recouvré l’influence prépondérante quelle avait perdue depuis l’avènement d’Artaxerxès II, et Ochos occupa dans l’esprit de ses contemporains une place égale à celle qu’y tenaient les grands conquérants de sa race, Cyrus, Cambyse, Darius. C’était leur, faire injure : malgré ses victoires de Syrie et d’Égypte, Ochos n’était qu’un despote oriental du type ordinaire. Son gouvernement avait encore l’apparence de la force, mais les peuples sur lesquels il régnait, étrangers les uns aux autres et comprimés à peine par leurs satrapes, tendaient de plus en plus à se détacher de lui. Déjà quelques-uns des gouvernements institués par Darius un siècle et demi plus tôt n’existaient plus que de nom : au nord, vers les sources de l’Euphrate, du Tigre et de l’Halys4, on ne trouvait qu’une masse confuse de royaumes et de tribus, dont les unes, comme les Arméniens, reconnaissaient encore l’hégémonie persane, mais dont les autres, Gordiouques5, Taoques, Chalybes, Colchiens,

1. Diodore de Sicile, I, XVI. 51. — 2. Il se maintint au moins jusqu’en 541. Cf. Diodore de Sicile, 1. XVI, 52, § 3. — 3. Diodore de Sicile, 1. XVI, 52. — 4. Hérodote place dans ces parages trois satrapies qui comprenaient l’Arménie, la côte orientale du Pont, une partie du bassin de l’Araxe et les montagnes de la Gordyéne. — 5. Xénophon, AiMba.se, IV, 1, 8.

Mosynèques, Tibarènes1, ne relevaient que d’elles-mêmes. Les rois de la Bithvnie, de la Paphlagonie et du Pont acquittaient encore le tribut d’une manière intermittente2; les Mysiens, les Pisidiens, les Lycaoniens ne le payaient plus3. Le désordre n’était pas moindre au delà du Tigre. Les Cadusiens, les Amardes, les Tapures, appuyés aux montagnes de la Caspienne, y bravaient les efforts tentés pour les déloger4 *. L’Inde et les Sakes étaient passés de la condition de sujets à celle d’alliés bénévoles3, et les hordes sauvages de la Gédrosie et du Paropanisos se montraient rebelles à toute autorité.

En même temps que le territoire s’amoindrissait, le cadre de l’administration agencé si ingénieusement par Darius se brisait par la négligence et par la faiblesse de ses successeurs. Non seulement l’usage d’envoyer chaque année des inspecteurs dans les provinces était devenu une simple formalité, qu’on omettait le plus souvent, mais la distinction entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire avait disparu : le général qui commandait les troupes remplissait presque partout l’office de gouverneur6, et il réunissait d’ordinaire plusieurs satrapies entre ses mains. L’armée et le revenu étaient encore, malgré tout, l’armée et le revenu les plus considérables qu’il y eût alors au monde; mais si les sacs de dariques ou d’archers avaient conservé leur prix, les bataillons avaient perdu beaucoup de leur valeur. Sans doute l’antique prouesse des Perses, des Mèdes, des Bactriens et des autres races de l’Iran n’avait pas faibli, mais personne ne s’était inquiété de les tenir au courant des progrès que l’art militaire avait accomplis depuis un siècle. Leurs

1. Voir la condition du pays dans Xénophon, Anabase, VII, 8, 25.

— 2. Xénophon, Helléniques, I, 4, 5; III, 2, 2, et Anabase. V, 6, 8. —

3. Xénophon, Anabase , I, 1, 11; 2,1; 6, 7 ; 9, 14, etc. — 4. Voir les

récits des tentatives dirigées en vain contre ces peuples par plusieurs

rois perses, dans Plutarque, Vie d'Artoxerxes, ch. 24; Diodorede Sicile, XV, 8, § 4, et XVII, 6; Cornélius Nepos, Datamès , § 1 ; Justin, X, 5.

— 5. Les Sakes combattirent à Arbèles, mais seulement comme alliés des Perses (Arrien, Anabase , III, 8). Les Indiens qui sont mentionnés à côté d’eux venaient du pays situé aux environs de Caboul ; la plupart des peuples qui avaient jadis figuré dans la satrapie de l’Inde de Darios étaient redevenus indépendants. — 6. Arrien, Anabase , III, 8.

contingents n’étaient qne des bandes lourdes et indisciplinées, faciles à rompre malgré la bravoure incontestable des individus qui les composaient : les instruire eût été long, probablement dangereux, et on avait préféré leur adjoindre des mercenaires loués à haut prix. Dès Artaxerxès II, les Grecs formaient le noyau des forces perses. Les armées du grand roi étaient commandées par des généraux hellènes nourris à l’école d’Agésilas, d'Iphicrate, d’Épaminondas et des meilleurs tacticiens de l’époque. Les flottes étaient sous les ordres d’amiraux grecs. C’était uniquement à la prépondérance de l’élément européen que le rude Ochos avait dû ses victoires, et le fait était assez connu au delà de la mer Égée pour que les rhéteurs en discourussent ouvertement sans étonner personne1.

Si la décadence était venue si prompte, la faute n en était pas au peuple. Les Perses étaient restés ce qu’ils étaient au début, sobres, honnêtes, intrépides: la dynastie et les grandes familles qui l’entouraient avaient dégénéré au point de rendre le salut presque impossible. Les premiers Acheménides avaient réglé eux-mêmes toutes les affaires de 1 État, puis la campagne de Grèce avait dégoûté Xerxès 1er de la royauté militante : il s’était enfermé dans son harem, déléguant l’honneur périlleux de combattre à ses généraux et le souci d’administrer à l’eunuque Aspamithrès2. L usage une fois établi, ses successeurs y avaient persévéré et ils n étaient intervenus que rarement dans la conduite des opérations militaires. Ni Artaxerxès Ier ni Darius Nothos ne parurent sur le champ de bataille; Artaxerxès II n assista qu à deux des guerres qui ensanglantèrent son long règne ; Ochos, qui avait semblé vouloir remettre en vigueur la tradition des fondateurs de l’empire, était rentré à Suse après ses victoires de Syrie et d’Égypte. La vie des princes se consumait au milieu des intrigues et des crimes du harem. Élevés par les femmes et par les eunuques, entourés dès 1 çnfance des recherches du luxe le plus raffiné5, ils se fatiguaient

1. C’était déjà l’idée courante au temps où fût écrit le Panégyrique d’Isocrate, § 140-141 . — 2. Ctésias. Persica , § 29, édit. Müller-üidot, p. 51. — 3. Voir la description du genre de vie des derniers Achéménides dans Dinon (fràrna. 12 14-19. dans les b vagin. H. {avive., t. II

vite de penser et d’agir et ils tombaient inconsciemment sous la tutelle d’un de leurs familiers : la sanguinaire Parysatis régna sous le nom de son mari Darius et de son fils Artaxerxès II, Bagoas mena Ochos à sa guise pendant près de six ans. üu moins son influence s’exerça-t-elle pour le bien du pays. La Macédoine, demeurée longtemps à l’écart du mouvement général, commençait à entrer dans le concert hellénique : il comprit le danger auquel on s’exposait à lui laisser prendre l’ascendant et réunir en un seul faisceau les forces jusqu’alors éparses de la Grèce. Il prêta donc une aide efficace à tous les ennemis de Philippe1; Chersobleptès le Thrace2, la ville de Périnthe5, reçurent des secours qui leur permirent de repousser victorieusement les attaques du Macédonien (540). Malheureusement, tamiis qu’il travaillait à prévenir le péril, les rivaux qu’il avait à Suse s’ingéniaient à le noircir dans l’esprit de son maître. Leurs manœuvres ne lui laissèrent bientôt plus d’autre alternative que de frapper ou de périr : il empoisonna Ochos (558), donna le trône au plus jeune fils, Arsès, et assassina les autres enfants. L’Égypte en accueillit la nouvelle avec joie, et elle vit dans le sort tragique de son vainqueur une revanche notable des divinités qu’il avait outragées. On y conta bientôt que Bagoas, Égyptien d’origine, ne s’était débarrassé de son maître que pour venger le meurtre d’Apis ; il avait jeté le cadavre aux chats, lui-même il en avait mangé, et il setait servi des os pour fabriquer des sifflets et des manches de couteau 4.

Arsès fut d’abord un instrument docile entre les mains de son ministre : quand le goût de l’indépendance lui fut venu avec les années, et qu’il commença à supporter impatiern-

p. 91-93) et dans Héraclide de Cuines (fragm. 1, 2, 4 dans les Fragm . II. Græc., t. II, p. 93-94). — 1. UÎodore de Sicile, 1. XVI, 75, § 1. — ‘2. Cf. la lettre d’Alexandre dans Àrrien, Anabase , II, 14. — 3. Diodore de Sicile, 1. XVI, 75, 76 ; Arrien, Anabase, II, 14. — 4. Diodore de Sicile, 1. XVII, 5, § 3; Élien. Var. Ilist ., VI, 8.

Darius 111 Codoman.

ment le joug, Bagoas le sacrifia à sa propre sûreté, comme il avait sacrifié Jclios (527) *. Tant de meurtres commis coup sur coup avaient épuisé la famille achéménide si complètement qu’il se trouva un moment embarrassé de savoir où chercher un roi : il se décida en faveur d’un de ses amis, Codoman, qui, selon les uns, était l’arrière-petit-fils de Darius II2, selon les autres, n’appartenait pas à la race royale5 et aurait exercé dans sa jeunesse le métier de cour-

La balaille d’Arbèles, d’après la mosaïque d’Herculanum,

rier4. Codoman adopta à son avènement le nom de Darius : brave, généreux, clément, désireux de bien faire, il valait mieux que les monarques qui l’avaient précédé, et il aurait mérité de régner à une époque où l’empire était moins affaibli. Bagoas s’aperçut bientôt que son protégé prétendait gouverner par lui-même et il voulut se débarrasser de lui, mais, trahi par un, des siens, il fut contraint de boire

1. Diodorede Sicile, 1. XVTI, 5, § 4; cf. Arrien, Anabase, II, 14; Straboa, XV, 5, 24. — 2. D’après Diodore de Sicile, 1. XVII, 5, § 5, qui nomme son grand-père Ostanès, frère d’Artaxerxès II. — 3. Strabon, XV, 5, 24. — 4. Plutarque, Vie d' Alexandre, ch. xvm.

LUTTE AVEC LA GRÈCE. — CHUTE DE L’EMPIRE PERSE 70i

le poison qu’il destinait à Darius1. Celui-ci ne jouit pas longtemps en paix du pouvoir qui lui était dévolu si inopinément. Monté sur le trône la même année qu’ Alexandre, quelques jours avant la bataille de Chéronée, il vit les dangers dont l’ambition macédonienne le menaçait et il fut impuissant à les prévenir. Battu au Granique, battu à Issus, battu près d’Àrbèles, il fut tué dans la fuite par un de ses satrapes (550) 2. Le Macédonien hérita de son empire, et la race grecque joua désormais dans le monde oriental le rôle prépondérant que la Perse avait tenu pendant deux siècles.

1. Diodore de Sicile, 1. XVII, 6. — 2. Voir pour le détail de ces événements YHisloire grecque de Duruy. Voici la liste des princes de la famille achéménide qui ont régné sur la Perse :

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