Voyea p. 671-672 de cette histoire
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parmi les ruines de Jérusalem; les autres s’étaient dispersées dans les bourgs de la banlieue. Au nord et à l’ouest, l’établissement s’était fait sans difficulté : Betliléhem, Anathoth, Géba, Kiriath-Iéarim, Mikhmash, Béthel, Üno, Jéricho, à moitié désertes depuis la captivité, avaient accueilli avec joie le renfort inespéré qui leur survenait'. Au sud, le progrès avait été enrayé par les Édomites, à qui Nabuchodorosor avait donné jadis Hébron, Juda et l’Acrabattène, en récompense de leurs services *. La prise de possession achevée, on eût dû se mettre à la reconstruction du temple, mais les immigrés s’étaient découragés après avoir relevé l’autel des sacrifices3. Le nouveau sanctuaire était loin d’avoir les dimensions de l’ancien ; aussi « un grand nombre d’entre les prêtres et les lévites, et les vieux pères de famille qui avaient vu le premier temple, pleurèrent et sanglotèrent quand on posa les fondements de celui-ci ». Les générations de l’exil, chez qui les souvenirs glorieux du passé ne gâtaient point la joie du présent, « poussaient, au contraire, de bruyants cris d’allégresse, et la foule avait peine à distinguer les clameurs des uns des sanglots des autres, tellement le bruit était grand et retentissait au loin4 ». Le premier enthousiasme tombé, les difficultés de l’entreprise apparurent presque insurmontables. La colonie avait peu de ressources : les riches n’avaient pas abandonné la Chaldée5, et ils avaient laissé à leurs frères moins fortunés l’honneur de relever la ville sainte. Les émigrants apprirent bientôt à leurs dépens que Sion n’était pas la cité idéale dont « les portes seront toujours ouvertes, et de jour ni de nuit ne seront pas fermées pour laisser entrer les trésors du monde » ; loin de « sucer le lait des peuples et d’être nourris par le sein des rois6 », c’est à peine si leurs champs leur fournissaient de quoi satisfaire aux besoins les plus pressants de la vie. « Vous avez semé beaucoup, leur
1. Esdras , II, 1 sqq. — 2. L’Acrabattène était la portion de territoire qui s’étend le long du Jourdain, entre Jéricho et les frontières de la Samarie. — 5 .Esdras, III. Le texte semble dire qu’on avait retrouvé les fondements de l’ancien autel et qu’on y avait construit l’autel nouveau. — 4. Esdrar , III, 10-13. — 5. Esdras, 1, 4-6. — 6. Anonyme [Isaïe, LX. v, 11, 161.
disait l’Éternel, pour récolter peu de chose, mangeant sans vous rassasier, buvan! sans risquer de vous enivrer, vous habillant sans vous réchauffer, et celui qui va gagner sa journée met son salaire dans une bourse percée1. » L’usurpation du faux Smerdis et les révoltes qui accompagnèrent sa chute achevèrent de les désespérer ; ils suspendirent tous les travaux.
Le triomphe de Darius leur rendit courage : l’an 11 de ce prince, au moment qu’il tenait Nadintavbel assiégé dans Babylone2, deux prophètes, Haggaï et Zacharie, surgirent parmi eux. Shesbazzar n’était plus là; un prince de la famille de David, Zorobabel, les administrait pour le compte des Perses, et le pontife Jéshoua veillait sur leurs intérêts spirituels. Les constructions reprirent, mais, depuis la chute d’Israël, les montagnes d’Éphraïm étaient habitées par des Syriens et des Chaldéens, gens de Babylone et de Kouta, d’Àva, d’Hamath et de Sépharvaïm, que les rois de Ninive y avaient déportés à plusieurs reprises. « Et d’abord ils ne révéraient pas Jahvéh, et il lança contre eux des lions qui firent un carnage parmi eux. On en parla au prince d’Assour en ces termes : « Les peuples que tu as placés dans les villes « de Samarie ne connaissent point le culte du Dieu du pays, « et celui-ci a lancé contre eux les lions, et voilà que ceux-ci « les tuent, parce qu’ils ne connaissent point le culte du Dieu « du pays. » On leur envoya donc un des prêtres prisonniers, qui leur enseigna « le droit » de Jahvéh, et qui institua à son tour « des prêtres choisis dans la masse du peuple, lesquels firent parmi eux les sacrifices dans les lieux du culte 5 » . Lorsqu’ils apprirent qu’on se préparait à édifier le temple de Jérusalem, ils furent remplis de joie et ils demandèrent à Zorobabel la permission de participer au travail : <( Nous voulons bâtir avec vous, car nous nous adressons au même Dieu que vous, et c’est à lui que nous sacrifions depuis qu’Asarftaddon nous a établis ici ». Un demi-siècle plus tôt, leur ambassade aurait été accueillie avec joie, mais les Juifs de l’exil n’avaient plus pour les divinités païennes la tendresse
4. Haggaï , I, 5. — 2. Y. p. 760-761 de cette histoire. — 3. Ï1 Rois , xvii, 24-40.
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des Juifs d’autrefois : ils étaient morts à l’idolâtrie1. Zorobabel rejeta les propositions de ces Koutéens qui accouplaient au nom de Jahvéh celui de leurs anciens dieux, Adrammélech, Nirgal, Tartak, Ànnamélech; blessés par son refus, ils s’ingénièrent à empêcher l’accomplissement de l'œuvre à laquelle on leur interdisait de s’associer, et ils la dénoncèrent aux Perses comme étant propre à troubler la paix de l’empire. Darius, instruit de ce qui se passait par le gouverneur de Syrie, ordonna l’exécution pure et simple du décret rendu parCvrus : quatre années plus tard, le temple était terminé2.
La tâche accomplie, Zorobabel disparut de la scène. Mourut-il en paix à l'ombre du sanctuaire qu’il avait restauré? Fut-il obligé de rentrer à Babylone? Haggaï l’avait représenté comme le sauveur d’Israël, et c’en était assez d’une pareille prédiction pour le rendre suspect de trahison aux yeux des Perses et pour motiver son rappel3. Lui parti, Jéshoua resta seul chargé du gouvernement. Le rôle du grand prêtre s’était fort développé pendant l’exil. 11 n’était plus uniquement le chef des sacrificateurs, le premier parmi ses égaux, mais le pontife suprême; les descendants de David écartés, c’est à lui que la plus haute place appartenait dans les conseils de la nation. « La dignité pontificale se trouva ainsi instituée de fait, comme une conséquence presque nécessaire de la situation : et si, plus tard, ce fait fut érigé en théorie, et forma une partie capitale de la législation, cela nous surprendra d’autant moins que l’histoire de la papauté chrétienne nous offre un exemple absolument semblable. L’évêque d’une ville placée dans les conditions de Jérusalem et de Borne, et qui n’a plus à côté de lui de souverain laïque, a toujours les chances de devenir souverain luimême4. » La composition de la colonie juive rendait la transition plus facile. Lenombredespersonnes attachées au temple par un lien quelconque était fort considérable, et la condition
1. C’est l’expression de Kuenen, Religion nationale et religion universelle , p. 214. — 2. Esdras. IV-VI. — 3. Le récit de Josèphc [Ant. Jud ., XI, 1-2) sur deux expéditions de Zorobabel paraît être emprunté, partie au livre canonique d’Esdras, partie à l’écrit non canonique qui porte le nom de troisième livre d’Esdras. — 4. Reuss, Bible, l’Histoire sainte et la Loi , t. I, p. 229-230.
du corps sacerdotal avait changé. Ézéchiel avait, le premier, déclaré que ceux-là seuls dont l’orthodoxie avait toujours été inébranlable, les « fils de Zadok », jouiraient du privilège de servir à l’autel : il avait exclu de la prêtrise les enfants de Lévi, qui avaient sacrifié sur les hauts lieux, et il les avait relégués dans les fonctions secondaires1. Cette disposition théorique reçut un commencement d’exécution au retour de la captivité, et, pour la première fois dans l’histoire de la religion hébraïque, les prêtres furent séparés des lévites 2. On conçoit que cette dégradation ne fut pas pour plaire à ceux quelle frappait : quelques lévites, soixante-quatorze contre quatre mille prêtres, consentirent à quitter Babylone. Audessous d’eux, les chantres, les portiers, les descendants des esclaves sacrés, complétaient la hiérarchie. Tous réunis formaient un corps compact de cinq mille personnes, le huitième environ de la population totale3, et Jéshoua n’eut pas de peine à se faire proclamer chef de la communauté.
Son fils Joïakim lui succéda, puis son petit-fils Éliashîb4. Leur pouvoir, restreint dans le domaine politique par la surveillance des satrapes de Syrie, était des plus étendus en matières civiles et religieuses. C’était pure condescendance s’ils consultaient les prêtres de haut rang, les cheikhs ou l’assemblée, dans les cas importants5. Jérusalem végéta plutôt qu’elle ne vécut sous leur autorité. Ce qu’on avait attendu de Jahvéh avait été si extraordinaire, et les prophètes avaient tant promis de sa part, qu’une sorte de découragement s’empara des esprits quand on vit combien peu la réalité répondait aux espérances. Le Deutéronome avait toujours force de loi, mais, bien qu’il fût en vigueur depuis plus d’un siècle, il « n’était pas encore parvenu, autant que nous pouvons en juger, à s’attacher le cœur du peuple. Ses exhortations avaient beau retentir avec tout leur sérieux et toute leur insistance : Toi, Israël, tu dois aimer Jahvéh, ton
1. Cf. p. 665 de cette histoire. — 2. Kuenen, The religion of Israël, t. II, p. 202-204. — 3. Le huitième, d’après le nombre total donné par Esdras, II, 64 ; le sixième, si l’on s’en réfère aux nombres partiels donnés pour chacune des familles composant la colonie. — 4. Nehémie XII , 10. — 5. Sur cette constitution du pouvoir des grands prêtres, voir Kuenen. The religion of Israël , t. II, p. 214-215.
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dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de ta force1 ' Si cette parole trouvait encore quelque écho dans la conscience d’un petit nombre, il ne s’était point formé de peuple particulier consacré à Jahvéh 2. » Loin de là, les mariages contractés avec des femmes étrangères, moabites, pnilistines. koutéennes, altéraient chaque jour la pureté de la race. Déjà la langue antique disparaissait peu à peu5, et on pouvait prévoir le moment où la petite famille juive perdrait son individualité, sinon sa religion4.
Le salut vint de Babylone. Ceux des exilés qui y séjournaient, loin du seul sanctuaire dont ils reconnussent la légalité, avaient pris l’habitude de se réunir le jour du sabbat et de s’édifier mutuellement par la prière en commun, par la lecture, par la prédication ; la synagogue, établie partout où ils se trouvaient en nombre suffisant, les empêchait d’être absorbés, comme les Éphraïmites l’avaient été avant eux, par les païens qui les environnaient. Le principe de la religion sauvé, on s’était peu inquiété d’abord d’en préserver les formes extérieures. Ézéchiel avait, il est vrai, introduit le rituel dans son plan de restauration 5, mais ses idées à cet égard avaient été peu goûtées des contemporains : elles triomphèrent auprès de la génération suivante, et elles formèrent la règle dont les docteurs de Juda s’inspirèrent. Àu temps des rois, le temple de Jérusalem avait eu ses lois propres qui déterminaient jusque dans le détail les cérémonies de la purification, de l’offrande et du sacrifice, les rapports des membres du'clergé entre eux et avec la communauté, en un mot tout ce qui constituait aux yeux des fidèles « le « droit du dieu du pays » ; mais ces lois, transmises oralement de siècle en siècle, n’avaient pas été écrites pour la plupart et elles risquaient de tomber dans l’oubli faute d’un sanctuaire où les appliquer. Les prêtres s’ingénièrent à les recueillir, à les coordonner, à en approfondir le sens et l’origine. C’était un travail minutieux et de longue haleine; le gros en était déjà terminé pourtant dans la première moitié
1. Deutéronome . VI, 5. — 2. Kuenen, Religion nationale et religion universelle, p. 121.— 3. Voirp. 776 de cette histoire. — 4. Esdras, IV-X ; Néhémie, XIII. 24-31. — 5. Voir, p. 665 de cette histoire, l'exposition du système d’Ézéchiel.
du ve siècle, et le tout était consigné dans un ouvrage spécial qu’on s'est plu à nommer le Livre des Origines. Le Livre des Origines est à la fois un code et une histoire, mais l'histoire n’y figure le plus souvent que pour justifier les lois par une sorte d’exposé de motifs1. Si l’auteur remonte jusqu’à l'origine des choses, c’est que le récit de la création est la mise en action d’une des ordonnances de la législation sacerdotale : Dieu, en travaillant six. jours et en se reposant le septième, prêchait d’exemple l’observance du sabbat2 * *. S’il raconte avec complaisance la conclusion du pacte entre Dieu et Abraham, c’est qu’il prétend illustrer l’usage de la circoncision et la rigueur des règlements quelle comportait5. Où les laits ne se pliaient pas à son dessein, il les abrège, il les supprime, il les altère, il leur prête un caractère purement idéal, ou il les dénature à tel point qu’ils ne répondent plus aux exigences de la réalité. C’est ainsi qu’il recule jusqu’à Moise le concept du sanctuaire unique et qu’il attribue aux Israélites dans le désert la possession d’un tabernacle portatif. Il en chiffre les dimensions, il en énumère les parties, il suppute les quantités d’étoffes, de peaux, de métal qui ont été employées à la construction et à l’ameublement. Le temple de Jérusalem lui fournit le motif de sa description, mais il oublie d’adapter les objets qu’il y trouve aux nécessités de la vie nomade et il surcharge les enfants d’Israël d’un matériel trop lourd pour des hordes errantes *. A dire vrai, la faute est légère, car c’est le présent surtout qu’il a en vue lorsqu’il parle du passé : sa manière de comprendre les destinées de la race plut aux exilés deBabyloneet elle demeura comme la version officielle de l’histoire primitive.
Les principaux textes de la loi à laquelle les récits servent de cadre furent donc attribués désormais à Moïse, non plus comme dans le Deutéronome à Moïse mourant, mais à Moïse
1. Voir sur ees questions : Reuss, l'histoire sainte et la Loi , t. I, p. 251 sqq. ; Kuenen, The religion of Israël , t. II, p. 148 sqq. —
2. Genèse , I, u, 4. — 3. Genèse , xvn. — 4. Sur le Tabernacle, voir Well-
hausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, p. 35 sqq. Le récit de la
construction du Tabernacle n’existait pas encore sous sa forme actuelle
à l’époque où fut faite la traduction des Septante.
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chef de peuple et d’armée agissant au désert du Sinaï*. Ce n’est, pas ici le lieu de les examiner en détail. Quelques-uns d’en Ire eux, les moins nombreux, sont analogues aux prescriptions de la thora deutéronomique, et ils interdisent l’idolâtrie 2, le sacrifice des enfants5, l’adultère et l’inceste4, la vente à faux poids et à fausse mesure5, mais la plupart ont trait à l’organisation du culte. Jadis le sacrifice était purement volontaire, et la plupart des prophètes étaient prêts à s’écrier avec Hoshéa : « C’est à l’amour que je prends « plaisir, et non aux sacrifices, et à la connaissance de Dieu « plus qu’aux holocaustes6. » Au contraire, ce qui frappe dans la théorie nouvelle, « c’est l’admission du culte au « rang des obligations imposées au peuple de Jahvéh, et à
chaque Israélite en particulier7 ». A voir le nombre des victimes que les prêtres exigeaient, on dirait que l’homme n’était né que pour subvenir aux besoins criants de l’autel, pendant les grandes fêtes de l’année, au sabbat, chaque jour. Tout est prévu d’ailleurs, la manière de présenter la bête, de l’égorger, de la dépecer, d’en répartir les morceaux. « Si l'offrande est de gros bétail, on choisira un mâle « qui n’ait point de défaut. C’est à la porte du tabernacle que « le donateur l'offrira, pour obtenir les bonnes grâces de « l’Étérnel. Il posera la main suria tête de l’animal, pour se « faire agréer, de manière que Dieu lui devienne propice. « Puis il immolera le bœuf à la face de l’Éternel, et les fils « d’Aharon, les prêtres, offriront le sang et aspergeront « de tous côtés l’autel qui est devant la porte du tabernacle « Puis il écorchera la victime et la dépècera en ses pièces, « et les fils du prêtre Aharon mettront du feu sur l’autel, et « arrangeront des bûches au-dessus du feu. Puis les fils <n d’Aharon, les prêtres, arrangeront les pièces, la tête et la « graisse, sur les brèches placées au-dessus du feu qui est « sur l’autel. Mais, pour ce qui est des intestins et des jam- « bes, il les lavera avec de l'eau, puis le prêtre fera fumer « le tout sur l’autel, comme holocaustes, comme un feu d’o*
1. Exode, xxv, i-xxxi, 17 ; xxxv. sqq.; Lévitique, vm-x, etc. — 2. L& vitique , xix, 4; Exode, xxn, 20. — 5. Lévitique, xx, 4. — 4. Lévitique, xviii, 5, xx, 10. — 5. Lévitique, xix, 25. — 6. Hoshéa , VI 6. — 7. Kuenen, Religion nationale et religion universelle, p. 126
« deur agréable pour l’Éternel». » De même pour les moutons ou pour les chèvres2, de même pour les oiseaux5. Tout ce sang versé, toute cette chair brûlée, le vin, le lait, l’huile répandus, obligeaient les gardiens du temple et de l’autel à des soins de propreté minutieuse. Le simple particulier et le prêtre, sans cesse appelés à consommer le sacrifice, devaient. toujours être dans l’état de pureté légale, sans lequel l’offrande n’avait plus de valeur aux yeux de Jahvéh. « Soyez g saints, car moi je suis saint, moi l’Éternel votre Dieu4! » « Sanctifiez-vous donc et soyez saints, car moi l’Éternel je « suis votre Dieu 5. » Pour les prophètes antérieurs à l’exil, la sainteté était une vertu morale. «Me présenterai-je devant « l’Éternel avec des holocaustes, — avec des veaux d’un « an? — Agréera-t-il des milliers de béliers — des myriades « de torrents d’huile?... — O mortel, on « t’a dit ce qui « est bien, — ce que l’Éternel réclame de toi : « — Aimer « la charité, — et marcher humblement devant ton Dieu6. » Pour les prêtres, elle résultait surtout de l’observance matérielle des prescriptions contenues dans la loi. On la perdait malgré soi, sans presque y songer, par le contact du vêtement qu’on portait avec un objet ou avec une personne souillée7; on la recouvrait en se soumettant aux rites variés de l’expiatiom Chaque transgression, si légère quelle fût, obligeait le coupable à un sacrifice spécial : une fois l’an, le jour du pardon, le prêtre accomplissait la propitiation pour tous les péchés des enfants d’Israël8.
Les prêtres vivant en Chaldée n’avaient pu songer à appliquer eux-mêmes cette législation. Pendant quelques années ils se contentèrent de revoir leur œuvre, de l’augmenter, de l’interpréter par l’écriture et par la parole : faute d’être sacrificateurs, ils se firent docteurs et scribes. Quand la théorie né leur suffit plus et qu’ils voulurent passer à la pratique, iis rencontrèrent des difficultés à Jérusalem.
1. Lévitique. I. 5-9. — 2. Lévitique, I, 10-15. — 3. Lévitique , I, 14-17. — 4. Lévitique , xix, 2. — 5. Lévitique, xx. 8. — 6. Miellée, V, 7-10. — 7. Ainsi par le cadavre d’un animal impur ( Lévitique . v, 2), même d’un insecte ( Lévitique , xi, 20-25). — 8. Lévitique , xvi, I, 29-34. Cf. Kuenen, The religion of Israël, t. II, p. 251 sqq,; Religion natùb ttale et religion universelle , p. 125 126.
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Le peuple se montrait peu enclin à payer la dîme, à observer régulièrement les rites, à remplir des devoirs religieux dont le principal paraissait être l’obligation d’entretenir à ses frais un clergé nombreux. Les prêtres, gagnéspar le relâchement général, n’offraient plus que des victimes tarées et ils traitaient Dieu comme les hommes les traitaient eux-mêmes. Un prophète, le dernier de ceux dont nous ayons conservé les prédictions, leur avait demandé compte de leur conduite au nom de l’Éternel1 ; mais sa voix, écho trop affaibli de celle des grands poètes du siècle précédent, n'avait pas éveillé d’écho dans Israël. Cependant, les rapports continuaient à être fréquents entre les Juifs qui étaient revenus de l’exil et ceux qui demeuraient encore à l’étranger. Vers 585, l’un de ces derniers, Néhémie, qui appartenait à une famille puissante et qui servait comme échanson auprès d’Àrtaxerxès II, ému par les malheurs de Jérusalem, résolut d’implorer la pitié du roi, en faveur de ses coreligionnaires. « Or, au mois de Nîsan de la vingtième année, comme c’était à mon tour de présenter le vin, je pris le vin, et l’offris au roi. Et quoique je dissimulasse mon chagrin, le roi me dit : « Pour- « quoi as-tu mauvaise mine? Tu n’es pourtant pas malade? ce « ne peut être qu’un chagrin de cœur. » J’eus bien peur et je répondis : « Vive à jamais le roi! Comment n’aurais-je pas « mauvaise mine quand la ville où sont les nombreux torri- « beaux de mes pères est en ruine et que ses portes sont dé- « truites par le feu? » Le roi, qui ce jour-là était d humeur clémente, lui accorda l’autorisation de quitter Suse, de se rendre en Judée, puis de couper dans les forêts royales le bois nécessaire, et de rebâtir le château, les murailles et la maison du gouverneur2. Cela ne faisait point I affaire des ennemis de Juda, et leurs chefs, Sanneballal de Bethhoron et Tobiyah l’Ammonite, mirent tout en œuvre pour entraver l’exécution du projet. Néhémie déjoua leurs ruses et, après avoir étudié secrètement l’état des lieux, il communiqua aux chefs de la communauté les ordres dont il était porteur : le travail, réparti entre les familles, fut achevé en cin-
1, C’est celui qu’on nomme à tort Malachie ; une tradition assez ancienne veut que ce prophète dont le nom est perdu ait été Esdras. —