Hérodote, II, uv-ur
n’était pas le dieu un. D’autre part, l’autorité des dynasties qui avaient suivi la vingtième n’avait jamais duré assez longtemps pour permettre aux divinités sous la protection desquelles elles vivaient, d’hériter du rôle important que la trinité thébaine avait eu. La féodalité divine triompha partout à l’ombre de la- féodalité humaine, et les dieux de Mendès ne consentirent pas plus à se laisser absorber par ceux de Sais que les Mendésiens à courber la tête devant les Saïtes. Le sentiment religieux, divisé de la sorte, ne s’atlaiblit pas cependant : loin de là, il redoubla d’intensité et il devint bientôt le seul sentiment commun à toute l’Égypte. L’instinct national n’avait jamais été bien fort dans 1 homme des basses classes : peu lui importait qui touchait 1 impôt, puisqu’il était forcé de payer aussi cher dans tous les cas. Les seigneurs féodaux ne tenaient guère à la patrie : ils se révoltaient aussi bien contre les Pharaons que contre le grand roi, et leur turbulence avait à mainte i eprise été funeste au pays. Sur un terrain seulement, celui de la religion, fellahs et princes se réunissaient d’un accord unanime. Ce qui les humiliait le plu> dans leur défaite, c était de voir les divinités de 1 Égypte battues par celles de la Perse et de la Grèce : l'oppression né lassait point leur patience, mais la moindre insulte à leurs animaux sacrés soulevait une révolte. Ils se résignaient à tout souffrir pourvu qu’on ne touchât pas à leurs dieux : les dieux étaient ce qui leur restait vivant de leur passé.
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LES ÉCRITURES DU MONDE ORIENTAL
es procédés employés à la formation des écritures antiques. Les caractères cunéiformes; le syllabaire chypriote. — Les écritures égyptiennes : l’alphabet, le syllabaire, les signes déterminatifs. Les hiéroglyphes éthiopiens et hittites. - — Origine de 1 alphabet phénicien, se* dérivés sémitiques; ses dérivés ariens.
Des procédés employés à 1» formation des éeritnres antiques.
Les caractères cunéiformes; le syllabaire chypriote.
Pour fixer l’expression de sa pensée, l’homme a mis en œuvre deux procédés qu’il peut appliquer séparément ou ensemble : Vidéo graphisme ou peinture des idées, le phonétisme ou peinture des sons. On peut représenter les idées de deux manières : directement, par figure des objets euxmêmes; symboliquement, par reproduction d’un objet matériel ou d’une figure convenue pour rendre une idée abstraite. On peut de même représenter les sons de deux manières: par syllabes, en exprimant d’un seul signe un ensemble formé d’une ou plusieurs consonnes et d’une voyelle; par caractères alphabétiques, qui représentent chacun une seule consonne ou une seule voyelle. Tous les systèmes d’écriture ont commencé, par peindre les idées et ne sont arrivés que lentement à la peinture des sons.
Le procédé qui consistait à exprimer l’objet par la peinture de l’objet même, le soleil par un disque ©, la lune
par un croissant ne permettait de rendre quun certain nombre d’idées toutes matérielles. Il fallut aussitôt recourir aux symboles. Les symboles sont de deux sortes , simples ou complexes. Les simples se forment : par synecdoche, en peignant la partie pour le tout, la prunelle, • , pour Voeil -<*>-; la tête de bœuf, pour le bœuf complet,
Par métonymie, en peignant la cause pom iefiet, 1 effet pour la cause? ou l’instrument pour lœuvie accomplie, le
disque solaire , pour le jour; le brasier fumant, pour
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le feu; le pinceau , Y encrier et la palette du scribe, ÿj , pour Yécriture. Par métaphore, en peignant un objet qui avait quelque ressemblance réelle ou supposée avec l’objet de
l’idée exprimée, les parties antérieures du lion, — î, pour
marquer l’idée de priorité ; la guêpe, & , pour la royauté ; le têtard de grenouille, pour les centaines de mille. Par énigme, en employant l’image d’un objet qui n’a que des rapports fictifs avec l’objet de l’idée à noter; un épervier
sur un perchoir, -4^, pour l’idée de dieu; une plume d'autruche, pour l’idée de justice. Les idéogrammes complexes se forment d’après les mêmes principes que les idéogrammes simples. Ils consistent, à l’origine, dans la réunion de plusieurs images dont la combinaison rend une idee qu’un symbole simple n’aurait pu noter. Ainsi, en egyptien‘* un croissant renversé accompagné d'une étoile, "3P , rend l’idée de mois; un veau courant et le siqne de l'eau,
^ celle de soif. L’écriture idéographique était un moyen fort incomplet de fixer et de transmettre la pensée. Elle ne pouvait que placer des images et des symboles à côté les uns des autres, sans établir de distinction entre les différentes parties du discours, sans noter les flexions spéciales aux temps du verbe, aux cas et au nombre des noms : il fallut joindre la peinture des sons à la peinture des idées. Bien que par nature les symboles d’idée ne représentent aucun son, celui qui les lisait était obligé de les traduire par le mot attaché dans la langue parlée à l’expression de la même idée. Au bout d’un certain temps, ils éveillèrent dans l’esprit de qui les voyait tracés, en même temps qu’une idée, le mot ou les mots de cette idée, partant une prononciation : on s’habitua à retrouver sous chaque figure et sous chaque symbole une ou plusieurs prononciations fixes et habituelles qui firent oublier au lecteur la valeur purement idéographique des signes pour ne produire sur lui que l’impression d’un ou de plusieurs sons.
Le premier essai de phonétisme se fit par rébus; on se servit des images sans tenir compte des idées pour repré- «enter le son propre à leur sens premier. On en vint.
LES ECRITURES DU MONDE ORIENTAL
à peindre, de la même manière, des mots semblables de son, mais divers de sens dans la langue parlée. Le même assemblage de sons nofir marquait, en égyptien, l’idée concrète de luth , et l’idée abstraite de bonté : le signe } rendit par figure l’idée de luth, par rébus l’idée de bonté. En groupant plusieurs signes on écrivit de longs mots, dont la prononciation se composait, en partie, du son de tel signe, en partie de celui de tel autre. Le lapislazuli se dit, en égyptien, khosdoub ; on écrit quelquefois ce mot par la figure d’uu homme qui tire ( khos ) la queue
d’un cochon ( doub ) , • Dans une langue où tous les mots
n’ont qu’une seule syllabe, en chinois par exemple, l’emploi du rébus ne pouvait manquer de produire une écriture où chaque signe idéographique, pris dans son acception phonétique, représentait une syllabe isolée. Dans les autres langues , le système de rébus ne donnait pas encore un moyen facile de décomposer les mots en leurs syllabes constitutives et de représenter chacune d’elles séparément par un signe fixe et invariable. On choisit un certain nombre de caractères auxquels on attribua non plus la valeur phonétique q^ui résultait du son de toutes les syllabes, mais celle qui résultait du son de la syllabe initiale. On en vint de la sorte à former des systèmes d’écriture où tous les caractères idéographiques à l’origine ne représentaient plus à. l’ordinaire que des syllabes simples ou complexes l.
Les premiers Chaldéens nous o t laissé l’exemple le plus ancien d’une écriture syllabique. Leur système adopté par les Assyriens se répandit au nord e». a l’est en Arménie, en Médie, en Susiane, en Perse, et ne cessa d’ctre employé que vers les premiers siècles de notre ère2. Oublié pendant toute la durée du moyen âge, il n’a été sérieusement étudié que depuis une centaine d’années. Niebuhr (1765), Tychsen (1798), Münter (1800), frayèrent la voie à Grotefend, qui le premier, en 1802, réussit à déchiffrer les
1. Fr. Lenormant, Essai sur la propagation de V Alphabet phénicien parmi les peuples de l’Ancien monde, 1. 1, p. i-52. — 2. L’inscription cunéiforme la plus moderne porte le nom d'un roi parthe Pacorus, qui régnait entre 77 et 1 1 après J. C. Voir Oppert dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, i. !, p. 23-29.
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cunéiformes persans et donna un alphabet rectifié et complété en i836 par les recherches d’Eugène Burnouf en France, de Christian Lassen en Allemagne. Quelques années plus tard un Anglais, Henry Rawlinson, porta l’étude des inscriptions Achéménides à un tel degré de perfection que les travaux de MM. Oppert et Spiegel n’ont pu changer que des détails à ses premières traductions. Le déchiffrement du perse ancien n’était qu’un acheminement a l’intelligence des textes babyloniens, assyriens et mèdes. La découverte de Ninive par M. Botta, consul de France à Mossoul (1&&6), les fouilles de M. Layard à Koyoundjik et à Nimroud ( 18A.9- 1.85 1) , livrèrent au public une grande quantité de documents nouveaux que MM. Rawlinson , Hincks et Fox Talbot en Angleterre, de Saulcy et Oppert en France, parvinrent à déchiffrer avec certitude. Dès lors les progrès de la science assyrienne ont toujours été constants; après avoir lu les textes babyloniens, ninivites et mèdes on s’est attaqué aux débris de la vieille littérature rhaldéenne. En moins de soixante ans, un monde nouveau de îangues”et de peuples inconnus s’est ouvert à l’étude : trente siècles d’histoire sont sortis des tombeaux et ont reparu au grand jour l.
Les écritures des différents systèmes sont toutes formées par les combinaisons d’un même signe horizontal —, vertical Y ou tordu en forme de crochet Cet élément a le plus souvent l’aspect d’un clou ou d’un coin , d’où le nom de cunéiformes qu’on donne le plus souvent aux écritures de ce type2. Nous avons vu ailleurs que les paquets de clous qui forment aujourd’hui les caractères dérivent de signes hiéroglyphiques défigurés peu à peu au cours des âges. Quelques-uns d’entre ^x sont de véritables idéogrammes ; le plus grand nombre expriment des syllabes, les unes simples, c’est-à-dire composées d’une voyelle et d’une consonne; les autres complexes, c’est-à-dire formés de plusieurs consonnes.
i. Pour l’histoire du déchiffrement, voir J. Ménant, Les écritures cunéiformes , in-8°, Paris, 1864. — 2. Quelques savants anglais avaient proposé le nom de arrow-heacLed , à pointe de flèche , qui n’a pas été admis généralement.
LÈS ECttITÜRES DU MONDE ORIENTAL. 811
Le tableau des syllabes simples peut se dresser comme il suit :
K. A, lî- .
□ , B , T , ba} ab ; . bi, /HfT, ib; X— >
r~-, ab.
à, G, ga, — 1— 1— - «y; 9l>
M<!^ l9> T>— Ü, -S, ug.
D, BJ<h da> "B! - «<*; <IM=, <#* E=WT*
dtt, ud.