‹ Histoire ancienne les peuples orientaux Georges WeberChapitre 14 sur 16 · DÉCADENCE DU ROYAUME DIVISÉ · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DU ROYAUME DIVISÉ

§ 39. Idolâtrie et Prophètes. La séparation produisit deux États d’inégale grandeur : le royaume d'IsRAËL ou d’EpHRAÏM, formé de dix tribus, avec les capitales Sichem, Tirtsa, Samarie, et le royaume de Juda consistant en deux tribus avec la ville de Jérusalem. Comme Jérusalem conservait l’arche d’alliance, et, à cause de cela, était considérée par les Lévites et par beaucoup de pieux Israélites comme la vraie capitale et le centre du culte de Jéhovah, Jéroboam (980-958)

éleva deux veaux d’or au sud et au nord de son royaume, à Dan et it Béthel, et il sacrifia sur les hauts-lieux. Ses successeurs ornèrent Tirtsa de riches édifices et enrichirent le pays par le commerce; mais la puissance extérieure fut affaiblie par les guerres contre Damas et Juda, tandis que l’idc- 1 A t rie croissante détruisait l’ancienne confiance en Dieu et ébranlait l’austérité des mœurs qui reposait sur la foi populaire. Juda, de son côté, passa de mauvais jours sous les descendants de Roboam. Le roi d’Égypte Sésonchis (Sishak) s’empara de Jérusalem et enleva les immenses trésors qu’avait laissés Salomon. Aujourd’hui encore, on voit sur la muraille extérieure du sud du temple de Karnak (Tlièbes) la représentation du vainqueur qui agite une arme pointue au dessus d’un groupe d’ennemis captifs; une inscription à demi décomposée le désigne comme « Juta-Malk » (roi de Juda). Ce fut seulement après que les Juifs eurent renversé les autels des dieux étrangers dans leur pays, que des jours meilleurs revinrent sous le roi Josaphat (920-890). — L’un des rois les plus puissants et les plus riches d’Israël fut Ach.vb, contemporain de Josaphat (versOOO). Sous l’impulsion de son épouse idolâtre, Jézabel de Tyr, il bâtit dans sa nouvelle capitale de Samarie un temple â Tiaal, dans lequel 450 prêtres desservaient le culte. En vain les prêtres de Jéhovah s’élevèrent contre le culte charnel et dépravé de Baal et d’Astarté ; la reine cruelle et obstinée chassa les rebelles ilu pays et les obligea à se cacher dans les déserts et dans les cavernes. Parmi eux se trouvait le pro-

pliète Eue qui trouva un asile sur le mont Carmel. Une sécheresse et une famine s’étendirent alors sur le pays; Klie les interpréta comme des châtiments du ciel et le peuple irrité saisit cette occasion pour tuer les prêtres de Baal ; les prêtres et les prophètes fugitifs revinrent et le culte de Jéhovah fut rétabli. Mais Elie dut chercher pour la seconde fois un refuge dans le désert contre les embûches de la reine. Achab remporta plusieurs victoires contre les Syriens de Damas ; mais la fortune l’abandonna quand il eut laissé, contre le conseil des prophètes, la vie et la liberté au roi vaincu. Le roi syrien paya sa douceur d’ingratitude en ne remplissant point les conditions de la paix. Dans la troisième guerre qu’Achab entreprit, de concert avec Josaphat de Juda, contre les Syriens, il reçut une blessure mortelle, mais il combattit debout sur son char jusqu’il ce qu’il mourût de la perte de son sang. Le prophète Michée avait prédit le résultat désastreux de la bataille, et le roi l’avait fait emprisonner en ordonnant de le retenir « jusqu’à ce qu’il revînt en paix. » Achab eut pour successeur son fils Joram (896-882), sous lequel Samarie fut longtemps assiégée par les Damascéniens, en sorte que la ville fut en proie à une famine inouïe. Toutes ces calamités furent signalées par les prophètes comme des châtiments du Seigneur, à cause du culte de Baal auquel la maison d’Achab restait attachée; et comme ce culte vicieux s’était aussi implanté en Juda par le mariage d’Athalie, fille d’Achab et de Jézabel, avec le fils de Josaphat, la famille entière d’Achab fut

vouée à la destruction. Elisée, alors chef des prophètes, oignit de l’huile sainte le front de Jéhu, capitaine de Joram, et le déclara roi d’Israël au nom de Jéhovah. Joram, blessé par les Syriens, était dans son palais de Jizréhel , avec son neveu Achazia , lorsque Jéhu envahit la ville avec ses partisans, atteignit les deux rois qui cherchaient à s’enfuir sur leurs chariots, les tua, et fit jeter Jézabel par la fenêtre du palais, « de sorte qu’il rejaillit de son sang contre la muraille et contre les chevaux. » Le meurtrier sauvage la foula aux pieds et ordonna ensuite aux anciens des tribus d’exterminer toute la maison d’Achab et de lui envoyer les têtes des victimes (882). Ainsi furent massacrés soixante-dix fils et petits-fils d’Achab et quarante-deux frères et parents d’Achazia. Mais l’espérance qu’avait conçue Jéhu de fonder la réunion des deux royaumes sur les cadavres des deux maisons royales, ne se réalisa point. Athalie, fille d’Achab, prit en Juda les rênes du gouvernement et extermina de la même manière tous ceux qui se trouvaient dans son chemin ; elle n’épargna pas même ses propres petits-fils, les enfants d’Achazia ; un seul, Joas, fut soustrait avec peine par la sœur de son père à la fureur de la reine idolâtre et élevé en secret dans le temple. Jéhu (882-854) montra la même cruauté envers les prêtres et les serviteurs de Baal qu’envers la maison du roi : ils furent passés au fil de l’épée, leur temple fut détruit et le culte de Jéhovah rétabli. Mais ces horreurs énervèrent Israël, de façon que sous Jéhu et ses I rois successeurs une grande partie du pays fut conquise

par les Syriens et que la force armée se réduisit h 10,000 hommes avec dix chariots et 50 cavaliers. Le royaume ne se releva que sous Jéroboam 77(822-780). Les villes perdues furent reprises, le commerce répandit le bien-être et l’aisance; les fils d’Israël « demeurèrent sous leur tentes ‘comme autrefois. » — Il en fut de même en Juda : après un règne de sept années (882-87G), Athalie fut saisie et mise à mort par les ordres du grand-prêtre Jéhojada , le temple de Baal fut démoli et le service de Jéhovah reprit son éclat. Mais ni Joas (876-836), ni son fils Amasia (836-806) ne furent en état de résister avec énergie aux attaques de leurs nombreux ennemis; en outre, une guerre civile avec le royaume des dix tribus poussa le pays du sud et sa capitale Jérusalem vers leur ruine. Les deux rois moururent de mort violente. Hozias cependant prêta une nouvelle considération au royaume (806-758); par ses victoires sur les Philistins et sur d’autres tribus hostiles, il réveilla la bravoure et la confiance du peuple en lui-même; d’un autre côté il favorisa le commerce, l’agriculture et l’entretien du bétail.

§ 40. Captivité en Assyrie et à Babylone. Au IX e et au VIII e siècle, des jours pénibles se levèrent sur le royaume divisé. A l’est, le royaume d’Assyrie (§ 23) se dressa avec une nouvelle ardeur belliqueuse et dirigea ses conquêtes vers les pays du Liban, affaiblis par des guerres intestines et bouleversés par de nouvelles idolâtries. Les royaumes d’Israël et de Juda, au lieu de résister au puissant ennemi avec des forces combinées et de puiser du courage et de la con-

fiance dans leur fidélité envers Jéhovah, dans leur altachement aux lois et aux mœurs anciennes du peuple, se querellèrent entre eux, conclurent des alliances avec des peuples étrangers, cherchèrent aide et protection devant les autels de dieux païens et se livrèrent à la mollesse et à la volupté. Ils persécutèrent les prophètes inspirés de Dieu qui prédisaient avec une franchise hardie la ruine du royaume, si le culte de Jéhovah était dépossédé par le service des idoles et si la division et les transgressions continuaient. Mais la persécution augmentait l’audace et le zèle des voyants; leur foi et leur vision intuitive se fortifiaient dans les solitudes et les déserts au milieu des privations et des macérations. Au nom de Jéhovah, qu’ils concevaient comme un Dieu personnel, comme un être spirituel et moral, que l’on devait servir, non par des sacrifices et des autels, mais 'par une conduite irréprochable, avec le cœur et les lèvres, ils insistaient courageusement sur l’amendement de la vie, ils exhortaient à la vertu et à la crainte de Dieu , et menaçaient de la colère du Seigneur ceux qui ne retourneraient pas à lui et ne se confieraient pas en lui seul. Mais les cœurs des Juifs étaient endurcis. En vain Amos , qui avait gardé les troupeaux en Juda jusqu’au moment où Jéhovah le suscita, s’éleva contre le luxe et le déréglement des principaux d’Israël, contre leurs fraudes et leurs exactions, contre la perversité avec laquelle « ils avaient changé le droit en poison et le fruit de Injustice en absinthe; » les prêtres delléthcl s’élevèrent contre lui et le contraignirent de fuir en

Juda. En vain Osée s’efforça de détourner le roi d’Israël Manahem (770-758) du projet insensé d’invoquer le secours des Assyriens contre les attaques des Damascéniens, et signala les dangers que courait le peuple s’il ne rentrait pas dans les voies de la modération et de la justice; le roi Pull fut appelé, il entra en Syrie, rendit l’aveugle Manahem tributaire, après lui avoir enlevé ses trésors et ses villes, et transporta une partie des habitants en Mésopotamie. Cet exemple n’empêcha point les rois de Juda Jotham (753-742) et Acliaz (742-726), de rechercher également la faveur de l’Assyrie. Lorsque Pékah de Samarie, ligué avec les Syriens de Damas, livra la guerre à Juda et serra étroitement Jérusalem, Acliaz réclama le secours de Tiglat-Pilésar , successeur de Phul, devint tributaire et souilla le temple de Jéhovah du culte idolâtre de l’Assyrie, sans être ébranlé par les exhortations du grand prophète Es aïe, dont le cœur patriotique s’enflammait pour la religion de ses pères, pour l’ancienne vertu et les anciennes mœurs. Les tristes conséquences de cette folle entreprise furent bientôt visibles. Lorsque Salmanassar, le plus belliqueux parmi les rois assyriens, envahit le riche littoral, soumit la Phénicie, l’ancienne Tyr et les villes maritimes des Philistins, et s’avança menaçant jusqu’aux limites de l’Égypte, Hosée (728-720), roi d’Éphraïm, conclut une alliance avec les Égyptiens, pour se soustraire 5 la puissance assyrienne, et s’exempta des tributs qu’il payait à Salmanassar. Celui-ci, irrité, envahit le royaume d’Éphraïm, conquit la capitale Samarie

PEITLES ORIENTAUX. — HÉBREUX.

après un siège de trois ans et conduisit le roi avec la majeure partie du peuple, dans la captivité assyrienne, au delà de l'Euphrate et du Tigre. Ceux qui avaient été emmenés reçurent de nouvelles résidences dans l’Arménie lointaine et dans les « villes des Mèdes, » tandis que, sur les vertes collines de Samarie, s’établirent des peuples étrangers que le roi d’Assyrie fit venir de Babel, de Hamat et de l'Euphrate. Quelques faibles débris conservèrent seuls le souvenir de la vie antérieure, de la puissance et de la floraison sous David et Salomon. Le pays tut dévasté, tellement que les bêtes féroces étranglaient les hommes. Du mélange des nouveaux immigrants et des Israélites qui étaient restés, naquirent les Samaritains.

§ 41. Juda resta tributaire de l’Assyrie et fut encore épargné. Mais le puissant Salmanassar étant mort bientôt après, Ezéciiias (726-698), roi de Juda, crut que l’heure de la délivrance était venue. Il fit alliance avec l’Égypte et fortifia Jérusalem. En vain Esaie l’avertit de rie point s’appuyer sur un bâton rompu et de ne point demander aux hommes un secours que Jéhovah seul pouvait accorder; Ezéciiias persista dans sa résolution; mais les exhortations du prophète eurent pour résultat de le détourner des idoles étrangères pour servir Jéhovah avec ferveur. Sa confiance ne fut pas trompée. SanchMb, successeur de Salmanassar, envahit le pays avec une armée formidable et menaça Jérusalem. Mais l’heure de Juda n’était pas encore venue; Jéhovah protégea sa ville, ainsi qu’Esaïe l’avait annoncé. Avant l’arrivée

des renforts égyptiens, une violente épidémie décima l’armée assyrienne et Sanchérib se retira avec épouvante; Jérusalem était sauvée. Quelque temps après, Sanchérib fut battu , et le royaume d’Assyrie descendit rapidement la pente de la décadence. Avant la fin du vu c siècle, la fière Ninive était tombée en ruines (§ 23). Mais Juda retomba dans son ancien aveuglement. Le fils d’Ezéchias, Manassé (608- 642), « rebâtit les hauts-lieux que son père avait démolis, » il retourna aux idoles que son grandpère Aehaz avait encensées. Le culte de Baal fut rétabli et remplaça de nouveau l’adoration de Jéhovah. Comme Acliaz, Manassé offrit son fils au brûlant Moloch. Les prophètes furent cruellement persécutés parce qu’ils s’opposaient de toutes leurs forces aux sacrifices et à la religion de la sensualité, et annonçaient que si l’on ne recherchait pas le Dieu vivant avec la pureté du cœur et la droiture de la conduite, « le cordeau et le niveau de la destruction seraient passés sur Jérusalem comme sur Samarie. » « L’épée dévorait les prophètes comme un lion destructeur. » Mais leur voix continuait il retentir, et Esaïe prédit à la génération découragée la venue du Messie, qui sortirait de la race de David pour délivrer le pays. L’ancienne alliance entre Jéhovah et son peuple fut renouvelée solennellement, lorsque Josias (640-608) qui monta au trône à lïige de huit ans, reçut des mains du grand sacrificateur le livre de la loi de Moïse, et comme preuve de son retour h l’ancienne foi et à l’ancienne obéissance, renversa les autels des Baalins, expulsa les prêtres et les

magiciens du pays, et détruisit le culte de la volupté et de l’effroi, d’Astarté et de Moloch. Ce furent les dernières années de félicité en Juda. Le pieux Josias fut tué dans le combat de Mégiddo par les archers du roi d’Égypte Nécho (§ 31) et son second fils Jéhojakim (608-397) occupa le trône comme roi tributaire. Le nouveau roi, prodigue et inconsidéré, méconnut les besoins du pays; il se tourna à son tour vers les divinités étrangères et persécuta le hardi prophète Jérémie, qui annonçait comme prochain le jour de la justice où le temple de Jérusalem tomberait en ruines et où le pays et le peuple de Juda deviendraient la proie d’armées étrangères. La défaite de Nécho par Nébucadnetsar (§ 28) ne fut point un soulagement pour Juda. Car le belliqueux roi de Babylone, héritier du territoire assyrien en deçà du Tigre, reprit les plans de conquête de Salmanassar et de Sanchérib. Dans l’espace de quatre années, il soumit la Syrie avec la ville de Jérusalem, pilla le temple et emmena dans l’intérieur de son royaume Jéchonias, lils de Jéhojakim, ainsi que ses principaux officiers et les habitants notables du pays. Le troisième fils de Josias, Sédécias fut institué roi tributaire sur le reste désarmé des habitants de la ville conquise; il opprima durement le peuple. Mais l’esprit tenace des Juifs n’était pas encore détruit; les aspirations vers la liberté et l’indépendance régnaient toujours dans leurs cœurs. La voix prophétique de Jérémie qui, désespérant de l’avenir de la patrie, les engageait à persévérer sous le joug étranger, ne trouva aucun crédit. Juda, comptant

sur le secours de l’Égypte, se leva de nouveau contre la -domination étrangère; mais ce fut sans succès. Malgré la vaillante défense des Juifs, Jérusalem tomba entre les mains des ennemis, selon la prédiction de Jérémie. Nébucadnetsar brûla la ville et le temple , enleva l’arche d’alliance et les vases sacrés et transporta enfin le roi aveuglé et la plus grande partie du peuple dans la captivité de 70 ans a Babyldne. Jérémie qui avait déconseillé de combattre contre les Clialdéens et, à cause de cela, avait été retenu en prison pendant le siège, chercha un refuge en Égypte et pleura dans les « lamentations, » la ruine de sa patrie. « Comment est-il arrivé que la ville si peuplée se trouve si solitaire; que celle qui était grande entre les nations est devenue comme veuve; que celle qui était entre les provinces est devenue tributaire? Elle ne cesse de pleurer pendant la nuit et ses larmes sont sur scs joues ; il n’y a pas un de tous ses amis qui la console. Les chemins de Sion mènent deuil de ce qu’il n’y a plus personne qui vienne aux fêtes solennelles. » Dans cette extrémité, les Juifs se tournèrent de nouveau vers le Dieu de leurs pères et prêtèrent l’oreille h la voix de leurs prêtres et de leurs prophètes qui, comme Ezéchiel et Esaïe, leur annonçaient le retour prochain dans la patrie. Ils trouvèrent grâce devant Jéhovah. Après quelques périodes décennales, Babylone fut conquise par les Perses, et Cyrus permit aux Juifs de retourner dans leur pays. Un petit nombre seulement partit d’abord sous la conduite de Zorobabel et de Jésuah et mit aussitôt la main à la reconstruction du temple.

Mais comme ils écartaient d’eux les Samaritains réputés impurs, ceux-ci clierchôrent par haine nationale à contrarier leurs desseins de toutes les manières. Ils obtinrent une interdiction de continuer les travaux qui ne furent achevés que sous Darius; la dédicace du temple fut alors célébrée par des sacrifices. Au temps où Artaxerxès régnait sur les Perses, de nouvelles troupes rentrèrent dans leur patrie, sous la conduite d’Esnats et de Néiiémie, et, au milieu de luttes incessantes contre leurs ennemis, rebâtirent la ville avec des murailles et des tours et rétablirent la législation mosaïque. Néhérnie partagea le peuple en deux moitiés : l’une, complètement équipée et armée de lances et de boucliers, montait la garde, tandis que l’autre , l’épée au poing, bâtissait la muraille et chargeait les portefaix, en sorte que chacun travaillait d’une main et se tenait prêt ù combattre de l’autre. Le malheur avait enseigné aux Juifs que le salut et la délivrance ne se trouvaient que dans l’attachement à la croyance de leurs pères; c’est pourquoi ils évitèrent désormais avec plus de soin tout contact avec les païens idolâtres. Mais, par cet esprit d’exclusion, le royaume de Dieu se constitua peu â peu en théocratie hiérarchique.

§ 42. Littérature hébraïque. La littérature des Israélites, comme leur histoire, leurs institutions et leur vie, se rapportait au service de Jéhovah ; aussi, leur poésie, expansion de sentiments religieux, est-elle entièrement lyrique; les genres supérieurs de poésie — l ’ épopée qui a sa source dans l’histoire librement traitée, et le drame inséparable de la conception claire

Je la réalité et de la représentation paisible de circonstances positives — ne furent nullement cultivés chez eux. La religion de Jéhovah est le centre de la littérature des Israélites, qui se compose d’écrits historiques, poétiques et prophétiques. — Les livres historiques contiennent l’histoire de la fondation du royaume théocratique avec sa législation exactement déterminée. Entièrement dégagées de l’histoire des autres peuples, les plus anciennes parties de ces livres ont un caractère épique dans leur originalité rigoureusement nationale et religieuse. — Les écrits poétiques sont tantôt purement lyriques comme les psaumes destinés au culte de Jéhovah, auxquels David appliqua son empreinte propre, quoique la plupart de ceux qui existent dans le psautier ne procèdent pas de lui ; tantôt compliqués de quelques éléments dramatiques avec un récit idyllique pour fondement, comme le « cantique des cantiques; » tantôt didactiques , comme la légende populaire du pieux Job, composée pour la glorification de la providence et de la justice divines qui gouvernent les destinées humaines, ou la poésie proverbiale, gnomique, sortie du sein du peuple et recueillie sons le nom de Salomon. Ce livre des proverbes qui, sous la forme de simples sentences ou de comparaisons et d’oppositions ingénieuses, renferme une sagesse dont les règles et les préceptes résultent d’une riche expérience de la vie, est particulièrement conforme au caractère oriental par la concision de l’expression et l’excellent choix des images. Dans les proverbes de Salomon se reflète la vie prat ique de beaucoup de siècles, entée sur la moralité et la crainte de Dieu, comme dans les psaumes la vie religieuse et intérieure. Les psaumes sont les joyaux de la poésie hébraïque. Le torrent de feu de l’inspiration ravit le poète au Dieu qui no se manifeste pas comme un être vivant dans la nature et confondu avec elle, mais comme le Seigneur qui gouverne sa créa' tiori. Le langage et l’expression ont un élan, les images une sublimité et une hardiesse, les prières une ferveur, les plaintes une vivacité, qui n’ont rien eu de supérieur dans la poésie de

tous les peuples et de tous les temps. De même que les psaumes, les admonestations , les menaces et les prédictions des prophètes inspirés par la religion et le patriotisme, indiquent la direction d’esprit du peuple israélite. Dominés par l’idée que le salut résultait de l’accomplissement et le malheur du mépris des commandements divins, ils ne cessèrent de fulminer contre les transgressions, de représenter les souffrances présentes ou prochaines comme des marques de la colère de Dieu qui s’était détourné de son peuple, et de promettre une situation prospère pour prix de la conversion et du repentir. La pénitence pourtant ne devait pas consister en œuvres extérieures, en sacrifices, en prières, en jeûnes, mais dans un amendement moral et une conduite intègre. Les prophètes, entièrement absorbés dans la contemplation des choses divines, ne concevaient pas les pensées qui les débordaient comme les leurs, mais comme les pensées, les recommandations, les menaces et les ordres de Jéhovah, comme une » charge du Seigneur. » Les plus importants et les plus enthousiastes sont ceux qui vécurent vers l’époque de la guerre assyrienne, et parmi ceux-ci, Esaïe, le plus ancien, surpasse tous les autres. — Les Juifs ont produit peu de chose dans les sciences et dans les arts ; leur nature était peu propre aux arts, et le monothéisme étroit empêchait la culture de la plastique et de la peinture.

D'après l'arrangement qui remonte au u* siècle avant J.-C., la Bible contient les e'erits suivants , sans y comprendre les livres canoniques apocryphes :

I. Livreshistoriques: Les cinq livres ce Moïse (Penlateuque ) qui ne proviennent pas d’un seul auteur, mais ont été composés à différentes époques par des prêtres qui, à portée des récits et des traditions, puisaient aux anciennes sources et s’appuyaient sur les lois et les institutions. Les fragments les plus anciens, tels que l'histoire de la création, la marche à travers le désert, et les lois les plus importantes , procèdent sans doute de Moïse même, tandis que les autres pourraient

appartenir au temps de Samuel et des premiers rois. La collection complète du Pentalcuque n’a été terminée que vers la fin du vip ^siècle avant J.-C. (622, sous le roi Josias) Le premier livre, la Genèse (création), contient les histoires primitives de la race humaine et les destinées des Israélites jusqu'à leur séjour en Égypte; le second, V Exode (sortie), traite principalement des souffrances du peuple en Égypte, de son départ et de la législation au mont Sinaï ; le troisième, le lA'ilique (livre des prêtres), se compose de lois civiles, religieuses et d’ordonnances sacerdotales ; le cinquième, les Nombres, renferme, outre d’autres lois et prescriptions, le dénombrement du peuple et l’énumération des familles; le quatrième, le Deutéronome, reproduit l'histoire de la marche dans le désert et les principales lois, et rapporte ensuite les derniers discours et la mort de Moïse. — Le livre de Josuiî contient la conquête de la* Palestine et la répartition du pays, comme elle a pu être projetée, mais comme elle n’a jamais été effectuée. — Le livre des Jones, le livre historique le plus animé des Israélites, qui s’appuie sur des traditions orales et des récits populaires, des autels et des monuments, rappelle le temps héroïque du peuple juif et les hauts faits accomplis sous la conduite de guerriers inspirés. — L’histoire idyllique qui forme le contenu du mvrf. de Rutu , la bisaïeule de David, semble avoir été composé pour la glorification de ce roi, mais pourtant après son temps. — Les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois fournissent un exposé animé et instructif de l’histoire du peuple israélitc , tant pendant la période d’éclat qu’à l’époque de la décadence par la division des tribus et finalement par la captivité. — Les deux livres des Chroniques sont plus récents cl moins importants ; outre la liste des familles, ils s’occupent principalement de l’histoire du royaume de Juda et de la tribu de Lévi. Ils ne sont nullement une continuation des livres des Rois; ils embrassent en grande partie la même période, mais ils ont un caractère plus sacerdotal, plus prophétique, plus théocralique. Les trois derniers livres historiques d’EsnuA.s, de NénÉMiE et d’EsiHER (dans le dernier desquels est racontée la délivrance des Juifs captifs du danger dont les menaçait Haman) rappor-

PEUPLES ORIENTAUX. — IIÉMEUX.

lent les destinées des Juifs à leur retour et l’histoire de la reconstruction du temple.

II. Livres poétiques : Le livre deÎob qui expose les luttes intérieures d'un homme confiant en Dieu , mais égaré pour quelque temps et rendu injuste envers la sagesse divine par de douloureuses épreuves, semble renfermer un récit populaire arrangé dans un but didactique et religieux; c'est une justification éclatante (théodicée) de la providence et de scs voies et moyens souvent merveilleux et incompréhensibles, mais toujours dirigés vers le bien. Ce poème profond, qui réunit en lui toutes les formes de la poésie, puisque la narration prosaïque porte au commencement et â la fin un caractère épique, tandis que le motif principal est dramatique par scs discours dialogués, mélangés de peintures de la nature pleines de fougue lyrique, et que l’ensemble a une tendance didactique, occupe une place parmi les créations littéraires les plus grandioses et les plus substantielles de tous les temps et de tons les pays. — I.c livre des psaumes (psautier) est un assemblage de 130 poèmes lyriques et didactiques de différents auteurs et de différentes époques; presque tous ont un sujet religieux et sont destinés à être chantés aux fûtes dans le temple. Ce sont ou des chants à la louange de Jéhovah (odes et hymnes) ou des cantiques d’actions de grâces, ou des plaintes (élégies). Ceux qui ont été composés par David se distinguent par la profondeur du sentiment religieux, la grâce et la suavité, ceux des enfants de Coré par l’élan et la vivacité; ceux du chantre de David, Assaph, ont plutôt un caractère instructif. — Les proverbes df. Salomon consistent en sentences isolées ou en séries sentencieuses ; ils doivent être considérés comme le trésor traditionnel de l’expérience de la vie pratique de la nation et ne procèdent qu’en minime partie de Salomon. L’Ecclésiaste (Kuhclct) de Salomon est un poème didactique d’une époque postérieure, dans lequel un bon me expérimenté expose en phrases concises et pénétrantes les résultats de ses réflexions et de ses doutes. 11 contient la doctrine de la vanité de toutes les choses terrestres et de l’inanité de tous les efforts humains, et présente la naissance de la vie comme la seule réalité digne de valeur,

11IST01IŒ AJiClENJiE.

sans pourtant suivre dans cet exposé aucun plan fixe et symétrique. Le cantique des cantiques, est une histoire d’amour idyllique, qui, dans des scènes et des situations déterminées, est tantôt lyrique, tantôt dramatique, tantôt narrative. L'idée fondamentale est la peinture d'un amour fidèle qui résiste à toutes les tentations, qui ne suit que les inspirations d’un noble co ur et ne peut être gagné par des moyens extérieurs. D'anciens chants populaires du temps de Salomon en ont peut-être formé le fond; mais les images parfois recherchées, les exagérations de certaines peintures et comparaisons et la disposition ingénieuse de l’ensemble appartiennent à une époque où la poésie populaire s’était transformée en art. Cependant on peut regarder le cantique des cantiques comme le morceau le plus riche, le plus complet et le plus beau que le pleuple hébreu ait produit dans la poésie mondaine. La vivacité et la vérité des sentiments, la tendre contemplation de la nature extérieure, et par dessus tout la merveilleuse harmonie de la passion et de la moralité prêtent à cette composition une haute valeur.

111. Livres prophétiques. Les orateurs populaires inspirés de Dieu, les prophètes, sortirent de l’école fondée par Samuel ou bien ils furent poussés par leur propre inspiration religieuse et patriotique, sans influence ni préparation étrangères. D’après l’ordre chronologique on peut admettre quatre périodes de prophéties : 1) à l'ancienne période du xu* jusqu’au ix’ siècle, appartiennent Elie, Elise'e; on n’en possède aucun monument écrit ; 2) à la période assyrienne (800-700) qui est la période de floraison de la poésie prophétique, se rattachent Joël, Amos, Osée, Esaie, Michée et Nahum. Parmi ceux-ci, se place au premier rang Esaïe qui condamne, dans un langage élevé, les égarements de son peuple, et dans des prédictions pleines d’imagination et de pénétration, annonce un avenir lumineux, un âge d’or, pendant lequel une génération meilleure s’élèvera sur les ruines du présent, l’heureux temps de David renaîtra sous un rejeton de ce roi, les cœurs se tourneront vers Jéhovah et les hauts-lieux avec leurs idoles cl leurs autels seront déserts et abandonnés. Dans la suite, plusieurs

discours prophétiques dont les auteurs sont inconnus furent attribués à Esaïe, notamment les paroles de consolation (ch. XL- LXYI) d’un juif en exil; 3) à la période chaldéenne appartiennent Sophonie , Jérémie , Habacuc, Ezéchiel, Abdias, parmi lesquels le pieux et patriotique Jérémie occupe la première place. Scs douloureuses lamentations sur la destruction de Jérusalem et de son temple sont de beaux monuments de poésie élégiaque. Par la chaleur et la hardiesse de ses élans, Habacuc le surpasse dans sa prédiction confiante de l'appesantissement de la justice de Dieu sur les ennemis de son peuple. Ezécuiïl annonce, dans un langage prophétique, sombre et imagé, la ruine prochaine de Jérusalem à laquelle il assista, et les souffrances de l'exil qu'il partagea, détourne de l'idolâtrie et des faux prophètes et prédit le salut et la délivrance. 4) à la quatrième période, qui suivit la captivité, appartiennent Jonas, Aggée, '/.aeharie, Malachie, Daniel. Aggée et Zacharie,' qui revinrent sous Zorobabel de la captivité à Babylone , cherchèrent â encourager le peuple à la reconstruction du temple, et, par la prédiction de meilleurs temps, à réveiller en lui le courage contre les ennemis et la confiance en lui-même. Les prophéties de Daniel, qui, prisonnier à Babylone, sauvé par miracle, cl inst ruit â la cour de Nébucadnétzar dans la sagesse chaldéenne, survécut à la chute du royaume chaldéen-babylonien et à la fondation du royaume des Perses et fut le bienfaiteur de son peuple, semblent provenir de l’époque des Macchabées.

IV. Les Apocrypues. Quoique d’une valeur moindre que les écrits canoniques, les livres apocryphes ont pourtant leur importance sous le double rapport religieux et historique. Ils n’ont été conservés qu’en langue grecque, quoique la plupart aient été composés primitivement dans l'idiome hébraïquearaméen. Ils se divisent en écrits historiques et en écrits didacques. 1) Parmi les écrits dont le contenu est historique, il faut citer avant tout les deux livres des Macchabées qui racontent les tourments des Juifs opprimés, leur soulèvement et leur lutte héroïque contre la domination des rois de Syrie. En partie peu satisfaisants par leur concision, incorrects et exagérés, iis sont pourtant dans leur ensemble très dignes de foi,

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