RELIGION ET FORMES DE CULTE DU PAGANISMK
§ 7. La religion et le culte, la forme et le reflet de l’activité de l’esprit et de l’àme des peuples distincts, ne sont pas moins différents que leur manièTe de vivre et leurs formes de gouvernement. A l'origine, la religion prenant racine dans le cœur et dans le monde du sentiment, eut son principe le plus profond dans les aspirations de l’âme humaine vers la réunion avec la source première de l’esprit, dans le frémissement intérieur en présence des forces extérieures de la nature, dans le sentiment de la dépendance de puissances supérieures et de l'insuffisance des facultés humaines dans la tourmente de la vie terrestre. C’est pourquoi la religion n’est pas seulement un côté, mais bien plutôt la totalité de la vie intérieure; c’est l’étincelle divine d’où jaillissent toutes les activités intellectuelles, le sol sur lequel toutes les fleurs distinctes de l’esprit s’élèvent à la lumière; et plus un peuple, dans son développement général, se trouve près de la nature, plus sa manière de vivre et son genre d’occupation sont simples, plus son horizon et son monde d’idées paraît borné, plus aussi tout son être spirituel s'accorde avec la religion, plus ses exercices religieux sont, pour le monde intérieur, des travaux exclusifs, semblables aux affaires quotidiennes pour l’existence physique, plus ils s’unissent aux devoirs extérieurs de la profession, et prêtent aux ouvrages manuels une plus haute consécration par le souffle
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divin. La religion païenne a sa source dans ces rapports alternatifs de la vie pratique et de la vie religieuse. Les hommes honorèrent les puissances divines qui se manifestaient dans le cercle de la vie • physique et prêtaient une direction et un but ù l’existence terréstre; et comme ils crurent les reconnaître principalement dans le soleil qui répand la lumière et la vie et dans les forces qui apparaissent dans la croissance et la mort des végétaux, ils les conçurent comme des êtres personnels , doués de conscience et de volonté, et par des fêtes et des cérémonies religieuses, ils rendirent hommage aux figures divines qu’ils avaient créées eux-mêmes. Mais dans le perfectionnement des représentations religieuses aussi bien que dans les sacriüces et le culte, une grande différence se montra entre les peuples supérieurs par leurs dispositions naturelles et leurs facultés, et les races incultes préoccupées seulement de l’existence terrestre et des jouissances matérielles. Car tandis que les peuples sauvages de l’Afrique et de la Haute-Asie revêtaient les idées simples de la Divinité, qu’ils avaient empruntées à une intuition sensuelle, de formes grossières qu’ils honoraient comme fétiches, sous la ligure d’animaux ou d’objets inanimés et rarement sous une forme humaine, les peuples de l’Asie antérieure où le soleil, la lune et les étoiles brillaient d’un si vif éclat, fondèrent le culte des astres ( sabéisme ) et les nations qui s’élevaient en culture, cherchèrent soit à comprendre philosophiquement l’Être divin en faisant épanouir la Divinité dans les choses visibles et en la conce-
vant comme vraiment présente dans tous les phénomènes ( panthéisme ), soit à le figurer ingénieusement en divinisant toute la nature extérieure et en repré- •sentant les dieux comme des hommes plus parfaits et plus hautement doués (polythéisme, anthropomorphisme). La même différence se manifesta dans le service extérieur de la religion et dans les sacrifices. Tandis que les rudes peuples sauvages s’approchaient de leurs fétiches avec des incantations étudiées et des formules de prières, et cherchaient à s’assurer contre la puissance des esprits contraires au moyen d’objets consacrés, d’amulettes et de talismans, l’homme civilisé rattachait par la sainte poésie sa vie intérieure au mande des dieux, se créait d’une main exercée à l’art une image sublime, dans laquelle l’organisme humain était glorifié comme idéal et exposé comme forme et comme expression de la nature divine, et cherchait, par l’observation des corps célestes et du cours des planètes et par l’étude de la nature et de ses lois, k perfectionner et à ennoblir ses idées sur l’essence de la Divinité et sur l’esprit agissant éternellement. Et tandis que les races syriennes et phéniciennes se livraient à de ténébreuses superstitions, tandis qu’elles croyaient apaiser la colère de la Divinité en immolant des filles et des fils chéris qu’elles plaçaient dans les bras d’une idole ardente, de Moloch, Dieu du feu, ou obtenir sa faveur par des impuretés et des rites licencieux (§ 33); tandis que les peuples brutaux égorgeaient des esclaves et des prisonniers de guerre sur les autels de leurs dieux nationaux, les Grecs
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puisaient dans leur culte ennobli et dans leurs sacrifices des jouissances élevées en préparant à leurs dieux de joyeuses fêtes, dans lesquelles ils mangeaient les animaux qui avaient été sacrifiés et les fruits qui avaient été offerts, et en même temps prenaient plaisir aux nobles arts, à la poésie, à la musique et à la danse solennelle, qui se développaient dans ces fêtes religieuses.
§ 8. Le Paganisme de l’Orient. 1. Indous. — La religion des Indous est le système de l’émanation , d’après lequel tout le monde visible et invisible sort de la divinité et y retourne après de grands intervalles. La base de cette religion est la doctrine de la transmigration des âmes ( métempsyclose ) selon laquelle l’âme humaine n’est associée au corps terrestre, qu’en punition des fautes qu’elle a commises dans une existence antérieure (préexistence) ; elle a pour tendance et pour but de se réunir de nouveau à la divine âme du monde. C’est pourquoi l’Indou regarde la de ce monde comme une période de châtiment et d’épreuve qu’on peut abréger seulement au moyen d’une conduite sainte, de prières et de sacrifices, d’expiations et de puriGca+ions, ou d’une vie contemplative, ascétique, qui se plaît dans l’adoration de la Divinité et cherche à se préserver de la contagion d’un monde souillé. Lorsque l’homme néglige de se purifier ainsi et, en s’éloignant de la Divinité, s’enfonce de plus en plus profondément dans le mal, son âme après avoir quitté le vêtement usé de la chair, passe, en vertu de l’arrêt du juge des morts, dans un autre corps, souvent inférieur, un corps d’animal, et recommence une nouvelle migration ; tandis que l’âme du sage, du héros ou du pénitent commence son ascension à travers de brillantes constellations et finit par se réunir à l’essence spirituelle dont elle est issue. Dans les temps les plus reculés, lorsque les
Indous habitaient encore le pays » des cinq fleures, « ils adoraient les puissances qui forment la vie physique : X Indra, le dieu du ciel, qui règne sur la pluie et sur la lumière du soleil, avec l’aurore et les vents; Agni, le feu avec l’essence de la lumière et V arma, le souverain de l’espace infini et de la surface de la mer. Outre ces êtres symboliques auxquels les Indous offraient le sacrifice de Sonia et qui représentaient la vie do la nature dans sa triple manifestation, naissance, durée et fin, ils invoquaient déjà, sous le nom de Brahma , une autre divinité mystérieuse qui était considérée comme l’esprit saint de la prière et du sacrifice et qui avait autorité sur les Dieux physiques pour les obliger à exaucer les vœux. Dans la suite, lorsque les Indous se livrèrent sur les bords délicieux du Gange à une vie paisible et contemplative, cette conception de Brahma, considéré par l’esprit inventif des Brahmanes comme l’âme du monde et la source première de tout ce qui existe , occupa la première place dans la théogonie indoue ; Indra et les autres Dieux physiques furent mis au rang subalterne de gardiens du monde. La venue de Bouddha, le royal fondateur de la religion, que ses disciples vénèrent comme le type divin de la vertu humaine et de la perfection terrestre, conduisit alors les Indous à la doctrine des incarnations, en vertu de laquelle le premier esprit Brahma, l’unité idéale du monde, se manifesta d’abord sous une triple forme ( Trimourti ) comme Brahma, Vishnou et S ira et enfin Vishnou lui-même apparaissait de temps en temps ici-bas avec un corps humain (comme Rama, Krischna, etc.), pour ramener l’ordre dans ce monde égaré et incertain, et pour remettre en honneur le droit éternel et les mœurs saintes.
Les trois dieux supérieurs, Brahma, Vishnou, Siva n’ont été mis dans une certaine relation les uns avec les autres que par les philosophes plus récents. Dans le principe, ce sont trois êtres fondamentaux qui sont honorés comme les dieux les plus élevés dans des contrées différentes de l'Inde et procèdent de
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souches diverses. Plus tard, les sectes continuèrent également à attribuer la prééminence à l'un ou à l'autre. Brahman (le neutre, au nominatif Brahmâ) signifie littéralement : le Grand, par conséquent l’être absolument grand, élevé, dans lequel tout existe à l'origine et vers lequel tout retourne. C’est l’unité éternellement complète en elle-même de l'univers et de tous les êtres, qui ne peut, comme unité pure, être personnifiée ni représentée par des pensées humaines. — De cette unité abstraite, du neutre Brahma, qui forme toujours de la sorte la substance de tout, résulte un second être concret, portrait fidèle de l'être primitif, le masculin Brahman (au nominatif Brahmâ). Celui-ci est l’intelligence première qui a créé le monde réel et la race humaine : il a communiqué aux hommes les livres sacrés, les Yédas, les lois de l'homme, etc. Ce BrahrnA humain est seul honoré par un culte, tandis que l’être primitif abstrait ne peut, comme unité pure, devenir un objet de représentation. — Vishnou est également une manifestation du premier Esprit; son nom signifie, soit celui qui pénètre, soit 1e protecteur, le conservateur. Il est le libérateur et l’éternel restaurateur de l’ordre moral du monde, puisque, pour le salut de l’humanité, il s’est fait homme lui-même plusieurs fois et a combattu le mal. Des adorateurs de Vishnou le considèrent en même temps comme créateur, conservateur et destructeur, parce qu’il renverse l’ordre ancien pour en établir un nouveau. Le culte de ce dieu a pris naissance au Bengale et dans les vallées du Gange, où toute fécondité et toute prospérité dépend, comme en Égypte, des inondations du neuve. Presque toute la littérature indoue appartient aux sectateurs de Vishnou. Us sont doux ; ils ne blessent ni ne tuent aucun animal. Le bouddhisme procède de cette secte. — Le culte du troisième dieu, Siva, a son origine dans les pa\s montagneux de l’Inde septentrionale ; c’est de lit qu’il s’est répandu sur toute la contrée. Au commencement, il avait son siège sur les montagnes, particulièrement sur l'ilimàlaya ; c'est un dieu des montagnes. C'est pourquoi il s'appelle aussi Seigneur des montagnes, et son épouse PArvati, la montagnarde ou Durga, l’inaccessible. Ce dieu se révèle comme feu. C'est une doubl.
intuition : d’abord l’élément destructeur qui consume ce qu’on lui oppose; d’un autre côté, le principe — feu et chaleur — de la vie et de la génération ; en sorte que Siva représente surtout la vitalité sauvage de la nature, dont il réunit en lui les deux faces, la génération et la destruction qui alternent éternellement comme l’été et l'hiver. Le culte de Siva formait dans l’Inde la religion populaire proprement dite, et avait un caractère abrupt, farouche et dévergondé. Des sacrifices sanglants et surtout des sacrifices humains furent aussi offerts à la grande puissance de la nature (Bharani, surnom de Siva) qui concourt avec le feu à tout engendrer. Le sacrifice de soimême notamment était fréquent On se précipitait dans la source du Gange à l’Himàlaya, pour se consacrer entièrement à cette puissance absolue. Le symbole principal de Siva est le ; phallus ou lingam, qui toutefois semble ne lui avoir été attribué que plus tard par les peuples du midi. Le taureau est également un emblème de Siva. Le nom de Siva signifie en sanscrit heureux, et originairement brillant. — D’après la doctrine philosophique et religieuse de Bouddha, c’est du vide ( Nirvana ) c’est à dire l’espace éternel, produisant au dehors et recueillant de nouveau en lui-même, que procède le monde triple : éther sans forme, monde spirituel des formes et monde matériel. La même doctrine enseigne que « le sort de cette vie dépend des actes d’une vie antérieure et qu’il est fermement réglé d’avance; qu’aucune mauvaise action ne reste sans châtiment, comme aucune bonne action sans récompense. L’homme ne peut se soustraire à cette fatalité qui le domine dans le cercle de la transmigration des âmes qu’en dirigeant sans cesse sa volonté sur la seule pensée de s’en affranchir, qu’en restant fidèle à cette direction et en ne recherchant, avec un zèle persévérant, que des actes méritoires; c’est ainsi qu’après avoir rejeté toutes les passions, considérées comme les plus fortes chaînes qui le retiennent dans le cercle fatal, il peut atteindre le terme souhaité, l’affranchissement complet de la régénération. » Le dessein et le but de la doctrine de Bouddha sont donc la diminution des souffrances de la vie terrestre par la pratique de la vertu et l’amour de l’humanité, et la rédemption de l’âme
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des douleurs d'une nouvelle naissance par le retour dans le Nirvana.
2. Peuple de Zend. Les peuples primitifs du Zend dans l’Iran (Bactriane) cultivèrent un remarquable système religieux. Comme les Ariens de même race qui habitaient les bords de l’Indus, les Iraniens honorèrent d’abord les puissances qui régnent sur la vie physique. Le soleil qui dissipe les frimas et les masses de neige sur les montagnes, l’aurore qui chasse la brume de la nuit, le feu flamboyant, reflet terrestre de la lumière céleste, dont la flamme ascendante symbolisait la progression de l’âme humaine vers l’étemelle source de lumière , furent adorés par les peuples pasteurs de l’Iran oriental comme par les Ariens de l’Indus ; les vents qui dessèchent, les épouvantements des solitudes et du désert qu’habitent les esprits de la nuit et de la destruction, étaient redoutés comme des démons ennemis. Mais tandis que, sous le ciel riant de l’Inde, où la nature se montre seulement sous son côté bienfaisant, se développait l’idée d’une âme divine du monde d’où procédait tout ce qui existe, et d’une providence tutélaire, s’éleva dans l’Iran où la nature et le climat présentent les plus grandes oppositions, une religion physique dont la base est la croyance aux bons et aux mauvais esprits, aux puissances bienfaisantes de la lumière et aux puissances hostiles des ténèbres — dualisme qui, avec le temps, passa du domaine physique et symbolique dans le domaine de la morale. Mais de même que chez les Ariens de l’Inde, l’Indra occupait toujours la première place dans la croyance populaire, chez les Iraniens ce fut Mithras, le dieu du ^ Soleil. — Ce culte de la nature fut de bonne heure érigé en système par un ancien sage et fondateur de religion, Zoroastre ( Zarathuetra ) et les doctrines distinctes et les préceptes consignés dans un livre saint nommé Zend Avesta (§ 45, note). En partant de l’observation que le bien et le mal existent dans la nature comme dans l’âme humaine, et en s’appuyant sur l’an-
ciennc intuition dualiste du peuple , il divisa l’univers et toutes les choses créées en deux règnes : le monde pur de la lumière que gouverne le prince des dieux Ormuzd (Ahuramasda) et auquel appartient tout ce qu’il y a de bon , de pur et de saint ; et le monde des ténèbres que domine le » soupçonneux « A /trimait (Àramainjus) et où réside tout ce qu’il y a de corrompu, de vicieux et d’impie. Chacun des Dieux avait sous lui, pareils à des corps d’armée, des esprits divisés par ordre de rang; Ormuzd les six Amschaspands avec les Pervers (Fravaschi) et les lieds (Iazata) et Aliriman les Dews (Daevas et Drudscha) également groupés en classes et en degrés. Les deux principes fondamentaux existaient depuis le commencement; mais Ormuzd était le plus puissant ; -malgré son antagoniste , il créa, à l’aide du Verbe formateur ( Honorer ) le monde, royaume de lumière dans lequel il ne se trouvait rien que de bon et de pur. Mais lorsqu’il se fut retiré dans son séjour céleste, Ahriman pénétra dans le monde sous la forme d’un serpent et l’emplit d’esprits ennemis, d’animaux immondes et malfaisants, de vices et de péchés. De même qu’Ormuzd avait été le créateur de la lumière, du jour et de la vie, Ahriman devint l’auteur des ténèbres, de la nuit et de la mort. Ormuzd avait créé le taureau, le chien et le coq, Ahriman forma les animaux rapaces, les serpents, les insectes nuisibles ; lorsqu’Ormuzd cherchait avec le secours de ses Fervers à tenir les hommes dans le sentier de la vertu et de la pureté des mœurs, Ahriman épiait avec ses Daevas l’occasion de prendre possession du cœur des hommes et de les conduire sur le chemin du vice et de l’impureté. Ainsi s’élève une lutte perpétuelle, uu combat sans relâche entre les deux puissances qui se disputent l’empire de la terre et de la race humaine. Mais à la fin des temps le bon principe reste vainqueur; le règne de lumière envahit le monde et il s’ouvre une ère d’éternelle béatitude. Alors les serviteurs d’Ormuzd, dont les âmes ont été trouvées sans tache après la mort par l’épreuve sur le pont Tscliinavat, reçoivent un corps glorieux, lumineux, qui
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ne projette aucune ombre, et jouissent devant le trône du Dieu de la lumière d’une félicité sans fin et d’une magnificence céleste. C’est pourquoi il est du devoir du serviteur d’Ormuzd, pendant son passage sur la terre, de lutter de toutes ses forces contre les mauvais esprits ; il cherche à les apaiser, à adoucir leur colère par le sacrifice et l’humilité ; il les combat dans la nature par la destruction des animaux nuisibles, par la culture active de fruits et d’arbres utiles, et dans son propre sein par l’observation de la sainte loi, le culte du feu et la prière, les paroles pieuses et les bonnes œuvres, les sacrifices expiatoires de taureaux et de chevaux et plus tard d’hommes. — Par l’observation de la « bonne loi, « dans laquelle Ormuzd a manifesté sa volonté par Zarathustra, l’homme est en état d’échapper à toutes les poursuites des Daevas qui habitent en Touran, dans les steppes sauvages vers le septentrion, d’où les essaims nomades ont coutume de se répandre dans le royaume de lumière de l’Iran. Il y avait dans cette intuition une séduisante occasion pour les prêtres [mages) de combler le Zend Avesta de prescriptions et de préceptes qui courbaient la vie des Iraniens sous le joug d’une loi tyrannique. Comme Zoroastre avait recommandé la pureté dans les pensées , dans les paroles et les actions comme le plus sûr préservatif contre les Daevas, les prêtres donnèrent à l’idée de la pureté une signification extérieure et inventèrent une foule de prescriptions , de cérémonies et de rites pour conserver la pureté ou pour la retrouver dans le cas où on l’aurait perdue par quelque manquement. Au moyen de ces prescriptions, de ces sacrifices et de ces prières, et de ces rites liturgiques, ils firent de la religion de la lumière une loi de servitude.
3. Égyptiens. Comme toute l’existence des Égyptiens dépendait de la situation de leur pays , l’essence de leur religion était également en rapport intime avec la nature. Dans la vallée du Nil où la vie et la mort se touchaient de si près, la principale préoccupation des hommes devait être d’affaiblir la puissance do
la mort, d’augmenter et de glorifier les forces physiques qui créent la vie. C’est pourquoi le culte religieux des Égyptiens fut presque exclusivement dirigé vers l’agent physique qui , dans sa rotation, donnait au pays la vie et la fécondité , vers le soleil. Quelque diverses que fussent les figures des dieux et les formes du culte, puisque chaque ville presque possédait ses propres divinités locales dont un petit nombre seulement était l’objet de la vénération du peuple entier, il résulte cependant de toutes les représentations que ie service du soleil fut le premier germe et le principe le plus général de la croyance égyptienne, du véritable culte national; non seulement parce qu’une quantité d’êtres divins qui s’introduisirent avec leurs noms , leurs cultes et leurs sanctuaires propres, avaient, d’après leur conception intime, une étroite parenté avec l’idée du soleil dans ses différents effets et ses différents phénomènes, soit par la race et la descendance, soit par les images symboliques , mais aussi parce que la plupart des dieux de race ou de localité furent mis en rapport avec le soleil pour rehausser leur puissance , tantôt afin qu’on les identifiât ainsi avec lui , tantôt afin que, par l’adjonction du nom de Ra , qui passait pour la plus ancienne désignation du dieu-Soleil, on augmentât la sainteté et la grandeur du dieu local. Ainsi, ce ne fut pas seulement le dieu principal des Thébains, Ammon, qui devint, comme Ammon-Ra, le plus important des dieux nationaux; la plupart des autres dieu* locaux, tels que Mantou, Atmon, Thot, etc., enrichirent aussi le culte du soleil par l’addition de Ra. Ce Ra ou Phra (d’où Pharaon) père et roi des dieux, qui trône dans le disque du soleil et gouverne et surveille tout l’espace céleste, était particulièrement honoré à Memphis et dans la » ville du Soleil * (Héliopolis). Là se trouvait un sanctuaire révéré où, d’après la tradition de3 Égyptiens, tous les cinq cents ans l’oiseau merveilleux, le phénix , arrivant de l’Orient, se consumait au milieu d’un encens odorant pour renaître rajeuni de ses cendres, et retourner le troisième joui- dans sa patrie orientale, indiea-
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tion emblématique du cours du soleil dans des périodes de temps déterminées et toujours répétées. Le Sphinx sous la forme d un lion avec la tête du dieu du soleil, le représentait comme gardien du ciel.
À côté de Ra, P (ah et Osiris étaient en grande vénération. Près du temple de Ptah, du » père de la lumière, « à Memphis, on entretenait dans une cour somptueuse, le taureau sacré Apis qui, comme emblème du soleil dans sa vertu fécondante, était en si grand honneur chez le peuple égyptien , qu’à sa mort le pays entier portait le deuil jusqu’au moment où les prêtres en avaient trouvé un nouveau qui portât sur lui les signes de reconnaissance déterminés; alors l’heureux événement était célébré par une fête de réjouissance qui durait sept jours et qui était accompagnée de processions et de bonne chère. Le taureau sacré était de couleur noire avec une tache blanche sur le front , deux sortes de poils à la queue, et une excroissance sous la langue qui devait avoir la forme du scarabée sacré. La véritable divinité nationale des Égyptiens était cependant le dieu du soleil Osiris avec sa femme Isis et leur fils Horus. De lui seul, les prêtres ont formé 'les mythes ingénieux qui avaient pour sujet emblématique le cours de l’année et les phénomènes physiques qui l’accompagnent. Osiris, le bienfaiteur du pays, fut tué par son frère envieux Typhon (Set) et scs 72 compagnons, et son cadavre, renfermé dans un coffre, fut plongé dans le fleuve. Isis en deuil chercha, plaintive, son époux perdu. Lorsqu’elle eut retrouvé le cadavre, elle le fit déposer dans l’ile sacrée de Philà, formée par le fleuve. Du royaume des morts, où Osiris était alors souverain, il apparut à Ilorus et l’exhorta à la vengeance, ii’cxcellent fils assemble ses fidèles autour de lui, défait Typhon et le chasse dans le désert avec scs noirs compagnons. Ensuite Horus monte sur le trône de son père et règne sur l’Égypte comme dernier des dieux.
Dans l’ingénieux mythe, la vie physique de la vallée du Nil est représentée sous une forme symbolique. Typhon et ses com-
IUSTOlItE ANCIENNE.
pagnons sont les 72 jours de chaleur ardente et de sécheresse. Isis, la terre d’Égypte, gémit et crie après l’eau bénie : Osiris, la force féconde qui se manifeste dans le Nil, est parti pendant la domination de son frère ennemi ou sommeille à la porte de rocher près de la cascade de Phila et d’Eléphantine. Mais son fils Horus, le frais automne , chasse avec une vitalité juvénile Typhon » l’homme de feu rouge foncé » et rend au pays son droit et sa fécondité. La mort d’Osiris n’est qu’une léthargie; il vit et agit, aussi bien sur la terre par son fils Horus, le vengeur ( » révélateur •) de son père, que dans le monde souterrain, dans le royaume des morts où il juge les âmes séparées du corps et les éveille à une nouvelle vie. Le dieu grec-égyptien Sérapis, dieu local d’Alexandrie qui fut plus tard la capitale, appartenait également, d’après son essence, au cycle des divinités sola : res; son culte fut tellement favorisé par les Ptolémées que, dans leur siècle avant J. -C., on comptait en Égypte 42 sanctuaires qui lui étaient consacrés. A côté de ces dieux, Reith, la mystérieuse personnification du principe physique de la conception et de l’enfantement maternels, la déesse gardienne (» l’image voilée •) de Sais dans la Basse-Égypte, était en grande vénération. On célébrait tous les ans en son honneur une fête des lampes, comme à Athènes la course des flambeaux en l’honneur de la virginale Pallas Athéné à laquelle on l’a souvent comparée. L’adoration d’animaux sacrés était particulière aux Égyptiens et occupait la première place dans le culte populaire, tellement que, dès l’antiquité, elle avait excité la plus vive curiosité et conduit à plusieurs explications de la cause et du sens profond d’un pareil culte. Non seulement le taureau Apis, mais aussi des vaches, des chats, des ibis, des éperviers, des chiens, des crocodiles, et beaucoup d’autres animaux jouissaient des honneurs divins. Quiconque tuait un animal sacré avec préméditation encourait la peine de mort. Dans un incendie, raconte Hérodote, les Égyptiens prenaient beaucoup plus de souci de sauver les chats que d’éteindre le feu et lorsqu’un chat périssait
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