‹ Histoire ancienne les peuples orientaux Georges WeberChapitre 4 sur 16 · IU · texte numérisé non relu

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dans les flammes , il s’élevait de longs gémissements. Une superstition grossière semble s’allier à des vues ou à des représentations plus élevées dans cet hommage rendu aux animaux : tandis que la masse du peuple se livrait vraisemblablement à un fétichisme aveugle, en prenant l’objet sensible de la vénération pour l’être divin lui-même, les initiés y attachaient des considérations d’un ordre plus intelligent, d’après lesquelles, dans l’instinct des animaux, l’esprit merveilleux et incompréhensible de la nature était contemplé et honoré d’une manière immédiate, comme il agit puissamment, sans y être porté par délibération ou réflexion; ou bien on respectait les animaux comme emblèmes des divinités auxquelles ils étaient consacrés, au même titre que les dieux étaient regardés comme les représentants des forces actives de la nature ou des corps célestes. Les Égyptiens croyaient à la continuation de la vie après la mort, à la punition des méchants et à la récompense des bons : l’une et l’autre avaient lieu dans le vestibule du monde souterrain, dans la salle de la » double justice, » devant le trône d’Osiris, où le cœur du mort était pesé dans la balance de la justice. Les âmes des justes entraient, ornées de la plume d’autruche, dans les domaines du dieu du soleil, les âmes des pécheurs dans le royaume des ténèbres. — Les Égyptiens partageaient avec les Indous la croyance à la transmigration des âmes. Sans doute, les corps des justes trouvaient le repos dans le tombeau, la vie dans la mort et la joie dans la patrie orientale du soleil, et les seules âmes des impurs qui n’étaient pas entièrement damnés, devaient être soumises à cette migration qui durait jusqu’au moment où l’âme par là pouvait avoir accès auprès du dieu du soleil.

§ 9. Religion des Grecs et des Romains. — Le polythéisme se constitua avec le plus de sérénité chez les Grecs dont les légendes sacrées ( mythes , d’où mythologie) furent adoptées en grande partie par les Romains qui les combinèrent ou le3 fondirent avec leur propre religion. D’après la conception rcli-

gieuse des Grecs, qui distinguent dans leur mythologie une période de forces physiques créatrices du monde (système théogonique)et des puissances qui gouvernent le monde (dieux olympiques), l’univers était au commencement une masse grossière et. informe, le Chaos d’où sortirent, comme dieux indépendants, la Terre » au large sein « (Ohé, ge), le monde souterrain ( T aria re), l’obscurité nocturne (Erèbe et Sty.r) qui enfanta le jour, et le créateur primitif, l’Amour (Bros). La Terre tira de son sein le Ciel (Uranus) , et la mer (P ont us) et engendra ensuite des êtres d’une taille et d’une force surhumaine, les Titans, qui régnèrent d’abord, jusqu’à ce qu’une race plus intelligente, qui se groupa autour du dieu du ciel Zeus (Jupiter) leur eut enlevé l’autorité, vaincu et précipité du ciel les Titans et les Géants, et les eut enterrés dans les profondeurs de la terre. Après que les sauvages forces physiques et la violence des éléments eurent été ainsi enchaînées, Zeus trôna sur l’Olympe « dentelé, » tandis que j Platon gouvernait le sombre royaume du monde souterrain (ffadès, Tartare, Or eus), et que Poséidon commandait avec son trident aux vagues de la mer. En outre, les forêts et les montagnes, les champs et les prairies, les fleuves et le3 mers furent animés d’une infinité d’êtres divins, qui avaient souvent une influence sur les destinées humaines (Nymphes, Néréides, Tritons, Sirènes qui conduisaient les mortels à leur perte en les attirant par leurs sons enchanteurs, etc.). Une race de héros, qui faisait remonter son origine à Zeus, relie, comme une chaîne, les dieux aux hommes, de même que la race inférieure des dieux satyres et faunes, comble l’intervalle entre l’homme sensuel et le règne animal. Les relations sont très di verses entre les hommes et ce monde de dieux doués de liberté et de beauté et représentés dans les œuvres les plus parfaites de la poésie et de l’art grecs. A partir de sa naissance, l’homme a, à côté de lui, pendant toute la vie, un démon (génie) qui influe sur ses résolutions et ses actes, sans pourtant limiter l’indépendance de sa volonté. Le foyer domestique est le siège des dieux de la famille et de la

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maison (tares, Pénates), qui préservent la demeure de l’homme de l’adversité, et chaque événement important de la vie est sous la protection d’une divinité particulière. Au moyen d’oracles et de prophéties, les Immortels permettent aux humains de jeter un regard dans l’avenir, ou bien ils déterminent leurs résolutions et leurs actes par des sentences et des inspirations. En opposition avec l’idée chrétienne d’après laquelle la vie terrestre n’est qu’un temps d’épreuve, de passage vers une vie supérieure, les Grecs satisfaits avaient recommandé toutes les joies à l’existence terrestre, dont la vie des ombres dans le monde souterrain était la triste continuation. Ils croyaient pourtant à une rémunération et à une vie éternelle, à une liaison entre les morts et les vivants. Les morts étaient amené* par le conducteur des morts Hermès, devant les trois juges du monde inférieur (Minos, Rhadamanthe, Æaque, et, d’après leur arrêt, ou admis dans le séjour des justes (Elysée) îles des bienheureux), ou livrés à la damnation (Tartare). Les survivants faisaient sur les tombeaux des sacrifices aux âmes ou aux ombres (mânes) des morts. Car les âmes descendaient dans Yhadès, pareilles à des ombres ; mais lorsqu’elles buvaient du sang, la conscience et le souvenir de leur état antérieur s’éveillaient en elles comme après un long rêve. Les grands criminels, comme Tantale, Tityus, Sisyphe, étaient punis par la continuation douloureuse des désirs qui les avaient agités outre mesure pendant la vie. Le grand nombre d’êtres divins et la diversité de leurs dénominations et de leurs propriétés, s’explique par la multitude des races et des peuplades grecques, qui possédaient toutes des divinités nationales, tantôt parentes, tantôt distinctes des autres. Les divinités italiques ont beaucoup de ressemblance avec les divinités grecques, d’abord parce que l’esprit humain, dans ses contemplations surnaturelles, arrive aisément à des intuitions analogues, ensuite parce que, dès les temps primitifs, il y eut entre les deux pays des rapports multiples et un contact réciproque, et enfin parce que, plus tard, les Komains érigèrent les dieux étrangers à côté des leurs avec la

tolérance particulière au paganisme. Eu Italie, non seulement les races et les peuplades distinctes, mais aussi les générations et les familles avaient leurs divinités propres. En général, on neut appliquer à tout polythéisme la règle fondamentale que la manière de vivre déterminée d’un peuple est la source la plus essentielle pour son culte et par celui-ci pour son mythe même.

§ 10. Religion celtique et germanique. — Les anciens Germains qui séparaient d’abord l’univers informe en royaume des ténèbres (Niflheim) et en monde de feu ( Mtupel - /ieim), adorèrent également — outre les astres, dont ils avaient apporté la connaissance de leur patrie orientale dans leur migration vers l’occident, et la terre ( llerlha , Nerthus) — le feu et les autres forces élémentaires, jusqu’à ce que les objets de leur culte dans leurs sombres forêts devinssent des divinités personnelles, avec JE odan (Odin), le type de la vigueur héroïque, à leur tête comme père universel. L’épouse d’Odin était Frigga, qui présidait aux mariages; ses fils Thor (tonnerre) et Tyr (Tin ou Zin) dieu de la guerre ; clouze compagnons (A ses) l’aidaient à gouverner le monde ; dans la mythologie du nord on leur adjoint encore Loke, le mauvais élément. Les autres fils. d’Odin, Balder, le pur et innocent dieu de la lumière, dont la mort fut pleurée par la nature entière et par tous les êtres, et Bragi , le dieu de la poésie, avec son épouse Idunna, déesse de l’immortalité, sont seulement des demi-dieux. Les Germains honoraient beaucoup aussi la déesse de l’amour et de la fécondité, Freya, dans l’origine identique avec Frigga, quoiqu’elles fussent séparées dans la mythologie. Trois vierges appelées Nomes sont les puissances qui dominent sur les dieux et préparent des destinées aux hommes. Comme les Titans et les Géants chez les Grecs, chez les peuples germaniques et Scandinaves les Géants représentent les forces extérieures de la nature, tandis que les Nains, qui habitent le sein de la terre et dont les Elfes sont parents, désignent les forces intérieures de la nature. Après leur mort, les héros tombés dans les combats sont enlevés du champ de

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bataille par les Walkyries, jeunes filles armées de la lance, du bouclier et du casque, et transportés dans le Walhalla où ils mènent une vie délicieuse, tandis que ceux qui sont morts sans blessures tombent dans le triste royaume d ’Hela. Les sacrifices humains étaient fréquents ; on y dévouait des criminels, des prisonniers de guerre et des esclaves. 11 en était de même parmi les peuples celtiques qui habitaient l’ouest de l’Europe (la péninsule des Pyrénées, la Gaule, la Bretagne), et chez lesquels la puissante classe sacerdotale des Druides, distinguée du peuple par un grand nombre de droits, de privilèges et de biens, et par un costume et des insignes extérieurs, était dépositaire des mystères religieux et de toute sagesse. Les enchanteurs et les devins jouissaient d’un grand crédit chez les peuples germaniques et celtiques. Aux peuples romans appartiennent les Fées (de fatum, ital .fata, comme de nata née), les déesses qui filent la destinée et la vie des hommes; elles correspondent aux Nymphes et aux Parques des Hellènes.

Les Druides , partagés en plusieurs classes et catégories, recevaient au moyen de la tradition leur sagesse mystique qu'ils conservaient comme l'apanage de leur ordre; ils étaient prêtres, devins et juges. Ils étaient très considérés parce qu’ils avaient seuls le secret de l'essence de la religion, cachée sous une foule de cérémonies et de préceptes, ainsi que de la loi nationale et du droit divin et humain, du compul de l’année et des remèdes, parmi lesquels le gui du chêne jouait un grand rôle. Ils formaient une hiérarchie redoutable, qui avait la jouissance exclusive de la domination et faisait des États celtiques autant d’Ètats théocratiques. La corporation des Druides avait un seul chef que les prêtres élisaient eux-mêmes ; elle avait ses écoles propres, dans lesquelles se propageait la tradition très complexe, ses privilèges particuliers, notamment l'affranchissement de l'impôt cl du service militaire, scs conciles annuels qui étaient tenus près de Chartres, au centre de la terre celtique, et formait une communauté de fidèles pleins

d’obéissance aveugle et de dévotion pénible. On comprend aisément qu’une pareille théocratie cherchait à empiéter sur le gouvernement séculier et y parvenait en partie; elle éleva avec succès la prétention d'exclure des individus et des communes entières de la communion religieuse et par suite aussi de la communauté civile; elle parvint à s’emparer des affaires civiles les plus importantes, telles que les différends sur les limites ou les héritages ; elle étendit de plus en plus sa juridiction et en vint même à décider de la paix ou de la guerre. Il existait aussi chez les peuples celtiques un ordre de prêtresses, les Druidesses, qu’on supposait en possession des arts divinatoires et des vertus magiques. La Bretagne passait pour la patrie réelle du druidisme. On prétend reconnaître des monuments des Druides dans les rangées de pierres de Stonehenge et les pyramides de Quibcron, et des autels dans les colonnes surmontées de tablettes, que l’on a retrouvées çà et là. — Leurs dieux étaient honorés dans des bois sacrés par des sacrifices et des rites mystérieux dont on retrouve encore aujourd'hui des traces parmi le peuple. Le druidisme enseignait une migration des âmes limitée à trois incarnations, une expiation et une perpétuité des âmes après la mort. De même que l’àme a à parcourir sur la terre trois cycles d'existence, de même dans l’éternité clic entre d'abord dans le cercle de la peine, traverse ensuite le cercle de la purification et arrive enfin dans la région de la béatitude parfaite et éternelle. Si le druidisme était aussi une religion de la nature, il se distingue pourtant des religions orientales en ce que les divinités y affectent une plus grande personnalité. Partout se trouvent à la tête deux divinités principales : un dieu actif qui répand les bénédictions, créateur du monde et fondateur de l’agriculture et de l’ordre civil, qui était appelé Hu dans les îles bretonnes où on lui consacrait les bœufs; et une mère nourricière de la terre, Ceridwen qui, pareille à la Déméter grecque, présidait à la végétation et produisait les blés; les autres sont, ou les mêmes êtres sous d’autres formes et d’autres noms, ou des esprits qui en dépendaient et les servaient.

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§ H. CONCLUSION ET RÉSULTATS. Dans tous ces systèmes religieux se manifeste la tendance à saisir l’essence de la divinité, dont l’homme percevait l’existence dans la nature comme dans sa conscience, et à s’approcher d’elle de plus en plus par le soin et le perfectionnement de la partie divine dans l’âme humaine. Tandis que les peuples sémitiques, notamment les Babyloniens, s’efforçaient d’atteindre ce but par l’étude de la nature extérieure, par l’observation du soleil et des astres dans leur carrière et dans leur influence sur la terre et sur la vie humaine, les Indiens s’enfoncèrent dans les mystères de la création et cherchèrent à établir le rapport entre l’âme de l’homme et l’âme de l’univers, entre le monde créé et la divinité, et, dans une contemplation fanatique, à amener à maturité le germe spirituel qui sommeillait en eux et à le faire remonter à la source première de tout ce qui est; les Egyptiens réunirent les deux tendances en un système en rapport avec les occupations des champs et la nature du peuple, et honorèrent en outre la légalité et l’immutabilité éternelles de l’être divin dans l’instinct non moins sûr et non moins constant des animaux; les Grecs emplirent l’univers de l’esprit divin et ennoblirent l’homme en formant les dieux à son image et en élevant l’organisme humain à l’état d’idéal. Toutes ces directions principales ont pour base une conception panthéiste, une pénétration, une vivification et une animation de la matière et de tout ce qui existe par la divinité. Le panthéisme est le signe distinctif, commun à toutes les théogonies

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païennes; non point qu’on puisse admettre que cette intuition religieuse ait été transmise d’un peuple à l’autre; quoique certaines représentations, certaines formes aient été empruntées et transplantées, quoique, par le commerce et les facultés poétiques l’élément étranger et l’élément propre se soient confondus çà et là en un tout, en un cycle de mythes, les systèmes religieux, avec leur monde légendaire et leurs formes de culte, ont jailli du génie primitif de ces peuples par de libres créations d’idées; ils sont les produits de leurs propres recherches, de leurs tentatives, de leur activité, le reflet de leur propre vie morale. L’accord résulte de la similitude de la nature humaine et de l'insuffisance de l’esprit humain à saisir par lui-même les rayonnements de la divinité dans leur source première, à reconnaître l’unité dans la diversité. Toute intuition religieuse qui n’a pas sa racine dans le déisme, conduit nécessairement au panthéisme; car les forces divines, prises isolément, sont en nombre infini ; leur réunion ne se trouve que dans une force créatrice primitive qui fut et qui sera de toute éternité, d’où dérive toute vie et toute force. L’homme physique, dans sa recherche de la divinité, ne put s’élever ù la conception d’un seul Dieu personnel, qui a créé le ciel et la terre, qui régit l’univers d’après des lois éternelles et détermine le sort des peuples et des hommes d’après des résolutions insondables. Il était réservé ù un petit peuple, aux Israélites, placés au milieu d’un entourage païen, d’engendrer et de perfectionner cette croyance. Chez eux, l’adoration du Jéhova

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vivant surmonta i’idolàtrie aussi souvent qu’elle chercha à s’établir parmi eux avec ses formes sensuelles et envahissantes.

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