SUJET, SOURCES ET DIVISION DE LHISTOIRE
§ 12. L’histoire traite de la formation, de l’accroissement et de la décadence des États, et de l’origine, du développement et de la ruine des peuples et des nations. Car tout ce qui existe sous le soleil est soumis à un changement perpétuel et les destinées des peuples ressemblent à celles des individus. Chaque nation a une jeunesse joyeuse, pendant laquelle toutes les forces grandissent, un ûge mûr où la grandeur s’allie à la floraison intérieure, une vieillesse où les facultés déclinent, et la nation enfin succombe ou fait place ù une nation plus puissante. Dans la première période, les faits d’armes sont les objets principaux de l’exposé historique ; dans la seconde, ce sont les constitutions de l’État, l’organisation judiciaire et la littérature; dans la troisième, les luttes de partis et la situation compliquée d’un monde raffiné. On apprend par lù que l’amour de la patrie (le patriotisme), la vertu civique (le civisme) et la simplicité des mœurs rendent grands les empires et les nations, que l’égoïsme et l’esprit de parti qui en découle, la soif de jouissances et l’amollissement les conduisent à leur perle.
§ 13. Comme des empires et des nations ont subsisté avant que l’on se servît de l’écriture, et comme
les hommes ont fait la guerre et établi des institutions avant de tenir note de leurs actes, nous n’avons sur l’iiistoire très reculée que des renseignements très incomplets, puisés à des sources incertaines. Car ils reposent tantôt sur des poésies et des chants populaires, tantôt sur des traditions orales, qui, en se transmettant de bouche en bouche, se compliquaient d’éléments étrangers et fabuleux, tantôt sur des monuments historiques, bornes, tertres funéraires, tombeaux, ruines d’anciens édifices, inscriptions, monnaies, ustensiles, etc. C’est pourquoi l’histoire primitive, entremêlée de légendes, de mythes et de fictions est fabuleuse (mythique) et a plus d’importance pour la poésie épique qui choisit de préférence ses sujets dans les temps héroïques, que pour l’histoire. Celle-ci n’acquiért de certitude que là où il existe déjà des écrivains qui ne sont pas trop éloignés, par le temps ou par l’espace , des faits qu’ils rapportent. Avec l’accroissement de culture, la connaissance des événements historiques gagne alors de plus en plus en lumière et en vérité , jusqu’à ce qu’enfin la surabondance de documents écrits prépare de nouvelles obscurités et des difficultés d’un autre genre.
Les historiens se sent souvent servis dcspoi'siESÉPiQUESNATionat.es et des citants populaires, comme de sources pour l'histoire primitive; ainsi ont fait Titc-Live pour l’histoire romaine, faut Diacre et Jornandès pour l’histoire des Lombards et des Goths, Saxo Grammaticus pour l'histoire danoise ; mais dans ce cas, la fiction et la vérité historique sont tellement confondues, qu’il semble impossible de les séparer ; les essais qu’on tente
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pour en oxpliquer le sens conduisent souvent à des erreurs, parce que l’imagination et l’opinion préconçue y prennent souvent une part trop active. Il en est de même des légendes mythologiques comme sources historiques; les explications symboliques qu’on en donne sont incertaines. Les monnaies et les inscriptions ont plus de valeur, surtout pour l’histoire spéciale de contrées, de villes, d’îles, etc., ainsi que les tombeaux avec les sarcophages, les ustensiles, les armes, les urnes, etc., qui s’y trouvaient fréquemment. Pour l’histoire des Celtes et des Germains, les tombeaux des Uuns que l’on rencontre dans le nord de l'Allemagne, ainsi que dans les Pays-Bas, en Angleterre, en Écosse, en France, etc., ont sous ce rapport une importance réelle. On désigne ainsi tous les tombeaux de la période païenne, qui sont ou placés en rang par grandes quantités, ou isolés sur des hauteurs, dans des forêts et des sites à l’écart et qui consistent en tertres tantôt élevés, tantôt insignifiants, d’une forme arrondie , et contiennent souvent les restes de cadavres calcinés ou de squelettes qui n’ont pas été consumés, ainsi que des urnes et d’autres vases, des armes et des ustensiles divers de la vie publique ou domestique, en pierre, en corne ou en métal.
§ lf. Avant la découverte de l’imprimerie (1440) les relations historiques, comme toutes les œuvres littéraires, étaient seulement écrites et conservées en manuscrits dans les bibliothèques. Plus tard, on fit, de ces manuscrits sur parchemin ou papyrus, qui avaient été enfouis pendant des siècles dans la poussière des bibliothèques des couvents (souvent effacés et écrits à nouveau, palimpsestes) et dont la diffusion par des copies était extrêmement coûteuse et pénible , des éditions imprimées qui hâtèrent la propagation de la science historique et la connaissance des productions intellectuelles de l’antiquité. Cependant, il existe encore aujourd’hui des documents manuscrits , dont l’historien doit tenir compte, surtout lorsqu’il rapporte les événements compliqués et les tendances de notre temps : ce sont des lettres, des rapports, des mémoires, etc., et
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particulièrement des pièces diplomatiques qui sont conservées dans les archives. — Un assemblage historique de circonstances rangées par ordre de dates, san3 cohésion intime, s’appelle chronique; l’histoire proprement dite cherche à indiquer la liaison des causes et des effets dans les événements, la marche intime et l’enchaînement des phénomènes et des faits.
§ 15. Mais il ne suffit pas de savoir ce qui est arrivé, il faut encore connaître le pays, l’endroit et l’époque, où et quand quelque chose s’est passé. Le premier s’apprend par la géographie et la topographie, le second par la chronologie. Cependant, la supputation du temps , l’ère n’est pas la même chez tous les peuples ; car tandis que les nations chrétiennes comptent le temps avant ou après la naissance de Jésus-Christ sous le règne de l’empereur Auguste, les Juifs calculent à partir de la création du monde (au delà de 5,000 ans), les peuples mahométans à partir de la fuite de leur prophète ( llègyre , 10 juillet 022). Les Grecs comptaient d’apres les Olynqnades, dont le commencement remonte à l’an 770 avant J.-C.; les Romains désignaient les années d’après les consuls qui les gouvernaient et d’après la fondation de la ville (753 avant J.-C.); d’autres peuples prirent des points de départ différents. — La généalogie peut aussi passer pour une science historique accessoire, en tant qu’elle éclaircit et rend visible, par des tableaux de la succession des familles, l’enchaînement des maisons princièrcs et des dynasties.
§ 16. Pour rendre les aperçus plus faciles, on divise l’iiistoire générale en trois périodes principales : 1. L’antiquité, où dominent les formes de gouvernement républicaines ou despotiques et le culte païen. Elle finit à la migration des peuples (au V e siècle après J. C.), qui ouvre 2. le moyen âge avec les modalités compliquées du réseau féodal, avec la séparation rigoureuse des trois états, l’état militaire, l’état
INTRODUCTION
ecclésiastique et le tiers-état (Noblesse, Clergé, Bourgeois et Paysans), et sous l’influence de la hiérarchie papale et théocratique. Cette influence est brisée par la Réformation (1517), après que la découverte de l’Amérique (1492) et l’épanouissement des arts et des sciences eurent élargi l’horizon borné du moyen âge. Là commence 3. le temps moderne, avec l’avénement de la bourgeoisie, jusqu’à ce que les aspirations vers la liberté personnelle et la reconnaissance des droits naturels de l’homme, et les luttes de constitution qui atteignent leur point culminant dans la Révolution française (1789), amènent à l’époque contemporaine dont la tendance principale est dirigée vers l’égalisation des rangs, la participation du peuple à la vie publique et l’établissement de règles de droit applicables à tout le monde. — "
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PEITLES ORIENTAUX.
§ T7. Esquisse géographique de l’Asie. — Au centre de l’Asie s’étend, avec beaucoup de vicissitudes d’élévation et d’abaissement, un immense plateau qui va de la mer Noire jusqu’à la Corée et s’ouvre presque en éventail de l’ouest à l’est; il est séparé des basses terres qui l’entourent au nord par Y Allai et d’autres chaînes do montagnes, au sud par le merveilleux mont Himalaya , fécond en mythes. Le mont Hindoukhou (Paropamisus) divise ce plateau en deux parties, une grande à l’est, une plus petite à l’ouest. C’est le noyau de l’Asie, auquel le pays plat se rattache en cinq groupes principaux, entre lesquels s’élèvent à leur tour plusieurs petits plateaux qui sont séparés du grand par des montagnes, et qui, pour la plupart, s’avancent très loin dans la mer et forment des presqu’îles. Parmi celles-ci la presqu’île arabique-syriaque et la presqu’île iudoustanique sont des plus importantes. Les montagnes d’Asie qui servent de bord au plateau central au sud, au nord et à l’est, se groupent autour du système principal comme suit : 1. Les monts Taurin
arec le mont Ararat riche en mythes, qui partagent toute l’Asie Mineure en deux directions. 2. Le mont Imam que les anciens ne connaissaient pas d’une manière précise et qu’ils supposaient fort loin ; il était considéré par eux comme le prolongement oriental de l’Himalaya (Mont Emodi), séjour paradisiaque de l’humanité avec scs dépendances abondantes en animaux domestiques, en blés, en légumes et en fruits, et le prolongement occidental du Paropamisus, connu depuis l’expédition d’Alexandre sous le nom du Caucase indien. 3. Le haut Altaï avec ses prolongements vers l’est (Monts Dauriques) et vers l’ouest (Monts Muztag, Thian-Schang). 4. Les monts hyperboréens (Ourals) qui s’étendent entre l’Europe et l’Asie au nordest de la mer Caspienne. 5. Le Caucase, couvert de neiges éternelles, entre la mer Caspienne et la mer Noire. 6. Les monts Ehing-Kan, qui séparent les plaines chinoises du grand plateau. « En Asie, dit le Grec expert Hippocrate, tout devient plus beau et plus grand ; le pays est plus doux qu’aucun autre, et les peuples sont plus tendres et plus vigoureux, les animaux bien nourris et féconds, les hommes gras, beaux et grands, moins différents de taille et de traits, plus paisibles de mœurs et moins guerriers que les Européens; carie ciel est plus égal et exempt de contrastes ; un changement fréquent de température excite les passions des hommes et les rend plus variables. « — L’histoire ne s’occupe que du sud et de l’ouest de l’Asie où se développent des états de culture avec une civilisation croissante et des fonnes diverses d’états dans l’Inde, la Médic et la Perse, en Mésopotamie, en Syrie, dans l’Asie Mineure, etc. ; l’empire immobile des Chinois, au contraire, et les tribus nomades (Scythes) qui peuplèrent le nord, ne présentent à l’œil de l’observateur que des agglomérations d’une durée plus ou moins longue, tantôt, comme en Chine, avec un vernis de civilisation extérieure, tantôt comme chez les Scythes et les Sarmates, dans toute leur rudesse primitive; aussi n’ont-ils point d’histoire. Les habitants de l’Egypte, quoiqu’ils appartiennent à l’Afrique, sont
comptés parmi les peuples orientaux, parce que leur civilisation et leurs institutions dérivent de l’Asie ou s’y rattachent.
I. La péninsule de I’Asie-Mineüre était habitée par plusieurs peuplades originaires de la Thrace, de la Syrie, de la Phénicie, et couverte sur ses trois rives de colonies grecques qui étendirent souvent leur domaine dans l’intérieur des terres et exercèrent la plus grande influence sur la marche de la civilisation et les institutions des habitants primitifs. Son importance historique gît dans sa situation entre la Ilaulc-Asie et l'Europe et dans la transplantation réciproque de la civilisation. Le pays, riche en caps et en anses, coupé de fleuves et de montagnes couvertes de forêts, avec un climat modéré, était très propre au commerce et à la navigation, et abondant en troupeaux de chèvres et de moutons, comme en produits de toute espèce (blé, vin, huile, fruits, fourrures, laines, marbres et métaux!. La principale montagne est le Taurus dont deux bras s’étendent au nord : l’un sur les bords sud-est de la mer Noire jusque vers la Colchide ; l’autre à travers l’Arménie , le long des cotes du sud de la mer Caspienne ; tandis qu’un bras méridional se dirige à travers la Cilicie (défilés ciliciens) vers l’Euphrate et, sous différents noms, s’étend au delà du Tigre, à travers la Médie, la Parthie, la Gédrosie et d’autres pays. Dans l’Asie-Mineure, l’Ida, l'Olympe, le Sipylus, riche en métaux, le Tmolus, le Messagis, etc., appartiennent aux élévations les plus importantes de cette chaîne de montagnes aux sommets neigeux, au milieu desquels de verts pâturages et de belles forêts de chênes, de pins et de platanes descendent jusque dans les vallons fertiles. Les fleuves principaux sont : 1 ) mer Noire (Pont-Euxin) : le Phase, l’Halys, le Parlhénius et le Sangarius; 2) mer de Marmara (Proponlide): le Rhyndacus (victoire de Lucullus sur Milhridate, 73 av. J. C.), le Graniquc. Ces fleuves tournés vers le nord parcourent, au milieu du pays, tantôt de hautes régions rocheuses, tantôt des plaines arides et nues, coupées par des gorges profondes, des lacs et des montagnes volcaniques, tantôt enfin des cre^x en apparence fertiles et luxuriants, dont le climat est particulièrement échauffé çà et là par la nature volcanique du
sol. 3) mer Egfe : le Scamandre, l’Hermus aux nombreux confluents, le Caystrc, le Méandre, 4) mer Intérieure (de Lycie) : le Glaucus, le Xanlhe, le Ceslrus, l’Eurymédon (combat naval, 469), le Calvcadnus (Frédéric Barberousse -j- 1190), le Cydnus (Alexandre), le Sarus. — Provinces : 1) Mysie, avec la région de Troie {Ilium) et les ruines de la nouvelle llion bâtie sous la domination macédonienne au sud de l’ancienne contrée fertile, aux terres labourables et bien arrosées, abondantes en vertes prairies, en pâturages et en forêts sur les montagnes; les villes les plus importantes étaient d’origine grecque et appartenaient à la ligue éolienne. 2) Lydie, volcanique , riche en vins et fertile, mais en butte à de fréquents tremblements de terre. Le peuple, guerrier dans le principe, s'amollit depuis Cyrus ; enrichi par le commerce et l’industrie, il tomba dans la volupté et le relâchement des mœurs, prit plaisir au jeu de flûte et au jeu de dés et inventa les hôtelleries et les cabarets. Les villes du littoral appartenaient à la ligue ionienne; dans l’intérieur du pays il y a à remarquer : Sardes avec son château bâti sur des rochers escarpés, le siège des rois de Lydie et ensuite des satrapes de Perse; Thyatire aux teintureries de pourpre; Apollonia, Magnésie sur le Sipylus; sous Tibère, un tremblement de terre détruisit la plupart des villes. Sur les côtes occidentales, le voisinage de la mer adoucit la chaleur de l’été aussi bien que la rigueur de l’hiver, et la réunion de l’air des montagnes et du vent de la mer, les relations que l’IIermus et le Méandre ouvrent vers l'est avec le pays élevé, tandis que vers l’ouest une mer calme favorise l’accès des nombreuses îles voisines, font de ces contrées des bords de la mer Egée les régions privilégiées de l’Asic- Mincurc pour la civilisation. 3) Carie, habitée par un peuple rude, belliqueux, mal famé à cause de sa piraterie, qui se mettait à la solde de l’étranger et possédait une constitution fédérative avec une assemblée générale qui avait lieu dans le temple de la ligue près de Stratonique. On compte parmi les villes les plus importantes : Mylasa, bâtie en marbre, ancienne résidence des rois de Carie; Magnésie sur le Méandre, Tvalles, Alalanda, riche et luxueuse, etc. 4) Lycie, contrée montagneuse sur les côtes de laquelle se trouvaient plusieurs colonies grecques
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(doriques) : Patara, Myra, Phaselis. Les habitants vivaient sous une constitution républicaine fédérative ; ils étaient épris de liberté, belliqueux et braves, mais comme leurs voisins adonnés à la piraterie; leur ville la plus importante était Xanthe dans la charmante vallée du même nom. Ils adoraient le dieu de la lumière Lycœus, que les Grecs désignèrent comme Apollon, et respectaient les femmes au point que les fils portaient le nom de leur mère. Leurs bourgades bien situées étaient étroitement entourées de cimetières dans lesquels on élevait, à la mémoire auguste des morts, des masses de rochers qui formaient des voies de tombeaux. 5) Pampiiylie, pays montagneux, coupé de ravines, et peuplé d'habitants grossiers et adonnés à la piraterie, mélange de toutes sortes de peuples et de colonies grecques. 6) Cilicie, en partie unie, couverte de champs de blé, en partie garnie de bois de cèdres et de sapins (bois de construction de navires); les habitants étaient des pirates hardis et téméraires qui s'abritaient dans des forts. Les villes les plus considérables, situées le long des côtes, étaient d’origine grecque : Sélinus (où mourut Trajan), Séleucie, Tarse, lieu de naissance de l’apôtre Paul, Issus. De la ville argienne Sole (plus tard Pompeiopolis) on fait dériver Ic'mot solécisme, parce que les habitants, dans leurs rapports avec les indigènes, s’étaient habitués à un dialecte corrompu. 7 et 8) Au nord de la Cilicie, se trouvaient la Cappadoce et la Petite-Arménie, pays rude et montagneux, riche en chevaux et en cinabre, habité par une race syrienne; les Romains y remplacèrent les châteaux-forts et les bourgades ouvertes par des villes, entre autres Cesarée (auparavant Mazaca), Tijane (thaumaturge Apollonius), Melitène dans un site fertile; Naziance (Grégoire), Nicopolis (bâtie par Pompée), etc. A l’ouest, 9) la Lycaonie aux nombreux troupeaux de moulons, avec la ville d'Iconium et I'Isaurie habitée par un peuple montagnard et endurci, qui défendit sa liberté même contre les Romains et, dans la guerre contre Perdiecas, incendia sa capitale /saune et se précipita dans les flammes. 10) Pisidie, séjour d'un petit peuple libre, brave, adonné à la piraterie; ses villes sont Antioche ( de Pisidie) et les prétendues colonies laeédcmonienncs de Selge et Sagalassus. 11) Purïgie,
montagneuse et volcanique, mais fertile et abondante en marbre, particulièrement près de la ville de Synnade; ses autres villes sont : Celœnæ, Apamée, Colosse, la riche cité marchande de Laodicée (détruite par le tremblement de terre déjà mentionné), Dorylee, etc. 12) Galati e, occupée dans le III* siècleavanl J. C. par une race celtique, à la suite de longues expéditions de brigandage, et partagée en trois tribus et douze cantons (détrarchies) indépendants, mais unis par une diète, à la tête desquels Pompée institua le roi Déjotarus. Les habitants étaient braves, de haute stature, et redoutés comme soldats mercenaires. Villes : Pessinonte (avec un célèbre sanctuaire de Cybèle), Gordium (ancienne résidence des rois de Phrygie; nœud gordien), A ncyre avec un commerce de caravanes; les troupeaux de moutons étaient la richesse du pays. 13) Bithtms, pays fertile, où l’entretien du bétail répandait le bien-être; sur les cêtcs se trouvaient de riches villes de commerce grecques, telles que dus, Aslacus (où mourut Annibal; plus tard, la grande et florissante ville de Nicomédie fut bâtie dans les environs), Chalcédoine (vis à vis de Byzance), IMraclée , etc. Dans l'intérieur se trouvaient Prusa au pied de l’Olympe, Nicée, bütic régulièrement en carré, Bithynium, etc. 14) Paphlagonie avec la grande et belle ville d 'Amasiris et la riche ville marchande grecque de Sinope. 13) Le Pont, littoral nord-est de la mer Noire, habité par divers peuples barbares et belliqueux (parmi lesquels les Chalybes qui travaillaient l'acier), pays riche en fruits, en miel, en laine et en minéraux; parmi les villes, on remarquait , outre les colonies grecques de Cerasus et de Trapezus, Pliarnacie, Amasie (patrie du géographe Strabon), Comana Ponlica avec un oracle et un temple célèbre où se trouvaient beaucoup d’inspirés et d’extatiques, et des jeunes filles qui servaient de leur corps comme les filles de Ilabylone; Néocésarée, ’/.cla (célèbre par la victoire de César sur Pliarnace), Sebasle, etc.
L’Asic-Mineure était le siège privilégié de cultes dissolus et immoraux avec des rites impudiques (culte de Priape, de Cybèle, etc.). Chez les Syriens, non loin des cèles de la mer Noire, les femmes, sous l’invocation de la déesse de la guerre Ma, que les Grecs désignaient comme Artémis montée sur un
taureau ou comme Enyo, avaient coutume d'apparaître avec les armes des hommes et de conserver à jamais leur virginité, tandis que les hommes sacrifiaient leur virilité. Cet usage, qui était suivi par les Syriens et par les Phéniciens, semble avoir donné naissance aux mythes d’un peuple d’amazones, composé de vierges.
II. Pays du Caucase, Sarmatie, Scythie : 1) La Colchide passait pour une colonie égyptienne fondée par les débris de l’armée de Sésoslris. Elle était abondante en chanvre, en lin (tisseranderie), en bois propre à la construction des navires, en miel et en cire. Elle comptait parmi ses villes Dioscurias (plus tard Sebastopolis), Archœopolis , etc. 2) LTbérie, terre bénie, traversée par le fleuve Cyrus; les habitants, d’origine médiqueassyrienne, étaient divisés en quatre castes. 3) L'Albanie, habitée par un peuple pacifique, exercé à l’équitation et au tir à l’arc (ancêtres des Alains) et partagé en douze hordes ; l’usage était d’enterrer les morts avec tout leur avoir. 4) La contrée connue comme Sarmatie asiatique, comprise entre le Don (Tanaïs) et le Volga (Rha) et habitée par plusieurs peuples non civilisés qui portaient la désignation commune de Sarmates ou Sauromates et faisaient le commerce avec les villes coloniales grecques situées sur les côtes ( Pilyus , Sinda, Phanagoria, Tanaïs, etc.) en échangeant des fourrures et des esclaves contre du vin et des étoffes d’habillement. Ils étaient divisés en nombreuses tribus et vivaient pour la plupart en nomades, de leurs troupeaux et de la chasse qu’ils faisaient dans les marais aux cerfs et aux sangliers, dans la plaine aux chevreuils et aux ânes sauvages. Ils étaient surtout riches en chevaux. 5) Les vastes étendues de terres à l’est de la mer Caspienne, qui consistaient, soit en sites montagneux, soit en steppes et en plaines de verdure, et étaient coupées par les fleuves Orus (Amou) et Jaxharles (Sihon) étaient habitées par des peuples nomades et sauvages , les Scytiies qui demeuraient dans des tentes ou des chariots couverts, combattaient comme cavaliers et archers, et faisaient des harnais de chevaux de la peau des ennemis qu’ils avaient tués et des vases à boire de leurs crânes. Ils obéissaient à des chefs de tribus que dominait un roi invesli des pouvoirs les
HISTOIRE ANCIEfÇtE.
plus étendus. Les prisonnière de guerre étaient aveuglés et employés à traire et à garder les troupeaux ; quiconque n’avait pas tué au moins un ennemi ne pouvait boire à la coupe d'honneur qui circulait dans les festins. On met au nombre des Scythes, les sauvages Massagètes amoureux de combats, les Saques, etc. L'Oxus et la mer Caspienne servaient d'intermédiaires entre l’Asie orientale et l’Asie Occidentale.
III. Sérique et Inde. Le pays oriental connu des anciens sous le nom de Sérique (pays de la soie) comprenait une partie de la petite Bukharie et la Chine nord-ouest. Les habitants en sont représentés comme un peuple paisible, ami du repos et des commodités de la vie, qui, malgré un commerce de caravanes actif avec le nord et l’ouest, évitant toute fréquentation et tout rapport avec d’autres peuples, habitait de grandes et opulentes cités et fournissait les plus belles étoffes de soie, comme le font encore aujourd'hui les Chinois. — L 'Inde, dès l’antiquité but et centre du commerce de caravanes et du commerce maritime, à cause de scs produits précieux, possède, comme pays de côtes à la fois et d’intérieur, de montagnes et de plaines, la plus grande variété de ciimat, de produits et de mœurs. Bornée au nord, au nord-est et au nord-ouest par des monts élevés jusqu’au ciel, entre autres V Himalaya d une longueur de 40 lieues, avec le Dhawalagiri, au sud par la mer, l’Inde forme un continent complet sous le rapport géographique, climatérique et historique, et destiné par la nature au développement dans son intérieur d’une civilisation particulière. Les pentes qui descendent vers le sud forment, entre les montagnes gigantesques aux sommets neigeux et la plaine, des degrés a travers lesquels se répandent les plus grands fleuves qui prennent leur source sur l’Himalaya (du côté du nord V Indus et le Sutietsch, du côté du sud le Jamouna, le Gange et le Brahmapoutre) et vont se jeter dans la mer au sud-ouest et au sud-est. La frontière occidentale est formée par le mont Brahu et le pays de Kelat, la frontière orientale par l’Assam, que la nature a richement doué. — Le pays plat se compose de I’Oindocstan propre ou région de l’Inde et du Gange, qui s'étend de l’IIimalava aux monts Vindhja couverts d’épaisses forêts impralica-
blés et peuplés d’animaux sauvages, et de la mer de l’ouest jusqu’à la mer de l’est, et du plateau tropical du Dekhan. — ■ L'Hindoustan occidental est la région de l’Indus (Sind) avec le pays aux cinq torrents ( Pendschab ) dont les habitants actuels sont en grande partie des peuples mahométans , descendants des anciens Indous ; l’Hindoustan central , très fertile, avec le fleuve sacré du Gange, était le siège principal de la civilisation, de la religion, de l’industrie et de la théocratie de l’Inde. C’est là que se trouvaient les plus importantes villes du pays : sur le Gange, les capitales des anciennes dynasties Hastinapoura et Pralisihana avec leur éclat et leur magnificence d’alors, et Bénarès, l’asile de la sagesse, de la culture intellectuelle et de l’érudition, et sur le Jamouna l’antique Indraprasiha, devancière de Delhi, Mathura, la ville de Crischna, et l’ancienne résidence A'Agra, maintenant en ruines. Au confluent des deux torrents est située Allahabad, un des nombreux lieux de pèlerinage du pays. L’Ilindoustan oriental comprend le pays fertile et populeux de Bihar, plein de souvenirs antiques, avec les ruines de la capitale autrefois florissante de Pcüibothra au confluent du Çona et du Gange au dessus de Patra, et dans sa partie méridionale le Bengale fertile, mais humide et brûlant, dont la capitale est Calcutta. Au confluent du Gange et du Brahmapoutre, qui se divisent en plusieurs bras, les masses d’eaux forment des marais brûlants dans lesquels la végétation est si exubérante, les jongles de bambous si épaisses et si impénétrables que cette vaste étendue de pays doit être abandonnée au rhinocéros, à l’éléphant et au tigre qui a élu domicile dans ces forêts marécageuses. La péninsule de Dekhan consiste en un pays élevé, séparé de l’intérieur par des nappes d’eau et des ravines, et un pays de plaines qui longe les eûtes. Celui-ci contient 1) le fertile Pandja avec le fleuve Cavery, avec le cap Comorin célèbre par la pèche des perles, les ruines d’anciennes villes et d’anciens temples (pagodes) et la ville de Ton jore autrefois résidence des rajas. 2) Le territoire montagneux et boisé de Mysore avec la fameuse capitale de Tippo-Sahib et Byder Alis, Seringapaiam. 3) Le territoire du fleuve Kistna (Crischna), avec l’ancien royaume de Carnaia dans lequel se trouvaient,
non loin d'Hyderabad, résidence actuelle des rajas, les célébrés mines de diamants de Golconde et les grottes d'Ellora. 4) Le territoire du Godaveri (te fleuve le plus septentrional et le plus long du Dekhan) où il y avait à Béran un ancien État sacerdotal de Brahma ; au nord-est, près des côtes, Orissa sur le Maharada, contient encore beaucoup de temples et de sanctuaires. — Sur la côte orientale du Dekhan (Coromandel) où les Européens possèdent à présent de florissants établissements de commerce (Madras, Pondichéry, etc.), se trouvaient dans l’antiquité trois royaumes indiens dont la magnificence est encore attestée par les ruines de sept pagodes sur la côte de l’ouest, près du village de Mahamalajapoura ; la côte occidentale avec le mont Ghat contenait quatre empires de Brahma parmi lesquels le pays de côtes Kankara avec les plus célèbres temples de l’Inde dans les îles d'Eléphantine et de Salsette près de Bombay, et le littoral de Malabar et de Callicut. L’Inde méridionale avec l’îlc à cannelle de Ceylan (Taprobane) qui lui appartient, était déjà, au temps passé, un but de voyages de commerce à cause de sa fertilité et de l’agrément de son climat. De riches bancs de corail contre lesquels la mer vient se briser impétueusement s’étendent de la petite île Ramcçoara jusqu’à l’île de Ceylan située vis à vis. La légende sacrée y voit des traces du pont de diamants sur lequel passa le premier couple, lorsqu’il fut chassé du paradis que l’on transporta vers cette île charmante.
IV. Ariane. Les contrées situées entre l’Inde et la Perse, depuis la mer Arabique jusqu'au Paropamisus (Hindoukhou) dans les limites actuelles du Beloudchislan et de l 'Afghanistan, et depuis cette montagne Jusqu’aux côtes de la mer Caspienne, étaient en grande partie des éléments de la vaste monarchie perse; mais elles ne furent accessibles aux Européens et connues d’eux que par l’expédition d’Alcxandre-le-Grand, qui fonda dans tous ces pays des villes auxquelles il donna son nom (Alexandrie). Les provinces séparées, qui consistent pour la plupart en sites montagneux et en plaines de sable, mais qui sont cependant traversées par des caravanes, sont les suivantes : 1) Gédrosie, 2) Drangiane baignée par l'Ililmend (Ery-
manthe), 3, Arachosie vers l'est jusqu’à llndus, avec la route la plus courte qui relie l’Inde à la Perse (Sevestan, Candahar, et le Caboulistan sud-ouest), 4) les habitants libres et indépendants des pentes méridionales du Paropamisus (Peschaur, Caboul, etc.) qui portaient la désignation commune de Paroyamisades et qui furent soumis pour la première fois par Alexandre. 5) Le pays montagneux et fertile d’An'a (Khorazan et Seistan du sud), 6) Partuie, la mère-patrie rude et escarpée du royaume des Parlhes fondé vers 256. 7) Carmame (Kerman, Larislan et Moghistan) au sud montagneuse et abondante en métaux avec la riche et luxueuse capitale de Kerman (Carmana) et la petite lie d’Ormus qui donne son nom au détroit. — Au nord du Paropamisus jusqu’à la mer Caspienne, étaient situées sur les rives de l’Oxus et du Jaxartes : 1) la Bactriane (Balkh) la mère -patrie montagneuse, mais fertile, de la doctrine d’Ormuza. La ville de Baktra (Balkh) est aujourd’hui un endroit insignifiant ; des amas de ruines en indiquent seuls l’ancienne enceinte dans un pays entièrement plat, mais parfaitement défriché et couvert de nombreux villages; dix-huit grands canaux conduisent encore aujourd’hui l’eau des montagnes dans les campagnes cultivées avec soin; les limites des champs et les chemins sont plantés d'arbres; on entend partout le murmure de l’eau qui ruisselle dans les conduits. Mais ici non plus la terre fertile ne s’étend pas jusqu’à l’Oxus ; le désert commence déjà à cinq ou six lieues de la ville. Les anciens Bactriens passaient pour des hommes belliqueux : le pays pouvait mettre 30,000 cavaliers en campagne. 2) la Sogdiane (Bukhara et une partie du Turkestan) montagneuse, mais bien cultivée et riche en villes, parmi lesquelles Samarcande dans une situation ravissante. 3) la Margiane (une partie de la Turkmanie) avec les villes d’Antioche, Margiane (aujourd’hui Mcrv) de Nisée (Héral), etc. i) I’Uyrcatue, la montagneuse cote sud-est de la mer Caspienne, terre fertile et garnie de bois.
V. Médie et Perse. La Médie septentrionale (petite MédieJ sur la côte ouest de la mer Caspienne, bornée au nord par YAraxe, un affluent du Cyrus, était âpre, montagneuse, et habitée par des peuples adonnés au brigandage; la Médie du sud (grande
Médic) contenait d’excellents pâturages et produisait bea;coup de blé et de fruits (citrons, oranges). Entourée d’un cercle de monts sourcilleux, cette contrée avec ses sources de naphte, ses vertes prairies, ses crêtes nues, ses campagnes de neige, est la plus sauvage et en même temps la plus agréable région alpestre de l'Iran occidental. Tandis que la neige séjourne çà et là sur les montagnes pendant neuf mois, un printemps continuel règne dans beaucoup de vallons, pendant que dans les parties plus profondes un chaud été se fait sentir en même temps. Dans l’origine les habitants étaient belliqueux et exercés au tir à Tare; plus tard, ils s’amollirent. L’ancienne capitale était Ecbatane (aujourd'hui Hamadan) la sûre et délicieuse résidence d’été des rois mèdes, défendue par trois forts et par un septuple cordon de murailles. D’après Hérodote, les parapets étaient de différentes couleurs. — Au sud, la Susiane (K housistan) vaste plaine brûlante rattachée au pays des Babyloniens et séparée, au contraire, des autres pays voisins par de hautes montagnes ; les côtes étaient unies , marécageuses et peu connues ; la Susiane était traversée par plusieurs affluents du Tigre, parmi lesquels le Choaspes renommé par sa bonne eau. Les habitants de la plaine étaient des cultivateurs paisibles ; les habitants de la montagne, au contraire, étaient pillards et indépendants. Villes : Suse (Schussan) résidence d’hiver des rois mèdes, construite en briques et en bitume; Séleucie. — La Perse (Fars, Farsistan) entre les déserts de Caramanie et le golfe persique, est, dans ses parties septentrionales, une terre aride, pleine de hauteurs escarpées et de gorges profondes, parmi lesquelles on rencontre aussi des pâturages excellents surtout pour les chameaux ; le payé du centre, sur les rives de l’Araxe et du Cvrus, avait une température modérée et formait une plaine verte et fertile, plantée de vignes, tandis que la partie du sud qui s’étendait en plaine déserte, était très brûlante cl pauvre en fruits et en arbres, à l’exception de palmiers. Les vallons au sud de l’Araxe et du Cyrus sont tellement rafraîchis par les veuts du sud qu'il y règne un printemps éternel et que l’on passe de bois de myrtes, de cyprès et d’arbres fruitiers à des vignobles et à des tapis de fleurs;
il n'existe nulle part de plus belles roses et des raisins plus délicieux que dans la vallée de Scbiras. Les plus importantes parmi les villes étaient Persépolis sur l’Araxe avec une triple enceinte de murs , et Pasagarda qui renfermait le tombeau de Cyrus. Les Perses se réparlissaient en trois catégories, en nomades, en cultivateurs et en guerriers.
VI. Les pays aux bords de l’Euphrate et du Tigre. 1 ) La Grande-Arménie, fertile en blé, en vignes, en troupeaux de bétail, renferme beaucoup de montagnes, parmi lesquelles le mont Ararat avec les sources de l'Euphrate. Villes : Artaxata sur l'Araxc, bien fortifiée, et Tigranocerta fondée par Tigrao et peuplée de Grecs. 4) La Babylonie, plaine bornée au nord par la muraille médique, au sol brun et gras, coupé par une foule de canaux et de chaussées entre l'Euphrate qui coule paisiblement et le Tigre mugissant Le pays était fertile; il contenait des lacs artificiels , et , outre Babylone , plusieurs villes riches et florissantes, telles que SÉLEUciEsur le Tigre, Yologésie, Aparnée, Teredon (commerce d’encens et de denrées arabiques), Charax, Spasinu, non loin de la muraille médique, Cunaxa (combat en 400). 3) L’Assyrie avait, outre Ninive, Cïesipuon aux bords du Tigre, ville populeuse et florissante sous les rois des Parûtes ; Arbelle où se trouvait le quartier-général de Darius au combat de Gangamela, Apollonie, Arlemite, SiUace, etc. Au nord et à l’est s’élevaient des rangées de collines, ombragées de forêts de chênes et de noyers ; dans les vallons croissaient des vignes, des figuiers, des oliviers, des grenadiers et du blé. 4) La Mésopotamie plaine fertile aux abondants pâturages. Villes : a) dans le district occidental d 'Osrhoètie : Edesse : Balhna (marché pour les produits de l’inde), Carre (défaite de Crassus par les Parthes, l’an 33), Nicéphore, Cir césium, etc. ; b) dans le district oriental de Mygionia : Nisibis, populeuse capitale et ville de commerce ; Dara, place forte, Singara, Ilalrée, etc. Après que les deux fleuves ont quitté les chaînes de montagnes de l’Arménie qu’ils inondent, ils dirigent leur course à travers un pays de steppes assez élevé, dont l’uniformité est interrompue par des rochers, des collines, des lacs et des étendues fertiles, tandis que les rives des fleuves sont couvertes de forêts de
cyprès et de platanes ou bordées de prairies. La pente du sol rend plus larges ces parties basses, mais le pays compris entre les deux fleuves est d’autant plus aride et n'a d’autres habitants que des pasteurs nomades et des troupeaux d’ânes sauvages, des autruches cl des outardes. Comme l’Égypte, ces pays privés de pluie sont arrosés et rendus fertiles par une Inondation annuelle; mais le débordement des deux fleuves n’est pourtant pas aussi régulier que celui du Nil. Souvent le Tigre couvre la plaine, non d’eaux fécondes, mais de flots dévastateurs, qui la changent en une vaste mer agitée, jusqu’au Delta marécageux à l'embouchure du fleuve.
VII. Syrie, Phénicie, Palestine. A l’opposé des grandes provinces uniformes de la Mésopotamie, le pays montagneux de l’ouest présente beaucoup de variété. L’étroitesse de la côte poussa les habitants vers la mer ; les excellents ports, protégés par des anses et des promontoires, favorisèrent la navigation ; l’abondance des métaux et dubois fut avantageuse au commerce qui arriva pour la première fois à un épanouissement complet; l’opulente fertilité des pentes profondes et des versants de montagnes invitait à la culture du blé, de la vigne et des fruits, tandis que les hautes vallées et le dos des montagnes se prêtaient à l’entretien du bétail et constituaient une vie pastorale presque sans culture. En même temps le littoral de la Syrie donne, par la mer et l’air des montagnes, par la navigation et la vie montagnarde, de puissants contrepoids aux influences énervantes du soleil de l’orient ; il combine les éléments qui ont soin d’entretenir la vigueur des habitants. Le voisinage de la mer forme-t-il une population mouvante, active et avide d’entreprises, la nature âpre des montagnes, au contraire, et la clôture des vallons portent à une manière do vivre simple et uniforme, à la conservation de ce qui a été reçu ou acquis. Plus ces oppositions sont rapprochées, plus elles doivent agir énergiquement l’une sur l’autre, plus le progrès de la vie intellectuelle doit devenir pénétrant. Le pays des montagnes et des côtes de la Syrie se divise en : 1) Syrie, à l’est de l’Euphrate, contrée montagneuse avec des vallons fertiles au nord, au sud brûlante et aride ; en somme, bien cultivée et cou~
verte de villes populeuses, abondante en fruits du midi. Le principal fleuve est l’Oronte, qui descend du mont Liban. Elle se divise en Syrie septentrionale et en Syrie creuse (Cœlésyrie) vallée étendue entre le Liban et l’Anti-Liban. Parmi les villes, on remarque Samosate sur l’Euphrate; Hiéropolis avec un temple somptueux ; Séleucie ville forte bâtie sur un rocher inaccessible de trois côtés; Thapsacus, ancienne ville de commerce sur l’Euphrate; Palmyre (Thadmor) dans une oasis plantée de palmiers du désert de Syrie; Apamée, entourée d’excellents pâturages pour les chevaux et les éléphants, et située sur l’Oronte comme Laodicée et la plupart des villes fondées par les Séleucides ; JTmése avec son célèbre temple du soleil (combat 273 de J.-C.) ; Antioche bâtie par Séleucus Nicator dans un site charmant sur la rive méridionale de l’Oronte ; elle avait2 1[2 lieues de circuit; Daphné, immoral et voluptueux lieu de plaisance des rois de Syrie, environné de bois de cyprès et de lauriers. Dans la Cœlésyrie étaient situées : Damas, très ancienne capitale dans une région agréable (célèbre dès le temps des Romains par ses fabriques d’armes) ; Uéliopolis (Baalbek) siège du culte du soleil avec un magnifique temple bâti par Antonin-le-Pieux. 2) Phénicie (pays des palmes) au sud-est de la Syrie jusqu’au mont escarpé du Carmel; la Phénicie, pays de côtes , était située près du Liban riche en cèdres, que suit parallèlement vers l’est VAnli-Liban avec la haute montagne à'Hermon. Sur ces hauteurs, l’air devient plus pur et plus frais; des terrasses de figuiers et de mûriers alternent avec des vignobles; sur les larges dos des plus hauts sommets s’élève la forêt de cèdres et avant d’atteindre aux crêtes des rochers les plus hautes, on découvre de vertes pentes sur lesquelles d’innombrables troupeaux de chèvres noires paissent à l’abri des chacals, des ours et des lions qui résident dans les gorges arides. Parmi les villes phéniciennes qui étaient indépendantes sous un gouvernement républicain et réunies dans une ligue, les plus importantes sont : Aradus, Tripolis, Byblus, Berylus, l'active Sidon, la puissante Tyr, Acca ou Ptolémaïs, etc. Outre les industrieux Phéniciens , plusieurs tribus guerrières habitaient le Liban : les Huriens, les Sicaires, prédécesseurs des Assassins si redoutés
pendant les Croisades, etc, 3) Palestine ou sud de la Syrie et de la Phénicie, contrée montagneuse mais fertile, pleine de ravins et de cavernes, arrosée par le Jourdain et coupée par les bras nus et pierreux du Liban et de l’Anti-Liban, qui forment plusieurs éminences remarquables, notamment le Carmel crevassé mais varié de verts pâturages, le Tltabor isolé, conique, couvert de bois, le Garizim connu comme le siège du culte des idoles, etc. Les poètes arabes célèbrent le Liban « qui porte l’hiver sur sa tête, l’automne dans son sein tandis que l'été sommeille à ses pieds. » Parmi les lacs, il y a à remarquer particulièrement la mer Morte (lac asphaltite) où toute végétation meurt, où la terre même a perdu toute vertu fécondante, où toutes les plantes et toutes les fleurs deviennent sèches et engourdies et tombent en cendres, et le lac de Tebériade ou de Génésareth. Le pays, très riche en vignes, en palmiers, en blé, en fruits, en huile, en miel, etc., se divise en quatre parties : 1) la Galilée, plaine élevée, herbeuse, dominée seulement par des sommets isolés, tels que le Thabor, avec les villes de Dan, siège du culte égyptien du taureau, Capei-naum sur le lac de Génésarelh, Tibériade, résidence favorite d’Hérode, Emaus aux bains chauds, Nazareth sur une colline au milieu d’une cuve de rochers calcaires, Megiddo, ancienne résidence des rois de Cha* naan; 2) la Samabie, fertile pays de vallons, ombragé de forêts, comprenait les principales villes suivantes : Samarie, la capitale détruite par Salmanassar, rebâtie et appelée Sébaste par Hérode ; Seythopolis habitée en grande partie par des païens ; Jisreel( Stradela) dans une belle plaine, résidence de quelques rois israélites ; Sichem (Nea polis) non loin du mont Garizim, siège principal du culte des idoles; 3) la Judée, habitée au sud par des Iduméens immigrés. Cette province, d’un aspect sévère, où l’on ne rencontre de loin en loin que quelques bouquets de pâles oliviers, ou quelques groupes transparents de palmiers, renferme des villes célèbres : Césarée, port de mer embelli par llérode, plus tard siège du gouverneur romain; Joppé, ancienne ville maritime ; Lydda (Diospolis), Jéricho, très antique ville chananéenne, dans une région abondante en palmiers, en arbustes balsamiques et en dattiers, où croissent, pendant dix
mois de l’année, dans une atmosphère tropicale, des raisins, des figues et d’exeellents fruits du midi; Hébron, ancienne ville sacerdotale avec droit d’asile; Bethléhem, sur une hauteur, lieu de naissance de David et de Jésus-Christ; Jérusalem, bülie sur quatre collines séparées par des vallons escarpés, et divisée en ville ancienne et en nouvelle ville, celle-ci fondée par Dérode Agrippa, était partagée en : a) ville supérieure sur la colline de Sion, entourée d’une muraille qui comprenait GO tours ; b) ville inférieure sur la colline d’Acra, avec une muraille particulière; c) montagne du Temple ou Morija. La population était d’environ 130,000 habitants. Le temple de Salomon était plus remarquable par ses étoffes brillantes, son bois précieux et l’éclat de l’or, que par la beauté architectonique ou les dimensions ; dans le voisinage se trouvait la montagne des Oliviers, séparée de la ville par la vallée de Cédron. 4) Perée, au delà du Jourdain renfermait Césare'e, Paneas, Gadara, Rabbaih Ammon (Philadelphie), villes des Ammonites, Rabbath SJoab, (ville desMoabites), Pella, etc. Le peuple belliqueux des Philistins habitait les côtes sud-ouest. Ils occupaient, sous des chefs de tribus ou rois, cinq places fortes : Gaza, Ascalon, Asdod, Gath et Ecron, et se livraient au commerce et à la piraterie. Ils adoraient la vertu fécondante de la nature , et lui consacraient l’eau et les poissons. Ascalon était le principal siège du culte de Dagon, le dieu national avec une tête d’homme et un corps de poisson. Au sud de la Palestine et de la Syrie s’étend I’Arabie, péninsule qui ressemble au continent de l'Afrique et dont le cœur est un plateau élevé de chaînes de montagnes qui, parmi d'arides étendues de déserts, de plaines de sable, des rocs et des sommets nus ne montre, sons un ciel brûlant, que de rares pentes arrosées d'eau ; au delà se trouve l’ÉcrpTE séparée de l’Asie par l'isthme de Pelusium (Sue 2 ) et la mer Rouge.
§ 18. Caractère de l’Orient. Il faut considérer trois choses dans l’appréciation des peuples orientaux : la religion, les formes d’État et de gouvernement, et la vie privée. 1) Reli-
et
g ion. Les peuples orientaux ont le plus profondément et le plus soigneusement réfléchi aux rapports entre la créature et le créateur, et ils sont arrivés à des résultats qui n’ont été surpassés par aucune autre nation. L’Orient est le berceau de tous les systèmes religieux, depuis le monothéisme appuyé sur des traditions austères et primitives ou sur une révélation, jusqu’au •polythéisme aux formes nombreuses et au panthéisme philosophique. Le germe des deux dernières tendances était le culte du soleil et des étoiles ou le culte mystérieux de la nature; car comme la force ou l’être ou la force première d’où la création est sortie et qui conserve l’univers dans son cours réglé, est insaisissable par la pensée, des hommes profonds imaginèrent des symboles au moyen desquels ils pussent représenter cette force première, et s’attachèrent alors, soit au soleil qui répand la lumière et la vie et aux constellations, soit aux forces qui agissent en secret dans l’intérieur de la nature. Mais malgré cette similitude originelle, les formes de religions polythéistes et panthéistes prirent une apparence différente dans tous les pays, par suite de l’indétermination de l’idée première; et comme la masse du peuple ne pouvait renfermer toutes les manifestations sensibles dans une idée commune, le nombre des forces et des puissances surnaturelles , qui étaient alors conçues et adorées comme des individualités, devait s’accroître à l’infini par la diversité de la vie de l’homme et de la nature. TJne religion si complexe exigeait un culte riche en cérémonies et en symboles et une nombreuse classe sacerdotale , pour expliquer l’unité qui existait sous des formes diverses et l’idée rendue sensible par le symbole ; c’cst ce qui se produit complètement dans l’Orient, où nous voyons des rites variés en rapport avec la vie humaine et la vie de la nature dans tous leurs phénomènes et toutes leurs vicissitudes, et une classe sacerdotale, puissante par la possession d’une sagesse mystique, qui, lorsqu’el! - '. est obligée de céder la domination séculière aux classes guerrières et à leurs cbeis royaux ou de la partager avec eux, parvient cepen-
REl'PLES ORIENTAUX.
dant à conserver toujours une grande influence sur les affaires de l’état et la vie publique. La propension aux contemplations religieuses et la croyance qu’on s’approchait de la Divinité par des expiations et des pénitences (mortifications) donna naissance en Orient à la vie de solitaire (anachorète). — Le commerce, le levier principal de la civilisation , était intimement lié en Orient avec la religion et le sacerdoce, puisque des temples célèbres et des oracles avec des fêtes religieuses , servaient de stations aux caravanes, de marchés et d’échelles, de lieux de rassemblement aux marchands. 2) Les formes de gouvernement de l’Orient peuvent être ramenées à trois espèces : le gouvernement domestique, patriarcal des chefs de tribus chez les nomades, la domination aristocratique-hiérarchique de classes privilégiées dans les états à castfs, et le despotisme illimité dans les monarchies militaires. La dernière de ces organisations, qui résulta peu à peu des deux autres et qui investissait le souverain de la toute-puissance patriarcale des chefs nomades et de la sainteté religieuse des rois de castes, finit, par être seule dominante; et, grâce à la nature quiétiste des Orientaux, il ne fut pas difficile d’élever le prestige royal à une hauteur telle que celui qui en était revêtu fût presque honoré comme un dieu. Vis à vis des despotes, tous ceux qui appartiennent à l’état apparaissent comme des serviteurs et des esclaves sans droits individuels et sans propriété. Le roi dispose arbitrairement des biens et de la vie de ses sujets; il donne et prend comme il lui plaît et l’on n’ose s’approcher de lui qu’en se prosternant ; comme les dieux bienheureux, le roi vit au milieu de la joie et des jouissances, entouré de serviteurs qui exécutent sa volonté, remplissent ses ordres et flattent ses désirs, environné de tous les biens et de tous les trésors , de tout l’éclat et de toute la magnificence de la terre, ne songeant qu’au luxe et a la mollesse, et occupé de la seule satisfaction de sa volupté. De pareilles formes d’tètats, dans lesquelles les lois et les droits de l’homme sont sans valeur, où l’on ne connaît que le despotisme
1IIST0IUE ANCIENNE.
et la servitude, n’ont aucune force vitale, aucune possibilité de développement durable ; c’est pourquoi tous les États orientaux ont été la proie de conquérants étrangers, en sorte que leur culture précoce est tombée en décadence ou s’est consumée dans la stagnation et l’immobilisme. 3) Vie privée. La nature des Orientaux est plutôt portée vers le repos contemplatif (quiétisme) et la jouissance que vers l’activité. Aussi, les peuples de l’Orient ne parvinrent-ils jamais à la liberté et à la disposition d’eux-mêmes; ou bien ils obéirent passivement à des souverains indigènes ou bien ils soupirèrent sous le joug d’oppresseurs étrangers. Grâce à leurs aptitudes intellectuelles , ils atteignirent promptement un certain degré de culture, mais ils s’abandonnèrent alors aux jouissances inertes et finirent par s’abimer petit à petit dans la nonchalance et la mollesse. L’usage de la polygamie , particulier à l'Orient, en affaiblissant la noble institution du mariage et en détruisant la vie de famille, source de la moralité domestique et de l’énergie désintéressée , augmentait le relâchement; les voluptés énervantes et les jouissances sensuelles étouffaient la vigueur virile et l’ardeur belliqueuse. L’art même des Orientaux, si admirables que soient la disposition grandiose de leurs édifices, la patience et la persévérance qu’il a fallu pour les exécuter, si surprenantes que soient l’habileté technique et la manipulation des matières les plus dures dans leurs œuvres de sculpture, n’a pourtant jamais atteint la beauté harmonieuse ni la concordance et la symétrie des nations libres, et leur* poésie*, malgré la richesse du sentiment, de l’imagination et des images charmantes, manque„de la vivacité effective et de l’humanité idéale, par lesquelles les créations des Grecs sont devenues des modèles qui n’ont pas été surpassés. Dans les sciences , qui restaient pour la plupart entre les mains des prêtres, les peuples orientaux n’ont pas été au delà des premiers éléments, à l’exception de l’astronomie qui se liait à l’essence de leur religion, et les produits estimés de leur art et de leur industrie attestent
l'ELTLES ORIENTAUX.
une habileté de main , obtenue par beaucoup d’exercice et conservée par la contrainte des castes et des corps de métiers, plutôt que l’indépendance d’un esprit inventif et d’une main active. La servitude pendait comme un poids de plomb à toutes les expressions de la vie des Orientaux.