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HISTOIRE D« iJl C^toB. [Anl-C.479-A

'Périclèâ était armé de la force la plus puissante (lans les républiques, celle de Téloquence : la sienne était si séduisante qu'on disait que les grâces et la persuasion résidaient sur ses lèvres, et quelquefois elle paraissait si forte qu'on la comparait à la foudre. Son rival Thucydide, qui lutta longtemps contre lui dans les combats de la tribune, disait: a Quand j'ai renversé Périclès par terre, son éloquence est a si adroite qtl'elle prouve aux assiitants que c'est moi « qui suis tombé. » ^ ^ ,

Jamais homme ne connut mieux son temps et son pays: Ayant d'élever la voix, on tient de lui-môme qtfil se disait toujours: a Songe, Périclès, que tii vas parler à des « hommes libres, â des Grecs, à des Athéniens. » Et il priait les dieux de le préserver de toute inconvenance et de toute pensée contraire à la dignité et au bonheur de sa patrie.

On trouvait dans sa jeunesse qu'il ressemblait à Pisistrate ; ce qui était d'un bon augure pour son ambition, mais très-dangeréûx chez un peuple jaloux de sa liberté* Cachant adroitement l'amour du pouvoijp sous les dehors de la popularité, il évita soigneusement d'abord tout ce qui pouvait donner de l'ombrage ; il parut pendant plusieurs années Hvré aux plaisirs, aux lettres, aux arts et aux sciences ; et, lorsque les devoirs de citoyen l'appelèrent à la guerre, il sut cacher son ambition tout en montrant sa bravoure.

Ayant peu à peu gagné les aflfectloris du peuple, l'c^bsence de Gimon lui parut enfin une circonstance favorable pour marcher à son but : alors il changea tout à coup dô formes: U devint grave, sévère, se mêla activement des affaires publiques, évitant avec soin, d'une part, l'orgueil choquant de Thémistocle, et^ dé l'autre, cette famiharité qui diminue le respect. On le voyait rarement en public. Ses amis et ses^ confidents se chargeaient sous sa direction dos affaires de détail : potir liii, semblable à Jupiter, il ne s'occupait que des plus importantes] mais alors son élo»

[A7W«0»V»J.r€J TROISIÈME AOir . ^ #8

queuce entraînante soumettait le peuple à ses Volontés.

On le porta rapidema|t aux plus hautes magistratures. La confiance devint une mbitude et se changea en obéissance, de s^e qu'au milieu d'une république, il devint presque monarque. Habile à lire au fond du cœur des hommes, il satisfaisait le peuple par le partage des terres conquises^ payait les spectacles avec les deniers publics , amoUissait les mœurs des Athéniens pour les gouverner plus facilement^ et se servait des jeux, des arts^ des talents et des plaisirs pour les éloigner des affaires.

Souffrant la licence à la comédi«, il permettait sans se fâcher qu'on le jouât sur la scène : il était ainsi la liberté réelle au peuple dans Tadministration, et lui eh laissait le fantôme au théâtre. Le sort ne Savait nommé ni archonte ni polémarque, et il fallait avoir occupé ces emplois pour être membre de Taréopage. Ne pouvant donc entrer dans ce corps auguste et sévère dont il redoutait rautorité,'il lui enleva peu à peu ses plus importantes attributions et les donna aui% tribunaux inférieurs qu'il gou'wmait. Ce fut ainsi qu'il se rendit le majtre de la république.

Gimon revint alors dans l'Attique et voulut rétal^lir l'aristocratie pour renverser le pouvoir populaire qui faisait la base de Fautorité de Périclès; mais son oppositida balança seulement la puissance de son rival sans pouvoir la détruire.

La vertu de Cimon faisait la gloire de son pays; mais son austérité déplaisait aux Athéniens : partisan déclaré des lois de Lycurgue, il vantait toujours Sparte aux dépens d'Athènes, et par cette partialité il choquait la vanité de ses concitoyens.

La république de Lacédémone éprouva dans ce temps de grands malheurs et se vit au moment d'une ruine totale: un affreux tremblement de terre renversa toutes les maisons de Sparte; il n'y en eut que cinq qui échappèrent à ce fléau. Le sommet du mont Taygète, arraché de ses fondements, 3'écroulai tpmba sur la viU§ et l'éerasa.

496 * RIST0ÉB DE LA GRÈGF. [At. J.-C. &79-&30.}

Les Ilotes, profitant de ce malhenr public, brisèrent leurs chaînes et prirent les armes dans llspoir de détruire les habitants dispersés. Mais le roi Archidamns avait rassemblé les citoyens, il repoussa les. Botes. Ceux-ci appelèrent les Messéniens, qui les appuyèrent de toutes leurs forces.

Dans ce danger pressant, les Lacédémoniens demandèrent des secours à Athènes. Le peuple s'assembla : Éphialte, ami et coniident de Périclès, voulait qu'on refusât toute assistance, et qu'on laissât périr une république dont la seule rivalité empêchait Athènes de dominer la Grèce. Mais le vertueux Cimon- représenta avec tant de force la lâcheté de cet abandon, il fit sentir a,vec tant de sagesse qu'on ne devait pas laisser a la Grèce boiteuse et Athènes sans contre-poids, » qu'il entraîna tous les suffrages. L'antiqqe générosité l'emporta sur une politique ambitieuse : les secours furent accordés : Cimon marcha avec quatre mille hommes en Laconie, et délivra Sparte du périlfqui fti menaçait. •

Peu de temps après, les Messénieus et les Iloies recommencèrent la guerre. Cimon entra do nouveau dans le Péloponèse: n»ais les Lacédémoniens, trouvant cette fSîs leurs forces suffisantes pour battre seuls les ennemis, prirent ombrage du secours qu'on leur offrait, Je refusèrent et le renvoyèrent en Attique. Les Athéniens, irrités de cette injure, regardèrent d^on comme la cause de l'aflEront qu'ils avaient reçu, et le bannirent pour dix ans.

Délivré d'un rival si redoi^|able, Périclès devint plus puissant que jamais. Les Spartiates vainquirent leurs ennemis et subjuguèrent totalement Ithone et la Messénie; Mégare, qui depuis quelque temps subissait l'influence d'Athènes, se rangea sous celle de Sparte. La jalousie des deux républiques, si utile à la gloire commune tant qu'elle n'a^vaitité qu'une noble émulation , devint une haine violente ^^jfc» s'aigrissait de jour en jour: chacune, prévoyant unellf^*-' turc prochaine, cherchait et trouvait des alliés. '^^

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Si la Grèce avait été autrefois fatiguée de la dure autorité de Lacédémone, elle ne Tétait pas moins alors de Tambition turbulente des Athéniens.

Taudis que Cimon combattait les Perses, Myrouidc et d'autres généraux d'Athènes attaquaient en Europe Corinthe^ Épidaure,TbiM>es; ils démolissaient Ëgine çt brûlaient ses vaisseaux.^ Leurs armes avaient conquis la Thessalie et forcé seç habitants à rentrer sous le joug d'Oreste^ - ^

Tant qu'Athènes eut à craindre Tinvasion des Perses, elle montra toutes les vertus qui font le salut et la gïdîre des répubhquas: la pudeur, la modestie, Ic" désintéressement y régnaient, et les plus héroïques travaux n'avaient d'autre but, d'autre prix que l'estime publique. On n'accorda des statues à Harmodius et à Aristogiton qu'après leur mort; Aristide et Thémistocle n'obtinrent pas même une couronne de laurier: Miltiade en demanda une après la bataille de Marathon: uu simple citoyen lui: répondit: « Vou« ne l'obtiendrez que lorsque vous aurez battu tout « seij} les ennemis. »

Les inscriptions destinées à perpétuer le souvenir des victoires de Çimon donnaient de grands éloges aux troupes, mais n'en accordaient à personne en particulier.

La défaite des Perses, enlaissant aux Athéniens une grande sécurité, leur fit perdre une partie de leurs vertus. Leur flotte nombreuse, qui avait d'abord fait leur ssùut, les corrompit ensuite en étendant leur puissance et en ac> . croissent leurs richesses. Oii s'était armé dans le principe pour d^endre la liberté; par la suite on ne combattit que pjpur piller. Enfin le décret de Thémistocle, en appelant une foule d'étrangc^rs dans Athènes pour en augmenter la population, y changea les moeurs en mêlant la mpUesse asiatique à la simplicité grecque.

Sparte, plus sévère^ avait un peu mieux résisté à la séduction dei^ i%Ghesses; mais les victoires enflè^l^t son orgueil', et si elle n'égalait pas Athènes en cupidité, elle la surpassait peut-être eti amlMtîon.

498 ms-TbiRE KB XA a^CB. [Av. J^'-C, M9^&îfaj

La gaerre ne tarda pas à éclater entre les deux ré^bliques. Un corps de Lacéàémoniens rencontra des troupes athéniennes à Tauagre en Béotie^ les attaqua et les battit, Cimon, quoique exilé, se trouvant près du lieu du combat, voulut y preiidre part: on refusa les services de cç généreux citoyen. Ei^ s^éloignant, il exhorta les compagnons Ïii'il avait amenés à remplir leui* devoir; ils obéirent et se rent tous tuer, . - .

I4es mobiles Athéniensi inquiets, des suites de cette guerre, commencèrent à se plaindre de Périclës et à Regretter Ciiuon, Péridès, trop adroit {»our isriter le peuple par une résistance intenipestivè, fit luir^même ce qu'il ne pouvait .empêcher, et provoqua le décret qiu râtelait son rival. -

Cimon, de retour et se trouvant de nouveau à la tête du gouvememjeUt, conçut la grande idée d'éloigner; la discorde de la Grècci en occupant ses armes contre rennemi commun ; il envoya cinquante vaisseaux au secoitfs d^Amyrthée, chef d'une nouvelle réyolte en Egypte, et marcha lui-même avec deux cents voiles contre Artabaze, qui 'était alors près de TUede Chypre. Il attaqua Tarmée des Perses : la victoire lui fut fidèle ; il prit cent vaisseaux aux ennemis et en détruisit un grand* nombre. ,Ëtant ensuite débarqué en Cilicie, il attaqua Mégabyse, le battit, et détruisit une partie de son armée. Son projet était de passer de là en Egypte ; mais il voulut auparavant s'emparer de rilè de Cbypré ; il y desciendit et assiégea SicyOne.

Cependant l'orgueil d'Aîtaxerce, abaissé par ta faites, s'humilia .devant la fortune des Grecs; el>^ g:nant de voir l'Asie consuipée par le feu qu'il avait' réfelii porter en Europe, il envoya Jtfégabyse et Artabàze à Athènes pour demander la paix. L' Athéio-ien '<jallias fut chargé par les alliés de conduire cette négpciation : elle fut prompte , et se tor||^a par uu traité aussi glorieux {|pur les Grecs qu'humiliât pour les PerscSf

La liberté fut a^Biiréd à tou4çs les. villes çle TAsic Miuenre ;

les Perses promirent qu'aucun vaigseau de leur natîoa ne paraîtrait sur la mer depuis le |feat-Euxin jusqu'aux eôtes de Pamphilie^ et. il fut défendu à toi^tes les troupes du roi de Perse d'approcher à. plus de trois journées de^ e6tes de rionïe et de THellespont. •.

Telle fut la fin de la .guerre des Perses, qui |Nrait duré cinquante et un ans, . .

Tandis qu'on négociait ce trmté, Cimou mourut d'une blessure qu'il avait reçue à Sicyone, Par ses ordres, ses of-» ficiers cachèrent jsa'mort aux ennemis, jet ramenèrent à Athènes «a flotte victorieuse^ que son ombre et son nom commandaient encore»

Périçlès, délivré de ce rival, affermit de jour en jour sa puissance, malgré les efforts de l'aristocratie qui lui opposa vainejnent Thucydide, beau-frère de Cimon.

Maître de l'État, il gouvernait avec beaucoup de prudence une*si nombreuse et si active. population; équipant tous les ans soixante vaisseaux, il soudoyait et occupait un grand nombre de pauvres*

Athènes envoya jplusieurs colonies dans la CSiersonèse, dans l'Archipel, en Thrace et en Italie, où Iks colons bâtirent l^a ville de Thifrium. Protecteur éclairé des leftres, des «ciences et des arts, Périçlès remplit la ville de statues, de tableaux et de monuments : sa magnificence, sou urbanité attiraient une foule d'étrangers qui venaient verser les riehesses du monde daniS les murs d'Athènes. /

On l'accusa enfin de tyrannie : on prétendit qu'il prodiguait arbitrairement Fargentr dés étrangers pour la construction dispendieuse de tant d'édifices publics. Pérîclès offrit de payer de ses deniers tous ces monuments, pourvu qu'on inscrivît «uf leurs colonnes que lui seul les avait érigés. La vanité athénienne refusa cette offre, et Jaissa t(?mber cette accusation. .

Phidias, le plus célèbre des sculpteiu^, a^it fait ibe sta* tue de Pallas, d'iyoipe et d'or, et haute de trente-neuf pieds, L'OdéoU; tb#trà im^nause^ flt.cpp8tnrit siîp te modèle 4q

* 500 HISTOIRE DE LA GRÈCE. [Av. J.-Ci &79-&3Qu]

magnifique pavilloii dressé poiir Xerxès sur la montagne d'où il vit la défaite de son armée à Salamîne.

Périclès, éblouissant ainsi le peuple athénien par Tédlat qu'il répandait sur lui, ne tarda pas à triompher deTopposition de Thucydide, et le fit bannir par l'ostracisme. Voulant étendre dç plus en plus la domination de sa patrie, il proposa aux amphictydns un décret pour engager toutes les villes grecques d*Eui"ope et d'Asie à envoyer des députés à Athènes, afin d*y délibérer sur les moyens de réparer les maux, les dommages de la guerre, et de relever les temples détruits. Sparte aperçut le but de ce projet, et le déjoua en faisant sentir que son exécution rendrait Athènes la capitale et la souveraine de la Grèce.

Périclés ne tarda 'pas à js'apercevoir que la tranquillité extérieure porterait l'activité des Athéniens à s'occuper de leur administration et de leur Uberté : il vitxpi'il fallait les faire combattre pour les gouverner, et qu'il défait ajouter à sa considération la gloire des armes. L'ambition du peuple favorisait ses intentions ; il fit la guerre avec succès en Thrace, porta la terreur sur les côtes du Péloponèse, pénétra dani5vle Pofit, et menaça de ses armes l'Egypte, la Sicile et Carthage. ' •

Une guerre, qu'on appela sacrée^ éclata bientôt dans la Grèce. Sparte avait enlevé la surveillance du temple de Delphes aux Phocéens ; Périclés les y rétablit : TEubée s'était révoltée, il y marcha et la soufflft. Sparte, appuyée de l'alliance de Mégarc, attaqua l'Attiquè. Périclés remporta une^.victoirc sur les Spartiates, et conclut, entre Athènes et Laxîédémone, une trêve qui devait durer trente ans. Mais l'ambition et l'animosité des deux peuples ne tardèrent pas à la rompre, et à recommencer cette longue et fatale guerre, appelée la guerre du Péloponèse.

Tous^les alliés d'Athènes se plaignaient de Périclés, et l'aecusaient^d'iWBployer le trésor public aux monuments dont d décorait sa patrie. Sans s'effrayer de ces reproches» kur opposait les succès de la conf<?8érat\pri, etpréten-

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dait qu'il ne devait à la Grèce aucun compte des contributions, lorsqu'il prouvait suffîsaipment quoTobjet pour le-, quel elles avaient été levées se trouvait si glorieusement rempli. Son éloquence terrassa ses adversaires, et son armée triompha de ses ennemis.

Il ferma d'une forte muraille Tisthme de Corinthe, pour le défendre des attaques des Thraoes. Partout, sous son administration (on pourrait presque dire sous son règne) la puissance d'Athènes fut respectée. Pour étendre sia domination, il profita habilement des discordes des pays voisins. Samos( et *Milet étaietit en guerre : Périclès prit le parti des Milésiens, entra deux fois dans Samos, et y établit deux fois le gouvernement démocratique. Une flotte phér nicienne, qui voulait s'opposer à cette entreprise, fut battue et presque détruite.

Une querelle plus difficile à terminer, et dont les suites furent longues et plus funestes, eut lieu entre Cbrcyre et Corinthe, son ancienne métropole. Les Athéniens se déclarèrent pour Corcyre, et livrèrent aux Corinthiens plusieurs combats dont le succès fut indécis.

La ville de Potidée était alors une colonie corinthienne ; Athènes voulut qu'elle démolit ses murs, et cjiassât ses magistrats nommés par Corinthe. Une bataille eut Ueu près des murs de Potidée : les Corinthiens furent vaincus. Le sa^e Socratë, qui s'était couvert de gloirç dans ce combat, fit adjuger le prix de la valeur au jeune Alcibiade, dont il présageait les hautes destinées.

Sparte, jalouse de cette victoire, embrassa la défense de Potidée, et engagea Perdiccas, roi de Macédoine, dans son parti.

Les deux armées se rencontrèrent, et l'infanterie macédonienne fut mise en déroute par leç Athéniens, qui assiégèrent ensuite Potidée.

Cet événement porta au plus haut point la haine de la I^lus grande partie des Grecs' contre Athènes : ils l'accusaient de s'attribuer tout l'honneur de leurs tiiomphes

502 HtSTOIBE DE LA GBiCE. [AT, Jf.^. t7M30.]

comipunsy et lu} reprochaient surtout d'attenter & Viadé^ pendance des autres peuples.

jCorinthe, cjui avait déjà déclaré rallîance rompue, envoya des ambassadeurs à Lacédémone pour invoquer la vengeance publique contre les Athéniens. On déUbéra dans le sénat de Sparte, et ensuite en présence du peuple, sûr cette grande affaire^ dont la décision était si importante, d -une part pour le repos, et de Tautre pour la liberté de la Grèce.

Les Corinthiens «t leurs alliés exposaient leurs griefs ei demandaient la guerre. Les députés d'Athènes rappelaient les services rendus à la cause commune, et citaient avec orgueil leur dévouement, leur ville abandonnée, leurs murs détruits, et les victoires de Marathon et de Salamine.

Le roi de Spatte, Archidamus, conseillait la paix, et faisait prévoir tous les malheurs d'une longue guerre quidétîhireraitla Grèce, et laisserait respirer Tennemi commun.

Les émissaires du roi dé Perse soufiBaient le feu de la discorde : l'orgueil blessé parlait pour eux; la guerre fut résolue. Cependant, avant de combattre, on envoya à Athènes des ambassadeurs qui exigèrent que cette république remit en pleine liberté toutes les villes grecques qui étaient sous sa domination bu sous son influence; on demandait particulièrement la révocation d'un décret qui interdisait à la ville de Mégarie.tout commerce Avec Athènes.

Les plus riches e\ les plus sages des Atliéniens voulaient que la république consentit à des sacrifices ; ils craignaient la ruine de leurs propriétés en Attîqùe, et voyaient avec e&oi tous les ma^ux que cette guerre intestine devait attirer èur la Grèce. Mais, malgré les eflTorts de Thucydide et de son parti, le système dominateur de Périclès prévalut, n flatta la vanité du peuple e^ lui rappelant ses trophées, en lui présentant un tableau séduisant des forces militaires . et de l'état des finances*

Athènes avait alors trois cents galères, trente mille hommes de troupes^ et, daps le t^or^ neitf millç six cents ta^

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lents, ou vingt-huit millions. Les contributioûs des alliés se montaient à quinze cent milk francs par an. Il rassura les citoyens sur, les' ravages que FAttlque pouvait avoir à redouter. « Ce serait, dit-il, un mal passagef. Abandonnez a là campagne à rénnemi, ne, défendez que. la ville; vos a flottes et vos troupes iront porter la. terreur danS les • «foyers de vos ennemis, qui seront obligés de rappeler *a letirs armées pour se défendre contre des attaques mùla tipliées que la rapidité dé nos voiles dirigera de tous a côtés. L'orgueil de Sparte vaincu ne pouri^a vous résister, « et il cessera de vous disputer Vempite qui vous est dû, « et que vous avez si glorieusement mérité. »

Sûr des dispositions de ses concitoyens, et chargé de répondre pour eux, il Trétorqua tous les arguments des am* basâadeursde'Lacédémone, en leur reprochant d'avoir fait peser sur la Grèce un joug bien plus dur et beaucoup moins populaire que celui d'Athènes. Enfin, il déclara qu'Athènes ne consentirait à se départir de son autorité sur les villes qui reconnaissaient sa domination, que si Sparte en donnait Teicemple en rendant la liberté amc Ilotes, aux Messéniens et à toutes les villes qui gémisâiaient sous sa puissance.

Aucun des deux partis ne voulait sincèrement la Hberté. Sparte et Athènes prétendaient réeUeipient à la domination : aussi les discours n'étaient que dévalues formes, et le glaive seul pouvait décider cette question. La guerre fut donc définitivement déclarée.

Elle était nécessaire au repos de Péridès, comnie à son ambition; car ses ennemis s'agitaient saus cesse pour îé^ truire son autorité. N'osant l'accuser directement, ils atta* quèrent les objets qui lui étaient les plua chers : ilsinirént eu jugement lé célèbre Phidias, soii ami. On lili reprochait d'avoir dérobé une partie d^ Tor destiné à la statue de Minerve,, et d'avoir commis une impiété eaplaçant le portrait de Périclès sur le bouclier de Pallas. Phidias se disculpa du. vol;. mais, convaincu dej'auife délit; il fut jetf en prisou et y mourut,

504 IIÎSTOKIE BE LA GRÈCE. [Ay. J.-C. 479-430.]

Anaxagore, acciisô également d'impiété, savait que la raison ne peut résister au fanatisme ; il se déroba par la fuite aux passions du peuple*

Aspasie était également célèbre par sa beauté, par sa science, par son esprit et par sa galanterie. Le sage Socrate disait qu'il avait appris d'elle la rhétorique. Les plus illustres philosophes, les plus respectables magistrats écoulaient ses leçons et suivaient ses conseils. Périclès prétendait lui devoir son éloquence. 11 l'avait épousée, il plaida sa cause, et quelques auteurs disent qu'il entraîna les juges, moins par la force de son discours, que par la puissance des charmes d'Aspàsie, qu'il fit paraître sans voile à leurs yeux.

Athènes alors offrait le plus singu^er et le plus brillant mélange de sagesse et de folie, d'enthousiasme et d'ingratitude, de lumières et de superstitions, de cruauté et d'urbanité, de vei-tus publiques et de licence privée : on y voyait à la fois de sages politiques, des orateurs^ turbulents, des guerriers vaillants et généreux, une population insolente et timide, des épouses pudiques et laborieuses, des cour tisaiies spirituolles et Corruptrices, des artistes et des poètes célèbres, déchirés par une foule de sophistes et de satinques obscurs et envieux, enfin, des philosophes éloquents et sévères, entourés d'une jeunesse ardente et légère, qui n'écoutait leurs leçons que pour orner son esprit, sans les graver dans soa cœur constamment livré à l'ambition et aux volupté^. Ainsi, à cet!e époque mémorable, se trouvaient réunis tous les éléments de gloire et de corruption qui annoncent à un peuple qu'il est au faite de sa grandeur, et qu'il touche au premier degré de sa décadence.

Parmi les principaux personnages qui illustraient alors Athènes était Ahaxagore, l'instituteur, l'ami, le conseiller de Périclès. Il avait renoncé à la fortune pour s'adonner à la philosophie. Ferme daiîs le dogriie de l'immortalité de l'âme , et croyant tout soumis aux lois d'une intelligence suprême, il regardait le ciel comme sa vraie patrie,

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et s^occupait si peu de la terre, qiiHl finit à Lampsaqpie ses jours dans la misère. Les. habitants de cette ville Ijû priant de leur faire connaître ce qu'il désirait d*euî après sa mort, il demanda un jour de congé pour les jeunes gens.

Pérîclès l'avait laissé sans secours : Tambition fait oublier, ramijié. Apprenant qu'il touchait à sa fin, il lui fit des offres tardives ; le philosophe répondit : « Il n'esfcplùà a temps ; vous deviez savoir que loi*sgu'on aime sa lampe, « on y versé de Tbuile. » ^

Pindare,iàé à Thèbes, brillait alors ; on le regarde comme le premier des pQëtès lyriques. Horace avertit les poètes qu'on ne peut sans folie préteiidre l'égaler.

Le poète Eschyle, fondateur du théâtre d'Athènes, donna aux acteursla robe, le brodequin, le cothurne, les masques. Il posa les règles antiques de la tragédie. Il plaça les chœurs entre Içs actes. On admirait la gravité de son stylé. Il savait exciter la terreur, émouvoir la pitié. Avant de chanter les héros, il les avait imités, et s'était distingué par sa valeur à Marathon et à Salamine*

Sophocle, né ^ Colône, fut Je rival d'Eschyle : plus éloquent, glus doux, plus harmonieux, on lui donna le surnom à'abeille. Couronné vingt fois, et presque centenaire, il mourut de joie d'un dernier succès.

Euripide de Salamine, moins hardi, moins élevé que les deux premiers, avait un style encore plus parfait et plus généralement admiré. On comparait sa poésie à la marche noble et douce d'une fleuve, et celle de Sophocle à la course d'un torrent. Euripide, philosophe dans ses écrits, parlait à la raison comme à l'âme. Pendant la guerre de Sicile> quelques Athéniens captifs obtinrent leur liberté en récitant ses vers.

Aristophane fut le plus célèbre des ^poètes coïpiques. Son style était élégant, sesplaisanteriesmordantes,sesbouffonneries gf osèières. Il frondaitsans crainte le gouvernement et ridiculisait sans pudeur siir la scène Jes plus graves personnages.

5Ô6 HISTOIRE i)E LA GBÇCE. [Ay. Jf,-G. 479-480.]

' Hérodote d^IIalicarttasse est regardé comme le père de Phistoire. Son dialecte était Tionique. 11 composa Thistoire des Grecs, des Perses et des Égyptiens. Trop admirateur des poëtes/fl mêla trop la fable à la vérité. Son ou» vrage, lu aux jeux olympiques, «xcita tiu enthousiasme général. Thucydide avoue qu'il en pleura d*admiration. Chacun de ses livres reçut le nom d'une muse. Un long ' fexil à Samos mûrit son talent : les disgrâces de la fortune ^nt aussi utiles à Tesprit qu'au caractère.

Thucydide, guerrier vaillant,, orateur estimé, rival de Përiclès, fut banni vingt aiis. Nous devons à cet exil l'histoire de la guerre dû Péloponëse, écrite dans le dialecte attiquè. Cet Ouvrage, très^estîmé pour son exactitude, et très-détàillé , fait mieux connaître tju'aucun autre les mœurs, les lois et la politique du temps. D est peut-être trop rempli dfe liarangùeâ ; mais plusieurs sont des modèles de logique et d'éloquence. Le style en est véhément, mâle et sévère. L'histoire de thucydide,. selon l'opinion commune, fut achevée par Thédpoinpe et Xénophon.

Xéhophon, Athénien, aussi célèbre comme historien que comme général, dirigea la fameuse retraite de dix mille Orécâ qui avaient voulu placer le jeune Gyrus sur le trône. 9iNi estime trop halitement avouée pour les lois et pour les mœu^ de Sparte, lui attira ia,haiûe des Athéniens : il fut banni, et composa dans son exil ïa Cyropédie, ainsi que l'histoire de la guerre du Péloponëse, depuis le retour d'Alcihiade jusqu-à la bataille de Mantinée. Cicéron dit qu'en lisant ses écrits, on" croit «ntcndl'e les muses.

Isocrate se faisait admirer, comme orateur, pat nue élo- ^enCe douce, agréable, brillante, et par une moi'alepure. IlWroj^isit, le premier, la cadence et l'harmonie dans la pfose r Ou le trouvait Jflus propre à flatter l'oreille qu'à tonvainere les esprits. ÎPlutarque-lui reprochait d'arranger mieux les phrases (Jue les affaires. Nicoclès, roi de Chypre, lé combla de présents. Il se lia imprudemment avec Pliîiippe, roi de Macédoine, ne pénétra pas son ambition, qui

[WÔ-âsb av. J,-C.] THOlSlfeSTET ÀGfi. 507

devait asservir la Grèce, et mourut de chagrin après la bataille de Chérônée.

Phidias s'immortalisa par ses ouvrages. La statue de Minerve fit sa gloire et- ses malheurs, - Son Jupiter Olympien, haut de soixante pieds, fut mis au nombre des sept merveilles^ du monde; Il excellait aussi dans la- peinture. Myron acquit également comme, sculpteur beaucoup de gloire : sa vache en cuivre fut son chef-d'œuvre.

Zeuxis, peintre fameux, se distinguait pas'là vivacité de son colaris. On dit que les diseaiiSf venaient becqueter les raisins de ses tableaux.

Parrhasîus, peinti:e d'Éphèse, fit illusion à Zeuxis luiinêihe paf un rideau si bien peint, que celui-ci lui dit de le tirer pour découvrir le tableau.

Timante de Sicyone était célèbre par Tesprit de ses compositions. Dans le tableau qui représentait le sacrifice dlphigénie, sentant que le génie même ne pouvait exprimer la douleur d'un père qui voit immoler sa fille, il peignit Agàmemnon se couvrant la tête de son manteau.

Daiis le ûiême temps, Empédocle d'Agrigenté jouit par ses talents d'une grande autorité dans sa patrie, et d'une juste estime dans la Grèce. On chantait aux jeux olympiques ses vers sur les devoirs de la vie civile. On raconte que, voulant passer pour un dieu, il disparut aux yeux de ses concitoyens, et se précipita danâ les gouffres de TEtna. Aristote lé nie ; îl le fait mourir tranquillement dans le Péloponèse. Il était de la secte de Pythagore, qui avait illustré ntalie six cents ans aya,nt Jésus-Christ.

Pythagore, né à Sàmos, était le fils d'un sculpteur. Sa force physique égal^ sa force morale, car il fît d'abord le métier d*athlète. Les leçons dç Phérécide sur l'immortalité de l'âme le portèrent à la philosophie. Il quitta ses biens et sa famille poiîr se livrer à l'étude de§ sciences et des hommes, n parcourut TÉgypté et l'Asie. La tyrannie de Polycrate lui fit abandonner Samos. Il se fixa enfin dans la grande Grèce, àTarente, et surtout à Crotone. Sa secte fut

808 HISTOIRE OTLA CHlÈ<iB. [Av.J.-C. 479-430.]

appelée l'italique. Il eut quatre ou cinq cents disciples qui subissaient un noviciat de deux jusqu'à cinq ans, pendant lequel on les obligeait à observer un silence absolu. Son éloquence était entraînante et ses mœurs fort sévères. Il pacifia les peuples d'Italie^ et réforma les mœurs dans plusieurs villes. Les magistrats écoutaient et suivaient ses cdaseils avec vénération.

On prétend qu'il s'enferma longtemps dans une caverne, et qu'il fit croire au peuple qu'il avait été dans les enfers. Il interdisait à sa secte la nourriture des fèves; on ignore te motif de cette singularité. /^

Zéleucus et Charondais, qui devinrent par la suite des législateurs fameux, furent ses principaux disciples. Savant pour son temps^ dans les mathématiques, il trouva les démonstrations du carré de l'hypothénuse : et, dans la joie de cette découverte» il offrit une hécatombe aux dieux.

On lui attribue le système de la métempsycose, c'est -àdire de la transmigration des âmes. Il prétendait avoir vécu dans le temps du siège de Troie, sous le nom et les traits de cet Euphorbe qui fut blessé par Ménélas. M. Tabbc Barthélémy croit quePythàgore n'admettait ce dogme que comme une image symbolique des reproductions et deà métamorphoses des trois^ règnes de la nature. Dans son système, l'âme de l'homme était une intelligence émanée de rinteliigence suprême, à laquelle elle se réunissait quand elle était dégagée du corps. L'harmonie du moode lui paraissant un résultat des proportions qui existaient entre ses parties, il attachait une grande importance à la connaissance des nombres. Cette science lui semblait celle de Dieu même, et le plus puissant de ses moyens pour créer et conserver ses œuvres.

Ce philosophe disait qu'il ne fallait faire la gu^re qu'à cinq choses : aux maladies du corps, à l'ignorance de l'esprit, aux passions du cœur, aux séditions des villes, à. la discorde des familles.

Il présentait sa morale sous le voile des allégories : par

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exemple, pour conseiller une activité continuelle, il disait : cr Ne tuez jamais le coq; » pour préserver des vœux et des serments téméraires : « Ne portez pas «u doigft la bague qui «V0U3 gêne;» pour détourner d'irriter un homme déjà en colère ; « N'attisez pas le feu avec votre épée. » .

On croit qu'il mourut tranquillement à Métaponte, Ôgé de quatre-vingt-dix ans. Il fut )ionoré après sa mort comme uïi dieu. Ses disciples avaient tant de foi à ses paroles^ qu'ils se contentaient de répondre à leurs adversaires : « Le màitre l'a dit. »

Les Grecs firent sur lui^ comme sur tous leurs grands hommes, beaucoup de fables : on raconte qu*îl parut avec une cuisse d'or aux jeux olympiques , qu'il possédait des secrets magiques et prédisait Tavenir, qu'il arrêta le vol d'un aigle^ et qu'on le vit le même jour et à la même heure à Crotone et à Métaponte.

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