GUERRE DU PÉLOPONÈSE
(Au du monde 3574. — Avant Jésus-Christ 430.)
Armement de la Grèce pour la liberté. — Forces militaires de la Grèce. — Commencement des. hostilités. — Expédition de Périclès. — Êcîipse de soleil- — < Honneurs funèbres après la première campagne. — Peste dans l'Àttique. — Destsription de cette peste. — Courage d*flippocrate. — Disgrâce de Périclès. ~ Mort
de son fils Xantippe Rappel de Périclès. — Sa mort. — Gouiremement de
Cléon et de Nicias. — RenouTellement de la guerre. — Siège et reddition de Mi> tylèue et de Platée^ — Guerre çiirile à Corcyre. — Expédition de Démosthène. — — Proposition de paix rejetée à Athènes. —Défaite des Spartiates. —Expédition de Nicias. — Révolte à Hégare. — Bannissement de Thucydide. -^ Défaite et mort de Cléon. — Gouvernement de Nicias: — Trêve de cinquante ans troublée
. juir Aloibiade. *^
Riche de talents, de sciences, d'arts et de grands hommes, la Grèce aurait pu jouir en paix de sa splendeur, et devenir par ôon urbanité le centre du monde civilisé. L'empire des lumières est lé plus doux à conquérir et le plus facile à conserver; mais l'ambition des armes et du pouvoir égara tous les esprits : plus dangereuse qve les Perses,
5iO HisToiRi; pE u. GBÈqB. [Av. J.rPs 4?fc4}?.l
elle brisa le faisceau qui avait résista à TAsié, 0t prépara la mine des peuples qui se livrèrent à ses illusions. Jamais une guerre n'éclata daps un moment qui dût faire prévoir -plus de passions et de désastres.,! -amour de la liberté avait armé toute la Grèce ; la nécessité d'opposer l'hérqïsme au nombre, et de vaincre qu de jiérir sôi;s la ma^e des Per-i ses, avait électrisé toutes les âmes.
Après la yictoire, la jalousie des villes les unes contre leg autres alimenta le feu qu'une longue guerre aurait pu éteindre. L'esprit guerrier se soutint et changea seulement de direction. On n'avait plus à combattre pour Tindépendance, on courait aux arn^es pour se disputer la prééminence, et les plus petites cités , ne pouvant prétendre, comme Athènes et Sparte, à domiùer la Grèce, se grou-? paient élitour de ces deux villes, et leur prêtaient des armes pour déchirer la commune patrie.
Thèbes seule soujffrait impatiemment cette suprématie, et leur disputa bientôt le premier rang. Nous avons préseï^té plus haut le tableau des forces d'Athènes. Sparte pouvait armer huit miUe citoyens, dont chacun se faisait suivre par plusieurs Ilotes armés. On faisait combattre les esclaves dans une-extrême nécessité.
Dans toute la Grèce, les citoyens étaient conscrits et obUgés de servir depuis l'âge de trente ans jusqu'à celui de soixante.
L'infanterie pesante portait de grands boueUers, des laAces, des javelots et des sabres, ^infanterie légère combattait avec Tare et la fronde : ces troupes étaient divisées en corps de cinq cents hommes, et chacun de ces corps en quatre compagnies. On voyait dans ces armées peu de cavalerie; les plus riches citoyens-la composaient.
La marine consistait en vaisseaux de charge allant à la voile, et en vaisseaux de guerre ou gadères allant à la ranae» Ces galères étaient appelées ôtr^me*, trirèmes^ 'quinqi^érè' mes y suivant le nombre dés rangs de rames. Les rameurs étaient disposés obliquement par rang et par étage; On ap-
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pelait éperon une poutre armée d'une ppi^itede fe^-^et placée à la proue du vaisseau pour enfoncer les yaisseaùsii ennemis. > ' . - .
Les ij\atelots, rameurs et soldata, receyaieut uoe paye de' cinq sous par jour ; on en donnait uiie plus forte au pilote, Les plus ridiea citoyens armaient ces vaisseaux.
Démostbène fit ordonner que tout citoyen possédant dix talents équiperait une galère. Celui qui la commandait s'appelait triérarque. *•
La jeunesse se pfçparait aux travaux de la guerre, daàs^ les gymnases, par des exercices qui donnaiejlt à la fois de la force et de la grâce au fcorps. La musique éta^t fort honorée : on remployait, pendant la gu^erre, à exciter les? courages ; elle servait, pendant la paix, 4 calmer les passions, çi rendre les fêtes plus augustes, , les festins plus joyeux, les mœurs.plus douces. Le théâtre la corrompit en s'en servant presque exclusivement pour peindre et pour inspirer Tamour et la volupté. \
Jaloux de tout genre de gloi^e^- les jetines ^nà étudiaient les arts, récitaient des vers, s'appliquaient à l'étude de J^ philosophie, et cultivaient surtout l'éloquei^ce, qui, dans ces anciens temps, pouvait ouvrir la porte des plus grands emplois, et placer à la tète du gouvernement ceux qùi^^i étaient doués.
Toutes les écoles étaient tenues par différents maîtres, qu'dn appela sophistes^ nom qu'ils devaient justifier par une grande sagesse; mais la présomption, la subtilité, le^ paradoxes et la cupidité de la plupart d'entre eux^ justement tournés en ridicule par Socrate, firent depuis regarder le nom de sophiste comme une injure.
Les hostilités ne tardèrent pas à'suiyre la rupture entre Athènes et Sparte. Les Lacédémoniens avaient pour eux toutes les villes du Pélqponèse, excepté Argos, e^, borg de la presqu'ile, les Mégariens, les Locricns et les Béotiens.
Athènes avait pour elle Chio, Lesbos, Platée, l'Ionie, Ips peuples de l'Hellespont, les vifleà c|ô la Thrace.
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Une armée béotienne attaqua la ville de Platée; les troupes athéniennes marchèrent à son secours. Archidamus, roi de Sparte, vint à Corinthe, où il rassembla une armée^ que les secours de ses alliés portèrent au nombre de soixante iniDe hommes. Il envoya encore un député à Athènes pour engager la république à renoncer à ses prétentions ; fl fut congédié sans être entendu.
Les Spartiates et leurs alliés entrèrent dans TAttique. Les Athéniens n^aviient que dix-huit mille hommes à leur opposer; mais trois cents galères faisaient à la fois leur force et leur espérance.
On suivit le plan de Périclès,.^ et, sans opposer dans la plaine une résistance inutile, tous les habitants.de la campagne se réfugièrent dans la ville.
Les Spartiates firent le siège d'une forteresse nommée iEnoé; mais la résistance des assiégés trompa leurs efforts : ils renoncèrent à cette^ entreprise, mvagèrent sans obstacle TAttique, et vinrent camper à une demi-lieue d^ Athènes. De là ils provoquèrent les Athéniens par des railleries insultantes, se moquant de la timidité qui les retenait derrière leurs murailles.
Périclès eut besoin de tout son talent pour apaiser les murmures et contenir l'indignation du peuple. Bravant les outrages de Tennemi, il poursuivit tranquillement son plan, mena sa flotte sur les côtes de la Laconie, y fit ime descente, ravagea le territoire de Sparte, et, comme il l'avait prédit, il obligea par ce moyen les Lacédémoniens à se retirer de TAttique.
Pendant qu'il dirigeait cette expédition, il survint une éclipse de soleil qui effraya les matelots. Le piloté de Périclès, consterné, quittait le gouvernail : celui-ci, pour dissiper son effroi et lui expliquer ce phénomène, lui jeta son manteau sur les yeux en lui disant que la iune s'interposait ainsi entre nous et le soleil, ce qui nous privait momentanément de sa lumière.
Les Athéniens, délivrés de leurs ennemis, ordonnèrent
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par un décret qu'on mettrait toujours en réserve cent talents et cent vaisseaux, et défendirent, sous peine de inort) de s'en servir hors le cas d'Une nouvelle invasion.
Ces premiers succès leur donnèrent des alliés : ils conclurent un traité avec les rois de Thrace et de Macédoine, s^emparèrent de Céphalonie, du port de Nisée, et .ravagèrent le territoire de Mégare.
Tels furent les événements de la preiîiière campagne. On rendit de grands honneurs aux guerriers qui avaient pén : leurs os, rassemblés sous une tente, furent couverts de fleurs; on les porta^ensuite au monument élevé dans le Céramique et destiné à les conserver. Périclès,; pour immdrtaliser la nlémoire de ces ^ généreux citoyens, pronon^.a une oraison funèbre que Thucydide nous a transmise.
L'année suivante, TAttique se vît une seconde fois ravagée. Périclès conduisit de nouveau quatre mille hommes d'infanterie et trois cents chevaux dans le Péloponèse, qu'il dévasta, et TAttique fut encore évacuée. On proposa la paix aux Làcédémoniens, qui la réfugièrent. Pendant cette campdgné, la peste se joignit à tous les malheurs de la guerre. Jamais ce fléau terrible n'étendit si loin ses ravages : sorti de TÉthiopie , après avoir parcouru l'Afrique et l'Asie^ il vint dépeupler la Grèce.
TTiucydide nous en a laissé une horrible description. Ce mal attaquait successivement tous les organes; ses symptômes inspiraient l'effroi;* ses rapides progrès étaient presque toujours suivis de la mort. Dèà la première atteinte, l'âme était accablée ; le corps semblait redoubler de forces pour sentir plus vivement la douleur. Les malades, tourmentés par de violentes convulsions que ne cal-, mait aucun repos, faisaient retentir l'air de leurs crisi Los ulcères de leur corps, 'la couleur sanglante de leurs yeux frappaient d'horreur. Un feu çruei déchirait leurs enlrail- * les ; une pdeu^fétide s'exhalait de leur bouche, et éloignait lès .secours-.qu'^e invoquait; ils se traînaient en gémis-
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sant dans les rues, et se précipitaient dans lês" puits et dans les rivières pour éteindre la soif qm les dévorait..
D'abord l'amour et l'amitié se dévouèrent pour arrachcâr des victimes à ce fléau ; naais une prompte mort qui suivait ces sacrifices les rendit bientôt trop rares : la terreur Fem^î porta sur tout autre sentiment; les plus doux et les plus forts liens de la nature furent rompus : la fliort fit un désert autour d^dJ#, et la plupart des mourants expirèrent au sein de leur patrie dans la plus afEreuse solitude.
Non-seulement la peur éteignit la pitié, mais elle eut encore des suites plus funestes : elle corrompit les cœurs : on nip crut plus à la justice des dieux qui frappaiwit également le vice\et la vertu; et les hommes, voyant que^Jejg nature était si fragile et leur vie si courte, en conchfiBrot qu'ils devaient se hâter (fe jouir et de livrer sans eontrainte à toutes leurs passions les courts moments de leur existence.
Le célèbre Hippocrate, dont tous les niédecins modemea suivent encore les leçons, et qu'aucun n'a encore surpassé, existait alors à Cos. Le roi de Perse invQqua ses secours et lui offrit ses trésors. Hippocrate répondit qu'il devait ses services à ses concitoyens plutôt qu'à leurs enuemis, et il partit pour Athènes, où sa présence fut regardée comme l'apparition d'un dieu.
Luttîmt sans relâche contre l'horrible fléau, îi exposait sans crainte sa vie pour lui arracher quelques victimes, et il ne quitta l'Attique qu'aprèsi$ cessation de la peSte. Le peuple athénien lui décerna le droit de citoyen, une couronne d'or de cinq mille livres, et on ordonna qu'il serait entretonii aux dépens du Prytauée. ' '
Cependant l'Attique ravagée, les pertes causées parla
guerre, la dépopulation efirayante qu^ugmentait sans
cesse la contagion, avaient dissi^ \^ illusions des citoyçns
^les plus ambitieux : le peuple regrettî^it les douceurs de
*la paix et accusait Périclès de l'avoir rompue. Il fut mts^n
jugement^condamné à une àmendeet privé ^e dtjs emploidt
[430-422 av. J.-CO TROISIÈME AGE. S^15
Tout se réunissait alors pour l'accabler : son fUs Xantippe, qu'il chérissait malgré ses viees çt son ingratitude, fut enlevé par la peste ; la plupart de se? amis périrent victimes de ce fléau, et Tinjustice de 'ses concitoyens ne laissait aucune consolation à son cteur. . Mais bientôt les Athéniens, attaqués de nouveau par leurs ennemis, sentiment vivement combien les lumières JePéçiclès leur éta^çut nécessaires : ce peuple inconstant le rappela avec enthousiasme, comipe il l'avait chassé avec légèreté.
La prise de Potidée couronna encore cette année les 80*mç!S d'Athènes. A l'ouverture dp la troisième campagne, le^ Lacédémoniens attaquèrent la ville de Platée, qui se signala jfir nue défense digne de sa réputation: on put reconnaître pendant ce siège les progrès des Qrècs dans l'art militante; les assiégeants et les assiégés déployèrent pour l'attaque et pour la défense une grande industrie, et employèrent un grand nombre de machines^
Les habitants de-Chalcis, atjtaqu^ par les Athéniens, les battirent et les pom*suivirent jusqu'aux portes d'Athènes. ^
Sparte et ses alliés, voulant garantir la Pélaponèse des ravages auxquels la marine athénienne l'exposait anriùelleîU^jit, venaient de créer une amiée navale forte de quarante-six vaisseaux. La flotte dés Athéniens; commandée par Phormion,-mit en déroute celle du Péloponèse^ et lui prît douze navires. .
Cette victoire^t le depdçf triomphe qui signala Tadr ministratîpn de Périclès: ce grs^nd homme mourut, selon Plutarque, de la peste, ^çt, selon d'autres, de 1^ consomption. La fin de sa vie avait été troublée par de grands chaipins: la contagion, qui s^était rehouvelée,vaVàit enlevé toute sa famille et une. grande partie de ses amis ; victime de -l'ii^gratltiide d*un peuple auquel il avait consacré ses jours, il s'était tu dégradé par lui et condamné à une amende; Le repentir tardif 4^ cette nation légère Tavait raÇpelé; mais, ^'il pardonna à ses concitoy^s leur in^jùs-