HISTOIRB DB LA 0R4CB. [A?. 1.-C. ASS
à Thapsa prèa de cette ville, livra ime nouvelle bataille, défit les ennemis^ éleva un trophée, et entoura Syracuse de retranchements ipii la privaient de toute communication avec le deiiors.
Continuant 4 pousser ses avantages, il s'empara du fort de rÉpipode, situé suyme montagne qui dominait la ville. En vailles. Syracusains voulurent le reprendre; il repoussa leurs efforts. Les deux flottes se battirent : Lamachus périt d§ns ce ccSnbat; ^ais les Athéniens furent vainqueurs, et Nicias se rendit maître du grand port.
Le succès décide les faibles; la victoire trouve toujoiu^ des alliés : plusieurs peuples de Sicile vinrent augmenter les forces deâ assiégeants. Syracuse, consternée et ,se croyant perdue, demanda à capituler. Les articles étaient réglés ; on était près de les signer, lorsque tout à coupi Gylippe parut avec rarmée^lacédéraoniehne.
Nicias avait négligé d'opposer des obstacles à leur débarquement : Tardeiu'^et le courage des Syracusains se ra" nimèrent à la vue de leurs libérateurs : ib sortirent en foule de leurs murs, renversèrent tout ce qu'ils trouvèrent suiveur passage, et se réunirent aux Spartiates : alors tous ensemije marchèrent avec impétuosité contre TÉpipode el le prirent d'assaut.
Nicias perdit beaucoup de monde dans ce combat, et se retira sur le cap de Plemmyre, qu'il fortifia. Les flottes se livrèrent bientôt deux batailles sanglantes. Dans un premier combat, les Athéniens eurent l'avantage ; mais dans . le second leur aile gauche fut enfoncée et mise en déroute. .Malheureusement la morale est presque toujours exclue de la politique, et les États se croient plus dispensés que les particuliers de garder leur foi.- La victoire de Gylippechangea les dispositions des peuples de Sicile, et la plupart des alliés d'Athènes, passant dans le parti de Sparte, se déclarèrent pour Syracuse.
Nîgas écrivit des lettres pressantes à Athènes pour demander son rappel ou du secours : on refusa sa démission.
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Mènandre et Euthydème partirent pour le soulager dans ses travaux. Eurymédon lui amena dix galères chargées de vivres et d'argent : enfin on annonça que Démosthène, destiné à remplacer Lamaclius, allait partir incessamment avec des forces considéraldes.
Cependant Agis, roi de Sparte, suivant- les conseils d'Alcibiade, entra dans FAttique, la ravagea, fortifia Décéliç à six lieues d'Athènes, et, dans cette position, ôta aux Athéniens toute possibilité de recevoir les produits de leurs mines et les revenus de leurs terres.
Athènes souffrit tous les maux de la plus extrême disette. Les esclaves désertaient en foule; le peuple éclatait en plaintes; rennemi menaçant la ville par des attaques continuelles, les citoyens se voyaient (d)ligés de monter la garde jour et nuit.
Pendant ce temps, Gylippe et ses aUiés redoublèrent d'efforts contre Nicias. Ils attaquèrent d'abord Plemmyre avec quatre-vingts galères: eUes soutinrent un grand combat qui ne fut point encore décisif ; mais le lendemain Gylippe prit le fort d'assaut, et s'empara de tout l'argent et des munitions qu'il renfermait.
Les Athéniens se vengèrent de cet échec en détruisant onze galères ennemies, et se retirèrent dans une petite île près de la côte. Le moment qui devait décider du sort d'Athènes et de Syracuse était arrivé. Hermocrate, Gylippe et leurs alliés, ayant réuni toutes leurs forces, vinrent présenter la bataille aux Athéniens. Nicias Voulait attendre l'arrivée des secours promis : pour cette fois, la temporisar tion était sage ; mais la jalousie de Mènandre et d'Euthidème les porta à s'opposer à son avis. L'impatience athénienne les seconda : Nicias se vit forcé de' combattre/ Il fut défait, perdit ses galères, et sa flotte découragée prit la fuite. Le lendemain celle de Démosthène parut; il amenait soixante-treize galères et huit mille hommes. s
Syracuse, eflrayée, se montrait disposée à traiter : Nicias rapprit par des intelligences qu'il avait dans la ville;
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il (^niieiQ^ d'attendrie et de négocier* }ll^$ Démosthène ne TQuïçdt pas être venu de al loin sajtts combattre ; il reprocha à Nicias sa timidité, enflamma par sa véhémence les .esprits de Tarmée, et' fit décider Tassaut.
On enfonça d'abord les ennemis; mais an moment où Ton fie croyait sûr de la victoire, les troupes de Thèbes survinrent et rétablirent le conabat. Une terreur panique s'empara des Athéniens; la nuit augnaenta le désordre; ce ne fut plus qu'une déroute : le& soldats, poursuivis par Tennemi, jetaient leurs armes et se laissaient massacrer ôaiis résistance. Le carnage fut affreux : la perte se monta à plus de huit niille hommes : le reste de Tannée se sauve dans des marais. , ,
Un nouveau secours/ arrivé à Gylippe sur ces entrefaites, augmenta le découragement On voulait se retirer; mais les Syracusains^ coupaient la retraite pa£ terre et par mer. Eurymédoh périt en livrant un combat; ses galères échouèrent dans le fond du golfe.
L'intrépidité de Nicias redoublait aVec le péril; il repoussa les efforts de Gylippe. Cependant, pour lui enlever sa dernière ressource, les Syracusains avaient fermé le grand port avec de$ chaînes de fer. Les Athéniens, se voyant investis et sans vivres, se déteraq^inèrent à livrer un dernier combat. Nicias remplit cent dix galère^ de soldats, et jeta Iç reste de ses troupes sur le rivage.
Les galères, athéniennes se précipitèrent, sur les. chaînes pour les briser; cielles de Syracuse accoururent pour s^y opposer. Les deux armées se mêlèrent et s'entassèrent tel- . lisment dans tm lieu étroit que toute manœuvre devint alors impossible : on se joignait bo;rd à bord^ on combattait corps à corp3 comme surjerre.*
. Après plusieurs heures d'une mêlée furieuse et d'une lutte opiniâtre, la flotte des Athéniens, battue, fut repoussée et poursuivie sur Iq rivage, où ils abandounèrent tous leurs vaisseaux.
LVmée voulut alprs se retirer paf tefrej mais qï\ prît
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trop tardivement ce parti; tous les paissages étalent gardés. Bravant ces obstacles, après avoir abandonné en gémissant les malades et les blessés à la fureur de l'ennemi, on se mit en marche : inalgré la consternation que causait cet affreux désastre, la retraite se 'fit d'abord en bon ordre, quoiqu'on fût toujours harcelé par la cavalerie. .
La nuit, on crut devoir changer de route : Tariiére-garde commandée par Démosthène> s'égara dahs Totscurité; elle fut attaquée, investie ; et, après une longue défense, Démôsthëne se vit; contraint dfe se rendre avec les six mille hommes qu'il conduisait, '
Nicias, poursuivant sa marche, traversa une rivière et établit son camp sur une hauteur^ Bientôt, entouré par des forces ennemies, il négocia, oflWt de payer les frais de la guerre, et de donner des otages. Pour toute réponse on l'attaqua : ne cherchant plus 4'e sàlut que dans son courage, il enfonça les ennemis, et èq rétira sur les^ bords du fleuve Asinare. "
Là, les èbldats, accablés de fatigue et de soif, voulant se désaltérer, furent massacrés en grand nombre dans le fleuve par les Syracusains qui léspousuivaient. Nicîas, ne j>ouvant plus rétablir Tordre, se rendit à Gylippe, à condir tion qu'on épargnerait lé reste des troupes.
Le nomibre des prisonniers était prodi^eux. Les Syracusains retombèrent en triomphe dans leur capitale : tous ies arbres de la route furent érigés en trophées et chargés des armes des vaincus. ' >
Le sénat et le peuple de Syracuse délibérèrent sur letir sort. La foule demandait la mort des cajitifs : Ni'colaû^ vieillard vénérable, fit un discours touchant pour prouyer aux Syracusains qu'une Vengeance' si atroce déshonorerait^ leur victoire. Dioclès eniraina les suffrages, et fli^'envoyer au suppUce Nicias et Démosthène.
On renferma les autres captifs dans de Vastes carrières, où ils ne recevaient pour toute nourriture qu'un peu de fa-
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rine et d'eau. La plus grande partie mourut de misère ; on yendit le reste comme esclaves.
Tel fut le dénoùment de cette fatale guerre, conseillée par là vanité d'Alcibiade, et rendue^si funeste par sa trahison. Elle ne justifia que trop le mot de Timon, fameux piar saliaine contre les homme. Ce misanthrope farouche, voyant les progrès du crédit d'Alcibiade dans sa patrie, lui dit un jour : «"Courage, mon fils, continue de t'agrandir, a et je te devrai la perte des Athéniens ! »
Au moment où Athènes voyait ses canapagnes ravagées, ses Mnes envahies, ses murs menacés par les Spartiates, elle apprit la mort de Nicîas^ de Démosthène, et la destruction totale de ses Sottes et de ses armées.
te peuple, consterné, sans galères, sans argent, sans soldats, 131e pouvait compter sur Tappui de'^es alliés, qui n'avaient subi que forcément son joug, et qui n'étaient attachés qu'à sa fortune : aussi ils abandonnèrent Athènes dès qu'ils la virent vaincue. Les peuples de Thrace, d'Ionie, ceux de reubée, de Chio, de Lesbos, se mirent sous la protection de Lacédémone, et trouvèrent "spn parti le plus juste, parce qu'ildevenait le plus fort.
. Quelques villes d'Asie, plus courageuses ,et plus clairvoyantes, demeurèrent fidèles.
Tissaphernc, gouvenieur de Lydie pour le roi de Perse, et Pharnabaze, satrape de rHellcspônt, promirent des subsides aux Spartiates slls voulaient les aider à priver ces villes de leur liberté, et détruire ainsi les derniers, alliés d'Athènes.
Sparte y consentit au mépris dçs lois de Lycurgue : le désir de dominer lui fit recevoir l'or étranger, et ellç s'ar- . ma contre la liberté grecque. C'est ainsi que la cour de Perse, vaincue par les' armes, de la Grèce, mais triomphante^^ar l'intrigue, profita des divisions de ses ennemis pour les corrompre et les abaisser.
Alcibiade se voyait plus Vengé qu'il ne l'avait espéré : la vengeance n'est une jouissance que dans l'éloignement;
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dès qu'elle est satisfaite, elle déchire Tâme daijs. laquelle elle n'a pas effacé toute tf'ace de vçrtu.
Dès qu'Alcibiade vit Athènes au bord de sa ruine, son amour pour son pays se réveilla : pour empêcher le triomphe cempletde Sparte, il traversa lés négociations de Tissapherne, et multiplia les intrigues pour en retarder le succès. Il y serait peut-êtrerparvenu, tant il avait de crédit sur le peuple lacédémonien ; mais il s'était attiré la haine d'Agis, roi de Sparte, dont il avait séduit la femme, Tîméa. Cette teine, *trop passionnée pour être prudente, fit éclater ceite coupable liaison : son scandaleux aveuglément fut tel, que, devant ses arnis, elle donnait à son en^ faut, Léotychîde, le nom de son amant. Agis, justement irrité, profita pour perdre Alcibiade de ces imprudences et de J'enthousiasme que le- peuple montrait pour lui : il . parvint à exciter la jalousie du sénat, celle des éphores, et prit avec «ux deô naesures pour se défaire d\m homme si remuant.
Alcibiade, averti du danger qui le menaçait, se sauva à Sardes, et changeant tout à coup de système, de mœurs, de costume et de langage, il: devint en peu de temps le favori de Tissapherne.
Maître de l'esprtt de ce satrape, il rengagea à tenir Li balance entre Athènes et Sparte, en lui prouvant que la ,> ruine d'une de ces ville? mettrait l'autre en étiït <}e dispo- î ' ser de toute la Grèce contré la Perse.
Ces intrigues laissant aux Athéniens le temps de respirer, ils levèrent des soldats, construisirent des galères,, et ' firent rentrer plusieurs' villes dans l'obéissance. Us appri- ' .. rent alors que Tissapherne faisait venir cent" einquaate ; vaisseaux phéniciens pour- les joindre à la flotte persane r ' une force si considérable pouvait, suivant le partiqueprén- ;j ' drait le satrape, écraser Athènes ou la délivrer deélÈ|cé- ^ démoniens. ...
Le peuple athénien se repentit alors d'avoir maltraité Alcibiade, dont il rédoutait la dangereuse influence. Celui- I. 5i
84i HTSTOmB DE tk GRÈGE. (Af. l.-C iiSf-40A.]
ci profita de cette circonstance, et fit dire s'^crètement à ses concitoyens qii'il leur procurerait l'alliance de Tissapherne, pourvu qu'où détruisît la démocratie dans Athènes..
Le peuple, indigné, s'opposa d'abord. vivement. à cette révolution; mais le danger était imminent, les ressources nulles. .Le parti démocratique ^fulybligé de consentira tout pour sauver rÉtat. ' ^
On envoyal'isandre'et dix député'? ^Sardes pour traiter avec Tissaplierne ^t avec AlcilJiade. Le satrape exigeait impérieusement qu'Athènes abandonnât toute Tlonie : les Athéniens n'y voulaient pas consentir. Fatigué de ces lenteurs, Tissapherne conclut une alliance avec Lacédémoûe, qui promit formellement de céder au roi de Perse le§ provinces grecques d'Asie. . ,
Cependant la révolution commencée dans Athènes «V cheva : la démôçï'atie fit place à l'oligarchie, et le gouvernement de la république fut confié, avec un pduvoir absolu, à quatre cents ^citoyens pris dans la classe la plus opulente. Le sénat résistait encore ; mais les quatre cents magistrats nominés entrèrent dans le lieu des séances, arnxés de* poignards., et forcèrent les ^nateurs à se disperser. " . - ^
Cet acte de vidence fut suivi d'une cruelle proscription : on emprisonnait, on égorgeait les partisani^ de la démocratie, on pillajt leurs biens, et lesnouveeux magistrats se montraient plus cruels pour le peuple que ses ennemis.
L*armée, qui était à Samos, apprenant ces atrocitéâ, se révolta, déposa ses chefs, et mit i leur plaée Thazile et Thrasybule. Ils rappelôreut Alcibiadé, qu'ils nommèrent leur général. ^
Les.Lacédéiiioniens, au lieu de profiter de ces troubles et d'attaquer promptement Athènes, portèrent leurs armes dans l'Eubée, et s'en emparèrent. Cette feute sauva pour le moment les Atlïéméns ; ils reprirent courage, con-
firmèrènf le rappel d'Aloibiadle, let déposèrent les quatre cents magistrats qui avalent tant abusé dé leur pouvoit* précaire.
Alcibiado ne voulut point rentrer dans Athènes avant d*avoir' réparé seô torts par des services, et ses t]»ahisOns par des victoires : à la tête de . quelques va'isseaux ioniens, il se joignit à là ilotfê athénienne, attaqua în^pétueusement les Lacédémoniens près'd^Abydos, les défit complètement, et leur prît plus de trente vaisseaux. " *
Après cette victoire, il courut à Sardes avec son audace et son. imprudence accoutumées, pourvoir Tissaphèrne, et pour jouir devant lui de son 4triômph^; Le satrape le fit arrêlerl mais il corrompit quelques gardes, en tua d'autres, se sauva, rémonta sur sa flotte,.et, après s*ètre réuni à Tliéramène et à Thrasybule, il marcha versCyzique avec quarante vaisseaux.
Le satrape Pharriabçiî^e et Mîndare de Sparte commandaîBnt dans ces parages des forces très-supérieures aux siefmeà. Il n'approcha d'abord des*enûemis qu'aveti la moitié de aies vaisseaux, pour les attirer loin de la côte fen leur inspirant une trompeuse confiance.
€e qu'il avait ikrévu arriva : voyant le petit nombre de ses bâtiments, ils coururent sur lui endésordre, comptant sur uiie victoire prompte êl facile; mdis peu de temps après que le combat fut commencé, le reste de la flotte athénienne parut;, tomba sur les Perses et les Spartiates, et les mif en fuite. Profitant de cet avantage, AÎcibiade débarqua promptement sur la côte, battit Pharnabaze, fit un grand carnage deé enneihis, et tua de sa propre main Mindare, général des Lacédémottiéns.
Cependant te rbi Agis s'était avancé avec une flotte près d'Athènes. Tliazile le combattît et le força à se retirer. Mais, quelque temps âpres, la flotté dé Tiâsâpheme liii fit éprouver un échec, et il prit le^arti de rejoindre AIcibiade; dans sa route, il'^'empàra de quatre vaisseaux syracusaîns,
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Alcibiade^ ayant idnfii réuni toutes les foreeii d'Athènes, marcha contre Tissapheme, et lui livra une grande bataille; l'armé persane et phénicienne fut battue et presque détruite.
Cette victoire rendit lés Athéniens maîtres de la mer de rHellesponf , et répandit up tel effroi dans Lacédémone qu'elle demanda la paix.
La haine des Athéniens était trop animée"^ pour être prudente; ils manquèrent cette occasion de relever solîdenaenjt leur puissance^ et refusèrent toute négociation.
L'année suivante, Akibîade fit la conquête. de Chakédoinè^ de plusieurs autr«^.places, battit Qncore'Phamabàze, et revint enfin à Athènes avec des vaisseaux chairs de lajmers, de captifs et de butin.
Rien lïe peut se comparer à Téclat de cette^ entrée triomphale. Athènes, qui s'était crue perdue, se retrouvait victorieuse : les hommes faisaient éclater violemment leurs transports par des cris ; lès femmes, les vieillards^ les enfants exprimaient leur joie par de)s larmes. Alcibiade fut reçu comme un héros^ comme un libérateur, et presque comme un dieu. ' . .
Rassemblant le peuple, il voulut se justifier de l'ancienne accusation portée contre lui ; mais la fortune l'avait absous; on casça le décret qu'il l'avait banni, et on ordonna aux prêtres de révoquer leurs malédictions. Un seiU s'y refusa, disant qu'il n'avait maudit qu'un sacrilège, et que, si Alcibiade était iimocent, l'ahathème ne tombait pas sur lui. . .
Le peuple, dans son ivresse, ne se contenta pas de rendre au vainqueur ses droits et ses biens, oubliant que Miltiade n'avait pu obtenir une couronne de laurier, il donna au banni, une couronne d'or, et lui confia le commandement général des forces de^ terre et de. mer.
L'enthousiasme pour Al<îibiade allait toujours croîs- "sant : on pensait à le faire roi; mais les plus sages citoyens, redoutant cette nouvelle tyrannie qui détruirait à
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jamais leur liberté, pressèrent te départ des cent vaisseaux qu'ileommandait. Comme il aimait encore plus la gloire que rautorité, il obéit; mais avant dé s'embarquer^ il fit une action digne de son audace et très-agréable aux Athéniens.
Depuis longtemps les Lacé(}^moniens occupaient la campagne ; on était obligé de se rendre par mer à Eleusis pour y célébrer les mystères : Tépoque de ces fêtes arrivée, Alcibiade,,bravant les ennemis^ voulut qu'on suivit Tancienne coutume, et fit passer dans la plaine les pontifes, le peuple et le cortège ^u milieu d'une haie de soldats. Cette pompe religieuse et cette témérité guerrière imposèrent aux SpartiWs, qui ik'osèrent ni interrompre la marcbe^i troubler la cérémonie.
Une si heureuse hardiesse redoubla Tenthousiasme du peuple pour son héros ; mais il ne tarda pas à éprouver de nouveau rinconstance de ce peuple frivole, qui passait si rapidement de la colère à la tendresse et de Tamour à la haine.
' Lacédémone, menacée de se voir attaquée à son tour^ litoulut opposer à Akibiade un adversaire digne de lui, et donna le commandement de ses flottes à Lysandre, deJa famille des Héraclides.
Lysandre était brave, habile, ambitieux, insinuant, et fait pour arriver au plus haut degré de gloire, si ses vertus avaient égalé ses talents.
Dans ce temp» le roi de Perse, Darius, animé contre Athènes, envoya son fils,' le jeune Cyrus, à Sardes, avec Tordre de surveiller la conduite de Tissapheme, dont le sytème tendait à protéger tantôt Sparte, tantôt Athènes, afin de prolonger leur division pour augmenter leur faiblesse.
Lysandre, informé de ces circonstances, arriva à Sardes, flatta l'amour-propre du jeune Cyrus, et gagna sa faveur par son adresse. Le prince, qui voulait s'assurer d'un appui pour monter au trône, se déclara ouvertement en fa-
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veur de fi^rte^ et prodigua ses trésors, Bfo d'augmenter la paye.de l'armée de Lysandre.
Cette augmentation de' solde lui. attira beaucoup do monde, et fit.mème déserter uo grand nombre dç matelots athéniens.
Lysandre, trouvant de cette sorte en Asie toutes les te^ sources nécessaires, établit son arsenal à Épbèse.
Alcibiade, obligé de chercher des secours, débarqua eii lonie^ pour y ramasser quelque argent ; et comme il laissait le commapdeinent de la flotte à Antiôchus, doutles tplenta lui inspiraient peu de confiance, îHui défenditde combattre pendant son absence*- Antîochus n 'exécuta point cet ordre ; il s'approcha avec sa galère des Lacédémonieq^ $t les provoqua par des railleries et des menaces: ils sortirent delà rade et coururent sur lui. Ses vaisseaux marchèrent à sou secours ; Taffaire devint générale : il fut bfltttu et perdit quinze galères.
Alcibiade, irrité de cet échec, votilut prendre sa revanche, rassembla des vaisseaux à Samos, et présenta la bataille à Lysandre, qui Tévita avec prudence. Les ennemis d'Alcibiàde, dans Athènes, n'avaient été que comprimés ; leur haine profita de la défaite de la flotte pour éclater : Thrasybule Taccusa devant le peuple ; il lui reprocha d'a^ voir âJ)andonné ses vaisseai^x, et d'entretenir des intelli-« gences cçilpables avec les satrapes.
Le peuple, toujours crédule <pand Tenvie parle , et toujours^ sévère contre le* malheur, condamna de nouveau au bannissement le guerrier qu'A avait vpulu, peu de temps auparavant, porter au trône. On refusa d'entendre sa défense, et dl fut obligé de se réfugier dans la Cher« sonése. ' -
Lysandre profita de cet événement, conquit plusiaura villes et y établit le gouvernement aristocratique. Ses services furent presque aussi mal i éconipensés à Sparte que ceux d'Alcibiade ravalent été à Athènes. Les répuUiquea sont ingiiites, parce qu'elles craignent 4ouioô qui s'élève«
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Le commaiMlemâAt:4e la flotte lui fut ôtô et dotmé à Calli« cratidas. Les Athéjiiens remplacèrent AlcLbiàâe'parConou. Lysandrè se vengea bassemeutde rinjùstice qu'il éprouvait, et renvoya dans la ville de Sardes tout ce qui restait d'argent pour, la paye des. troupes. Cyrus l'approuva, comtne s'il avait prêté ce secours à un homnae et. non. à là république. En vain Callieratidas voulut lui faire des représentations, le prince les rejeta avec ua^ hauteur humiliante. Callicratidas, blessé par Torgueil persan', forma le projet de réconcilier les Grecs, afin de tourner leurs armes contre Teilnemï commun. Mais il faut plus de temps et d*efforts pour>éteindre la haine que pour rAllumer, et le sort ne lui permit pas de consommer cette heureuse révolution.
La vîngt-aixième année de la: guisrre du Péloponèse commença, (lonon $e vit bloqué par. Callicratidas dans la baie dâMytilçne. Athènes envoya à son secours cent cinquante vaisseaux. Callicratidas, quoique beaucoup moins fort, les attaqua : son premier choc fut si impétueux qu'il eii coula bas plusieurs ; mais lé sien se trouvant accroche par^elui du fils de Périclès, il fut entouré et tué après avoir fait des prodiges dé valeur. - . :
Sa mort découragea ses troupes : le désorde se mit dans Tarmée l^acédémonienne 5 elle prit la fuite après avoirperdu cinquante vaisseaux. . -
Ce combat, donné près des Arginusee, releva les espérances des Athéniens: ils dressèrent un trophée sur la côte. Leurs" généraux, trop pressés de suivre les opératious^^négligèrent d'exécuter les ordres de Cononet d'enterrer les morts. Le peuple d'Athènes, à.la fois léger, 8upérstitieu;Ê et jcruet, mit en jugement ces braves guerriers, et dix d'entre eux furent condamnés à mort.
Sparte se consola de sa défaite par la gloire que ses guér« rier» s'étaient acquise en combattant hardiment des forcei? aussi supérieures en nombre.
Avant la bataillai quelques amis de Callicratidas le blà-
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niaient de ne pas se retirer au Jtieu de combattre; il Ifeùr pè^pondit : « La perte d^me flotte est Uiï mal que Sparte « peut réparer ; mais la fuite serait une honte irréparable a pour elle et pour moi. »
Lysandre n'avait pas cette antique rudesse : une de ses maxiiaes était qu'il fallait coudre la peaii du renard où la peak du Don ne pouvait suffire.
Ses talents devenant plus nécessaires quç' jamais, on lui rendit le commandement. Il obtint de Cyrus tout Targent et les secours t[u'il désirait; ouvrit la campagne avec activité, s'empara deLampsaque et la livra'au pillage.
L'armée athénienne, qui marchait i>our la. secourir, arriva trop tard à iEgos-Potamos, près de cette ville. Alcibiade, qui habitait dans le voisinage, vint trouver secrètement les générauî^, ^t les avertit des dangers qu'ils couraient s'ils voulaient cornbattré^-dans une position si désavantageuse : il leur conseilla d'attendre, et leur offrit d'attaquer lui-même, par terre, Tennemi avec des troupes de Thrace qui étaient à sa disposition.
On méprisa ses conseils et on refusa ses offres. Lysandre, dissimulant ses desseins, semblait éviter le combat : son apparente timidité inspira une funeste confiance aux Athéniens; leurs* équipages quittèrent leut^ vaisseaux et 'descendirent à terre pour se livrer au repos et aux plaisirs. Lysandre, saisissant le moment favorable, attaipia la flotte à rimproviste^t s'en empara. Conon put à peine se sauver avec neuf galères. Les Lacédémoniens étant débarqués forcèrent le camp, le pillèrent, cft firent prisonniers les généraux et trois mille Athéniens , dont Sj[>arte ordonna sans pitié le massacre.
La suite dii désastre d'^Egos-Potamos fat terrible. Lysandre s'empara dé toutes les villes maritimes, et vint bloquer le port du Pirée. Agis et Pàusanias assiégèrent Athènes. Cette malheureuse ville, cernée de tous côtés et ne pouvant réparer la destruction ^e sa flotte et de son armée, propoisa d'abandonner ses prétentions, ses droits.
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ses alliés et TAttique même, pourvu qu'on laissât le port libre et la ville indépendante ; mais les éphores exigèrent qu'on la démantelât.
Théraraène, envoyé par les Athéniens pour négocier avec Lysandre, ne put rien conclure : le sort de cette république fut soumis dans Sparte à la décision du sénat et du peuple.
Les Thébains demandaient vivement sa ruine : Lysandre s'y opposa ^ et prétendit « qu'en détruisant cette superbe « ville, on crevait un des yeux de la Grèce. » Enfin ]gL ^ p^ix fut accordée ^ux conditions suivantes : les fortifications devaient être démolies ; on ne laissait â Athènes que douze galères; elle rendait la liberté â toutes les villes qui étaient sous sa dépendance, et se soumettait ellemême aux Lacédémoniens en prôpiettant de les servir dans toutes leurs guerres.
La famine força les Athéniens de ratifier ce lïonteux traité. Lysandre, .arrivant en vainqueur dans le Pirée , en fit raser les fortifications au bruit des instruments ; entrant ensuite dans Athènes^ il y parla en maître^ obligea le peuple âfdîssoudre Toligarchie, et nomma pour gouverner la république trente archontes qui méritèrent, par leurs crimes^ une funeste immortalité sous le nom des trente tyrans. .
. Après ce traité , qui termina la guerre .du Péloponèse, Sparte, sans rivale^ ne trouva plus d'ennemis dans la Grèce : toutes les îles se soumirent. Lysandre, ne rencontrant aucun obstacle dans sa marche, n'eut qu'à p^aitrc devant les villes ; elles lui ouvrirent leurs portes et reçurent ses lois, n en changea le gouvernement â son gré, abolit la démocratig> et établit partout des décemvirs de son choix et qui lui étaient dévoués. 11 ordonna ensuite â Gylippe de le précéder et de porter à ^âpapledes sommes immen^ 4'or et d'argent, fruit de ses conquêtes.
Le héros>ife la Sicile ^ui avait triomphe des plus illustres géiioranx d'Âthcnos, vaincu par l'avarice, ne put
résister à Tappât de l'or, et déroba, pendan* la nuit, un cinquième des trésoi^s qui lui étaient confiés r Ce .vol fut découvert; et Gylippe, sans attendre son jugement^ se condanuia lûi-mème à l'exil.
Cependant on délibérait à-Sparte.si Voix recevrait dans la* ville ces riehes^s proscrites par les lois. Les débats furent vifs entra la morale et la cupidité : les éphores, invoquant Pombre dé Lycurgue , voulaient qu'on refusât ces. funestes présents. Tout autre ennemi aurait été rè« poussé avec fierté ; mais on capitula aVec Tpr.
Le peuple décida qu'il serait seqn , niais non partagte que les particuliers ne pourraient en faire aucun asa^i^^ qu'on ne l'emploierait qu^aux -dépenses publiques.
C'est ainsi que la richesse pénétra dans les murs de Sparte. Bientôt ellëxhangea ses mœurs ; et Lysan^re fat à la fois le destructeur d'Athènes et le corrupteur dé L^eé* démone.
. La faiblesse fôt toujours condamnée, et la fOTce déifiée ; les Grecs accablèrent- d'éloges le victorieux Lysandre; leur flatterie lui dressa des autels. Enivré d'orgueil, il s'érigea lui-même une statue. Les poêles chtotaient ses louanges;et^ sur tous tes Ûiéâtres/ les peuples subjugués par lui célébraient ses triomphes,- qui avaient délivré la Grèce de l'ambition d'ilthènes. .
Il est vrai' que les Athéniens ïléguisaient si peu leurs désirs^ immodérés. de domination, -que dan^le bourg^d'Agraule ils faisaient faire serment ^ la jeunesse d'étendre partout la puissance d'Athènes, et de ne reconnaître d'autres bornes à la république que. celles des pays où Von ne trouverait ni vignes, ni grains, ni oliviers. Mais si Athènes était ambitieuse, Sparte n'était pas jjfus modeste , et tout prouva bientôt qu'on n'avait fait que changer de nitattre.
[AOWOO av. X^] TROISIÈME AGB. 6H