‹ Histoire ancienneChapitre 25 sur 116 · CLÉOPÂTRE SEULE · texte numérisé non relu

CLÉOPÂTRE SEULE

On apprit bientôt en Ég3rpte que César, aspirant au trône^ avait été assassiné par Brutus et Gassius, derniers et cruels défenseurs de la liberté romaine. AQtoine, Lépide et Octave, qu'onnommadepuis Auguste, fonnèrent un triumvirat pour venger la mort de César. Cléopâtre se déclara pour eux, et leur envoya les quatre légions que ce grand homme lui avait laissées ; mais Cassius s'en rendit maître.

Cléopâtre arma ses vaisseaux et monta sur sa flotte pour aller au secours des triumvirs; une tempête Tobligea de revenir en Egypte.

Un an après, Cassius et Brutus ayant été vaincus et tués à Philippes, Antoine arriva en Asie, chargé par ses collègues de gouverner cette partie du monde. Tous les rois et les princes d'Orient vinrent en foule recevoir ses ordres et lui présenter leurs hommages.

• Ayant appris que le gouverneur de la Phénicie, qui dépendait alors de FÉgypte, avait envoyé des secours à Cassius, il cita fièrement Cléopâtre à son tribunal, et lui ordonna de comparaître devant lui pour se justifier. Il l'attendait dans la ville de Tarse.

Cette reine superbe s'embarqua avec ses trésors et un cortège magnifique; elle partit, non pour se défendre,

! [»M0 fty« J.-G.] lAOIBSS. 85

mais pour vaincre Antoine. Arrivée en Asie, elle parut sur le Cydnus dans une galère dont la poupe était éclatante d'or, les voiles de pourpre, les rames garnies d'argent; le tillac était couvert par un pavillon où brillaient desétoffestissuesd'or.Ony voyaitCléopâtre vêtue comme on représente Vénus, et entourée des plus belles filles- de sa cour, sous la forme de Grâces et de Nymphes. Les airs retentissaient du son mélodieux des instruments; les avirons, frappant l'onde en cadence, rendaient "ces sons plus agréables; on brûlait sur le tillac des parfums qui répandaient au loin leurs douces odeurs, et le rivage se rem- . plissait d'un peuple nombreux qui prenait Cléopâtrepour nne divinité, et se prosternait devant elle.

Tous les habitants de Tarse en sortirent pour aller admirer cet étonnant spectacle, de sorte qu'Antoine, voulant conserver sa dignité, resta seul dans son tribunal, entouré de ses licteurs.

n invita la reine à souper dans son palais; mais elle lui fit dire de venir la trouver dans sa tente, où elle lui avait fait préparer un festin.

n céda, la vit, s'enflamma, ne parla plus de ses griefs ; et, loin de se montrer connue un juge sévère, il ne fut plus dès ce moment qu'un esclave soumis.

Les jours se passaient en fèteset en plaisirs ; la reine y déployait le plus grand faste, et, lorsqu'elle donnait des festins, elle distribuait aux officiers romains les vases d'or et d'argent qui couvraient sa table. Antoine voulait en vain rivaliser avec elle de magnificence ; Gléopâtre avait soutenu devant lui qu'elle dépenserait deux millions dans un festin, et, comme il en niait la possibilité, elle fit dissoudre dans le vinaigre une perle qui valait un million et l'avala. Antoine obtint d'elle de conserver une autre . perle du même prix, qui fut envoyée au Capitole.

Le premier sacrifice que le général romain offrit à son amour fut un crime. Cédant aux prières de Cléopâtre, il fit mourir sa sœur Arsiuoé, qui s'était retirée à Milet, dans

86 HISTOIRE d'Egypte. ' [Ay, !.-ۥ sss-so.]

le temple de Diane, asile sacré qu'elle croyait inviolahle. Antoine, oubliant sa gloire, suivit Gléopàtre dans l'Egypte, que ruiiiait et scandalisait leur luxe eflfréàé.

La reine ne le quittait ni dans ses plaisirs ni dans ses exercices^ Un jour il péchait à la ligne près d*elle et ne prenait rien. Cléopâtre fit attachera sa ligne, par un plongeur, un gros poisson cuit et salé; et, après i'avoîr raillé sur son succès , elle lui dit : « Laissez la ligne à « nous autres reines d'Asie et d'Afrique : la pêche qui « vous convient est celle où Tcm prend des villes , des a royaumes et des rois. »

Antoine, obligé de retourner è Rome, sortit un momentt des chaînes de 'Gléopàtre, Son asservissement l'avait brouillé avec Octave ; il se raccommoda avec lui et épousa sa sœur Qctavie. Mais, étant depuis chargé de faire la gueri'e auxParthes, il revint en Orient, revit Cléopâtre, rentra sous son joug, et s'enflamma plus que jamais pour elle.

La reine protégeait les sciences et cultivait elle-même les lettres : elle fit reconstruire la bibliothèque d'Alexanderie. Antoine lui envoya de Pergame deux cent mille volumes.

Les historiens assurent que Cléopâtre parlait avec facîlté les langues grecque, romaine, hébraïque, arabe, éthiopienne, et celles des Syriens et des Parthes î ce qui est d'autant plus difficile â concevoir, que ses prédécesseurs savaient à peine l'égyptien, et avaient presque oublié la langue des Macédoniens.

Quoique Antoine fût reveau dans les fers de Cléopâtre, cette reine orgueilleuse, qui prétendait être sa femme légitime, ne pouvait lui pardonner l'hymen d'Octavie, Pour l'apaiser, il sacrifia les intérêts de Rome, et lui donna la Pbénicîe, l'Ile de Chypre, une partie'.de la Cilicie, de la Judée, de la Syrie et de l'Arabie. Ces largesses, faites aux dépens de l'empire romain, irritèrent Octave. L9 vertueuse Octavie voulut en vain les réconciher : elle partit de Rome pour rejoindre son époux j mais Antoine, soumis

[IÎ3-30 av. J.-G.] LAfilBES. 87

aux ordres de la reine, défendit à la malhenrense Octavie de dépasser Athènes; et, peu de temps après, il lui ordonna de retourner à Rome.

Auguste profita de son aveuglement pour rompre ouvertement avec un collègue dont la puissance Timportiinait ; et, sous prétexte de venger sa sœur et * ' ome , il s'arma 4^n8 l'epoir de se rendre sans partage le maître du monde.

Pendant ce temps, Antoine déclara la guerre aux Arméniens, et s'empara de leur pays. H reviut triomphant à Alexandrie, traînant derrière son char le roi d'Arménie, chargé de chaînes d'or. Il fit hommage â I4 reine de ce captif couronné.

Cléopàtre l'avait tellement asservi, qu'un jour, dans rivresse, il lui promit l'empire romain. Cléopâtre fut alors couronnée avec une très-grande magnificence à Alexandrie. Elle parut dans cette cérémonie avec son amant sur un trône d'or massif, où Ton montait par des marches d'argent. Le front d'Antoine portait un diadème ; il était armé d'un cimeterre persan ; sa m^ain tenait un sceptre magnifique ; il était couvert d'une robe de pourpre brodée d'or afec des boutons de diamants. La reine, assise à sa droite, se montrait vêtue d'une robe éclatante faite d'une étoffe précieuse, jusque4à exclusivement destinée à couvrir la statue de ia déesse Isis, dont cette reine orgueilleuse osait prendre ITiabit et le nom. Au bas du trône, on voyait assis Césarion, fils'de César, et deux enfants, nommés Alexandre et Ptolémée, que Cléopâtre avait eus d'Antoine.

Après le couronnement j un héraut d'armes proclama Cléopâtre reine d'Egypte, de Chypre, de Libye et de Cflésyrie, conjointement avec Césarion. Il proclama ensuite les autres princes rois des rois, assignant à Ptdémée la Syrie, la Phénicie et la Gilicie ; et au prince Alexandre les royaumes d'Arménie, de Médie et même celui dos ParChes, dont Antoine méditait la conquête.

Jamais l'Egypte n'avait été plus puissante et pins riche ;

88 HISTOIRE B'eGTFTE. [At. J.-C SSMO.]

et le momeat qui précéda sa destruction fut celui où elle jota le plus grand éclat, semblable à ces feux qui, terminant les fêtes, répandent dans les airs^ en mourant, les plus vives clartés, et, après avoir presque égalé la splendeur du soleil, s'éteignent et sont promptement remplacés par* une épaisse fumée et par une obscurité profonde. Ce beau pays était devenu le centre des richesses de l'Afrique et de l'Asie. Alexandrie pouvait se croire la capitale de" rOrient. Tous les princes, tous les rois venaient porter leurs tributs à Cléopâtre, et se prosternaient au pied de son trône pour recevoir ses ordres. Antoine, son premier esclave, n'avait plus qu'un pas à faire pour devenir le maître du monde et lui en faire hommage. Mais toute cette puissance, fondée par l'orgueil et'minée par les vices, ne tarda pas à s'écrouler; cette gloire éclatante ne fut qu'une courte illusion. La mollesse d'Antoine, ses débauches, son ambition sans bornes, son avidité , son asservissement à l'Égyptienne, et surtout sa dureté pour Octavie, avaient irrité contre lui le peuple roiyiain, et il s'était attiré à la fois sa haine et son mépris.

Octave, non moins ambitieux, mais plus adroit, cachait sa tyrannie à l'ombre des formes républicaines, et se faisait pardonner sa grandeur par sa popularité. Sous le nom do prince du sénat, de tribun du peuple, il montait au trône sans effrayer la liberté ; et les légions romaines ne voyaient encore dans le maître de l'Occident qu'un consul et qu'un général, heureux héritier du nom et de la gloire de César, tandis qu'Antoine, efféminé, couronné, vêtu à l'orientale et plongé dans les voluptés, ne paraissait plus à lem's yeux qu'un de ces Antiochus, qu'un de ces Ptoléméesqui avaient si souvent suivi le char de leurs triomphateurs.

Auguste déclara la guerre à Antoine, et toutes les nations de l'Eiu^ope, de l'Asie et de l'Afrique se partagèrent entre ces deux rivaux, dont le choc allait décider la destinée du monde. Jusqu'à ce moment, Antoine^ intrépidei

[SîS^Oay. J.-G.] LAaiDES. 89

belliqueux, dur à la fatigue et doué d'une force singulière» s'était acquis plus de réputation militaire que son rival ; mais l'amour et la fortune l'avaient changé, les débauches l'avaient énervé. Ses alliés étaient plus nombreux, plus riches que eaux d'Octave, ses légions plus aguerries et mieux exercées ; il avait ^lus de troupes, plus d'argent, plus de vaisseaux qu'Octave. Tqus ses moyens étaient prêts, lorsqu 'Auguste commeifçait à peine à réunir les siens. En se hâtant, il pouvait l'écraser facilement ; mais il perdit un an à Alexandrie dans tes plaisirs et dans les bras de Cléopâtre ; et tandis qu'il s'ôtait tout espoir d'ac- . commodément en répudiant la vertueuse Octavie, il ne prenait aucun des moyens qui pouvaient le soustraire à la vengeance de Rome. Enfin, apprenant la marche d'Octave, il sortit de son voluptueux sommeil et s'arma pour combattre. Cléopâtre voulut l'accompagner et commander elle-mênie sa flotte ; il y consentit : cette faiblesse fit son malheur.

Dix -huit légions et vingt-deux mille chevaux composaient l'armée de terre d'Antoine ; cinq cents vaisseaux portaient plus de cent mille soldats et douze mille cavaliers. Tous les rois d'Orient servaient sous ses ordres. Cléopâtre les surpassait par sa puissance et par son luxe. Octave, avec moins de. pompe, mais plus de discii^ne, possédait plus de forces réelles^ -

On avait conseillé à Antoine de combattre avec son année de terre, parce que ses légions, supérieure£ en nombre à celles de son ennemi, étaient plus accoutumées au péril ; mais Cléopâtre voulait que la gloira apparthit à sa flotte ; elle ordonoa un combat naval, et il eut lieu dans la golfe d'Ambracie, près de la ville d'Actium.

La bataille fut sanglante et longtemps douteuse ; le succès était incertain, lorsque Cléopâtre, eflfrayée par les cris des combattants, par le choc des armes, par la vue du sang qui couvrait les ondes et parles gémissements des blessés, prit soudain la fuite avec ses vaisseaux. Elle emportait avec elle

M HTSTOIAB S^teTPTE. fAVr l.-C. 8>9*SA.]

Tàmo ©t le courage d*A t'^inc, qui, n'écoutant plus que sa funeste passion, abandonna l'honneur, la victoire, et Tempire du monde, pour la suivre. Sa flotte se battit lonjçtemps après son départ; mais enfin elle fut vaincue, détruite ou disperîH^e. Les légions, privées de leur chef, passèrent du côté d'Octave.

Qéopâtre revint à Alexandrie, et Antoine en Libye, où il avait encore une armée ;*mais, en y arrivant, il trouva ^uVUe s'était souniise à l'autorité d'Octave* ,

Vaincu, abandonné, sans forces et sans espoir, il retourna prés de Cléopàtre. Cette reine perfide et cruelle, en rentrant dans le port , fît couronner ses vaisseaux comme s'ils étaient victorieux, ^our tromper quelque temps le peuple. Craignant que les grands de l'Egypte, instruits de la vérité, n'excitassent une révolte, elle les fit assassiner. Cléopàtre essaya ensuite de faire remonter le Nil à sa flotte, dans l'intention de la transporter da^s la mer Rouge ; mais les Arabes l'attaquèrent, et la brûlèrent.

Tandis qu*Antoîn«ne se consolait de la perte du monde que par son amour, cette reine artificieuse ne songeait (ju'à le trahir et à gagner la faveur d'Auguste. Ils lui avaient envoyé tous deux des ambassadeurs pour demander la paix. Antoine promettait de vivre à Athènes en simple particuher, pourvu qu'on laissât le trône d'Egypte à Cléop«ltre ; et la reine faisait assurer seyètement à Auguste qu'elle le seconderait et abandonnerait Antoine s'il voulait lui accorder sonemltié. Les ambassadeurs d'Antoine n'obtinrent point àt réponse ; on amusa ceux de Cléopàtre par des paroles flatteuses et des espérances vagues.

Auguste, qui connaissait le prix du temps, n'en perdit pas, et arriva bientôt devant Pélusè, dont les ordres secrets de la reine lui firent ouvrir les portes. Elle consommait ainsi la ruine de son amant, toujours trompé par ses perfides caressos. Cependant, comme Octave la laissait dans l'incertitude sur son sort, elle cacha ses trésors dans un tombeau près du temple d'Isis.

L'année d'Octave arriva ^ans obstacles anptés tf Alexandrie. Antoine^ au comble du malheur, retrouva enfin son courage : à la tète d'une troupe peu nombreu3e, mais fidèle, il fit une sortie vigoureuse, battit son ennemi, revint triomphant aux pieds de sa mal tresse, et passa la nuit en fêtes et en festins. Le lendemain, il voulut livrer bataille ; la tlotte de Glèopâtre l'abandonna et se livra à Octave . Désespéré dé cette trahison, il défia son rival en combat singulier, ^ugnste répondit que « si Antoine était las de vivre, il pouvait prendre d'autres moyens pour mourir. »

Alors, Voulant se" délivrer des importunités d'Antoine, Ciéopâtre répandit dans la ville le bniit de sa mort , et quelques-uns de ses afiidés vinrent dire à l'infortuné général qu'elle s'était poignardée. Il ne tenait à la vie que pour elle ; il ordonna à un esclave de lui enfoncer un poignard dans le sein. Ce serviteur fidèle refusa d'obéir et se tua devant lui. Antoine suivit son exemple et se précipita surson épée; mais apprenant dans le même instant que Ciéopâtre vivait encore, il se fit panser et porter à la forteresse où elle était enfermée.

Comme on craignait d'être surpris par les troupes d'Auguste, on n'ouvrit point les portes du fort : mais du haut d'un*balcon, on jeta des cordes et des chaînes auxquelles on attacha le msdheureux Antoine; et Ciéopâtre, aidée de deux de ses femmes, le monta dans son appartement. Pendant qu'elle l'élevait péniblement en l'air, on voyait cet amant, mourant et passionné, les yeux fixés sur la reine, oublier l'univers et ne soupirer qu'après l'instant qui allait pour la dernière fois le rejoindre à sa maîtresse. Arrivé près d'elle, il recueillit le peu de forces qui lui restaient pour la conjurer de veiller à son salut et de se méfier de la fausseté d'Octave ; il lui assura qu'il mourait heureux , puisqu'il^finissait sa vie entre ses bras, et quHJ ne rougissait pas de sa défaite, puisque Rome seule l'avait vaincu. En disant ces mots, il expira, A l'instant même, Proculéius se présenta, dans rintention d'inviter la reine à se rendre.

93 HiSTOlKS I>'ÉGYFT£. [Ay, J.-C. ftJd^SO.]

Elle refusa de le voir; mais cet ofiScier, suivi de quelques soldats, entra par une fenêtre dans sa chambre. A sa vue, Cléopâtre voulut se tuer; il lui arracha le poignard, en la priant de laisser à Auguste une si belle Occasion de montrer sa clémence et sa générosité. La reine se soumit en apparence, et ne demanda que la permission d'ensevelir Antoine ; Tayant obtenue , elle lui rendit des. honneurs magnifiques, le fiit embaumer, et le plaça dans le tombeau des rois d'Egypte.

Auguste, après Tavoir laissée quelques jours livrée à sa ' douleur et à la solitude, vint chez elle. La reine se jeta à ses pieds, les cheveux épars, le visage pâle, les yeux baignés de larmes, la voix tremblante et le sein couvert de contusions et de plaies; malgré ce désordre, quelques éclairs de sa dangereuse beauté brillaient encore, étonnaient Auguste, et, presque mourante, elle ne désespérait pas d'enflammer son vainqueur. Sa chambre était pleine des portraits de Jules César; elle dit à Auguste : « Voilà « les images de celui qui vous a adopté et qui m'a pro- « tégée ; vous lui devez l'empire, et je lui dois ma coûte ronne. » Elle lui montra plusieurs lettres de ce grand honmie qui lui assurait son trône, et qui lui promettait sa protection et sa foi ; elle mêla àses discours des louanges déUcates pour enivrer le jeune conquérant ; enfin, elle déploya tous les artifices de la plus adroite coquetterie : mais Auguste y parut insensible ; dirigé par son ambition, éclairé par l'exemple de César et d'Antoine, il l'écouta froidement, l'exhorta au courage et ne lui promit rien.

Qéopâtre vit alors toute sa destinée ; dissimulant ses sinistres projets, elle parla des présents qu'elle réservait à Octavie et à l'impératrice Livie, pour en obtenir un traitement favorable lorsqu'elle serait à Rome.

Octave, qui voulait la tromper, fut trompé par eye, crut à sa résignation, et ne soupçonna pas son désespoir. Elle lui demanda la permission d'aller rendre ses derniers devoirs au tombeau d'Antoine; Octave la lui accorda.

[82S-S0 Vf. J.-a] U6IDB5. 93

La reine, décidée àne pas subir rhumiliation du triom* phe et la honte de la captivité, couvrit d'abord de fleurs la tombe de son amant; rentrée chez elle, elle se mit au bain et se fit ensuite servir im repas magnifique. Étant sorUe de table, elle écrivit un billet à Octave, et renvoya tous ceux qui étaient dans son appartement, excepté deux de ses femmes. -Sa porte fermée , elle se mit sur un lit de repos, et demanda une corbeille pleine de figues, qu'un de ses serviteurs, déguisé en paysan, venait d'apporter. Un moment après que cette corbeille eut été placée près d'elle, on vit Cléopâtre s'étendre sur son lit comme endormie. La longueur et l'immobilité de ce sommeil étonnèrent ses femmes ; elles s'approchèreùt et virent bientôt qu'un aspic, caché parmi les fruits, l'ayant piquée au bras, son venin était parvenu jusqu'au cœur et l'avait fait périr sans qu'elle eût donné aucun signe de douleur.

Cependant Auguste, après avoir lu le billet de la reine, qui lui demandait de placer son corps dans le tombeau d'Antoine , envoya précipitamment deux oflSciers poui* l'empêcher d'attenter à ses jours; mais ils la trouvèrent ïnorte.

Elle périt à trente-neuf ans; son règne en avait duré vingt-deux. On renversa les statues d'Antoine; celles de Cléopâtre restèrent longtemps sur les places publiques. Un de ses favoris, pour les conserver, donna mille talents à Auguste.

L'indépendance de l'Egypte finit avec la vie de Cléopâtre; ce royaume devint une province romaine gouvernée par un préfet. Jamais les Égyptiens ne recouvrèrent leur liberté, et de la domination des Romains ils passèrent sous celle des Arabes et des Turcs.

Le règne des Ptolémées, qui datait de la mort d'Alexandre le Grand, avait duré deux cent quatre-vingt-treize ans, depuis l'an du monde 3681 jusqu'à l'an 3974.

Cléopâtre mourut trente ans avant la naissance de Jésus- Christ.

Page 1