‹ Histoire ancienneChapitre 98 sur 116 · HM-5M ET. J..C] SECOND AAB · texte numérisé non relu

HM-5M ET. J..C] SECOND AAB

les oapriees et les discordes opprimaient, les YiUes*

Une population nombreuse, gui occupe un temtôire étendu, sent la nécessité d'une grande force pour la contenir et la diriger. Elle peut d'ailleurs, sans se l^uincr, pourvoir à Téclat du monarque et de sa famille; enfin dans de pareils pays, les intérêts sont tropépars^ et toute réunion est trop difflcHe pour qu'on puisse fréquemment renverser Tautorité établie. Mais, dans une cité où totis les' citoyens se connaissent, où Tinjure faite à Pua est proiùptement sentie par l'autre, où toute» les dépenses excessives du trône sont un fardeau insupportable pour les sujets, au milieu d'une population resserrée qui peut se réunir à toute heure et à tout instant, la tyrannie ne peut durer, et la liberté doit y être plus ardemment désirée, plus facilement établie, plus courageusement surveillée et défendue.

On ne sait pas précisément quel fut le peuple qui le pre* mier établit en Grèce la liberté sur les ruinés de la monarchie. La première république dont ITiistoire nous a fait connaître lés institutipns est celle de Sparte. Athèçes. ne reçut les lois de Draeon et de 8olou qu'environ deux siècles après la promulgation des ordonnçinoes de Lycm<gue à Lacédémone. , '

Nous n'examfaierons avec détail que ces deux législations; elles ont été mieux* connues que toutes les autres et d'ailleurs Athènes et Sparte ont dû à leurs lois un td éclat et une telle puissance, qù'i)n peutregarder ces deux peuples comme les pivots sur lesquels ont tourné toutes les affaires de la Grèce, qui ne fut forte que par leur union et déchirée que par leiirs querelles.

En écrivant ainsi l'histoire ^e Sparte et d'Athènes, on fait connaître celle de tous les Grecs, jusqu^aii moment où la ville de Thèbes, enguite les rois de Macédoine, et enfin la ligue des Aehéens, rivalisèrent et remplacèrent leur infiuence.

Nous avons vu qu-'après la prise.de Itoie, la maisoh

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d'Ârgos s'était souillée par des forfaits.. Agamemnon^ revenant à Mycène, trouva son trône et son lit profanés; Ëgistke^ fils de Thyeste, avait sédiiit .Glytemnestre et gouvernait TArgolide. Tous deux assassinèrent Agamemnoa et régnèrent à sa place.

Bientôt Oreste^ son û]s, parut^ le vengea et reprit son trône. La mort de Glytemnestre, éa mère, remplit son ^cœur de remoi^ds; ce qiii fit dire aux poètes qu'il était poursuivi, par les Furies. Ce roi malheureux et coupable avait aussi tué Pyrrhus, fils, d'Achille, qui lui avait enlevé Hermione, fille d'Hélène.

Quelques auteurs prétendent qu'il mourut dans une ' cour^de chars> d'autres par la morsure d'un serpent.

Tisamène, son fils, fut renversé du trône par les Héraclides. .

Hercule, descendant de Danaûç, étant persécuté par Eùry^thée, n'ayait.pu faire valoir ses droits au trône contre U maison de Pélops, U les transmit à ses fils, qui furent bannis du Péloponèae, et qui tentèrent plusieurs fois sans succès d'y rentrer. On çogarda leurs prétentions comme criminelle^ tant qu'on respecta le nom de Pélops; mais les crim)es des Atrides ayant excité la haine et le mépris, les Héraclides en profitèrent pour réveiller en leur faveur rattachement des. peuples du Péloponèse.

J*eurs chefs- étaient trois frères , Téînène, Cresphonte, Aristodème. Soutenus par les Doriens, ils entrèrent dans la presqu'il» : tout le pays se déclara pour eux. Les desiçexûiants d'Agamemnon et de Nestpr se réfugièrent avec les Achéens et les Ioniens, qui youlurent les suivre dans rAttique, d'où, peu de tçmps apr^ès^ ils partirent pour l'Asie. . ,

Les Héraclides, maîtres du Péloponèse, le partagèrent centre eux; Argos échut à Témène,; la Messénie à Cresphonte; Eurystbène et Proclè§, fils d'Aristodème, qui était mort pendant cette expédition, régnèrent tous deux à Lacédémone. Depuis ce tejoips, elle eut toujours deux rois.

[H8A-5ît av. J.-CO SEGOlQ) AGE, 397

, LesHéraclides devinrent bientôt jaloux de la puissance des Athéniens, qui s'augjoaèntait rapidement par le grand nombre des bannis du Pèloponèàe, que le roi God rus. protégeait et attirait dans l'Àttique; ils firent donc la guerre au roi d'Athènes, et quoique yaincus dans un combat, ils demeurèrent maîtres de la Mégaride > où ils bâtirent Mégare. ' ^

lis établirent en ce pays les Doriens à- la place des Ioniens. Ces Doriens, après la mort de Codrus, passèrent les uns en Crète et les autres dans l'Asie Mineuçe, Ainsi, cette révolution qui détruisit la maison d'Argos peupla l'Asie Mineure de Grecs.

Les Achéens y fondèrent Smyme et onze autres villes ; les Ioniens bâtirent Éphèse, Clazomène étSamos; les Éoliens, plusieurs villes dans l'Ue de Lesbos ; les IJoriens^ Halicamasse; Guide et d'autres villes ; ils s'établirent au^ai dans les Sles de Rhodes et de Cos.

Eurysthène et Proclès eurent pour successeurs leurs en-, fants. Agis et Soies. Ce fut sous leur règne^que l'escrâvage parut à Sparte. Les habitants de la ville d'Uos avaient refusé de payer les contributions imposées par Agii. Le roi assiégea leur ville, la prit» et réduisit tous le» habitants en servitude; ils furent condamnés aux fonctions \es plus pénibles. Dauâ )a suite, les Lacëdémoniens occùpèreiit les Ilotes à labourer leurs champs, sans lès afiranchir ^e lemc esclavage. ; ^

Tandis que, dans lès autres contrées de la Grèce, la tyrannie jdes princes faisait naitre l'amour de là liberté, elle naquit chez les Spartiajies de la feiblessé d'un de leurs rois, nommé Eurypon : le peuple en abusa; l'aùtoi'ité^inônarchique s'établit, et le désordre la.rempla^.'^ ' Son successeur, le roi Eunome,. laissa en mourant deux fils qu.'il avait eus de diflférents lits ; l'un s'appelait Polydecte, l'autre fut le célèbre Lycurgùe. Polydecte moiiru't san»- enfants.; mais sa femme était enceinte. Lycurgue dédara que la royauté appartiei^drait à l'enfant qui devait

^8 HISTOIRE DE U ailiCE. [A?» J.-C, 4184^^^.]

jiaître, si c'était un Qls ; il né voulut gouverpQr le royaume qu'en qualité cde tuteur.

Cependant la reine^lu; fit dire secrètement ^e, ^'il YQulait lui promettre de l!épouser quand il serait roi^ elle ferait périr son fruit. Cette odieuse proposition fit frémir Lycurgue; mais il dissimula lliorreur qu'elle lui causait» diffëra de répondre^ et gagna si bien le temps par ses artifices^ qu^il la trompa jusqu'au terme de sa grossesse.

Quand Tenfant fut né, on l'apporta promptement & Lycurgue, ainsi qu'il Tavait ordonné ; il le déclar«^ puhlique- ]^ent roi, le nomma Charilaûs, le fit nouirir avec soin, et confia son éducation à des lîommes qui pouvaient répondis de sa sûreté.

Cependant le plus grand désordre régnait dans llËtat; Tautorité desroiô était de jouç en jour plus méprisée, et le frein des lois nepouvftitplus réprimer la turbulence du peuple. Loin de rendre justice 4 la vertu de Lycurgue, to multitude, égarée par la reine qui le haïssait, Vaçcusa de traîner une conspiration.

U en méditait .en effet une bien glorieuse, la régénéra** tiô^ des lois et la réforme des mœur»,

Plein de cette gr^de idée , et voulant acquérir \^ lumières qui lui manquaient' pour exécuter ce vaste dessein, il s'éloigna de Sparte et voyagea . en Crète et en Egypte, afin d'étudier là législation des deux pays 1^9 pbut célèbres alors par la sagesse de leurs lois, i

n parcourut aussi l'Asie j où il rassembla les ouvrages d'Homère ,^ alors, dispersés par fragments et cbantéa dws les villes d'Ionie par quelques musiciens qu'on appebiit rhapsodes» .

Après avoir examiné les règlements «t les coutumes d^ tant de contrées diverses, il^cré&un système de gouvernement si extraordinaire çt si impraticable en apparence, qu'on croirait qu'il n'a jamais pu subsister « si Bon exis^ tence pendant sept siècles n'était 'pa;i attesta par tous les auteurs de l'antiquité.

On ne peut concevoir comment un bç.mme seul parvint à établir sans violence, au milieu d^un peuple où la licence régnait ^ une législation austère qui révoltait les esprits , détruisait les propriétés, abaissait Torgueil^ comprimait les rois^ condamnait les- plaisirs et enchaînait toutes les passions, hors celle de la gloire et de la libertés

Tandis que Lycurgue parcourait la tente en méditant ses lois, le peuple de Sparte se souleva et, massacra le }éme roi Charilaûs. Layiile^ éprouvant toua lea Hianx de Tanarchie, sentit la néeessité d'un gouveroement ; on en^ voya des^ députés i I^oargue pour bAtqr soa ratour^* U revint } mais il .connaissait son siècle et savait qu'il était nécessaire de donner à l'autorité des lois l'appui de odiU des dieu^, Il partit donc pour Bçlphes, consulta ApoUon, et reçut cet oracle oélèbre qui rappelait « ami des dienx, et dieu plutôt qu'homme. »

L'oracle déclarait de plus qu'Apollon avait exaucé aes prières^ et que la république qu'il allait établir serait la plu3 aage^ la plus jgilorieuse et la-^ua florissùte qui eût jamais existé.

Revenu à Lacàdèmoae, il communiqua son plan aux

Îrincipales personnes de le iHUe, et, lorsqu'il se fut assuré e leur consentement^ & parut dans la place publique, accompagné de gens armés, pout intimider ceux qui vou^ draien^ s'opposer 4 son entrej^nse. Là , ei^ présence du peuple , il lut, proclama ses lois, et en ordonna rexécn« tion. Nous allons entrer dans quelques détails pour faire connaître cette étonnante légialatiou. .

400 fflSTOIMl DE hk aUÈGE. [A?. I.-C, W4.1

LÉ6lSi;-AtI0N m LYGUROUE.

> (An du inonde 3100. — ÀTuit Jitas-ChHst 904.)

Création dhmiéiuit. — Pourroir des éphor«» créés ptt leTOi Théopompe» — lèglementi sur les Inent, les monnaies et lesn»aqafaetures. — RepM publies. — Blessure de Lycurgue dans une révolte. — Éducation des enfants'.' — tldoeation des femmes. — Départ de Lycurgoe pour Bél^hes. — ' Réponse deroràcle de bdphes* — Hortdeiiycurgne. '

L'idée principale du législateur de'Sparte, en fomant son nouveau gouyemcinent, fui de donner aux Lacèdé^' monien» une constitution mixte qui réunit Ies!.avantagres de la monarchie, de raristocratié et'dé ladémocratie. Il* pensa que la ei*éation d'un s^tA, revètU d'une grande autorité, tempérerait la puissance des rois^ qui ^lenchaient souvent vers là tyrannie, et contiendrait la tu<:bulencé du peuple, dont les passions précipitaient FÉtat dans Teinarehie. Lei durée de ses institutions en prouva la sagesse;

te» deux rois, tirés des deux brandies de la maison dés. Héraclides, continuèrent à occuper le trône.41s joU gnaient aiuc honneurs de la royauté ceux du grand sacerdoce ; ils eommandaieift les armées et présidaient le ^énat. Les sénateurs étaiéirt au nombre de trente, en comptant les deux princes;- on les nommait à vie. Toutes les lois, toutes les ordcmnances étaient examinées, discutées et proposées par le sénat; l)e peuple approuvait ou rejetait ses propositions^ sans pouvoir les discuter ni les modi-^ fier.

Cinq autres magistrats^ jiomméB'éphortSj choisis par lé peuple pour empêcher les rois et le sénat d'étendre leur autorité au delà de leurs attributions, avaient le droit de destituer, d'emprisonner les sénateurs et de hs condamner à mort ; ils pouvaient même faire arrêter les rois et les suspendre de leurs fonctions jusqu'au moment où l'oracle consulté ordonnait leur rétablissement*

Hérodote et Xénophon attribuent à Lycurgue la création des éph^gL^Aristote et Plutarque disent «u contraire que

oe fut un roi Qommé Théopompe qui'les établit cent trente ans après la -mort de Lycurgue , dans le dessein de réprimer l'ambition du sénat.

pn peut^ je croi's^ -concilier ces opinions, contradictoires avec le respect inviolable qu'on gardait^ Sparte pour les lois de Lycurgue^ en disant que ce législateur avait conçu ridée de rétablissement dés éphores., et en avait ordonné. Télection dans le cas où il s'élèverait quelque mésintelligeiiee entre le sénat et lès rcâs. . \

. On rapporte, un mot dû roi Théopompe lorsqu'il fit nommer les éphores. Sa femme lui reprochait cette déçiarcl^e, qui devait laisser à ses enfants une autorité plus faible que celle qu'it avait reçue, de ses pères ; il répondit : « Je la .leur laisserai plus grande , car elle sera plus durable. »

Lycurgue avait créé une constitution plus sage et plus s(rfide qiie toutes celles qui existaient dans la Grèce : c'était, pour ainsi dire, un traité entre les passions qui troublent le repo? des États, puisqu'elle assurait l'éclat du trône et la liberfé du peuple, en les tempérant par la sagesse et. par la puissance d'un sénat.

Une constîtation capable de maintenir si' longtemps l'équilibre entre tous les pouvoirs était, certes> l'œuvre, d'un grand génie; mais ce qui peut paraître encore plus étonnant, c'est la hardiesse avec laquelle Lycurgue entreprit de faire venir les mœujrs au secours et à l'appui dé s^ lois.

Ses idées , supérieures aux vues ordinaires de la p<^itique, ayaient pour objet de fonder la force de l'État sur la vertu; «t cependant plusieurs. dé ses lois sont éviclemment contraires aux principes dé la justice et aux maximes d'une saine morale.

Pour taiîr dans sa république les deux sources les plus communes de la corniption, la pauvreté et la richesse , il mit, pour ainsi. dire, les biens en commun, et partagea également toutes les terres, qu'il distribua en trente-neuf

4W HISTOIRE VÈ LA aBÂGE. [A?; J.**. 9^LJ

maie parts: netif inûl€ furent données aux dtoyëns de Sparte, et trente mille aux habitants de Ig. campagne.

Voulant parvenir à établir la même égalité dans les proiNriétés mobilières, et bannir toute espèce dé luxe, il abolit les monnaies d'or et d'argent, et en créa une de fer, si pesante et de si bas prix, qu'il fallait une charrette à deux bœufs pour porter une somme de tinq cents franes.

, Ce règlement pouvait le dispenser de chasser de sa ville les manufactures de luxe^et les arts frivoles ; cependf^nt il les. bannit par \me ordonnance formelle, pour éloignei? tout ce qui pourrait amollir lés moBurs..

Le môme amotir de la pauvreté et de l'égalité lui fit prescrire les repas publics : tous lès citoyens mangeaient ensemble ; leur nourriture était réglée par la loi, et il était défendu à tout citoyen de dîner en particulier ijhe? lui.

Cette défense ftit si sévèrement observée, que, longtemps après, le roi Agis, au retour d'une campagne glorieuse , se vit réprimandé et puni parce qu'il avait dîné avec la reine, au lieu de se rendre au repas public.

Chacun apportait à ces banquets uù boisseau de farine, huit mesures de vin,, cinq livres de fromage, deux livres et demie de figues, un peu de monnaie pour faire appirèter et assaisonner les vivres.

Le plus connu de tous leurs mets, et celui qu*ils préféraient, était le brouet noir. Denys le Tyran,, d'autres disent le roi de Pont, voulut goûter de ce mets qu'il fit apprêter par un cuisinier lacédémonien : il lui parut détestable.-Mais le cuisinier lui dit : « Seigneur,'pour troù- « ver ce mets bon, il faut avant s'être baigné dans TEu- « rotas ; car l'exercice et la faim, voilà ce qui assaisonne or tous nos mets. » '

On amenait les enfants même à ce repas : ils se formaient à la tempérance, et s'instruisaient en écoutant^ des entretiens graves. Lorsqu'ils entraient dansla salle.

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un Vieillard leur disait, en leur montrant la porte : « Rî^n « de tout ce qui se dit ici ne sort par là. n

n est diifflcile de concevoir comment Lycurgue osa ej; put renverser toutes les fortunes, et dépouiller tous les citoyens de leurs propriétés. Il est vrai qu'autrefois leè. Héraclides avaient fait un partage égal des terres de la Lacônîe, et qu^ le législateur ne faisait ainsi que revenir à cette égalité primitive ; de plus , on doit dire que ià prodigalité des uns , Tavarice des autres et diverses circonstances avaient amené un tel état de cïioses, qu'un petit nombre de citoyens possédaient toutes les terres^ tandis que le peuple était dans la plus affreuse pauvreté. Cette extrême misère de la plus grande partie de là nation i la portait souvent à des émeutes, et plaçait les citoyeûs. riches dans une situation périlleuse : la haine de là mulr titude contre eux et les dangers qu'ils couraient les déterminèrent à se soumettre aux loi^^ de Lycurgue. V

Cependant ce ne fut pas sans quelque résistance : ils soulevèrent d'abord leurs partisans, et exciterient un tumulte au milieu duquel un jeune homme nommé Alcandre frappa Lycurgue d'un coup de bâton et lui creva FœiL t^e peuple indigné saisit le coupable et le livra au toïy qui, loin de s'en venger, le prit sous sa protection , et par sa bonté changea totalement le c.aractère de ce jeune homme. .^

Lycurgue, voulant former des hommes et des citoyens, ne laissa point aux pères la propriété de leurs, enfants : dès qu'ils étaient nés, les ancienâ dé leurs tribus les visi-' taient; l'enfant qu'on trouvait trop faible était èondamné à p^rir : loi sauvage et aussi contraire à la raison qvi^ la nature.

A sept ans les enfants quittaient leur mère : on les distribuait en classes; leur tête était rasée, ils marchaient nu-pieds; on les accoutumait à braver l'intempérie des ^ saisons.

A douze ans ils apprenaient les bis , et s'habituaient à

404 HISTOIBE M LA GRÈCE. [A?. J.-C. Wi.]

l'ohéissance qu'exigeaieût les magistrs^ts; et au respect qu'on doit à la vieillesse.

Formés à la'lutte, instruits à manier le glaive, à lancer le javelot, on les faisait battre les uns contre les autres, et si vivement qu'ils y perdaient quelquefois des membres çt même la vie.

"Dans le dessein de les former aux ruses de la guerre, on leiir permettait de voler quelques fruits; ces vols n'étaient punis que lorsqu'ils se laissaient surprendre.

A la fête de Diane, on les battait de verges pour exercer leur patience et leur courage : ceux qui contraient le plus de consliyice étaient les plus estimés.

Lycufgue les rendait .durs et braves pour qu'ils ne fussent^amais conquis; mais il les^ faisait pauvres et ennemis du tuxe pour qu'ils ne fussent jamais conquérants. L'expérience ne prouva que trop l'impossibilité de rendre un peuple guerrier et de l'empêcher d'être ambitieux.

La jeunesse s'instruisait pax la conversation, et non par la Icctiu'e. La niusique derrière était en honneur à Sparte, où l'on proscrivait toute musique tendre et voluptueuse. ,

Les Lacédémoniens ne connais;saient d'autre éloquence que la concision;, ils voulaient que la parole fût rapide comme la pensée; et l'ornement de l'esprit leur semblait aiissî frivole que celui du corps.

On à souvent admiré la brièveté de leurs réponses. Les aînbasçadeui^ d'un peuple étranger leur dirent un jour : « Nous mettrons totit à feu et à sang dans votre pays., si « nous y entrons. » Lé sénat répondit : « Si.- »

Le premier objet du législateur était d'inspirer aux eîtoyeâs un amour ardent pour la patrie : ils devaient la préférer à tout; cet amour était la première des vertus. S'ils fijisaîent la guerre, tiaincre ou mourir devenait leur devise : quel que fût le nombre des ennemis, il était défendii de fuir. Chaque citoyen avait Je droit d'insulter ï^ unément le lâche. Le soldat devait, comme le dit une

femme ftpaitiata à son ^s, se défeniire jusqu'à la ihort, et revenir sii4r ou sous son bouclier.

L'éâucation^des femmes était presque aussi sévère que. celte des hommes : elles s'exerçaient à la lutte, à la course^ à laacer le javelot ^ eues se piontraient nues sur l'arëner. On parait leur âme et non leur corps^ et leur vertu, di^ sait-on, fondait Ik pudeur inutile.

Cet usage^vqui blessait la modi^stie, .s'opposait plutôt i ràmour qu'au vice.- Lyçurgue voulait que les femmes de Sparte fussent ptas citoyennes que mères et qu'épouses : en.élevânt leur courage, jl endurcit leur cœur. Lorsqu'on rapportait un Lacédémonien tué sur le champ.de bataille, sa femme ou sa mère, avant de le pleurer, examinait ses blessures potir voir s'il les avai*^ reçues à la poitrine ou au dos, si elles étaient honorables ou honteuses.

Enfin le législateur, sacrifiant tou^ le^s intérêts privés i . l'intérêt public, et les sentiments de la nature à l'amour de la patrie, permit aux vieillards et aux hommes valétudinaires de céder leurs femmes aux jeunes gens qui pouvaient faire naître d'elles des enfants robustes.

Tous ces règlemeuts firent des Lacédémoniens un peuple à part, une espèce de communauté politique et guerrière, qpi étonna son siècle et la postérité par Faustérité de ses mœurs, par l'indépendance de ses habitants, par l'intrépidité de ses guerriers. Mais cette nation, admirable quand on la considère dans l'éloiguetnent/devait q^r un triste^spectaclé à ceux qui venaient la visiter. Lacédémoné.étàit.un. temple dédié à la gloire et à la liberté,,dont les prêtres fanatiques avaient banni* lés arts, les lettres, l'amour, l'amitié» Taisance, les plaisirs, et jusqu'aux liens les. plus doux qui ^(tachent, les familles : ce peuple était fait pour être célèbre et non pour être heureux.

TToutes les lois de Lyçurgue entourèrent les hommes de tant dC' chaînes, et* par le moyen de Téducation publique, se gravèrent si profondément d^s les âmes, qu'on ne vit à Sparte, pendant plusieurs siècles, aucune sédition po-.

HISTOIRE m IiA -6BBGE. [Ar. I.<L M&.}

pidaii^, anémie violence privée^ anéim empiétement de la part de Tautorité royale.

Cette diseîpline an3tère^ cette vertn pnbliqné donnèrent aux Lacédémoniens nn empire d'estime, snr les Grecs; mais cet empire, trop dur et trop étranger à lênrs moeurs^* les fatigna bientôt; et la brîQàhte Athènes, riyale de Sparte, profita, pour étendre son inSnence, de. la haine qn'mspirait le jong pesant des Lacédémoniens;

Quoique le législateur de Sparte eût tendu constamment au double but d'assurer la liberté du peuple et de le mettre â Fabri des attaques de l'étranger, plusieui^ de s^ condtog^en» hasardèrent de lui faire ^eïques observations critiqués sur ses lois.

L'un d'eux, effrayé de la ptiissance du'trAne et de c^Qe du sénat, lui proposait d'établir dans in^t une égdité absolue, il répondit : c Essaie-la toi-môme dans ta maison. »

Un autres lui demandait d'indiquer, aux Spartiates les me&leurs moyens à prendre pour se défendre contre leurs ennemis, il dit : « C'est de demeurer pauvre. »

On lui proposait d'environner la ville de murailles.' a J'aime mieux, éBt-il, qu'elle soit entourée d'hommes. »

Ce qui est certain , c'est que sa république fut puissante et florissante jusqu'au moment où Lysandrey introduisit à la' fois les trésors et les vices des peuples vaincus.

. Aprèi^iavoîr achevé cette grande entreprise, Lycurguc déelara qu'il allait consulter rt}racle d'Apollon, et fit jurer à ses concitoyens, qu'ils exécuteraient ses lois inviolablement jusqu'à son retdur.

Arrivé à Delphes, il fit un sacrifice à Apollon; Fôracle déclara que Sparte serait la cité la plus illustre et la plus heureuse tant qu'elle observerait ses lois. Lycurguc envoya . cette réponse à Sparte, et se laissa ensuite mourir de faim pour que ses concitoyens, qui avaient fait serment d'exécuter ses règlements jusqu'à «on retour^ n'eussent aucun prétexte pour lés enfreindre. -

[OOA av. J.-C.J SECOND AGE. 407

Les anciens, auteurs ne sont pas d'accorâ sur le temps où vécut Lycurgue : Aristote, lé fait ûaître à l'époque où régnait Iphitus ; Xénoplion plaça sa naissance quelques années après Tétablisseni^ent des Héraclides dans lé Péloponèsej Euticliidès dit qîi^il était le onzième descendant d^Hercuie.

Il connut le sage Thaïes en Crète; il prit en Egypte l'idée de la séparation des citoyens en classes. Les assemr. blées du peuple se tenaient par ses ordres en plein champ., Craignant la séduction de Véloquence^ il ne voulut ni ju^ ges ni tribunaux, et il ordonna que les dijQférends des citoyens seraient jugés pçir des arbitres.

Malgré Taustérité de ses décrets contre les arts, le luxe et la.volupté, il voulait que la jeunesse Spartiate fût gaie, et Ton vit avec surprise que le plus sévère de. touà les législateurs fût le seul qui eût élevé un autel au Rire.

On peut se faire une idée dé k poésie permise à Sparte par cette chanson ïacédémonienrie que Plutarqùe nous a conservée, et qui fut tefcduite par Amyot. ~

CHOBUB DEd VIEILLARDS.

» Nous avons, été jadis leunes, Taillants et hardis.

ciMBuft DÉS ntmtib ceiis.

Nousle sommes maintenant, A rëpi^ttye 4 tout venant.

CH«CH DES ÉlOTAirTS*

JEt nous un jour le seront ^

Qui iots'TQuS sUFpftssef ons.

Les femmes ^la^édénabnie^ned^ dont* les mœurs, étaient ausai mâles ^iie celles de fleurs' maris, ne plaçaient leur amour-](^pre qiie dans la gloire de leurs époux et de., leurs enfants}' elles exaltaient leuf, courage, et ils avaiegt pour elles le plus grand respect. Une étrangère disait à Ta

408 HISTOIRE .DE LA GRÈCE. (Av. J.-C. 904.J

femme de Léonidaâ : a Vous ^tes Tes. seules femmes qui « commandiez aux hommes. — Aussi, répondit la reine de «Sparte, sommcs-nouâ les seules qui fassions des «hommes.»* r

Une mère, poi|r consoler son fils qu'une blessure rendait boiteux, lui dit : « Chacun de tés pas te rappellera ta valeur. »

te célibat était méprisé. Un jeiine Spartiate, refusant de. se lever devant un illustre capitaine qui n'était pas marié, lui dît : c< Tu n'as point d'enfants qui puissent me rendre, uîk jour cet honneur, » -

Le respect pour la vieillesse était un dcyoir; on vit même un jour au spectacle d^Athènes les ambassadeurs de Lacédémbne céder leurs places à un vieillard qui n'en pouvait pas trouver parmi ses compatriotes.

L'amour du bien public fut la vertu qui distingua le plus les Lacédémoniens :'ùn d'eux, nommé Pédàrède, n'ayant p^ été admis au nombre des trois cents membres du conseil' de la république, témoigna sa joie de ce que Sparte avait trouvé trois cents citoyens q^ii valaient mieux que lui. ^

Leurs prières étaient brèves comme leurs discours; ils demandaient seulement aux dieux dé favoriser les gens de 6/en. Socrate préférait cette oï'àison aux riches offrandes et aux cérémonies pompeuses de TAttique.

Ce peuple belliqueux voulait que, chez lui, toutes les statues des divinités fussent armées/ même celles de Vénus. Cependant ces citoyens, mtrépides connaissaient la peur : c'était celle des lois.

Sparte avait un temple consacré à là crainte ; on Tavait piacffprès du lieu où se rassemblaient les éphores. Les Lacédémoniens pensaient, comme Plutarque, que le, citoyen qui eraiîit le plus lâ5 lois est celui qui redoiite le moins l'ennemi : ils disaient- qhe la oraihte du blâmé enjpèche la' crainte de la mort. *

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