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kilogrammes environ en chiffres ronds

nent le vin, et l'on recouvre le tout d'une nouvelle couche de paille. L'équipage comprend deux rameurs au moins, et un ou plusieurs baudets. Au terme du voyage, le marchand vend la paille et le vin, puis démonte la barque, que la rapidité du courant ne lui permettrait pas de ramener en Naïri par le Tigre, tire de la carcasse le prix qu'il peut, mais charge les peaux sur ses bêtes et revient par terre au pays.

Ce commerce présente beaucoup de dangers. Le Tigre a les allures d'un torrent capricieux et violent : plus d'un bateau, entraîné par un remous inattendu, sombre avec sa cargaison, ou bien est jeté à la berge et s'endommage au point qu'on doit le reconstruire. Les riverains sont pour la plupart voleurs et de mauvaise foi ; ils arrêtent et pillent les convois, ou se font acheter le libre passage par des présents. Enfin, les gouverneurs assyriens et les fonctionnaires babyloniens sont gens avides et peu scrupuleux ; il faut se concilier leurs bonnes grâces par des cadeaux en nature ou en argent, et une bonne partie des marchandises reste entre leurs mains. Tout cela diminue le gain du marchand et augmente ses risques; le profit est tel, cependant, que beaucoup de gens s'adonnent à ce genre de batelage et s'y enrichissent. D'ailleurs, les voies déterre ne sont guères meilleures, et, si l'on attendait pour faire le commerce que la sécurité fût complète en ce monde, on demeurerait chez soi toute la vie, sans trouver jamais l'occasion de partir. On peut circuler sur les routes avec assurance dans l'Assyrie propre, de Ninive à Arbèles ou d'Arbèles à Kalakh et El-Assour : les rois en font la police d'une rigueur implacable, et, à moins de guerres civiles, un homme voyageant seul n'a rien à y redouter des voleurs. Mais, dès qu'on s'éloigne un peu du centre de l'empire, la sécurité diminue; les marchands n'osent plus s'aventurer qu'en troupe à travers les provinces syriennes ou dans les pays étrangers.

Encore les caravanes les plus fortes ne sont-elles pas à l'abri d'un désastre. Non seulement les nomades et les bandits de profession rôdent sans cesse autour d'elles et les forcent à une vigilance de tous les instants, mais les habitants des villages, les petits seigneurs locaux, même les rois, non contents des péages réguliers qu'ils prélèvent légalement au passage, ne se font aucun scrupule de les attaquer en chemin. Les marchandises sont partagées entre les pillards ou vont enrichir le trésor royal, les hommes son! massacrés ou vendus pour esclaves. Le marchand branle sans cesse entre la fortune, la servitude ou la mort.

La maison d'Iddinà est située non loin de la porte d'Ishtar. Elle est plus large et plus haute que les maisons voisines, mais n'en diffère extérieurement que par cela. Elle a d'ouverture sur la rue une petite porte voûtée suivie d'un couloir étroit, sombre, qui traverse l'épaisseur des bâtiments et débouche sur une cour assez grande, le long de laquelle les pièces sont groupées. Une sorte de portique règne tout à l'entour, des poteaux plantés dans le sol et supportant un auvent léger qui s'appuie au mur. Les chambres sont étroites, oblongues, quelques-unes voûtées, quelques autres couvertes d'un plafond plat, que des troncs de palmier soutiennent. La plupart sont des magasins où l'on enferme les provisions et la richesse du ménage; un petit nombre sert à l'habitation. Le tout est surmonté d'une terrasse, à laquelle on accède par un escalier en briques des plus raide, et d'où l'on a vue sur les maisons voisines. Les Assyriennes vivent beaucoup sur les toits. Elles y sont le matin, jusqu'à ce que la chaleur les en chasse; elles y remontent dès que le soleil commence à baisser sur l'horizon. Elles y vaquent librement à tous les soins du ménage, en échangeant des propos d'une terrasse à l'autre; elles y pétrissent le pain, elles y font la cuisine, elles y lavent et tendent sécher le linge, ou si elles ont des esclaves

Fig. 123.-

Esclave pôlrissant le pain.

pour les dispenser de ces travaux grossiers (fig. 125), elles s'y installent sur des coussins et cousent ou brodent en plein air. Pendant les heures chaudes du jour, elles descendent et se réfugient dans l'intérieur. La plus fraîche des pièces est souvent en contre-bas du sol de la cour et ne reçoit que fort peu de lumière. Le sol en est dallé de plaques en gypse poli, qui ressemble à un beau marbre gris et blanc, et les parois sont enduites d'une couche de plâtre fin, doux à l'œil et au toucher.

On les arrose plusieurs fois par jour pendant l'été, et l'eau, s'évaporant, rafraîchit l'air.

Le mobilier est fort simple, même chez la bourgeoisie riche. Il se compose surtout de chaises et de tabourets de formes diverses, montés les uns sur pieds droits, les autres sur pieds croisés. La plupart du temps on dort sur des nattes, mais les chambres du maître et de la maîtresse renferment des lits en bois, à quatre pieds de lion, avec un matelas et deux couvertures1. Un four à pain s'élève dans un coin de la cour, des outres de vin et des jarres pleines d'eau pendent à rafraîchir aux poutres du portique, un foyer établi en plein air supporte une large marmite, où un quartier de viande bout à grande eau. Les Assyriens mangent beaucoup et boivent plus encore. Les pauvres se contentent par force d'un peu de pain, de quelques légumes relevés de sel et d'huile, et du poisson que les rivières fournissent en quantité. Les riches ont une chère aussi variée et aussi abondante que celle des seigneurs égyptiens. Ils dînent cou-

1. Cf., pour la figure du lit. la vignette 120, à la page 219.

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chés sur des lits d'ivoire ou de bois précieux, et se parfument abondamment avant de commencer leur repas. Les hommes et les femmes sont servis à part dans les banquets solennels; au cours de la vie ordinaire, ils se réunissent chaque jour autour de la même table, ou plutôt autour du même plat.

On ne peut faire un pas dans la maison sans y rencontrer quelque amulette, destiné à protéger les habitants contre le mauvais œil ou contre les esprits méchants. Les Assyriens croient que le monde est rempli de démons, occupés éternellement à tendre des embûches à l'homme. On ne les voit guère ou rarement, mais on les sent partout dans l'air, sur la terre, au fond des eaux, aussi nombreux que les grains de poussière qui tourbillonnent à travers un rayon de soleil. On ne les écarte qu'à force d'incantations et de talismans. Le plus sûr moyen de se débarrasser d'eux est d'exposer, dans un endroit bien apparent, une statuette qui les représente : on récite ou l'on grave sur leur propre image une incantation qui les tient à distance. C'est ainsi qu'on pend, au-dessus des portes et sur les terrasses, les figures d'un des démons les plus redoutables, le Vent du sudouest, dont l'haleine enflammée dessèche les moissons et consume de fièvre les hommes et les animaux. Iddinà en possède de toutes les tailles et en toutes les matières, en bronze, en jaspe rouge, en pierre jaune, en terre cuite. Cet agréable personnage a un corps de chien debout sur des jambes d'aigle, des bras armés de griffes de lion, une queue de scorpion, deux paires d'ailes et une tête humaine à demi décharnée, avec des cornes de chèvre. Il est tellement laid que la seule vue de son portrait le met en déroute (fig. 124). D'autres images de même nature sont enterrées sous la pierre du seuil pour en barrer l'accès aux esprits destructeurs Ils ont pour la plupart la tète d'un animal différent, et présentent des formes inconnues en notre monde. Plu-

sieurs ne sont que les dieux nationaux, qu'on oblige, par une formule, à monter la garde pour un particulier, Bel, coiffé de sa tiare et de ses cornes , Nergal et son mufle de lion, Nébo, Mérodach, Ishtar.

Ce n'est pas trop, comme on voit, d'une armée divine pour combattre les esprits mauvais qui menacent notre pauvre humanité, a Ils sont la « création de l'enfer, les « grands vers que le « ciel a lâchés ici-bas, les « terribles dont les hur- « lements se répandent « par la cité, qui tombent « parmi les eaux du ciel, a les fds sortis du sein « de la terre, llss'enrou- « lent autour des hautes « poutres, des larges pou- « très, comme une couronne. Ils cheminent de maison en « maison, car la porte ne les exclut pas, le verrou ne les « empêche pas d'entrer, mais ils se glissent comme serti pents sous la porte, ils s'insinuent comme un souffle « d'air par le joint des gonds. Ils éloignent l'épouse des « bras de l'époux, ils chassent l'enfant d'entre les genoux « de l'homme, ils expulsent l'homme libre de la maison où « il est né, et ils sont la voix menaçante qui le poursuit par « derrière *. » Les dieux chargés de les repousser ont chacun

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