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C'est ainsi que les Phéniciens nommaient leurs navires

-2. Voir pagc!75 la description et la figure des galères égyptiennes.

verts dans la muraille. Un pont, supporté par des montants verticaux, court de lavant à l'arrière, et forme, audessus des rameurs, un étage réservé aux soldats et au reste de l'équipage : des boucliers ronds, maintenus sur une charpente légère, se dressent comme un retranchement d'une extrémité à l'autre du navire. Le mât, debout au milieu du pont , s'implante dans la quille : il

est maintenu par deux étais, qui, partis de la tête, vont s'attacher à l'avant et à l'arrière. La voile carrée est supportée par une vergue qu'on monte ou descend à volonté. Les navires du second modèle n'ont point d'éperon, mais l'avant et l'arrière s'en redressent fort haut, et la proue est ornée d'une tète de cheval, qui justifie le nom de cheval de mer. Ils n'ont point de mât, mais ils sont pontés et se meuvent par deux rangs de rames superposés : ce sont de vieux bâtiments transformés en dières. Rendez-vous avait été donné aux deux divisions de la flotte, à Bab-Saliméti, sur l'Euphrate, à quelque distance encore de la mer. L'escadre de Toul-Barsip descendit directement le fleuve; il est partout navigable en tout temps, et ie trajet n'offrit point de difficulté1. L'escadre de Ninive

FLr. tG& — Une dière de construction phénicienne.

1. Je rappelle ici qu'Alexandre, l'année même de sa mort, fit con-

30i CHAPITRE XIX.

quitta le Tigre à Oupi, pour éviter les cantons araméens alliés de l'Élam et toujours plus ou moins hostiles, même quand ils ne sont pas en guerre ouverte avec l'Assyrie. Elle s'engagea ensuite dans le grand canal d'Àrakhtou, qui unit le Tigre à l'Euphrate et traverse Babylone. On avait négligé de l'entretenir depuis longtemps, et, s'il subvenait encore aux besoins de l'irrigation et de la petite batellerie, il était assez envasé par endroits, et assez envahi de végétations parasites, pour offrir des obstacles sérieux au passage des gros vaisseaux. On réussit cependant à les surmonter, et de Babylone à Bab-Saliméti ce ne fut plus qu'une question de jours. Chaque division avait embarqué en route les troupes qu'elle devait porter, hommes et chevaux, les chars, les provisions, les machines de siège nécessaires pour une campagne qui pouvait traîner en longueur. Sennachérib rejoignit la flotte avec sa garde, et installa son camp sur les berges du fleuve. C'était une imprudence qu'il n'aurait pas commise s'il avait été mieux informé des choses de la mer. Le flux et le reflux, inconnus sur la Méditerranée, sont assez forts sur le golfe de Chaldée et se font sentir assez loin dans l'intérieur du pays; l'effet en est surtout redoutable à l'équinoxe, au moment des grandes marées. Le flot montant entre alors en lutte avec le courant du fleuve ; le choc des masses d'eau ébranle les berges, les emporte et, rompant les digues élevées pour la défense du pays, inonde des territoires considérables. C'est ce qui arriva cette année-là, à la terreur et au grand dommage des Assyriens. Leurs tentes furent envahies, culbutées parles vagues; le roi et sa garde furent contraints de se réfugier en hâte sur les vaisseaux, et d'y rester enfermés cinq jours entiers, « comme dans une grande cage ».

Sennachérib s'aperçut alors, un peu tard, qu'il avait oublié

struire à Tbapsaque une Hotte phénicienne qui descendit l'Euphrate jusqu'à -on embouchure.

de célébrer les cérémonies propitiatoires sans lesquelles il n'est pas prudent d'aborder l'Océan, et il attribua son malheur au mécontentement des dieux. Dès que les eaux se furent retirées, il descendit à l'endroit même où le fleuve se perd dans la mer, et, debout sur la proue de la galère amirale, offrit un sacrifice au dieu suprême, Éâ. Les traditions des Chaldéens racontent qu'au temps où les peuples de Babylone vivaient encore dans l'état de barbarie, comme les bêtes des champs, Éà sortit des flots sous forme d'un poisson à tète et à buste d'homme, ou, selon les autres, d'un homme habillé d'une peau de poisson, et les civilisa (fig. 169). Il leur enseigna à construire des maisons et des temples, leur montra la manière de labourer et de récolter, leur imposa des lois et leur révéla les principes des sciences, des arts et de l'écriture. D'autres dieux, semblables à celui-là, se manifestèrent après lui pour compléter son œuvre; on dit que la mer en recèle encore aujourd'hui et qu'ils apparaissent à de longs intervalles, mais personne parmi les vivants ne peut se vanter de les avoir aperçus. Sennachérib lit donc un sacrifice au roi de l'Océan, lui versa une libation dans une coupe d'or, à la vue de toute l'armée, puis jeta la coupe à l'eau, avec un modèle de navire en or, et une figure de poisson également en or. Les dieux apaisés, la flotte mit à la Toile au milieu des cris de joie. Les équipages étaient composés non seulement de Tyriens

Eà, le dieu-poissoi

et de Sidoniens, mais de Grecs qui habitent Chypre, et qui le disputent aux Phéniciens en habileté et en audace : ils s'habituèrent promptement aux marées et conduisirent

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Fig. 170. — Une rencontre entre les Assyriens et les habitants des marais.

la flotte devant Nagidou. Le rivage est d'accès dangereux, les habitants accourus en armes étaient postés sur la plage : Sennachérib débarqua, prit la place, et ramena les fugitifs avec lui. Nul monarque assyrien n'avait essayé avant lui pareille entreprise; nul ne Va renouvelée après lui. Beaucoup ont remporté plus de victoires que lui sur terre et de plus grandes ; il est le seul qui ait triomphé de la mer. La conquête du Gamboul n'exige ni flotte ni matelots

étrangers; il suffit pour la tenter d'avoir en quantité de ces bachots à fond plat, que les indigènes emploient à parcourir leurs marais. Ln gros détachement d'archers et depiquiers, appuyé de quelques cavaliers d'élite, se jette à corps perdu sur le pays, surprend quelques bateaux, en construit d'autres, en emprunte aux tribus voisines, qui n'osent refuser de les prêter, et la chasse à l'homme commence. Tandis qu'une partie des troupes s'embarque et file sur les canaux, le reste se répand en éventail dans les roseaux, et rabat lentement tout ce qui se trouve d'ennemis devant elle.

Les malheureux habitants du Gam-

boul essaient de se défendre derrière les bras d'eau les plus larges, et parfois leurs étangs deviennent le théâtre de véritables batailles navales, où ils ont rarement le dessus (fig. 170). Leurs bateaux, surchargés de femmes et de vieillards, manœuvrent mal et offrent une proie facile à l'envahisseur. A mesure que l'Assyrien gagne du terrain, des populations entières quittent leurs villages et se réfugient dans leurs fourrés les plus épais, où elles espèrent défier la poursuite (fig. 171). C'est en vain : la cavalerie les y relance, la famine les en chasse ; la résistance dure plus ou inoins longtemps, mais elle se termine toujours de la même manière, par la mort des plus braves et par la captivité des autres.

Fig. 171. — Famille de Chaldéens réfugiée

dans les roseaux.

Ici, comme partout, l'Assyrien procède avec une cruauté pleine de méthode. Les chefs sont réservés pour la torture au gré du roi. Les guerriers pris les armes à la main sont, en partie, exécutés sur place à coups de massue, en partie épargnés pour être incorporés dans l'armée. Sennachérib ramena de son expédition de Nagîdou trente mille recrues de ce genre, qui se battirent aussi bravement pour lui, en Arménie et en Cilicie, qu'ils avaient fait contre lui en Chaldée. Les femmes, les enfants, les gens de métier sont emmenés en esclavage, et s'en iront coloniser quelque contrée éloignée de leur patrie première. On se demande, à voir le soin minutieux qui préside à cet ensemble d'opérations, comment un pays n'est pas complètement ruiné après qu'une troupe assyrienne s'est abattue sur lui. Quelquefois, en eflèt, la population entière est enlevée comme d'un seul coup de filet. Les villes demeurent vides et les terres restent sans culture pendant plusieurs années. Peu à peu cependant les fugitifs qui ont échappé à la catastrophe sortent de leurs cachettes, ou quittent les cités voisines où ils avaient trouvé un asile. Leur premier soin est de reconstruire leurs murailles abattues et leurs maisons; ils ensemencent leurs champs, timidement d'abord, puis avec plus d'audace à mesure que leur nombre augmente. Quelques années de tranquillité et de paix relatives, pendant lesquelles ils essayent de se faire oublier de l'Assyrie, ramènent aisément la prospérité chez eux ; les familles se multiplient avec une rapidité prodigieuse, et des générations nouvelles s'élèvent aussi turbulentes que les anciennes. A supputer les hommes que le Bit-làkin ou le Gamboul ont perdus en bataille, tous ceux qui ont été massacrés ou entraînés en esclavage, tous ceux qui sont allés depuis un siècle mourir dans l'exil de faim et de misère, on serait tenté de croire que ces contrées sont désertes depuis longtemps, et pourtant chaque fois qu'une

guerre éclate, l'Assyrie les retrouve devant elle plus vivaces; on peut les vaincre et les affaiblir, on ne peut pas les tuer.

Tandis qu'un des corps assyriens bat le marais, le gros de l'armée opère contre les forces régulières du Gamboul. Dounânou n'ose pas s'aventurer en rase campagne; il attend l'attaque derrière les murs de Shapibel, sa capitale. C'est une tactique constante, non seulement chez les Araméens des bords du Tigre, mais chez tous les petits princes qui se mettent en lutte avec l'Assyrie. Ils ont rarement assez de troupes à leur disposition, et, fussent-ils en nombre, ils connaissent trop l'inexpérience de leurs généraux et de leurs soldats pour risquer leur vie et leur liberté sur ïe sort d'une bataille. Ils préfèrent la guerre de chicane , où l'habitude qu'ils ont du pays leur assure l'avantage; ils disputent chaque passe de montagne, chaque gué de rivière, et si la fortune leur est contraire, ils ont encore la ressource de s'enfermer dans leurs places fortes. Ils espèrent lasser la patience des assaillants par une longue résistance, et de fait, il est arrivé souvent qu'un roi d'Assyrie, après avoir assiégé et pris successivement deux ou trois villes, renonce à poursuivre l'entreprise et se retire, emmenant son butin et ses prisonniers. Souvent aussi une révolte éclate, ou quelque tribu barbare envahit une province à l'extrémité opposée de son empire. Les raisons différent, mais le résultat reste le même : les Assyriens battent en retraite, et le prince qu'ils assiégeaient est délivré d'eux pour le moment. Ce procédé presque infaillible autrefois, quand le blocus seul et la famine avaient raison d'une place fortifiée, est moins sûr depuis qu'on a inventé des machines capables de pratiquer des brèches dans les murs les plus solides.

Shapibel est bâtie sur un site assez heureusement choisi. Elle avait toujours été très difficile à prendre, mais sa force a doublé depuis qu'Ésarhaddon, l'ayant enlevée à son

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