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Le roi donne le signal de la mort

ceaux au roi (fig. 42). Ramsès les présente au fur et à mesure qu'elles arrivent, puis les entasse sur le sol avec des pains, des gâteaux, des fruits, des . j) légumes de toute espèce : Araon

n'a plus qu'à choisir, dans la masse, les mels qui conviennent le mieux à son appétit.

Ce ne sont là que les grandes lignes de la cérémonie : chaque acte en est entremêlé de mouvements, de gestes et de paroles.

dont les dieux ont daigné régler le détail eux-mêmes. Ils exigent avant tout la propreté matérielle.

L'officiant, quel qu'il soit, doit se laver — ouâbou — soigneusement le visage, la bouche, les mains, le corps, et cette purification est jugée si nécessaire que le prêtre en dérive son

nom d'ouibou, le lavé, le propre. Le costume et la coiffure varient selon la nature du rite qu'on accomplit; souvent même ils se modifient d'instant en instant dans l'exécution d'un seul rite. Tel sacrifice ou tel moment d'un sacrifice comporte les sandales à pointe relevée, la peau de panthère à l'épaule et la grosse tresse tombante sur l'oreille droite; tel autre veut que l'officiant se ceigne du pagne à queue de chacal et se déchausse, avant d'entrer en action, ou s'attache au menton une barbe postiche. L'espèce, le poil, l'âge delà victime, la façon de l'amener, puis de lui lier 1rs membres, le mode et les pé-

! — Dépeçage du taureau.

Fi|,r. -12. — Los prêlres apportent les pièces de la victime.

ripéties de l'abatage, l'ordre qu'on suit en ouvrant et en dépeçant le corps, sont prévus minutieusement et définis de façon immuable.

Encore ne sont-ce là que les moindres exigences du dieu et les plus faciles à contenter. Les formules qui accompagnent chacune des manipulations sacerdotales comprennent un nombre déterminé de mots, dont la séquence et les harmonies ne peuvent être modifiées en quoi que ce soit, ni par le dieu lui-même, sous peine de perdre leur efficacité. On les récite d'un rythme constant, sur une mélopée dont chaque ton a sa vertu, avec des mouvements qui en affirment le sens et qui exercent une action irrésistible sur le dieu : une note fausse, un désaccord entre la succession des gestes et l'émission des paroles sacramentelles, une hésitation, une gaucherie dans l'accomplissement d'un seul rite, et le sacrifice entier est nul. Le culte est donc comme une action juridique, au cours de laquelle le dieu aliène une partie de sa liberté en échange de certaines compensations en nature, dont la valeur et le mode sont fixés parla loi. Ramsès transfère solennellement à son père Amon les gâteaux, le pain, les pièces de bœuf, les fruits, par lesquels il entend gagner son oreille el le rendre favorable à sa pétition. S'il observe scrupuleusement les innombrables conditions dont cette donation est entourée, Amon ne peut pas se soustraire à l'obligation d'exaucer sa prière et de lui accorder la victoire sur les Khiti ; s'il omet la plus petite d'entre elles, l'offrande reste acquise au temple, mais Amon n'est tenu à rien envers lui.

L'officiant, roi ou simple particulier, a donc vis-à-vis des

siens une responsabilité redoutable : un défaut de mémoire ou un état d'impureté involontaire fait de lui un mauvais prêtre, nuisible à ceux qui le chargent de leurs intérêts auprès des dieux. Comme on ne peut exiger la perfection ritualislique, d'un souverain sans cesse distrait par les affaires de l'État, on pare aux erreurs qu'il est exposé à commettre, et qui annuleraient le sacrifice, en lui adjoignant un maître des cérémonies, un homme au rouleau (khri-habi), qui lui commande les évolutions réglementaires autour de la statue et de la victime, lui indique la succession des gestes et des changements de costume, lui souffle au besoin les paroles de chaque invocation, d'après un livre qu'il tient à la main, et récite pour lui la plupart des prières courantes. Quand le roi pontifie, c'est d'ordinaire l'ainé de ses enfants qui remplit auprès de lui la fonction de maître des cérémonies. Amonhikhopshouf, la peau de panthère sur l'épaule, la tresse pendante, le liras droit tendu en avant, déclame le Souton di hotpoit, sur la pile d'offrandes entassées devant Amon, tandis que Ramsèss brûle l'encens et verse une dernière libation.

Amon accueille avec faveur l'hommage de son fils : « Va « en paix, dieu bon, maître des deux Égyplcs, Ousirmari- « sotpounrî, car je te donne d'être plus fort que tout pays « étranger, de jeter la terreur dans le cœur des Barbares ». Les guerres ne sont pas seulement de roi à roi ou de peuple à peuple, mais de dieu à dieu. Chaque fois que Pharaon part pour l'armée, il ne peut triompher que si Amon se met en campagne avec lui : si Amon ne l'assistait pas de sa personne, les dieux étrangers auraient aisément raison de lui et les Égyptiens seraient battus. Amon est présent sur 1rs champs de bataille; sa main couvre le roi, écarte de lui les flèches, guide le char au milieu de la mêlée, disperse et décime les bataillons ennemis. « Je suis venu, ô « mon fils, et je t'accorde d'écraser les princes du Zabi, je

« les jette sous tes pieds à travers leurs contrées : je leur fais « voir Ta Majesté telle qu'un seigneur de lumière rayon- « nante, lorsque tu brilles sur leurs têtes comme mon « image le soleil. — Je suis venu, je t'accorde d'écraser « les Barbares d'Asie, d'emmener en captivité les chefs des « peuples Routonou : je leur fais voir Ta Majesté couverte « de ta parure de guerre, quand tu saisis tes armes, sur a le char. — Je suis venu, je t'accorde d'écraser la terre « d'Orient; les Phéniciens et Chypre sont sous ta terreur : « je leur fais voir Ta Majesté comme un taureau jeune, « ferme de cœur, muni de ses cornes, auquel on n'a pu « résister. — Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peu- « pies qui résident dans leurs ports, et, les régions de « Mitani tremblent sous ta terreur : je leur fais voir Ta « Majesté, comme l'hippopotame, seigneur de l'épouvante, « sur les eaux, et qu'on n'a pu approcher. — Je suis venu, a je t'accorde d'écraser les peuples qui résident dans leurs « îles, et ceux qui vivent, au sein de la mer sont fascinés a par ton rugissement : je leur fais voir Ta Majesté comme « un vengeur qui se dresse sur le dos de sa victime. — « Je suis venu, je t'accorde d'écraser les Tahonou, et les « îles des Danaens sont au pouvoir de tes âmes : je leur « fais voir Ta Majesté telle qu'un lion furieux, qui se couche o sur leurs cadavres à travers les vallées. — Je suis venu, « je t'accorde d'écraser les contrées maritimes, et tout ce « qu'entoure le fleuve Océan est lié à ton poing : je leur a fais voir Ta Majesté telle que le maître de l'aile, l'éper- « vier, qui embrasse en un clin d'œil ce qui lui plaît. — « Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples des nia- « rais, de lier les Bédouins, maîtres des sables, en capti- « vite : je leur fais voir Ta Majesté semblable au chacal « du Midi, seigneur de vitesse, coureur qui rôde à travers « les deux régions. — Je suis venu, je t'accorde d'écraser « les Bai-bares de Nubie, et jusqu'au peuple de Pounit, tout

« est dans ta main ; je leur fais voir Ta Majesté semblable « à tes deux frères Noms et Sit dont j'ai réuni le? deux « bras pour assurer ta puissance1. »

I. Ce chant triomphal psrait avoir été composé pour Thoutmosou III. mais il est devenu comme une sorte de propriété commune de tous les conquérants égyptiens, et on en trouve des fragments appliqués à Séti Ier ou à Ramsès III. C'est ce qui m'a permis de l'attribuer ici à Ramsès II sans invraisemblance.

La baronnie d'Apou et son seigneur Nakhtmînoù. — La ville : le Grand Château. — Les services administratifs de la baronnie. — Le peu d'amour des Égyptiens pour le métier militaire. — Le recrutement.

— Les gens d'armes héréditaires et leurs liefs. — Le cheval d'Egypte.

— Les chars de guerre égyptiens. — La remise des armes aux soldats.

— La distribution des vivres de campagne. — L'armée égyptienne et sa composition : les Shardanes. — Opinion des lettrés sur l'état militaire.

Psarou n'est pas seulement comte-nomarque de Thèbes, il est administrateur en chef de la Terre du Midi, c'est-àdire de la Haute-Egypte presque entière, des environs de Siout à la première cataracte. Parti le lendemain même du jour où Pharaon lui avait ordonné de tout préparer pour la guerre, il a fait ses levées d'hommes et ses provisions de grain dans une partie des nomes de son ressort, à Kousit et à Coptos, àDendérah, la ville d'Hâthor, à Thinis, où la monarchie égyptienne prit naissance, il y a plus de quatre mille ans. Depuis ce matin, son bateau est à quai dans Apou1, capitale du nome Panopolite, et le prince héréditaire Nakhtmînoù lui donne l'hospitalité.

1. Apou, nommée par les Grecs Khemmis ou Panopohs, est aujourd'hui Oumm-el-Khemim, vulgairement Akhmîm.

Le temps n'est plus où les grandes familles féodales, qui se partagent le sol de l'Egypte, étaient à peu pi es indépendantes et formaient autant de dynasties secondaires, sous la suzeraineté, parfois nominale, du Pharaon. Depuis que le pouvoir est tombé aux mains énergiques des rois thébains, les hauts barons ont dû restituer l'autorité presque souveraine qu'ils avaient usurpée, et ne sont plus guère que les gouverneurs héréditaires de leurs fiefs, riches et considérés pour leur noblesse, mais surveillés de près par les officiers du roi, et menacés de déchéance, sinon de mort, au moindre soupçon. La plupart d'entre eux conservent, au fond de leur cœur, le secret espoir de voir renaître bientôt le vieil état de choses : une minorité prolongée, une succession de rois incapables, une révolution de palais, une invasion des peuples de la mer. ou simplement une guerre malheureuse qui détruisit le prestige de la dynastie, et ils auraient vite fait de reconquérir leur autorité. En attendant, quelques-uns d'entre eux sont au service et exercent auprès de Ramsès des charges de cour; les autres, comme Nakhtmînou, vivent en paix dans leurs terres, partagés inégalement entre leurs plaisirs et les soins d'une administration que la jalousie du suzerain leur rend chaque jour plus légère.

A pou est célèbre par ses filatures1. Vue du fleuve, elle donne l'illusion de la vie et de l'activité. Une trentaine de bateaux s'espacent le long du rivage, une centaine de portefaix les chargent ou les déchargent en chantant; plus haut, les entrepôts royaux — h Double maison blanche, — où l'on emmagasine le blé, le lin, les fruits, les étoffes, le bétail, couronnent la berge de leurs murs crénelés. Une vieille cité indolente et silencieuse dort derrière ces pie-

1. Los filaluics d'Akhmim existent encore aujourd'hui; elles fabriquent surtout une étoffe à petits damiers blancs et bleus, dont les femmes fellahs font leur vêtement de dessus, la mélayah.

raiers plans : des ruelles étroites, animées à peine par le ronflement de quelque métier, et gardées d'espace en espace par des escouades de chiens efflanqués, un petit marché propre et discret, où vingt marchands contemplatifs attendent du matin au soir une clientèle qui semble n'arriver jamais. Vers l'est, le temple de Minou dresse sa masse imposante. Vers le nord-est, de beaux jardins touffus, séparés par des fossés profonds, qui servent de canaux pendant l'été, de routes pendant l'hiver, élèvent entre les maisons et la campagne un rempart de verdure; les murs d'enclos sont garnis de ronces folles, dont les branches retombent au milieu du chemin et font la guerre au visage des passants.

La résidence habituelle du prince, le Grand Château, s'élève au centre, à peu de distance du fleuve. C'est une sorte de massif, rectangulaire ou peu s'en faut, ceint d'un mur en briques crues, haut, épais, crénelé à nierions arrondis. Une cour oblongue en occupe le centre, fermée à l'ouest par le palais, bordée sur les trois autres côtés de magasins d'armes, de dépôts pour les fourrages et pour les provisions, ainsi que de maisons liasses, où sont installées les différentes administrations de la principauté et leurs chefs respectifs. C'est une véritable forteresse, capable de résister même à un siège régulier, et les vieux seigneurs d'Apou y ont tenu bien souvent contre leurs sujets révoltés, ou contre des troupes de Bédouins Màaziou1 venus à l'improviste du désert, voire contre les bande- disciplinées de Pharaon : on les y a réduits quelquefois par la famine, jamais par la force.

Nakhtmîneu, plus pacifique par nécessité, sinon par

1. Lt^s Màaziou étaient des Bédouins d'origine libyenne. Leur nom, identifié par calembour au mot arabe meâzah. chevreau, s'est conservé dans celui des Bédouins Mâazéh. qu'on rencontre aujourd'hui encore dans la Moyenne-Egypte, des deux côtés du Ml.

LECT. 1IIST . — CL. LE SIXIÈME li

tempérament, y donnait audience à son directeur des greniers, quand on lui annonça l'arrivée de Psarou. Chacune des baronies a, comme l'Egypte entière, son système complet d'administration, dont le prince est le chef-né et qu'il dirige sans contrôle, sauf à s'acquitter de toutes les obligations d'un vassal envers son suzerain, service personnel, contributions annuelles en métal et en nature, contingent militaire, dont l'importance varie selon l'étendue du fief et sa population. On voit donc, dans le nome d'Apou, un directeur des bestiaux, un directeur des cultures, un directeur des greniers, un directeur des entrepôts, un directeur des filatures, un directeur des soldats, un directeur de la boulangerie, un conseil d'État en miniature où siègent les notables du canton, même un héraut qui transmet solennellement les décrets du noble seigneur à ses sujets. Nakhtmînou, informé depuis quelque temps, par courrier spécial, de la mission que Psarou venait remplir auprès de lui, avait pris immédiatement toutes les mesures que l'expérience lui commandait pour assurer l'exécution des ordres royaux, de ceux surtout qui ont trait à la milice.

L'Égyptien de race pure n'aime pas le métier des armes, et les misères du soldat fournissent aux littérateurs des sujets de satire inépuisables. Ils se plaisent à le montrer déguenillé, criant la faim et la soif, maltraité par ses chefs à la moindre faute, n'échappant aux flèches de l'ennemi que pour succomber à la fatigue des marches, puis ils opposent à ce tableau peu flatté le portrait du scribe riche sans danger et considéré. Aussi, dès qu'on parle de guerre, la moitié au moins des hommes que leur âge rend propres au service s'empresse de se réfugier à la montagne, hors de l'atteinte des agents de recrutement. Ils y demeurenl cachés jusqu'à ce que les opérations soient terminées et les conscrits en roule; ils rentrent alors clans

leurs villages, où quelques cadeaux bien placés préviennent les questions indiscrètes qu'on pourrait leur poser sur leur absence au moment critique. Nakbtmînou ne leur a pas laissé le temps de recourir à leur manœuvre traditionnelle : le jour même où le rescrit royal lui est parvenu, il a expédié partout l'ordre de préparer la levée du contingent. Les chefs de village, qui répondent sur leurs biens du zèle de leurs administrés, ont mis la main sur tous ceux qu'ils redoutent de voir fuir; depuis quelques semaines, la jeunesse guerrière d'Àpou attend i n prison qu'il plaise à Psarou choisir les plus grands et les plus vigoureux, pour les expédier en Syrie.

Xakhtminou court au-devant de son hôte, le salue, l'introduit par la main dans la salle d'audience. Les cérémonies d'usage ne sont pas encore terminées, et déjà les notables du pays arrivent l'un après l'autre en robes blanches : la journée se consume en compliments, la soirée en banquet, et à demain les affaires sérieuses. Psarou et Nakhtmînou s'installent de grand matin au fond delà sous un portique ouvert où le soleil ne viendra point les déranger. Le directeur des soldats et son lieutenant prennent place à côté d'eux; les scribes du recrutement apportent leurs caisses à registres et s'accroupissent derrière elles, le calame à l'oreille; une douzaine de chaouiches, moitié huissiers, moitié bourreaux, se rangent sur les côtés, le bâton à la main, prêts à frapper au premier signe. Les gens de la campagne sont assemblés depuis l'aube à la porte du château, groupés par villages aux ordres de leurs maires. Sur un geste de Nakhtmînou, le crieur du nome annonce aux gardiens des portes qu'ils peuvent laisser entrer, et le premier groupe paraît.

Le maire marche en tète, une sorte d'enseigne à la main; arrivé devant le prince et le commissaire de Pharaon, il salue, s'agenouille, et ses gens s'arrêtent à quel-

ques pas derrière lui, l'échiné courbée, les bras ballants. Un des scribes indique d'après les registres la population du village, proclame le nombre des jeunes gens valides qu'on y compte et celai des recrues qu'il doit fournir, puis lit tous les noms l'un après l'autre. Chaque liomme lève la main à l'appel du sien. Si quelqu'un manque, le directeur interroge le maire : l'absent est-il malade? réfractaire ? a-t-il quelque emploi qui l'exempte du service ou quelque infirmité ? Le maire répond de son mieux aux questions, non sans trembler de tous ses membres, car un chaouiche est là à côté de lui, et il y va pour lui de la bastonnade si les représentants de Pharaon n'admettent pas ses excuses (fig. 45). Le choix fait, les futurs soldats sont séparés de leurs compagnons et enfermés dans un des magasins du château : les autres s'en vont chez eux au plus vite, heureux d'en être quittes pour la peur cette fois encore.

Les mêmes formalités se répètent, sans changement, pour chacun des villages qui relèvent de la baron nie d'Apou. Quelque zèle que les scribes déploient à expédier cette triste besogne, elle se prolonge et dure plusieurs jours. Ce n'est, du matin au soir, que défilés, appels et bastonnades. Les parents attendent à la porte le résultat de l'épreuve. L'armée ne rend guère les hommes qu'elle emmène aux contrées lointaines de Syrie ou d'Ethiopie : ceux qu'elle prend, leur famille les pleure comme s'ils étaient morts. Dès qu'un groupe de villageois sort, les femmes se précipitent et cherchent à distinguer qui leur revient des leurs : celles dont le mari, ou le frère, ou le fils ne reparaît point éclatent en sanglots, se salissent de poussière la chevelure et la face, et se lamentent comme on est accoutumé de faire dans un enterrement. Le cinquième jour enfin, Psarou passe lui-même l'inspection des conscrits et relâche ceux qui lui semblent être le moins forts, jusqu'à en réduire le contingent total au chiffre de six cents fan-

tassins, que la principauté est tenue de fournir au roi. C'était le point délicat de l'opération : le reste s'accomplit sans difficulté, comme par machine. Il y a en effet dans chaque nome, à côté des fellahs pour qui la milice est un accident, des familles d'ordre plus relevé, pour qui elle est un devoir héréditaire. Chacune d'elles tient en fief soit du suzerain, soit du seigneur local, un domaine d'environ trois hectares et demi, franc de taxe,

Vis. 43. — Devant les scribes.

transmissible en ligne directe ou collatérale, mais toujours sous condition du service militaire. Tous les hommes en sont inscrits sur des registres spéciaux, dont le commandant du nome a le dépôt. En temps de paix, on n'en appelle annuellement qu'une petite partie, qui forme la garde des princes ou du Pharaon, mais en temps de guerre ils partent tous, à moins d'excuse légitime, infirmités, vieillesse, maladie temporaire; encore, le père trop âgé pour payer de sa personne doit-il être remplacé par son fils, ou, à défaut de fils, par son parent le plus proche. La levée de ces gens d'armes se fait presque, toujours rapidement, car, à défaut de courage, l'intérêt leur commande l'exactitude : s'ils négligeaient de répondre ponctuellement à la moindre convocation, leur fief serait forfait, saisi par ordre des bureaux, et leur famille tomberait dans la misère.

Les hommes sont là : il faut les équiper. L'Kgyptien ne porte jamais d'armes dans la vie ordinaire : seul, le berger, qui mène son troupeau dans des endroits écartés au pied de la montagne, a son bâton ferré ou sa javeline, un arc, des flèches, un couteau ou un poignard, pour se défendre contre les bètes féroces ou les Bédouins de rencontre. Le matériel de guerre est gardé sous scellé dans les dépôts d'Etat, celui de l'infanterie dans la Maison des armes, celui de la cavalerie dans les haras. 11 n'y a pas longtemps que le cheval est connu en Egypte : les Pasteurs l'y introduisirent, et peut-être durent-ils à l'effroi qu'il inspira dans les premières rencontres la rapidité incroyable de leurs succès. 11 est en général vigoureux et de taille élevée. 11 a le front bombé, ce qui donne à sa tète un profil légèrement busqué et comme moutonné. Le cou est effilé, la croupe mince et un peu étroite, la cuisse maigre, la jambe sèche, la queue longue et bien fournie. 11 ne diffère en rien • les chevaux qu'on voit chez les peuples asiatiques, mais ce n'est pas sans peine qu'on l'empêche de s'affaiblir et de dégénérer. Le climat l'énervé, le temps de l'inondation l'éprouve; il faut toujours recruter l'espèce d'étalons et de juments qu'on achèle ou qu'on prend en Syrie. Thèbcs, Memphis, Ilermopolis, la plupart des grandes cités de la Moyenne-Egypte possèdent des haras : mettre en ligne beaucoup de chars est pour les seigneurs le luxe par excellence, que Pharaon encourage de son mieux, en récompensant les propriétaires des écuries bien tenues, en réprimandant, en punissant même, ceux qui ne soignent pas assez leurs bêtes. A pou n'en a guère qu'une cinquantaine qui puissent entrer en campagne : ni sa position géographique ni l'étendue de son territoire ne lui permettent d'en fournir davantage.

Les chars étaient à l'origine de provenance étrangère comme les chevaux : les premiers furent importés d'Asie,

Fig. -14. — Fabrication des chars.

mais les ouvriers égyptiens apprirent bientôt à les fabriquer plus élégants, sinon plus solides que leurs modèles. La légèreté en est la qualité maîtresse : un homme seul peut porter son char sur ses épaules, sans en être fatigué. Aussi n'admet-on dans la construction que du bois et du cuir : les métaux, or ou argent, fer ou bronze, n'y sont employés qu'en petite quantité dans l'ornementation (fig. 44). Les roues ont quelquefois quatre ou huit rayons, le plus souvent six. L'essieu est un ais d'acacia épais et résistant.Deux pièces emmanchées l'une sur l'autre dessinent la forme générale de la caisse, un demi-cercle ou plutôt une moilié d'ellipse fermée par une barre droite ; on établit sur ce cadre un plancher de sycomore ou un fond en lanières de cuir entre-croisées. Des panneaux légers se dressent sur le pourtour de l'ellipse, pleins de front, évidés sur les côtés et garnis de deux barreaux d'appui recourbés. Le timon, tout d'une venue, se coude au cinquième environ de sa longueur. On en engage le gros bout au%ilieu même de l'essieu, et l'on fixe la caisse sur cette manière de T gigantesque, l'arrière à plat sur l'axe, l'avant emboîté pour ainsi dire dans la .partie courbe du timon : une double ligature en cuir assure la solidité de l'ensemble. Un joug en forme d'arc est lié à l'extrémité libre du timon et sert à atteler les chevaux. Les Asiatiques montent d'ordinaire à trois sur un même char : les Égyptiens n'y sont jamais que deux, le guerrier qui combat, et le cocher qui guide les chevaux ou tient le bouclier pendant la bataille.

La remise des armes est une véritable fête, à laquelle on s'efforce de donner autant d'éclat que possible. Où Pharaon

se trouve, il y "assiste du commencement jusqu'à la fin; partout ailleurs, les officiers royaux ou les seigneurs s.; font gloire d'y présider. Tous les hommes de la levée d'Apou se réunissent donc dans la cour du château et s'y

Fi?, 45. — La lutte corps à corps.

rangent par compagnies, les recrues campagnardes, les soldats héréditaires, les gens de char. Ils exécutent d'abord toutes les marches ou contremarches en usage dans l'armée, la course par peloton, le saut en ligne, l'arrêt brusque, puis ils rompent les rangs et engagent deux par deux la lutte corps à corps (fig. 45). Après une heure ou deux de cet

Fig. 16. — Distribution des armes aux reorues.

exercice, ils reprennent leurs postes primitifs, le Directeur de la maison des armes ouvre ses magasins, et la distribution commence (fig. 40). Seuls les rois, les princes et quelques soldats étrangers portent un casque en fer ou en hronze et une chemise de cuir, couverte d'écaillés de bronze

•17. — Cuir royale.

(fig. 47). Les Égyptiens ont sur la tète un mouchoir rayé ou un bonnet de feutre; une sorte de tablier ovale, attaché à la ceinture et formé débandes de cuir cousues ensemble, leur couvre parfois le bas-ventre et le haut des cuisses. Le bouclier consiste en une sorte de cadre en bois léger, carré de la base, arrondi au sommet, revêtu d'une peau de bœuf, et garni vers le milieu d'une rondelle de métal large d'environ vingt centimètres Fig. (fig. 48). Il n'a qu'une poignée. C'est une sorte de rempart mobile qu'on tient devant soi de main gauche et dont l'emploi exige une grande habileté. Le soldat, ramassé sur lui-même, voit venir la flèche ou la javeline de son adversaire, et tâche de la recevoir sur la rondelle métallique : s'il y réussit, elle tombe; s'il y manque, elle traverse la peau et risque de lui percer la poitrine. 11 a pour l'attaque la pique de six pieds, la javeline, la hache, la massue, l'arc et la flèche, le poignard quelquefois un tranchet à la

Fier. 48.

Bouclier.

l'épée courte, et large et recourbée, qui est l'arme favorite des rois, et qu'on appelle la kkopshou. Chaque homme va prendre aux mains des magasiniers l'équipement du corps auquel il apparlient, et les cavaliers reçoivent du Directeur des cavales un char et deux chevaux : le cocher les harnache en hâte et attache aux côtés de la caisse deux étuis d'arc, ainsi que deux grands carquois pour les flèches et les javelines.

La distribution achevée, les manœuvres reprennent, mais sur des thèmes nouveaux. Une vingtaine d'archers y préludent en exécutant la danse de combat des Bédouins Màaziou. Ils se rangent en ligne, bondissent soudain

en jetant leur cri de guerre, tournent sur eux-mêmes en brandissant leurs aimes au-dessus de leur tête, posent leur arc à terre et le ramassent avec des contorsions bizarres,

Fig. 49. — Danse de guerre des

avancent et reculent tour à tour : leurs camarades rythment le mouvement en frappant dans leurs mains, ou en battant deux boumé rangs l'un contre l'autre (fig. 49). Quand cette scène sauvage a duré assez longtemps, le défilé commence. Les

Fig. 50. — Défilé des troupes légères.

chars marchent en tête, puis les troupes légères, tête nue, Bans tablier de cuir ni bouclier, l'arc à la main gauche, la hache ou le boumérang à la main droile, le porte-étendard sur la gauche, en serre-file (fig. 50). La grosse infanterie suit au son du clairon, le bonnet rayé en tète, le tablier en

cuir sur le ventre, le bouclier et la pique à l'épaule gauche, la hache à la main droite : l'officier n'a point d'armes et ne lient qu'un bâton de commandement (fig. 51). Quand

Fig. 51. — Défilé de l'infanterie Je li

tout a passé, les officiers et les porte-enseigne sortent des rangs et saluent le prince, le genou enterre, la main droite devant la figure (fig. 52) : la fête est terminée.

Le lendemain, de grand matin, les hommes viennent chercher leurs vivres de route. Le directeur du haras a préparé des rations de fourrage et de grain pour les chevaux. De son côté, le directeur de la boulant gerie n'a pas été inactif et a cuit la quantité de pain nécessaire pour nourrir la troupe entière pendant quinze jours. C'est moins du pain qu'une sorte de galette ronde, plate, noire, d'une pâte très serrée qui sèche rapidement et devient dure comme la pierre : il faut la tremper dans l'eau pour l'attendrir avant de la manger. Les soldats se présentent par escouade, un petit sac de toile à la main, et reçoivent la provision allouée par les règlements à chacun d'eux (fig. 55) .Une flottille de gros bateaux les attend : ils s'entassent sur le pont pêlemêle, avec les chevaux, tandis qu'on case les chars et les

Fig-. 52. — Le salut au prince.

bagages sur le toit des cabines. Dans deux semaines au plus tard, ils auront rejoint la grande armée que Pharaon rassemble à Zalou1, sur la frontière orientale du Delta.

Elle se compose d'Egyptiens et d'étrangers en nombre inégal, ces derniers attachés à la personne de Ram ses. Comme la plupart des rois, Pharaon aime à s'entourer d'une garde de Barbares, dont la physionomie farouche, le costume, les armes étranges, frappent l'imagination de ses sujets et rehaussent son prestige à leurs yeux. Il les recrute

Fig. 53. — Les soldats vont prendre les vivres de campagne.

parmi les tribus libyennes du désert, et surtout chez les pirates que l'appât du gain ou l'esprit d'aventure amène par intervalles de la Grèce lointaine, des îles et de l'Asie Mineure, sur les côtes de l'Egypte. Une de ces bandes pillardes, appartenant à la nation guerrière des ShardaneS de Lydie, avait été surprise et enlevée tout entière, pendant la dernière année de Séti Ier. Rarnsès la retint auprès de lui, la recruta de tous les prisonniers de même race qu'il fil au cours de ses premières guerres, et en composa un petit corps d'élite à sa dévotion. Les Shardanes (fig. 54) sont vêtus de la longue jupe égyptienne et d'un justaucorps

i. Zalou, la Sel/c'th'> géographes d'époque romaine, aujourd'hui un amas de ruines, à quelque distance à l'ouest du canal de Suc/, à la hauteui de la station d'El-Kantarah.

d'étoffe épaisse, rayé de blanc et de noir, fendu sur le côté, maintenu en places par deux bretelles. Ils ont pour armes une longue épée à double tranchant, et une rondache en cuir semée de disques en métal doré.

Ils portent sur la tête un casque rond, sans couvre-nuque, surmonté souvent d'une grosse boule et de deux cornes aiguës. Ce sont les seuls étrangers que Ramsès emmène avec lui cette fois : les auxiliaires libyens, bédouins et nègres resteront en Egypte, à la disposition de la reine et des officiers chargés de la régence.

Les soldats de race indigène sont partagés en quatre légions, nommées chacune d'après l'un des

grands dieux, légion d'Amon, légion de Rà, légion de Phtah, légion de Soutekhou. Les contingents des nomes sont distribués entre elles : celui d'Apou est versé dans la légion d'Amon à son arrivée. Les chars de guerre forment un corps spécial sous le commandement direct du roi et de ses fils. Étrangers, fantassins égyptiens, gens de char sont jaloux les uns des autres. Les Égyptiens envient aux Shardanes la faveur que Pharaon leur montre, et le poste d'honneur qu'il leur accorde dans les combats. La cavalerie, qui renferme les enfants des familles les plus nobles, méprise les légions où sert la masse des fellahs et des gens d'armes. Ces rivalités de corps pourraient devenir dangereuses sous un général ordinaire : Ramsès en tire un parti merveilleux pour stimuler l'ardeur de ses soldats. L'Egyptien manque de feu et d'emportement, mais il est patient, endure longtemps la fatigue et ne craint ni la

Fi". 54. — Un Shardane de la

douleur ni la mort; il forme un noyau d'armée solide et résistant. Les Shardanes et les autres mercenaires étrangers sont là pour lui communiquer les qualités d'offensive qui lui font défaut, l'élan et la vigueur1. C'est comme un levain introduit dans une pâte trop lourde qui la rend plus légère et qui la bonifie.

Le plus jeune fils de Xakhtmînou a dix ans à peine. C'est un bel enfant, mince, élancé, grand pour son âge, habile à tous les exercices du corps, intelligent d'ailleurs et d'esprit très vif. La vue des armes et le tumulte des derniers jours l'ont rempli d'une ardeur belliqueuse, dont les éclats ne laissent pas que de troubler sa famille : il néglige ses leçons, écrit ses devoirs tout de travers, cl quand son père l'en réprimande, il répond qu'il veut être officier de la guerre et n'a pas besoin de tant étudier. Psarou, que son enthousiasme amuse, se plaît à le pousser sur ce sujet chaque fois qu'il le rencontre. « Demande à « mon vieil Ennana, lui dit-il un jour, ce qu'il pense du « beau métier que tu aimes tant; il est de bon conseil et « tu trouveras profit à l'écouter, comme s'il était le dieu « Thot. )> Ennana est un scribe de la Double maison blanche qui accompagne Psarou dans tous ses voyages. 11 n'a point son pareil comme comptable, et personne ne sait mieux que lui découvrir une erreur d'un sac de blé dans vingt registres. 11 est aussi poète à ses heures, et dès qu'il a un moment de loisir, il écrit en vers, en prose, sur tous les sujets qui se présentent, sacrés ou profanes.

Le départ des fantassins et des soldats de char l'a inspiré,

1. J'ai emprunté cette description, en changeanl les noms actuels, aux relations des campagnes île Mohammed-Ali et d'Ibrahim-Pacha. Le fellah d'aujourd'hui ressemble tant au fellah d'autrefois, que je n'ai pas hésité à appliquer aux armées pharaoniques ce qui est vrai de ces armées modernes. Les Shardanes et les autres mercenaires devaient jouer -nu- Ramsés le même rôle que les Àrnautes. les Turcs et les Européens sous Mohammed-Ali.

comme on peut penser. Quand le fils de Nakhtmînou vient lui demander conseil, il a déjà que lui répondre en beau langage rythmé, bien sonnant à l'oreille. « Pourquoi donc « prétends-tu — que l'officier d'infanterie a plus de chance « que le scribe? — Viens, que je te conte le sort de l'officier « d'infanterie, — l'étendue de ses misères. — On l'amène « tout enfant, la tresse encore sur l'oreille1 — et on l'empri- « sonne dans une caserne. — On le bat et son ventre est « crevassé de plaies, — on le bat et ses deux sourcils sont « fendus de plaies, — on le bat et sa tète est cassée par une « blessure; — on l'étend et on frappe sur lui comme sur un « papyrus2, — et il est brisé par le bâton. — Viens main- « tenant que je te conte sa marche en Syrie, — ses courses « aux pays lointains. — Ses vivres et son eau sont sur son a épaule comme le faix d'un âne, — et traitent son cou et « sa nuque comme ceux d'un âne, — si bien que les joina tures de son échine sont rompues. — Il boit de l'eau pourri rie — tout en montant une garde perpétuelle. — Arrive- Il t-il à l'ennemi ? — Il n'est plus qu'un oiseau qui tremble. « — Revient-il en Egypte? — Il n'est plus qu'un vieux « bois rongé par le ver. — Il est malade et doit se coucher, « et on l'emmène sur un âne, — tandis que des voleurs lui « enlèvent ses vêtemenls, — et que ses serviteurs se sau- « vent. — Ainsi donc, ô mon enfant, — renverse l'opinion « que tu t'es faite du scribe et de l'officier. »

Le fils de Nakhtmînou est un peu désappointé par le ton sceptique et gouailleur des vers qu'il vient d'entendre : le bruit des clairons et l'éclat des armes l'avaient empêché de songer à ces misères. Il se console pourtant en se disant que le cavalier n'a rien à craindre de tous ses ennuis. « Le

i. On rassemblait les cheveux des petits enfants on une grosse natte qui leur tombait sur l'oreille gauche. Voir la vignette 8. p. 15.

2. Un battait vigoureusement les tiges du papyrus, pour en souder les libres et en faire des feuilles à écrire.

soldat des chars? reprend doucement Ennana. — Viens que o je te dise les devoirs fatigants du soldat des chars. — Il « accourt pour choisir un attelage — dans les haras de h Sa Majesté; — quand il a choisi de beaux chevaux, — il se <( réjouit à grand bruit, — il retourne avec eux dans son a village, — et il se met à galoper, — car il est joyeux de « bien galoper sur un char, — et il ne connaît pas encore

le sort qui l'attend. — 11 remet ce qu'il possède à son « grand-père, — puis il prend son char, — un char dont « le timon lui coûte trois outnou de cuivre, — et la caisse c cinq outnou l, — et s'en va au galop sur lui. — Mais il « s'embarrasse dans ses rênes, — et il tombe à terre parmi « les épines; — un scorpion lui pique le pied, et son talon « est percé par la morsure. — Quand on vient pour passer « la revue de ses effets, — sa misère est à son comble : « — on f étend sur le sol — et on l'assomme de cent coups « de bâton. »

Le fils de Nakhtmînou n'en persiste pas moins à rêver chars et batailles ; c'est le faible de tous les enfants que l'amour de la lutte et du bruit. L'âge et la réflexion calmeront cette belle ardeur; dans quelques années, il se mariera, « fera femme » comme on dit ici, prendra un emploi lucratif dans le domaine de son père ou à la cour de Pharaon, et ne sera plus qu'un scribe pacifique. Les Égyptiens du temps de Thoutmosou III et d'Amenhotpou II étaient plus fidèles à leurs impressions d'enfance : ils servaient volontiers toute leur vie, et le métier du soldat ne leur paraissait pas moins enviable que la carrière du scribe. L'affaiblissement de l'esprit militaire n'est pas sans nuire a li grandeur du pays. Séti Ier et Ramsès, si bons généraux qu'ils aient été, n'ont pas remporté autant de victoires que

1. Voir, page kJ2. note I. le poids de Youtnou et le moyen d'en estiiii i la valeur en monnaie moderne.

leurs prédécesseurs de la xvme dynastie, et ces victoires ont été moins décisives. Amenhotpou III imposait encore des tributs aux Khiti, Séti dut traiter avec leur roi d'égal à égal, les dieux prévoient seuls comment se terminera la campagne qui va commencer. Les mercenaires ne font encore aujourd'hui qu'une portion de l'armée; si la répulsion que les indigènes éprouvent pour la milice s'accentue, comme tout porte à le croire, il faudra augmenter le nombre des soldats barbares outre mesure, et alors.... On sait ce qu'il arrive en pareil cas : les esclaves d'autrefois deviennent rapidement des maîtres, et le jour n'est pas éloigné peut-être où les bandes étrangères assoiront un des leurs sur le trône de Pharaon1.

1. C'est ce qui arriva en effet, une centaine d'années plus tard, après Séti II, quand les étrangers donnèrent la couronne d'Egypte au Syrien Irisou.

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