‹ Histoire anecdotique de la Fronde 1643 à 1653Chapitre 3 sur 6 · M LA PRON0B · texte numérisé non relu

M LA PRON0B

Parmi les écrivains nombreux qui traitent de sa délivrance, cin remarque Adam Billaut. menuisier de Nevers, qui a composé le Claqiiei de la Fronde sur la liberté des princes^ avec une élégie auK dames frûûdeuses. Adam Billaut y place ces vers sur Malaria :

Le louge cramoisi n'a pins rieD qui nons flattai L*£mineooa «tt «n bas avot son Movrlatto...

n déclare que Gaston dHyrIéans, c insigne génie... a labattu les cornes de ce fat; » il conseille à Monsieur le Prince c de chasser ce tyranneau » de cardinal ; il assure ifièma que les c invincibles frondeurs sont Thonncur de nos provinceSy les appuis du royaume, et les soustiens de nos princes» » Seulement, il termine sa mazarinade par cette epigramme galante aux frondeuses :

BeUes, la liberté plaist tant h nos hnmenrs,

Qu*elle tient un empiro absolu sur nos cœurs;

Son nom pourrait charmer les esprits plus faroucheftj

Mais nous sommes d'advis que o*est avec raison

Qu'un êsolaire bénit soi fen et sa prison

Lorsqu'il est prisonoier sons les «Ûs de TOi eoiiebM.

Ce n*est pas à cause de leur beauté que nous citons ces derniers vers» mais ils sont tellement empreints de la ga« lanterie de l'époque et ils dépeignent si bien le côté féminin de la Fronde, qu'ils devaient trouver place ici.

On dirait que Coudé, le fier et dédaigneux gagneur de batailles, est maintenant devenu populaire par « son glorieux retour > dans Paris. Son hôtel, qui comprend le vaste . triangle formé aujourd'hui par les rues de Condé, des Fossés-Monsieur-le^Prince et de Vaugirard, estencombréde visiteurs, parmi lesquels on distingue les prévôt des marchands, échevins, procureur du roy et greffier de la ville. Une déclaration du roi sur a Tinnocence » de Condé, de Conti et de Longueville,est envoyée à tous les parlements. Pour voir l'imposante figure du vainqueur de Rocroi, on ferme bien des boutiques, dit le gazetier Lorei; « les brin-

éU et}ess|nté;B retentissent de tous cètez; » toutle monde

est sorti en foule « des cabarets et jeux de boule; > enfin» les fenêtres ont été remplies

De maints vizages de reuom, lies una beaux et les autres non*

Par contre, le bannissement de Mazarin a inspiré les habiles pamphlétaires connus déjà pendant la lutle des deux Froncies, — Gondi, Joly, Sarrazin, Patiu, ('aumartin. Portail. I^a verve des moqueurs ne tarit pas. Paris entier Mile Trou fait à la nuit par Mazarin, etc., et le Cardinal irranly qui se termine ainsi :

.... « Que le poison ou le couteau, Le pfédpioe ou U oordeaii Liiy manquant pour dernier remède| I<a mort lui lefîue son «yde. m

 tous les coins de carrefour on pend en cfngie le mi* nistre italien. Son portrait moral est esquissé de la ma** nîère suivante, dans le Cansm d$ MazanUf ou la suite des Triolets ;

Maudit, roaraut, malicieux, Sot, Buperbe, symoniaque, Avare, asmer, amblttenx.

Maudit, marant, malideoz; Pend art, pelé, pernicieux. Plus dangereux qu*un maniaqno^ Maudit, maraut, malicîeux, Sot, nperbe, symoniaque.

lufàrae, impertinent, in^rat^ Tygre, testu, tyran traistre.

Fourbe, faquin, fantasque, fat.

Infâme, impertinent, ingrat, Ribaut, rodomont, renégat, Meschant enfin par toute lettre I * lufàmo, i;n pertinent, ingrat,

Tygre, te&tu, t^ran ot traistre.

L'auteur de làMort fuwsU du- wdiwU Ma»arinf avec

sonépitaphe^ ne trouve, ca 1651, rien d'asdez fort peur te supplice que mérite le ministre :

L'empalement des Turcs, les tenailles, le feu; , Mourir de faim, de soif, de rage, c'est trop peu. Les croix, les chevalets, l'huile, la poix résine,

• LeBtenSènt déooales par Ici, feu tur.son'doè; Brûlao» jfiMjiiies au ^ de la mouëlle des oi,

. On tout vif eteoibhé par le ventre et Tetdiiiie.

jlt l'oB se réjouit de vôîr lè cardinal bon de France* Loret, dans sa Gazette du wnedi 11 février 16S1, ai^ ivonce ainsi sôn départ :^

• Le cardinal, lundy, la nuit, Fit sa retraite à petit bruit Il sortit par l'huis do derrière.

Le lendemain, en toute pkce, r' Bourgeois, nestieA et populace, Montroient par dea ris redoubles ; > . L'aize dont ils estoient comblés t

Car à moins de rien la nonvéB0 [ \

Fut par Paris universelle, ' , '

Et l'on remarqua maint courtant^ ' Qui tournoit le visage en hautg

Croyant qu'après cette Mirtie, L'alottète tonte rGtie, Sons rien faire et sortir dUlleC^ ' - |«Qy tomberait dedans le. beor *. .

Magnifique triomphe, en efîfet, pour les princes, la bourgeoisie et le peuple 1 A la ^onne heure 1 Voilà le cardinal

Earti, séparé d'avec la Suissesse {Anfie d'Autriche) ! Lo aut du pavé appartient désormais aux frondeurs ! Quel mazarin oserait se montrer ! Cette victoire complète remportée sur ritalien aveugle les Parisiens les plus perspicaces. A peine si quelques esprits-forts répètent le Credo do h' Fronde : « Je crois en nostrc Roy tout-])uissant, — et tellement quellenient en M, le duc d*Orléans, son oncle uniquci non pas eu Coudé ny en Jules Jttazsu'iu» mais

m HISTOIKB ANEfiDOtlQUE

en nostre dnc de Beaufort incornijitibîe... — Je croy en Pierre de Brousscl et en M. le coadjiifeur, — et en une saincte orthodoxe, et en une Fronde bien fouettante, — qui est ressuscitée aujourd'hui scion nos espérances, etc. » Le président Charton s'écrie que sous Ricî elieu on avait eu Uû siècle de fer, et sous Mazarin un siècle de fourberie.

Dans l'assemblée de la noblesse, tenue aux Gordeliers, et qui a duré depuis le 6 févner 4651 jusqu'au 25 mars de la même année, il n'est pas uniquement question d'obtenir des Etats-Généraux. Les « huit cents messieurs » qui la composent se reportent avec complaisance à l'époque féodale; ils s'indignent de voir le gouvernement aux mains des gens de chicane et émettent dos propositions hostiles au parlement, celle-ci par exemple : « La loi est au-dessus du roi, au-dessus de la loi les Etats-Généraux. » La noblesse veut redevenir maîtresse des destinées de la France. L'assemblée du clergé, tenue aux Augustins, se laisse volontiers entraîner par deux baiwigaes, Ttine de Fiesque, l'autre de Vitry, et adopte les idées de la noblesse. Aussitôt, grand émoi da parlement, qui informe sur les injures des gentilshommes, et fureur dès gentilshommes, qui parlent de jeter tout simplement le parlement à l'eau.

Une tM>mme de discorde a été jeté^ entre les partisans dè Fancienne et de la nouvelle Frondai Maiarin, a fait le eoup ; c*est de la frontière qu'il a donné le mot d'ordre; il sait (]ue ses ennemis ne tarderont pas à s*entre-déchirer. L*umon de la noblesse promet la désunion des frondeurs.

"Qu'ils chantent, {)ourvu qu'ils paient, a dit souvent le cardinal; qu'ils se réjouissent de ne plus me voir, pourvu que je gouverne^ malgré mon exil, ajoute4-il ; qu'ils croient en la Fronde, pour\ru que leur foi devienne illusoire, pense-t-il encore. De Brue), Mazarin continue à diriger le eonteil de la régente, avec laquelle il entretient une corre^ndance. secrète et fort suivie* Il a quitté Paris, la France même; mais il s'entend avec ses dévoués amis, avec ceux que Coudé appelle les valets de VltaHen^ les nousministrtiy avec Lyonnè,- Le Tellier et Servien, secrétaires d'Etat.

Quoi qu'il anrivet et quoi qa'im fasse, malgré l'appari-

(ion de Turenne à la Cour (2 niai) et la rcniisc du gouvernement de Guienne à Monsieur le Prince en échange du gouvernement de Bourgopjne donné à d'Epcrnon (15 mai), lu pensée de Mazarin domine toujours Anne d'Autriche, D'après ses avis, la reine se lie avec Tancienne Fronde : il est bientôt question d'arrêter une seconde fois Condé, de le tuer, s*il y a lieu. Gondi, reparu sur la scùne politique, brûle de diri^ier ses trames nouvelles contre Monsieur le Prince. Le motif de la conduite du coadjuteur ne peut échapper à personne : s'il est mécontent, c'est parce que Condé, en cela conseillé par Anne d'Autriche, refuse de marier Conti avec mademoiselle de Chevreuse, mariage regardé comme une sorte de rançon des princes.

Le croirait-on ï mademoiselle de Chevreuse, belle amie du coadjuteur, a dû être épousée par un prince de Bourbon! Quelles bassesses suggère parfois l'ambition! a On rompt brusquement et avec outrage avec les deux Lorraines, les Chevreuse, mère et tille. Les valets, les agents populaires du parti Condé, un savetier. Maillard, à la vue de ces deux infantes, crient dans les rues ce que Paris savait. La demoiselle s'évanouit presque. Du sang, il faut du sang, « et le sang de Bourbon n'est pas trop pour laver l'aiTront de Lorraine. » Il eût fallu que le coadjuteur pût faire assassiner Condé » Pour réparation, les Chevreuse n'obtiennent que la punition du savetier Maillard, lequel reçoit une volée de coups de bâton.

Mais ce n'est pas tout. Au mécontentement de Gondî vient se ioindre celui de madame de Montbazon. Cette « étoile galante, » déjà vieille, est connue pour son avidiie. Condé lui a promis cent mille écos ; délivré de prison, nonseulement il ne paie pas, mais il tourne Taffairc en plaisanterie et la dame en ridicule. Madame de Montbazon est une ennemie déplus pour Condé.

Une nuit, on vint avertir celui-ci de faire bonne guette, que le rép:iment des gardes s'assemblait dans le faubourg Saint-Germuin, que peut-être deux compagnies de ce régiment allaient investir son hôtel. Pour échapper à un

I MichtUtf Richelieu et la Fronde, Paris, 1858.

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second cmpiisoDaement, il partit le 6 juillet exitré une et deux heures du matin, et il se rendit à sa maison de Sainir^Maur^ où le rejoignirent CqntiV Bouillon^ Nemonrs, Richeliea, Marsillac, le maréchal de la 4llotte et la dix* chesKse deLonguevtlle. La.situàtion était grave pour lai : il le vit bien, qar il rencontra sor son passage quarante ca* valiers marcl&ant en bon ordre.

Se croyant sads peine ii^aitre du gouTemement par VesA de Uazarin, Gpndé avait encore tout gâté; <m le voyait tyrannique avec Anne d'Autriche, hautain avec les magistrats, prompt à se brouiller avec diacun. A- qui lui

ëinait de s*alUer aux parlementaires^ il ré^mlâit, assnre ondi : c n*entends rien à la .guerre des pots-de-chambre» et me sens même poUreii pour les occasions de tumulte populaire et de sédition, ». il prétendait à une sorte de royaume voisinjde llEspagne, en deiBandant la Guienne et ]fi Languedoc pour lui, la Provence pour son irère, et pour ses amis toutes les faveurs imaginables. Beaucoup de gens se figurèrent, non sans apparence de raison, qu'il ftvait, de concert avec l'Espagne, le projet de renverser Louis XIV du trônp ; c'était ce que liiî iSonscillaient ses fetiÙHnaitm survivants. Aussi Mazarin écrivit-il à la rwne : « Vous savez que le plus cajHtal ennemi que j'ai au monde est le coadjuteur; servez-vous-en, madame, faites-lc cardinal, donnez-lui ma place, mettez-le dans mon appartement; tout, plutôt que de tomber avec Monsieur le Prince aux conditions qu'il demande : s*il les ob- ^ tenait, il n'y aurait plus qu'à le mener à Reims. » L'exagération des craintes du ministre exilé écliappait à la Cour, d'autant plus que, pour plaire à C^ndé, Anne d'Autriche avait renvoyé Lyonne, Le Tellier et Scrvien, dont la violence et riuimcur despotique étaient connues depuis le congrès de Munster, où le nonce du pape, Fabio Cliid, l'avait ajv lidéV Ange extenninateur delà paix. Les som~miuistres avaient rté sommés dans une affiche aj)|)osée à Paris, le 19 juillet IGol, de quitter la capitale avant vingt-quatre jieures, et le royaume avant huit jours. •

Condé ne sut aucun gré à la reine de ses déférences; il s'exempta de tous devoirà envers Anne d'Autiiclic et

Louis XIV ; il dénonça comme un forfait an* pailement le

mariaige de Mer cœur avec une nièce du cardinal.

En un root, il entra en rébellion ouverte, et il était facile de voir qtt*il. voulait se faire le chef de la noblesse fran«çaise.

Ses amis, pourtant, diminuaient en nombre : Longueville se tenait prudemment à l'écart, Bouillon et Turenne refusaient de seconder ses vues ambitieuses, de lui servir de lieutenants; Beaufort seul se joignait à lui^ sans doute pour ne point abdiquer sa « royauté des Halles. » Pendant sa maladie, que beaucoup de gens attribuaient à un empoisonnement, Beaufort, dans une affiche (30 juillet 1051), avait cautionné Monsieur le Prince auprès des Parisiens.

Retiré en son magnifique château de Saint-Maur, qui dominait la rive gauche de la Marne, Condé se complut dans ses bouderies éclatantes et ne se départit en rien de ses exigences insatiables. Le reste de ses partisans l'encensait et le portait à s'inquiéter peu de la conduite de Longueville, de Bouillon et de Turenne, puisque madame de Longueville, Conti, le duc de Nemours et Marsillac se joignaient à lui. D'ailleurs, assure Montglat, les bals, la comédie, le jeu, la chasse et la bonne chère, attirèrent aussi à Saint-Maur bon nombre de courtisans : gens qui s'offrent toujours dans les commencements des partis, et qui les trahissent ou les abandonnent ensuite, selon leur crainte ou leur intérêt. » Plus de visites au Palais-Royal! mais Gondé faisait parade de son intimité avec le duc d'Orléans, et visait à conquérir de la popularité en se montrant souvent dans les mes de Paris, selon le système son nouvel ami le roi des Halles. H fit placarder un Advis aux gem de 6ten, un second avertissement aux Parisiens (16 juillet), une troisième affiche (19 iuillet), et le Prince de Condé aux bons bourgeois de^Patis (24 juillet), affiche dans laquelle, selon la Bibliographie des Mazarinades, il pro-i mettait , aux bourgeois de Paris « de ne .pas sottir de leur ville, pourvu qu*il pût compter sur eux. » IL se posa en antagoniste déclare du coadjutenr, si bien qu'à une séance du parlement (2l août), cette auerelle personnelle faillit devenir un combat. Le parti de éondi avait pour 4no$ d'or^

4tt HlffOlKV AUttibdtTQtJS

dre e Nôtre-Dame ; » celui de Condé, « Sm'nf-Loiiîf^. j> Jfar* sill'.ic serra le coadjutenr entre les deux battants d'une port»', pour le livrer aux épées de ses amis, qui heureusement rentrèrent dans le fourreau, si bien qu'il n'y eut aucun sang répandu^ a et rien qu'un chapeau de perdu, » ditLoret; le parlement rendit, séance tenante, un arrêt contre ceux qui s'attroupaient en armes au palais. Le lendemain, — et c'est là un des côtés comiques de cette époque, — Condé rencontra dans Paris une procession à la tête de laquelle marchait le coadjuteur en rocliet et en caniail au milieu de son clergé, fit arrêter son carrosse, s'ageuouilla, et reçut U bénédiciioA de Gondi, \

DoBliant, di M min, âtaa IM MW^

Gondi Mm ion bofuifll ei ft 4 -Ceiid^ ta pliis ptolnrffli féiféreneeSé *

Les placards d« Wmâtni U Prfnee ne liii faiiienèreQt «etnl la bourgeoisie; ils lui f^iénèrent complètement Ëour, qui dressa des articles contre lui, et fit tire au parlement un diseouri, revu et wrrïgê par Molé, c qui 7 trouva trop de vinaigre et j mit du sel, selon le cardinal de Rets, Condé répondit au parlemeiit, attaqua les c ca» lomnies » contenues dans le discours, fut « justifié » par une dédaratiott de Gaston d*Orléans, et travailla à grossir le nombre de ses amis. i

A cette époque, le placard ou Taffiche succédait au pamphlet, que le public ne se souciait plus d'acheter. Déjà, en . l649, pendant les négociations pour la paix de Saint-Germain, quelques placnrds avaient paru. De violentes afiiches, en i650, avaient attaqué Monsieur le Prince, et avaient peut-être motivé son arrestation. Sorti de prison, Condé se servit des affiches dans fintérêt de ses prétentions; ce fut alors que la police redoubla d'activité dans la prnerre qu'elle déclarait aux ])lacards, déchirés aussitôt qu'affichés, et donnant souvent lieu à des rixes déplorables; les habitants de l^aris, à ce propos, se faisaient parfois justice etixuicmes» et les aftickeurs durent emplojer toutes sortes de

DE LA FRONDË 4g3

moyens adroits ponr parvenir ù coller sur les murs ces nombreux appels à rinsurrection. Bientôt, néanmoins, les affiches satiriques inondèrent tout Pans, et le parlement s'éleva contre elles comme il s'était naguère élevé contre les pamphlets. Un arrêt du i6 février IGoâ porta qu'il serait informé contre les auteurs et afficheurs do placards tendant à sédition. « Il fut ordonné aux officiers du Chàtelet tenant la police, de condamner au fouet et au carcan ceux qui seront trouvés imprimant, affichant, criant, publiant ou débitant placards contre l'autorité du roi. d Le placard forme une catégorie à part dans les Mazarînadei, C'est le pamphlet bref ou simplement l'extrait de pamphlet.

Mais revenons aux événements qui suivirent la retraite de Condé à Saint-Maur.

L'heure delà majorité du petit roi sonna (5 septembre), et, le surlendemain, un lit de justice fut tenu à cette occasion. Condé ne parut pas à la cérémonie ; il écrivit à Louis XIV <r sur le sujet de son absence; » puis, pendant que les Parisiens entonnaient le Chant royal sur la majo^ rite du roi, pièce dont le refrain était : a Cet illustre patron d'un triomphant navire, > le mécontent, n'oubliant pas qu'Anne d'Autiiche avait dit, h propos de lui : a II périra, ou je périrai, » partit pour Bordeaux avec iMarsillac et Lenet.

Monsieur le Prince était bien décidé a à remettre le dernier l'épée dans le fourreau. »

La majorité du roi devenait une date sérieuse dans l'histoire de la Fronde. Fournier, président de l'élection de Paris, adressa à Louis XIV une harangue où il lui parlait de l'état misérable de ses sujets. Le Panégyrique du roi très chrétien supplia Sa Majesté « de vouloir conserver Monsieur le Prince dans l'honneur de ses bonnes grâces; » La majorité du roy, ou le royal miroir "présenté à Sa A/ayejî/e recommanda à Louis XIV or de jetter l'œil de temps en temps sur la récepte et mise de ses deniers. » Pour premier coup d'Etat, le roi majeur nomma de nouveaux ministres: Châteauneuf fut chef du conseil, et Matthieu Molé fut garde des sceaux, sans pour cela cesser de présider le parlement. Ensuite Louis XIV, par une déclaration, fit

4Si ngTcms anegdotkhjb

savoir à la France entière que tous les actes arbitraires et oppressifs commis pendant la régence d'Anne d'Autriche étaient dus à Mazarin, « à ce méchant homme qui avait justement excité la haine -et mépris de trois ordres da royaume, s et qui, non moins justement, était banni, ce qui ne Vempécnait pas € de continaer ses pi aiiques ordinaires avec aucon de ses amis et affidés» » Ce langage trompait les peuples; Louis XIV nerégnaitpas encore sem; Anne d'Autriche, qui haïssait Châteaiuieaf, ne muiaaerait pas d'agir secrètement sons les inspirations t du méchant nomme » Masarin, et de pousser Coudé josque dans ses dmiers retranchements*

- tZ tX FRONDE

£tat des proTÎnces. — La Fronde à Bordeaux; VOrmé»; articles d'union des Ormistes. — La colombe miraculeuBo. — Sceau de* plébiscites de l'Ornée. — Influence croissante des Ormistes. ^ Entluniaiasmo pofor 1m pxinow. Tiédir èt» porkamiainê, — •LvtW %y9Q le fnartier da Cluip«Mi-Roiige« — la Chamtir$ i$ f Ormiièirêm — Jogements divers. — Duretfite; ses façom d*fe|^ et parler. — Leà condéens sont absorbés. — Réaction contre TOrxnée ; supplice de Daretête. — La Fronde en Provence ; les cadreurs et les canivets. — • Affaires de Saintonge. — Plan de Monsieur le Prince. Gondi va être cardinal de Retz. — Turenne et

' BoiiiUoii l'eatao^ent avec U Cour. — Rentrée de Masarin , avec dea •oldati. — Mise à pxiz de la tête da oatdinal. — Vente de ta bibliothèque. — Jules et Brute. — Arrestation de Bitaut. Condoite du parlement. — Mazarin à Poitiers. — Révolte d'Angers. — Mademoiselle et ses maréchales'-de-camp. — Jeanne Daro frondeuse, Combat de Bléneau. — Condé et Torenne.

Da 8 Mptnilne 1651 m 11 taiûi 1658« —

Le départ de Monsieur le Prince ponr la Guienne fui le ngnal d'an soulèyement nouveau parmi kk noblesse à Bordeaux» dont le parlement prétendait au litre de Mc^^té^ et dans beaucoup de yilles du Midi. La guerre dvile menaça d*incendier toute la France« Flotte espagnole dans la Gironde ! navires anglais apportant des vivres aux frondeurs I Poitou mis en révolte parMarsillac et la Trémouille, qui s'emparèrent tie Saintes (fin octobre 1651), et assiégèrent Co^oae (novembre) 1 Armée de Catalogne, amenée et commandée par Marsin, naguère emprisonné comme ami de Condé, et rétabli dans ses emplois lors de la délivrance des princes! Au nord, grand rassemblement de Lorrains et d'Allemands par le duc de Nemours, et comme un appel fait aux protestants par Condé, qui demanda l'appui do Çromwelli Immense plan Aq guerre civile : d'un cdté„ on

devait marcher de Bordeaux sur Paris ; de Tautl-e, on d^ vait envahir la Champagne.

Bordeaux était la tète de la Fronde provinciale. Depuis les démêlés du parlement de cette ville avec le duc d'Epernon, tout y était troublé parmi les nobles, les bourgeois et le peuple. Plusieurs années de prises d* armes fréquentes avaient accoutumé les habitants aux chômages qu'entraîne la politique, et la paix d'octobre 1650^ acceptée par les Bordelais a seulement à cause des vendanges, » devait se rompre aussitôt les vendanges achevées. Le parti de Condé ne se contenta pas d'une alliance avec les gens du parlement de Guienne, il traita non-seulement avec la grande Fronde de Bordeaux, la Fronde aristocratique, mais aussi avec celle du peuple, la petite Fronde. On vit cette dernière formera Bordeaux une assemblée souveraine, dont le forum était une Ormée^ ou esplanade plantée d'ormes, située près des ruhies du château du Hâ, du côté de l'église de Sainte-Eulalie, sur une grande et belle plate-forme.

Ce lieu servait « de promenoir très agréable et récréatif aux habitants. * Les « bourgeois généreux et fidèles » Ta^ vaient choisi à cause de sa proximité du château du Hà, où ils pouvaient se rendre les jours de temps incommode. Les condéens et les ormistes ou orméistes, séparés au point de vue social, parurent s'entendre au point de vue politique.

Vurmée eut ses articles d'union : promesse d'obéissance au roi, — service au gouverneur (Condé), — fidélité à la patrie, — amour fraternel entre les membres, — ^ protection en cas de vexations, — prêt gratuit à qui est obéré de dettes, assistance morale et physique en cas de maladie, — affiliation admise de membres étrangers à la ville. Si quelqu'un de TOrmée « vient à mener une vie scandaleuse et incorrigible, ou réfractaire à l'observation des articles accordés, il sera banni comme indigne de telle société, et ré|)uté traître en son honneur et au bien public. » Ces articles furent imprimés à Bordeaux et à Paris, et répandus à profusion, après avoir reçu l'approbation de milliers de citoyens,

VOrmée eut ses prodiges et ses au^es. On prétendit

Diqi^izcd by

qu'une colombe avait miraculeusement paru dans le lieu de ses assemblées, «r pour prévoir à la conservation des bourgeois dans les troubles. » La douce colombe s'était perchée sur un des ormeaux, allant d'arbre en arbre, quancf on lui faisait peur, tantôt becquetant les feuilles naissantts, tantôt a dorlotant ses plumes mignardement, » toujours lixanf sur l'assemblée ses attrayants regards. Puis 1 oiseau avait volé jusqu'à la cathédrale; puis il était revenu parmi les bourgeois, s'abattre au milieu d'eux, comme autrefois le Saint-Esprit au milieu des a[)ôtres ; puis il avait visité les églises de Sainte-Eulalie et des pères Minimes. Evidemment, disait-on, cette colombe présageait d'heureuses nouvelles; Dieu l'envoyait aux bourgeois t pour qu'ils imitassent sa simplicité. » La relation de ce fait merveilleux se termine par un Amen, elle est signée A. DourdeloiSy aumosnier de l'Ormée. Les gens de Bordeaux ne tardèrent pas à se figurer que les quelques succès obtenus çà et là par Cundé dans les provinces se rapportaient à l'apparition de la miraculeuse colombe.

VOrwée rendit dt!S a plébiscites, » revêtus d'un sceau sur lequel ligurait un ormeau entortillé d'un serpent, avec ces mots : Estole prudentes sicut serpentes (soyez prudents comme les serpents). Au revers, on remarquait la Liberté, entourée de l'exergue : Vox populi, vox Dei. Les ormistes suivirent l'exemple des ligueurs du siècle précédent et «e constituèrent en faction implacable ; leur union devint une république de l'Ormée, à laquelle s'affilièrent un bon nombre de bourgeois, même riches, non satisfaits des temporisations et des tiédeurs du parlement. Ces afiiliations de Ijourgeois ne modifièrent pas la majorité ; l'élément populaire domina toujours dans les assemblées.

Monsieur le Prince, dès le 18 juillet 1051, avait envoyé une lettre, datée de son château de Saint-Maur, « à messieurs les bourgeois de l'Ormée de Bourdeaux ; aussi, dévoués à Condé, qui avait été nommé en juin, par la reine, gouverneur et liculenant-général en Guienne, à la place du duc d'Epernon, les ormistes ne tardèrent pas à conquérir une influence plus grande qu(» celle du parlement. L'arrivée de Monsieur le Prince à Bordeaux (:2:2 sc|)-

48$ HISTOIRE' AlVECDOTIQUE

tembre 1651), où il venait prendre les rênes de son gouvernement, ne changea rien à Tétat des choses ; au contraire, les formes toujours légales des parlementaires, leurs hésitations, et surtout le désir que Gonti avait de se créer un parti dans la ville, redonnèrent une force nouvelle aux ormistes : des émissaires de Conti firent entendre aux Bordelais que leur parlement .n'agissait pas de bonne foi, et qu*il se troavait dans ceUe eompagnie beaucoup de membres disposés à favoriser leTetonr da cardinal Masarin en France.

Le jour des Rameaux (1652), Monsieur le Prince quitta Bordeaux avec Mandllac et quelques partisans. Aussitôt YOrméê redoubla d*andace, et le parti de Gondé s'aviva, gr&ce à Lenet, au comte de Marsin, à la doshesse de Longueville, à Conti et à la princesse. L'amour des Bordelais pour Coadé devint une véritable fièvre ; quelqu'un trouva dans l'anagramme de- son nom fLouis de Bourbon) les mots (mm Bourdelois; puis, quand la princesse accoucha peu après d'un fils qu'en appela Louis de Bordeaux, mais qui ne vécut pas, le premier jùrat de la ville en fut le parrain, avec la duchesse de Lon gueville pour marraine. Au compte de l'enthousiasme des condéens et des ormistes réunis, la froideur toute raisonnable dos parlementaires bordelais ressemblait presque à de la trahison, et l'Ormée multiplia ses séances; le nombre de ses membres s'accrut extraordinaircment; les ormistes, en un mot, agirent avec une telle violence, que le parlement finit par être jaloux de leur autorité : il leur défondit (5 avril 1652) de s'assembler ailleurs que dans la Maison-de-Ville.

Cette injonction excita le mépris des ormistes, qui, pour marque, placèrent des branches d*ormeaux à leurs chapeaux, et s'assemblèrent comme de coutume. Le parlement réitéra sa défense, à laquelle il fut répondu par ce plébiscite : a Sur l'advis receu par la compagnie de l'Ormée d'un certain arrest du parlement en ceste ville, injurieux et desraisonnable, afin d*empescfaer et destruire les bons desseins de ladite assemblée, nous disons que st. ledit arrest est publié par la ville, qu'il sera couru sur les autheurs» aobérana et compiiees d'iceluy; faisait défenses

audit parlement, sur peine de la vie, d'user à Tadvenir de semblables procédures, pour auxquelles s'opposer ladite assemblée prendra les arrnes; enjoignant aux bourgeois de la ville d'y tenir la main, à peine d'estre déclarés traistres à leur patrie, et comme tels bannis à perpétuité de ladite ville, et leurs biens confisqués. Signé l'Ormee, avec plusieurs signatures. » Le parlement n'en tint compte et publia son arrêt le 13 avril. Mais ses huissiers furent repoussés; mais son arrêt fat déchiré. UOrmée organisa un gouvernement démocratique : elle eut des généraux, des officiers, des juges.

Ainsi une lutte vigoureuse s'établissait entre les ormûtes et les parlementaires. Le 13 mai, nouvel arrêt des premiers, nouvelles avanies aux huissiers, de la part du peuple, qui s'élance vers le palais, et demande aux magistrats de révoquer leur arrêt, sous peine de sortir de Bordeaux. Cela dégénéra en grave émeute, contre laquelle Conti luimême demeura impuissant. Les ormistes étaient armés d'épées et de pistolets; ils appelaient les parlementaires mazarins ou Epernonistes ; ils les forcèrent de quitter la ville, oii régna une sorte de terreur. L'Ormée devenait une faction envahissante, une ligue des pauvres contre les riches, et une guerre sociale menaçait d'ensanglanter les rues de Bordeaux.

Le plus beau quartier de la ville était celui du Chapeau^ Rouge. Son nom singulier tirait origine d'une auberge qui avait un chapeau rouge pour enseigne, et où se réunissait une société bachique appelée VAbbaye des marchands. C'était le quartier des riches, des parlementaires, des condéens , qui voyaient avec déplaisir la prépondérance de rOrmée, et qui voulaient lui résister. Vive le roi! plus d^Orméel disaient-ils. Peu à peu, ils s'enhardirent jusqu'à former des rassemblements dans la Bourse. Cela motiva sans doute quelques petites expéditions des ormistes contre le quartier du Chapeau-Bouge, dont les habitants s'armèrent pour aller s'emparer de l'Hôtel-de-Ville.

Un moment les ormistes parurent soumis; déjà Conti avait interdit les assemblées populaires (10 juin 1652); déjà le parlement rentrait dans Bordeaux, et y ressaisis-

sait l'autorité. Le triomphe des parlementaires dura peu. Bientôt les gens de l'Ormée reprirent riIôtel-de-Ville, les deux canons et les six fauconneaux qui s'y trouvaient, investirent le quartier du Cliapeau-Rouge, dont ils emportèrent d'assaut les barricades, pillèrent et incendièrent plusieurs maisons, et, après une journée entière de combat, obtinrent la victoire la plus décisive (lin juin); maîtres de la ville, ils arborèrent un drapeau rouge sur tous les clochers, ne laissèrent plus aux princes de Condé et de Conti qu'une puissance nominale, en les forçant à ratifier tous leurs îictes; rasèrent le fort du Hà, et levèrent des troupes qui furent entretenues au moyen d'emprunts forcés arraches aux « suspects. » A diveises reprises, des navires anglais apportaient dans Bordeaux des morues et des harengs.

Les juges établis par l'Ormée s'appelaient a la chambre de rOrmière, » et rendaient des décisions sans appel. Ils condamnèrent le père llhier, religieux, mazarin, à uno amenile honorable et à une prison perpétuelle, parce qu'il avait gagné quelques chefs d'ormistes à la cause du cardinal, et parce qu'il avait voulu dire en chaire ses sentiments sur la rébellion, qu'il désapprouvait. On mit le père Ilhicr entre les mains du bourreau, et on le conduisit en charrette, la corde au cou, dans les rues et carrefours de Bordeaux; sur son front était un écritcau, avec ces mots en gros caractères : Traître à la pairie. Un des parents de ce religieux, âgé de plus de soixante ans, et soupçonné ausside«mazarinisme, » subit la question, demeura fTerclus pour le reste de sa vie; un président du parlement fut aussi emprisonné. L'Oj inée tomba dans de tels excès, que fréq^uemment les rues étaient ensanglantées. Cn jour, le cure de Saint-Pierre, poursuivi, menacé d'être assommé, avait une jambe et un bras rompus ; un autre jour, les ormistcs pillaient la maison du sieur le Roux, <r jusqu'aux serrures et aux verrous des portes. » La chambre de l'Or- Hjière en arriva à choisir un apothicaire pour procureur général, et à placer un pâtissier parmi les conseillers. Le plus iniluent des orniistes, nonmié Duretête, était un ancien boucher. Quand cet lionime suspectait un membre du parlement, il lui écrivait en ces termes : a Monsieur, ayant

DE LA FRONDE 4M

appris que vous êtes malade, je vous porte une ordonnauce pour aller prendre l'air : si dans tout le jour de demain vous n'êtes point sorti delà ville, vous serez poignardé et jeté dans la rivière. » Comme un conseiller lui demandait ce qu'il « avait de bon à dire? — Que vous ne valez rien, monsieur, répondit Duretête. Souvent il disait au prince de Gonti : « Allons, monsieur, il faut monter à cheval ! » Et Conti obéissait à l'ancien boucher. A quelles dures épreuves les princes avaient été soumis par leur orgueil même ! Les orniistes absorbaient les condeens.

Mais les parlementaires, que les papiers du temps nomment a les bien intentionnés, » gardaient leurs rancunes contre les nouveaux maîtres de Bordeaux. Tôt ou tard, la faction devait périr, car ses principes n'avaient pas de racines profondes dans les cœurs du peuple et des bourgeois. Une réaction contre l'Ormée se forma plus tard, soit à cause des violences commises par ses membres, soit par le manque de secours espagnols, ou enfin par suite des événements favorables au parti de la (^our. Quand les troupes royales entrèrent dans Bordeaux, l'amnistie accordée par le roi ne comprit pas Duretcte ni ses amis, mais le premier seul fut condamné à mort et roué vif. On mit sa tête au bout d'un pieu, et on l'attacha au haut d'une tour située à rextrémité de l'esplanade de l'Ormée. Ses anciens partisans le virent tran([uillement mener au supplice, après avoir longtemps adore toutes ses volontés, exécuté tous ses ordres à la lettre. Et pourtant on ne pouvait reprocher à Duretête aucun acte de cupidité ni de malversation ; son fanatisme était pur.

Les ormistes avaient existé pendant trois années, en faisant le plus triste essai de démocratie qui eùtététentédepuis les événements de la Ligue. Même contre-sens dans l'examen des principes de liberté, mêmes excès dans leur application ; du tumulte et du bruit; de la confusion et du sang; des haines aussi féroces qu'insuffisamment motivées ; absence complète de logique surtout, car les démocrates bordelais s'unissaient aux princes de la Fronde, représentant l'aristocratie dans toute l'acception de ce mot. Leur entente avec Condé ne pouvait être durable, dès l'instant que les parle-

roentaires traitaient avec la Cour, et que les places voisines de Bordeaux se rendaient àTariuée royale. L'existence des ormistes produisit beaucoup d'effet en France, où elle inspira une certaine terreur. Plusieurs pièces imprimées relatives à cette faction circulèrent; elles en montrent le côté fanatique. Citons principalement V Histoire véritable d'une colombe qui a paru miraculeusement en VHormaye dcBor^ deaux le 15 avril 1652; — la généreuse Résolution des Gascons ; — le Manifeste des Bourdelois, et les Articles de Vunion de rOrmée, qui se trouvent dans la collection de mazarinades de la bibliothèque de l'Arsenal. Ces documents attestent combien les ormistes imitèrent les ligueurs, quant à la forme de leurs assemblées et de leurs insurrections.

La gravité de la révolte en Guienne se manifeste par rOrmée ; celle de la Provence se manifeste par la lutte des sabreurs contre les canivets, c'est-à-dire taille-plume ou mazarinistes.

Aussitôt que le cardinal se fut retiré à Bruel, le parlement de Bordeaux, à l'exemple des magistrats de Paris, mit à prix la tête du ministre ; celui d'Aix rendit un arrêt semblable. Mazarin, qui haïssait le comte d'Alais, naguère fauteur de troubles en Provence, l'avait rappelé et provisoirement remplacé dans le commandement de cette province. Mais d'Alais avait eu, on le sait, un ferme soutien dans Gondé, et à peine la Fronde nobiliaire se fut constituée après l'exil du cardinal, que l'ex-gouvcrneur offrit ses services aux princes révoltés. Le parlement d'Aix s'opposa au retour de d'Alais; cependant il ne s'en forma pas moins, en Provence, un ardent parti des princes, appuyé par les ieunes gens, et à la tête duquel figurait le baron de Saint- Marc, porteur d'un grand sabre, et qui disait en parlant de ses adversaires : « Je les sabrerai. » De là le surnom de sabreurs donné alors aux frondeurs de Provence. Les partisans (le la Cour furent appelés canivets ou taille-plume , sobri(iuet convenant bien à des hommes de robe.

Le 3 octobre 1651, les principaux s^6reur.<? tirèrent des coups de pistolet sur la place des Prêcheurs, à Aix, et s'emparèrent de l'Hôtel-de-Ville; les canivets s'armèrent spontanément, une femme aimée du peuple accourut, les mains

chargées d'un sabre et d'un pistolet, et cria : Vivo lou lieyt fouero lou sabré I On se battit. Mais les parlementaires reprirent riIôtel-dc-Villc, dispersèrent les sabreurs. Ceux-ci s'en allèrent grossir le nombre des partisans du comte d'Alais, essayèrent de fomenter de nouveaux troubles, et, en mars 1652, firent une émeute à Draguignan. Chassés do cette ville par les canivets, ils ne se découragèrent point; ils tentèrent de surprendre Aix en s*y introduisant a par un aqueduc. » Le projet était hardi; il échoua complètement. Pour contenir les efforts des sabreurs^ le roi nomma Louis de Vendôme, duc de Mercœur, gouverneur de Provence par intérim ; mais plusieurs villes, notamment Toulon, Antibes, Tarascon et Sisteron, refusèrent de reconnaître ce duc, arrivé à Aix le 8 mai 1652 : elles tinrent pour d'Alais. Il fallut que Mercœur s'emparât militairement des villes possédées par les sabreurs. Les sièges se succédèrent, et les soumissions aussi, non sans de sérieux combats. Toulon ne capitula qu'en aoîit.

Plus tard, lorsque le duc de Mercœur reçut définitivement la charge de gouverneur, les habitants de la province • purent apprécier la valeur des principes au nom desquels s'étaient armés les sabreurs ou les canivets. Le parlement était devenu tout à fait mazariniste ; aussi, pour l'installation de Mercœur, alluma-t-on des feux de joie. Ce fut une allégresse sans pareille. Trente jeunes hommes, habillés en ' garçons de cabaret, invitaient les passants à boire au son ' des trompettes; les dames organisèrent des farandoles avec les cavaliers. Plus tard encore, le chef suprême des sa- i breurSy le président d'Oppêde qui s'était mis dans le mou- ' vement pour devenir premier président, sut faire si parfaitement sa cour à Mercœur, l'homme des canivets, nu'il fut ^ nommé, malgré ses antécédents, premier président au parlement d'Aix. On assure que d'Oppêde s'arrangeait de ma- .] nière « à perdre de fortes sommes au jeu de la Ville » ^ avec Mercœur; on ajoute qu'il avait promis adroitement, en cas de nomination, cent mille écus à un intrigant qui pouvait le servir.

En Provence comme en Guicnne, bien du sang avait été versé pour des intérêts tout personnels. Les grands Unis- ♦

49^ fllSTOiafi ÀN£CDOT]LQU£

eaient par aVranger entre eux^ par c s*accommoder ; » lea» fitits avaient $OD&ri, fatalement initiés aux gUerre9 tiyile^ — ces jeux de princes. ,

Dans la Saintonge» il y eut un bon noinbre de collisioiis 8anp;lanteS} des attaques, prises et reprises de villes, qui, en iln de compte, se terminèrent par un tr^té signé entre lecomie de Dpignoa et la Cour, traité moyennant lequel ce vice-amiral rendit au roi Brouage et les îles d*01éron, et reçut en récompense le bâton de maréchal, avec un brevet de duc et pair et 530,000 livres : on s*était bat|t^ jK)ur fairi^ 1^1 fortune d'un homme!

Le mois de février 1652 vit Montpellier, après beaucoup d'hésitation, se décider enfin pour les princes ; le peuple de Toulouse célébra de mille sortes le succès des armes de Monsieur le Prince. En mars, grande émotion à Dijon, j)arcc que la Cour avait refusé de faire raser le chàtcau-fort de la ville : les habitants menaçaient de l'assiéger,, En avril, le Coiti-rier Bordelais relatait le zèle de mademoiselle de Montpensier pour les travaux des fortifications d'Orléans, dont les habitants étaient résolus à tenir bon contre les mazarins^ s'ils venaient les visiter. En mai, Grenoble et Lyon faisaient des manifestations contre le cardinal. Les Lorrains et leur duc voulaient jouer un rôle et 9a jiurigeaient vçrs la capitale de la France, en commettait et Ja des meurtres et des voleries. On pouvait re-^ douter des complications terribles, des luttes acharnées^ dfuis lesquelles le droijt monarchique succomberait sous l'ambition des princes frondeurs. Tout dépendait de l'attitude des g^undà meneurs de la csq;tttaley car la était le cœujr de la Fronde niAiliaire •

Le plan formidable de Condé pour lancer plusieurs armées provinciales contre Paris avait échoué* Ce résultat était dû à des revirements politiques accomplis dans la ca-

Sitale^ à certains c changements de front » (jui devaient inuer sur la marche générale des affaires, (vondi, dont les plaisants ridiculisèrent longtemps le repos en disant qu'il d sifflait des linottes, » par allusion à une grande vouère qu'il avait fait bâtir, Gondi avait été désigné pour le cardia nalat (21 septembre iffîl) : la Çour pensait i^i^voir comp^

DE Là FROSYDE

ter sur lui, qui ne s'inquiétait guère « des galimathias de la Guienne. » Le roi s*était donc avancé de Fontainebleau vers le Bcrri (î2 octobre), où Bourges lui avait proinptement ouvert ses portes (8 octobre). En récompense, Louis XIV autorisa les habitants de la ville à démolir un donjon bâti par Philippe-Auguste ; il en ôta de sa main la pi emièro pierre^ et le peuple dispersa avec acharnement tous les vestiges de « ce nid de tyrannie. j> Louis XIV, à Bourgcis!, donna déclaration contre Monsieur le Prince.

Turenne et Bouillon, le premier se plaignant de « quelques hauteurs de Condé, » le second infirme, et ne se trouvant plus propre au mouvement des factions, s'étaient tout à coup accordés avec Anne d'Autriche, à qui le parlement avait octroyé (5 décembre) un édit de lèse-majesté contre Monsieur le Prince et ses partisans « réputés désobéissants, rebelles et criminels, déchus de tous honneurs, offices et gouvernements, » avec ordre à tous ofticiers de guerre de leur courir sus, à tous ofticiers civils de se saisir de leurs

Î)ersonnes. Gaston d'Orléans s'étonna, à ce propos, que *on se déclarât si vivement contre un prince du sang, tandis que Ton avait mis quatre mois à se déclarer a contre un moine bourru qui avait pillé et ruiné toute la France. »

Une armée commandée par le comte d'Harcourt rejeta Condé derrière la Charente ; une autre, dirigée par laFerté, repoussa les Espagnols dans la Champagne ; une troisième, enfin, de six mille hommes, levée avec les propres deniers de Mazarin, marcha de Sédan vers le Midi, sous les ordres du vicomte de Turenne, des comtes de Broglie et de Navailles, des maréchaux d'Hocquincourt et de la Ferté- Senneterre. Tous les ofticiers de l'armée mazarine portaient récharpe verte, couleur des livrées du cardinal. Chaque parti avait alors son écharpe : la blanche était celle du roi; l'isabelle, celle de Condé.

Des soldats de Mazarin ! Mazarin rentrant en France à la tête d'une armée! Comment cela se pouvait-il faire? Voilà un événement qui montre bien le caractère des alliances momentanées des divers j)artis sous la Fronde. Quelques jours après la désignation dcGondi au cardinalat, Mazarin avait reçu à Bruel une déclaration d'exil signée

du rei en présence d*Anne d'Autriche (septembre iSSI). Nul doute que, par cet acte, la Cour ne cherchât à enlever aux magistrats toute espèce de crainte sur le retour du ministre 'exilé; nul doute qu'elle ne les voulût engager à porter arrêt contre Gondé. Alais, le résultat étant obtenu, dUe désirait vohr Mazarin rentrer en France. Dès octobre, il se rapprocha, en effet, de la frontière. Une lettre du roi ne tarda pas à le rappeler, et cette lettre fut suivie d'un passeport.

Msjarin hésita longtemps à résoudre la qqestîon de son retour. Au milieu de ses indécisions, il jeta sa canne sur un arbre au pied duquel il se trouvait, et s* écria : < Si elle reste là-haut, ie reviendrai en France.. » .La canne y resta,

dit Brienne ; il revint.

Les preuves de rborripilafion des magistrats et des bourgeois, en apprenant une pareille nouvelle, n'existeraient pas, qu'aisément on les devinerait. Personne, pas mémo Broussel, pas même Gondi, ne put conjurer la fureur du parlement. A ses yeux, les crimes de Mazarin étaient épouvantables, dignes du dernier supplice. Tout Paris se mit en rumeur. Chaque frondeur, de l'ancienne ou de la nouvelle Fronde, étranger d'ailleurs aux intrigues du coadjuteur, à la tolérante vertu de Broussel, cria à la ti aliison et ne se calma un peu qu'à la lecture de l'arrêt, publié à son de tromj^e dans tous les quartiers de Paris, ville et faubourgs, par Canto, juré-crieur ordinaire du roi, accompagne do trois trompettes de Sa Majesté. L'arrêt ordonnait de courir sus au ministre et de s'opposer à son passage, prescrivait la Tinte de. sa magnifique bibliothèque et de ses meubles (dé~ eembre 1651), pour qu*une sonune de 130,000 livres f&t tn*élevée sur le total et donnée à qui le livrerait mort ou yif. De quelque crime îx dont fût coupable rhomme qui représenterait Iffazarin, il aurait sa grâce. » Cet arrêt prétait au ridicule. Blot et Ifarigny, dans leur esprit d*à-propos, ne manquèrent pasdeje commenter allègrement, selotn leur habitude. Ils firent afficher dans Pfuîs une c répartition > des IMlfOOO livres en question : tant pour qui couperait le i nez au cardinal» tant pour une oreille, tant pour un ceil.

tant pour qui le rendrait digne de garder les sultanes du Grand-Turc. On publia le a tarif du prix dont on est convenu dans une assemblée de notables, tenue en présence de messieurs les princes, pour récompenser ceux qui délivreront la France du Mazarin qui a esté justement condamné par arrest du parlement : — A celuy qui, ayant loué quelque nriaison commode près de celle du Mazarin, lui tirera ])ar la fenestre de son logis un coup de fusil chargé de balles ramées et empoisonnées, et se sauvera ensuite par une porte de derrière, sur un bon cheval qu'il aura soin de faire tenir prest, la somme de six mille escus. — A celuy qui Tarquebusera lorsqu'il sera dans l'église, chose qui ne doit donner aucun remords de conscience, attendu la déclaration de la Sorbonne, six mille escus. »

Inconséquence du parlement, qui rendait arrêt contre Mazarin « agissant. » C'étaient là des mots, desimpies mots, échappés aux magistrats qui n'avaient plus d'initiative dans les questions politiques. Un conseiller leur dit en pleine séance, « que les gens de guerre qui s'assemblaient sur la frontière, pour le service de Mazarin, se moqueraient de toutes les défenses du parlement, si elles ne leur étaient signifiées par des huissiers qui eussent de bons mousquets et de bonnes piques. » 11 y eut contre ce conseiller un mouvement général de désapprobation, et cependant la logique parlait par sa bouche. Que signiliait cet arrêt, quand le souS'jninistre Le Tellier était rappelé l'avant-veille, et quand, quatorze jours après, le parlementaire Molé, garde des sceaux, s'en allait à Poitiers trouver la Cour en disant : « Je m'en vais à la Cour, et je dirai la vérité ; après quoi il faudra obéir au roi. » On était bien loin de 1648. Un arrêt du Conseil, qui arriva à Paris le 21 janvier 1652, cassa l'arrêt si a terrible » des parlementaires, ce qui établit une confusion dans les affaires, au sujet du cardinal. En vain ceux-ci envoyèrent-ils des lettres à leurs collègues des provinces, et des députés au roi dans Poitiers; il était passé le temps où Anne d'Autriche se préoccupait de pareilles oppositions !

Sur la vente de la bibliothèque de Mazarin^ Caumin,

maitre des requète9t publia ime épigramxae laiide^ iUÛMaiil pai* ce ver* : . ^ .

Venclidit hltf lil»«f , tsii^ Jm loUt.

(Û â.v«iida là te liviéSy il • eoutomo de vendie la jnttio».)

Naudé envoya au parlement un Mémoire, dans lequel il arlait des trésors de littératui'e et d'art c ramassés dans Mielos d» aepi chambres remplies de bas en haut ; > il y rappda que soft Emiacneo^en Youlût faire un présent au publie et donner sa bibtiothèque « au soulagement de tant de personnes doctes et cunSuses qui de? aient ; trourer tout ce qui tenir estoit nécessaire; » il y jura queslazann avait conçu c le généreux dessein de fonder une bibliothèque publique au milieu de la Franeei s nir le modèle de ceU^ qui existaient ^ Riune» à Milan et à Gxfor^. Malgré cette protestation, la vente eut lieu dans les premiers mois de iô52. Tout Paris y alla comme à la procession, dit Gui» Patin; miis les livres, réunis au hasard par lots et abvn^ di^nés sans discemement au plus offrant, ne rendirent pas l'argent qu*on en attendait; et bientôt il fut question de Vendre les statues et les meubiea* Lés enchères durèrent plus de sept mois ; certaines gens s'^ rendaient par distra<H tion, comme à une partie de plaisir^ OU en pMsant. ponr aller au Jurclin-Kcnanl.

Loret plaisantait, t Ah ! disait-il, quand de chacun des dix doigts de Mazarin il sortii ait trente miracles^ quand le cardinal donnerait des spectacles plus beaux que ceux des vieux Romains, quand il aurait sauvé l'Etat même, il serait encore haï du peuple. » Dans un imprimé, au contraire, on se félicitait de la vente de sa bibliothèque, « arbre de vie, dont le fruit était défendu, » et auquel Mazarin ni personne ne touchaient jamais; l'auteur rapportait ce mot : « que la bibliothè(|ue d'un ignorant avait un grand rapport avec l'éminence d'un bos^u, qu'il la portait toujours et jamais ne la voyait. »

La presque unanimité des frondeurs, profitant de l'occasion qui leur était utile, trouvaient que les magistrats, en rendant l'arrêt, faisaient simplement leur devoiiu Dans le

w iiA iffoNM m

Tùcêin de la Ffonde contre les menaces des armes de Majsartn, Tautetir proposa, lui aussi, de mettre la tôtc du coupable au prix de 100,000 éeuft. D'autres pamphlétaires provoauèrent hautement c rassasftinaida eardinal et le masH sacre des mazarins. > On lut hfmh$%tr de la fraxm en la mort de Maxarin et dé eeê adkérentê. Blot, enfla* ehatito, k la Boite d'un eooper d'amis, ce couplet féroce :

Creusons tous un tombeau A qui nous peraéoute^ Quo le Jour Mta b«aa Qui terra cetté èkiitet Pouï ce Joies nouveau Gborehoot an aati e Brute.

Et pourtant, lliottune qn^on maudissait, qu*on touait à l^, mort dans Paris, ne rencontrait guère d'obstacles sur sa route. Un arrêt du parlement avait ordonné à deux conseillers, Bi(aut et de Coudray de Geniers, de se transpor-* ter près de la frontière, d'informer confre l'armée du cardinal; ils commirent riîiiprudence d'aller avec quelques paysans faire rompre les ponts par où Mazarin devait passer (9 janvier lGo!2), et bientôt l'un, ayant eu son cheval tue, disparut, tandis que l'autre, nommé Bitaut, fut arrêté à Pont-sur-Yonne par les troupes mazarines, d'après Tordre du maréchal d'Hocquincourt, relâché avec indulgence, puis bafoué par tous les partis. On imprima V Entretien de Mazarin et de M. Bitaut ; mais une Relation véntnfAe de l'assassinat fait à Coudray de Geniers et à Bitaut montra que l'arrestation de ce dernier n'avait pas eu lieu san§ effusion lie sang.

Le cardinal, se riant des cinq arrêts qui Tavaient frappé, acheva de parcourir le royaume, et arriva bientôt à Poitiers (30 janvier) dans le carrosse du rd. Louis XiV atait fiait une liene pour aller à sa rencontre; Anne d'Autriche, dont Blazarin était séparé depuis près d*une année, Vatiendait avec impatience et resta, assure Guj'^oly, < plus d'une heure à une fenêtre pour voii* arriver son cher favcn*!. » Une lettre d0 cachet du roi, partie aussitôt (i*' février 165^ de

JOO HISTOIRE ANECDOTIOUE

Poitiers, ordonna 4*aiTéter la vente de la bibliothèque da

cardinal.

I/f'fTct produit dans Paris par l'entrée de Mazarin à Poitiers ne so peut décrire. Cette nouvelle jeta les esprits dans le (rouble et l'indécision, à cause du manque absohi de principes politic|ues chez les partisans de l'une et l'autre Fronde. Quelle voie prendra l'ancienne? suivra-t-elle les avis du coadjuteur, que beaucoup de gens regardent comme vendu à la Cour, et que sa promotion prochaine au cardinalat (28 février) rend très suspect? Se réunira-t-clle complètement à la nouvelle, à la Fronde de Condé? Le parlement, en ces conjonctures difiicilcs, s'enveloppe dans les plis de sa toge, et, croyant ne rien perdre de sa puissance, il ne fait que s'isoler. 11 n'abdique pas sa haine contre Mazarin; mais quand Monsieur le Prince lui propose de combattre ensemble Penneoii commun, c dont rentrée en France prouve la justice de ses armes, m il n'accepte pas^ 3 se contente de sorseoir k Tarrèt rendu contre Condé* c Si celai-d, dit-on, a pu être criminel dorant quatre ou cinq mois, le retour du cardinal lui-ramine son innocence. »

La conséquence de cette conduite des magistrats est une scission parmi les vieux frondeurs. Le duc d'Orléans^sollî-* cité parle vainqueur de Rocroi pour devenir dief d'un gouT'ernement rival de celui d'Anne d'Autriche^ ne résiste pas M février 1652) à des offres si engageantes, et confie ses troupes à Beaufort, qui passe avec armes et bagages dans le parti des princes. Un traité est signé entre Condé et Gaston seuls; dans ce traité, le cardinal est accusé d'à- ▼oir empêché Ta réunion des états-génâraux. Le parlement reste en dehors et ne tarde pas à ordonner des informiH lions contre les libellistes. Les gentilshommes du pays chartrain font des protestations de service au duc d'Orléans (8 février) ; le lendenuiin, un arrêt du parlement atteint ceux qui organisent dans la Brie des levées de troupes contre le roi. Line correspondance s'établit entre Louis XIV et les magistrats, à pro[)os de l'eiitrée du duc de Nemours eu France, à la tète de soldats espagnols. Les frondeurs se demandent si lo parlement de Paris adopte ou répudie leur cause»

DE LA FRONDB 201

' A la Cour, au contraire, point d'irrésolution ni de scission. L'unité de vues Y est revenue avec Mazarin, et Turenne, arrivé aussi à Poitiers le l*"" février, se dispose à recevoir le roi. Lyonne, Le Tellier et Servien sont rappelés. On pousse activement la guerre. Sous l'influence de la jonction du duc de Rohan avec Gaston, la ville d'Angers s'est révoltée : dllocquincourt la réduit en trois semaines; Anne d'Autriche s'avance pour la punir, et ne se calme gne devant les évangéliqucs })aroles d'Antoine Arnauld, evêque d'Angers, qui lui dit un jour en la faisant communier : <r Recevez, madame, votre Dieu, qui a pardonné à ses ennemis en mourant sur la croix. » Les Angeyins, dans un manifeste, avaient déclaré qu'ils haîmieiit mazarin c à eanae des Vêpres siciliennes, i

€ondé, rejeté au-^elà de la Garonne, ne donne auenn sujet de crainte, et le cardinal se dirige vers Paris, par les bords de la Loiré, avec dessein d'assié^ier Orléans, dont les. bi^itantane sont pas di^sés à recevoir les troupes royales. Mademoiselle de Montpenner^ accompagnée des comtesses de Fiesqne et de Frontenac, appelées partout ses c maré* cliales de camp, » et.de quelques seigneurs, a en effet, avec sa suite, pris possession de la ville. Mademoiselle de Montpensier est entrée dans Orléans par une étroite brèche

S 27 mars) , — sujetd*un sonnet^ dans lequel on l'a comparée i Jeanne Darc, sonnet termine pàr ce vers : ^

]£Ue duMis l'AngUii ; èfaaaMz TlUûieo

Mais l'armée mazanne, arrêtée dans sa course, remonte la Loire jusqu'à Gien, pendant que le duc de Nemours, - avec ses Allemands, se porte sur Montargis, après être parti de Stcnay, avoir passé la Seine à Mantes, et fait sa jonction, en Beauce, avec les troupes frondeuses de Beaufort. Condé ne doute pas cjue l'action décisive ne doive avoir lieu à Paris même, ou Nemours amène à la Fronde une armée de sept mille hommes.

Déguisé en domestique , Monsieur le Prince fait cent

^ 1$ Triompht de* mérité* d* MademoisilU, Paris, 1652. Très rart,.

vingt liçQes, tmyerse tout le pays qui s*étend depoui Agen jusqu'à la joDCtion- de la Loire et de rÂllier, passe la Lorre h La Gliaiiléf après avoir éefaappé aux açUTesjpoiir* Sttîtes de ses ennemis^ et arrive àir^ Tannée du duc de 'Kemours, que sa seule présence enthousiasme. Il la commaude, s*empare de Hontargis, mpt d'Voequiuoourt eu déjoute à Bléneau (7 avril).

' Mais le combat de Bléneau est de ceux quç les Tain^éurs iot les vajucus peuvent regarder comme glorieux pour Jeurs armes* Turaine.est Ià,<aut près; bientôt Condé attaque son adversaire, assez inutilement pour que la Cour puisse marcher librement vers la capitale, et il va à Paris loger au Luxerabonrç. En passant sur le Pont-Neuf, en carrosse^ Monsieur le Prince a jeté cinq louis d'or aux geus quÀ l^i OUi J^pdi* gné les vivats (il avril 4652).

Cette phase d'une guerre civile dont le récit détaillé serait ici un hprs-d'œuvrc, vit les deux plus célèbres généraux de l'époque en présence. L'un, Condé, à la tête de Tarmée frondeuse, représentait l'orgueil nobiliaire ne reconnaissant plus aucune supériorité, même celle du roi, et abusant de son incontestable génie ; Fautre, Turenne, à la tète de l'armée royale, était avant tout un homme de guerre au service de Louis XIV, accomplissant désormais ses devoirs de soldat, et prêt à mourir pour la cause du {)ouvoir, d'autant plus Que les partisans de la Cour doutsieni encore de sa fidélité. Celui-ci, certainement moins altîer que cslui*}à, ^vait pourtant, comme tous les membres de la famille des Ëouilloifi, une véritable manie de la princy^uté. Après Taffaire de Blénaao, lorsque Coiidé viewrieui ineuacait Vannée royale, ou entendit un jour un grand bruit ilaus les qoartim oceupés par Tifteupet Majcarin, inquiet, envoya savoir ce qui arrivait. Tui^nne exhalait sa colèrei pérce qu'on avait mis sur son logis M» DB TuuiUKB tout court, il exigesit qu on y substituât :

i.R prince de Tubenne. Son frère et lui ne souffraient pas d*autre titre ^ 8a uu^destie éelatait dapf )e jugement

t Cousin. ComKf 4$ JTffsoHfi, AxM^ du /parsal 4u Smmhf

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qu'il portait sar sa valeur personnelle, quand à bon droit il eût pu se vanter. Mais le même bomme qui, interrogé par des gens qui lui demandaient comment il avait pu être battu à Mariendal et à Rethel, répondit simplement : « Par ma faute, » s'infatuait à propos de la noblesse et de Tantiquité de sa maison. Mai échal, il dédaignait cette haute di- ' gnité, et, fils glorieux de ses œuvres, il n*en tenait pas moins à signer : le vieomîe de Twremie.

Mais de ces dius rivuiSf suivons k plut Umé dans rarànajwlitique : nous sommes eurieux dâ savoir oomment les Parisiens reeavront Condé,

BISTOIIIE ANECDOTIQUE

Condé dans Paris. Tumtilte. — Affaire de U rue Tournon. — Situation malheureuse de la capitale et de ses environs. — Essais infructueux d'arrangements avec la Cour. — Prise et reprise de Saint- Denis. — Processions de châsses; le dévot Condé. — Offres de Christine de Suède an parlement. — Mesures de bienfaisance; CBom, — Guerre des Menardeauz. — La paille. Condé et Tartone, au faubourg Saint-Antoine. — Bataille. ^ Lâobeté de

. Gaeton d'Orléans { courage de sa fille. — Effet d'un oonp de oa»

•-^ amu «V Coodé eet tan? é pac MademeiieUe.

— Dn II ayin 1652 «n 8 juiUet —

Si bien peu de gens eussent Toula fermer les portes de Paris à Monsieur le Prince, malgré une lettre du roi à la Ville, pour qu'elle s'opposât àTentcée de Condé, personne assurément ne lui eût ^cçordé la puissanee absolue. On 4sonnai8sait son caractère, et on le redoutait. Sa réception fut telle d*abord, que Condé se crut perdu; Chavigny n*a- Tait pourtant pas manqué de répandre le bruit que le combat de Bléneau était une Tictoire dédsÎTe remportée sur le parti de la Cour. Le parlement ât les gens de THotel-de- Ville refusaient, — scrupule lionorable , — de s* unir à un^ prince qui s'était allié avec les Espagnols. Plusieurs ma^gistrats influents s'opposaient k ses desseins, et la Compagnie rappela l'arrêt qui pesait sur sa tête. Mais les amis de Condé colportèrent des libelles, affichèrent des placards» multiplièrent les rassemblements tumultueux en sa faveur^ commirent des violences, allèrent jusqu'aux menaces contre les maisons (premiers jours d'avril). Deux hommes furent pendus, en manière de représailles, par ordre du parlement. Les partisans du coadjuteiir, qui était irréconciliable avec Monsieur le Prince, soutenaient habilement la

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