‹ Histoire anecdotique de la Fronde 1643 à 1653Chapitre 4 sur 6 · DE LA FHOMDE SOS · texte numérisé non relu

DE LA FHOMDE SOS

gaerre des pamphleis» sans pouvoir empêcher les émeutes, les cris, les coups, les vitres cassées, les attaques à main armée.

Leduc d'Orléans patron ait Condé, et un jour (30 avril), le prévôt des marchands et deux cchevins^ sortant du palais du Luxembourg, furent assaillis dans la rue de Tournon. On leur jeta des pierres, des formes de souliers, tout ce que Ton rencontrait. Le prévôt chercha bien vite asile chez un apothicaire dont la boutique subit quatre heures de siège, et il ne put se sauver oue sous un déguisement. On avait fait courir le bruit que le prévôt des marchands avait fait sortir des Liés de Paris pendant la nuit. Monsieur le Prince était dans une situation critique, car rien ne se décidait nettement en sa faveur. Il méritait son sort. Pour lui procurer de Targent, son factotum, Jean Hérault de Gourville^volalui-mèmela caisse d'une recette, et alla prendre dms son logis un directeur des postes, auqud il fit payer rançon. Gourville avait auprès de Honskur le Prince un rôle à peû près semblable à celui de Pierre Lenei.

Ihins Paris, quelle misère ! Elle surpassait (Selle des années précédentes. Deux armées pillaient çà et là la dtpi-» taie et ses alentours. GharlesiV et ses Liérrains, notammei^ traitaient TUe-de^France en pays conquis. Les récits contemporains sont navrants, oon camp ressemblait à une foire, où Ton vendait des habits, des meubles, des objets de toute espèce enlevés aux paysans; les officiers y don- ' naient des fêtes aux dames, et celles«ci les ramenaient à Paris, où on les traitait magnifiquement, — bals, revues, festins, galas continuels. Pendant ce temps, le laboureur se désolait en voyant son champ dévasté, foulé aux pieds des cli£vaux, sa récolte anéantie; les gens de la campagne fuyaient dans les villes, où leur présence augmentait la disette. Partout de pauvres diables errants, affamés et nus, couchant sur les places publiques. «J'ai vu, dit La Porte danssesil/emptm, j'ai vu, sur lepontdeMelun, trois enfants sur leur mère morte, Tun desquels la tétait encore. » Piller en arrivant, piller en s*en allant, telle était l*anique pensée du duc de Lcoraine, d'abord alÛé des princes, puis vendu k Turenne^ et faisan*- ^cetraite deux jours a^ès que le pré«

HISTOIRE ANECDOTTQUE

\ôt des marchands se fut plaint au pariomeai daadéic^drQS

commis par les Lorrains.

Une sentence du prévôt, rendue conformément à un arrêt du parlement, déchargea les habitants du terme de Pâques (12 avril). Le 24, des désordres furent commis à la porte Saint-Antoine à l'occasion des octrois. Une sorte d'anarchie régnait partout. L'abbé Fouquet, frère du procureur général au parlement, de l'homme qui devint plus tard si célèbre par sa disgrâce, comme surintendant des finances, fut arrêté au moment oii il se rendait à Corbeil,

Eonr s'entendre avec les partisans de la Cour (25 avril), e prévôt dc3 marchands se plaignit aux magistrats de ce que lei prinoes avaient ordonné la rupture des ponti, de çc que leurs troupes ravageaient tont, et ét da quW a?ait fcraé lei oetraia (iO avril). Denic jours apès, CondéMi- TOTiH le duo de Rohan, ChaTîgnv et le aiénr de Oonb» k oaint-Germaui, pour ytraRer diin aaoomiiiedeinrat avec Û toi et Anne d'Aotpidbe, qui s'étaient reiidiiB de Gerbefl dans cette ville en faisant le tour de Paris. Tentative sans .résultat : les députés de Condé ne furent pas mieux reçus par la Cour que ôeux du parlement ne Tavaiént été« Um» qpie, le 43, ils étaient présenté au roi des reinontiiisoes contre Mazarin.

Ce qui semblait le plus certain, e*est aue la Fronde étflst désormais une lutte guerrière entre les aeux g^nél^auiti^ excellence, Turenne et Condé.

N'ayant plus ni travail ni pain, beaucoup d'ouvriers Se décidèrent a fîiire le coup de mousquet, sous le commandement de Condé, qui les mena (l l mai) à Saint-Denis, pour s'emparer de la ville. Saint-Denis retomba le lendemain au pouvoir des troupes royales. C'était plus que de la guerre, c'était du désordre ensanglanté, qui menaçait de devenir horrible, car Turenne avait triomphé dans le combat d'Etampes (4 mai), d'Harcourt avait délait les révoltés de la Guiennc, et la Ferté, après avoir chassé les Espagnols de la Champagne, reprenait le chemin de Paris. ' ^ ' .

• La paix! la paix! soupiraient les âmes effrayées. D'autres ne r4vaient (^ue troubles. Un jour, oa fermait les

Î>E LA tRONDE

boiitic}Ues dans les environs du Palais de Justice et Ton forçait les prisons de la Conciergerie ; un autre jour, une foule de femmes insultaient des membres du parlement. Le duc d'Orléans appelait cela « ép;ayer la Compagnie.» Gondi se tenait toujours à l'écart; Gaston d'Orléans s*emparait du commandement de la force armée dans Paris (44mai). Des prières de quarante heures furent dites dans plusieurs églises, pour la cessation des troubles; la châsse de sainte Geneviève fut portée en procession jusqu'à Notre- Dame (29 mai) ; pareille procession eut lieu, peu après, pour la châsse do saint Germain. Quand les châsses passèrent, assure madame deMotteville, Condé courut à toutes avec une humble et apparente dévotion, « faisant baiser son chapelet, et faisant toutes les grimaces que les bonnes femmes ont accoutumé de faire. » A la vue de celle de sainte Geneviève, il courut se jeter entre les prêtres, baisa le pieux objet, y fit baiser encore son chapelet, et se retira aux applaudissements du peuple, qui criait : a Ah! le bon prince! qu'il est dévot ! » Le duc de Beaufort renchérit sur Condé; Gaston d'Orléans se contenta de regarder d'une fenêtre la procession qui passait.

Bien des gens maudissaient les instigateurs de luttes continuelles. La reine Christine de Suède écrivait au parlement, déplorait la malheureuse situation des Français, et oÛ'rait son intervention pour raccommoder les partis. L'illustre reine ne parvint point à son but. Nos magistrats, dédaignant ses,ofi'rcs, ordonnèrent seulement une assemblée générale de police dans la chambre de Saint-Louis a pour le soulagement de la multitude des pauvres de Paris »

112 mai). Peu après, un mandement de l'archevêque de ^aris engagea les bonnes âmes à secourir, à assister les misères publiques. Une manière de potage, dont chaque portion ne revenait guère à plus d'un sou, était en usage depuis trois années. La distribution de ces potages se faisait par les soins d'une Œuvre à laquelle appartenaient quelques nobles personnes. Dans plusieurs paroisses étaient établies des marmites, pour donner de la soupe aux quinze mille pauvres de Paris. On disti-ibuait aussi des aumônes j en argent, et suitout en nature, — vêtements et médi-

HISTOiaE AKEÇ0OTIQUE

caments. A Paris, les curés dirigeaient TOEavre; dans la banlieue et dians les provinces voisines, c'étaient les communautés et congrégations religieuses qui répartissaient les seiBours. lîne Jaahùrtation aux ParUims prouvait que

€ Taumosne en ce temps était de précepte et non pas de conseil. > Ces moyens amenèrent-ils des résultats efficaces? Impossible de le croire, car d'année en année le nombre des mendiants se multiplia.

Nous avons vu qu'il n'eiistait point d'accord véritable entre le parlement et lesprîncesj ce qui portait ces demers à faire <r égayer » de temps en temps les magistrats par des émeutiers; le peuple s'accoutumait à traiter cavalièrement les bonnets carrés. Parmi eux, François Menardeau- Champré, conseiller, colonel de la milice, avait été détaché de la Fronde par sa femme, au dire de Tallemant des Réaux. Le FarUment burlesque de Eontoise le pourctraitait ainsi : ' , ,

Maînardean, cocu volontaire, Du parlement le vitupère, Petit bout d'homme an front d'aîroÎDi Autant maudit que Mazarîn, Cet homme de sac et de corde, De mal rsme à son corps e'aoooida; Car si son oofps est contrefait^ Le dedans eet enoor plus laid.

Dévoué à la Cour» Menardeau^-Champré figurait en tète des magistral suspects, et il faut dire que de nombreuses plaisanteries faites sur la légèreté de sa femme Tavaient ridiculisé^ et çà et là des chansons ou vaudevilles couraient sur le Champré. Les princes étaient venus plusieurs jours d§ suite au parlement; le peuple s* était fort préoccupé des séances, et, le 25 juin, sur les onze heures du matin, la compagnie du conseiller-colonel Menardeau s*empara de la rue Ïîeuve-Saint-Louis, pour en garder les aboutissants, et par crainte de sédition. C'était aux environs du Palais de Justice. Des bourgeois, mécontents de cette manœuvre, sommèrent la milice de se retirer, en disant qu'ils se garderaient bien 6ux-mèmes« Mais le capitaine^enseigne répondit

qu'il no quitterait ce poste « qu*avcc la perte de la vie. j> A CCS paroles, les bourgeois s'échauffèrent. Une lutte s'engagea, telle que a de part et d'autre il s'en rencontra au nombre de vingt personnes tant morts que blessés. » Quatre furent tués sur place, et parmi eux l'enseigne de Menardeau. Le drapeau de la compagnie demeura pour les gages.

Cette sédition, bientôt apaisée par l'intervention des princes, a reçu le nom de Guerre des Menardeaux» On en publia plusieurs récits ou relations, et particulièrement une sorte de poème burlesque, écrit par un a disciple de M. Scarron, » et intitulé : La guerre des Menardeaux, ou la fameuse bataille de la rue Neuve-Saint-Louis, donnée entre quelques brigades des compagnies de la milice de Paris, — avec l'apologie des vainqueurs et l'oraison funèbre des morts. Le poète s'écriait :

Maïs qui furent cet combattants?

Non les Géants, non les Titans, Non les escadrons de Cadmée, Mais une plus vaillante armée.

On vît combattre en cet assaut Le badaud contre le badaud, etc.

La chose n'était pas déjà si plaisante. On demanda plus aue jamais la mise à prix de la tête de Mazarin, et le mot de republique circula comme en 1649. a Les grands ne sont grands, dirent les pamphlets, que parce que nous les portons sur nos épaules ; secouons-les, et nous en joncherons la terre. » 0 malheureuse époque ! Les désordres des gens de guerre étaient si graves, la désolation était si générale, que toutes les maisons et fermes des environs de Paris allaient être ruinées, et hors d'état de se rétablir de plusieurs années. Les soldats, français ou étrangers, répétonsle, ne se contentaient pas des vivres : ils pillaient les meubles et les ustensiles, prenaient les bestiaux, dégradaient et démolissaient les maisons pour en avoir les matériaux. Et le parlement, ainsi que le constatent ses registres, ordonna en vain de courir sus aux pillards, défendit en vain à toutes personnes d'acheter les objets pillés,

An pvlimit oomme à raMd*d»>^Vill«» Condé ne poi- •édait qu'un petit nombn do pattnans : il D^ayait pas non plus tout U peuple pour lui. Sa conduite antiammale^ •a Haîion avec let étrangm -était aînâ punie. Ajoutons que dix mille aventuriers que rEspagnol lui envoya së laissèrent séduire par l'or de Mazarin, et que trois mâle Lomrsins vinrent renforcer Faraiée de la Cour.

Cependant les frondeurs essayèrent de se compter, desf reoonnaitre au milieu' d'un si épouvantable chaos. La guerre des meaardeanz laissait prévoir de obaiidBS jour» nées.

Les frondeurs s'avisèrent de porter de la paille sur leur chapeau; ils forcèrent tout le monde d'en faire autant, si bien que, scion Conrart, « les femmes, les enfants, les gueux et iusqiies aux chevaux et aux ânes, » eurent la paille. Cela voulait dire qu'on n'était pas un mazarin. Les religieux même durent placer de la paille sous leur froc; les gens qui allaient en carrosse en mirent aux portières ou à la tète de leuis chevaux :

Peur d'ettie app^ ttSMiiSy Faut qm l'oa pofts êè U paiBs, N'en aarait-on qu'un petit biin Peur d'estro appelé mazariu ; Celui qui n'en a, pour certain, Faut qu'il s'aâseure qu'on le raille; Peur d'estrô appelé mazarin Fiat tpm l'on porta da-la {wriUs.

Meafseur de Hesgngny, chanoine do Noire-J>ame^ in-è* cbiat ce tmps-la aux Bernardinay appliqua au pittti de la paflle ces paroles de Job : Jn stipulmn t^tt nml lupi^ dis funda ( les pierres de la. fronde se sont changées en paille ). D*0Ù venait ce signe de ralliement? L'antesar d'un imprimé intitulé : Y Ordre de iapailie, nous ap{irend que Monsieur le Prince, àPfaîlisbourg et àLens, avait ordonné aux soldats c de tirer un peu de la chemise hors de chaus» ses^ » afm de se reconnaître dans la ivataiUa; que, dennè-» rement, dans un combat contre les soldats ma^arins, il avait fait prendre df ia pailk à ses troupes, ëon année, ¥îo*

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torieuse, on se croyant telle, avait mis de la paille aux chapeaux, « laquelle avait été changée en lauriers, d La paifte, ornant les têtes de Gaston, de Condé, de Beaufort, et de mademoiselle de Montpensier, devait être considérée comme <r semblable au lis, » assurèrent bientôt les frondeurs. Les libcUistes publièrent Le* louange de la paUle,---' Les Triolets swr la mode de la paille qui cour^,— et le Caquet de la paille»

Gondéy errant toujours que lu wpiialfl sê prouoneerait

gaur lui, au ooi&s eu haine de Mauniii ae dirigea Teni aini-Gloud; Tureune, à Seiat^eoia» ae re&força dea ironpea ane&éea par La Fefté. Uue graade bataille aUaii procuaiaemeni deeîdar la4|ueaiiou entre rariatocratîe et la. royauté. Après divers mouvements stratégiques; les deux rivaux ae trouvèrent face à face, dans le haut dtf foubeorg Saint-Antoine (â joillet^y oà les troupes royales avaient pénétré. La Cour te plaça sur le plateau de Believille et da Gharoane, pour être témoin du ^ïombat qui se livra daaf des mes woitee» des jardins et maraie, dea enelea^ dea couvents, des maisena de plaisance, avec force barricades et retranchements ithprovisés. La lutte fut très vive. Condé et Turenne y déployèrent toutes les ressources de leur génie. Gaston d'Orléans vit la disposition des deux armées, puis il 86 retira prudemment dans son palais du Luxerabourg, pour « cause de maladie; s> les bourgeois de Paris, en général, se promenèrent sur leurs remparts, et semblèrent assez indifférents à ce qui se passait. Vainement Condé avait fait haranguer le peuple dans les carrefours et les places publiques; il n'obtint qu'avec peine qu'on recevrait ses blessés, dont le passage finit par émouvoir la compassion des Parisiens.

La chaleur était accablante ; les heures s'envoîaîcnt, et les armées pliaient sous la fatigue. Condé se multipliait tel** lement que Turenne disait : « Je n'ai pas vu un Condé, j*en ai vu plus de douze! n Quelques volontaires parisiens, amenés par Beaufort, n^avaient pas servi effîeaeooent là caiÂe des frondeurs, et déjà TttJ^nne saisissait Tavantage. Le eombal cessa pendant quelque, temps. Les bourgeois de Paria jeeiaieiil insenaiblea a la tenible yierelle dea deux

21 SI HISTOIEË ÂNECDOTIQUE

plus grands capitaines de Tépoque. Le parti de Condé, sur« • pris par rentrée de Turenne dans la rue principale de XShar r^ton, faiblissait. L* armée de la Cour allait tenter une attaque nouvelle ét décisive-; Tarraée frondeuse semblait complètement perdue, si des Renforts considérables n*^paressaient, si quelque sécours inattendu ne lui venait en aide.

Or, pendant l'action militaire, Paris s'agita davantage encore que les jours précédents. Le conseil de ville avait reçu da roi l'ordre de repousser les troupes de Condé, même par la force ; les masses populaires, tout ébranlées, sommèrent ce conseil d'ouvrir les portes. Monsieur le Prince, grâce à mademoiselle de Montpensier, qui avait commencé son rôle d'héroïne à Orléans, et qui était aussi téméraire que son père était lâche, se vit apporter ce secours inattendu, ce salut impossible à espérer. La Jeanne Darc frondeuse, — bien des gens lui décernèrent ce titre, que nous lui avons déjà donné, — vit passer les troupes sous ses fenêtres la veille du combat. « J'avais, dit-elle, je ne sais quel instinct que je contribuerais à les tirer d'embarras, et même je dis à Préfontaine : Je ne prendrai pas demain médecine, car j'ai dans la tète que je ferai quelque trait imprévu aussi bien qu*à Orléans. » Souffirante, âle secoua son indisposition et se substituai dac d'Orléans, qui continua à faire le malade. Aussi un pamphlet reprocha plus tard à Gaston, non-seulement de n avour pas assisté en personne au combat du faubourg Saint-Antoine, mm 4e n'y avoir pas mtoe envoyé ses <mieîers,

Hademoiseile obtînt de son père lapermissiondelaisser entreor les blessés condéens dans Paris ; puis, elle arracha du gouverneur derHôtel-de-Ville l'ordre nécessaireau salut de l'armée frondeuse. Le conseil de ville, pressé par elle et par ses adhérents, dirigea deux mille hommes sur la porte Saint- Antoine. On vit l'héroïne traverser les rues à cheval^ un bouquet de paille à la main, et crier : c Que ceux qui ne sont pas mazarîns prennent la paille, sinon ils seront saccagés ! » Elle dit au maréchal de l'Hospital, gouverneur de Paris, qu'elle lui arracherait la barbe, qu'il ne mourrait jamais que .de sa main. Li le peuple, admirant Condé cou-

DE LA FROMbE

vert de sang et merveilleusement habile dans la retraite qui avait amené ses troupes à Paris, se prit de sympathie soudaine pour le hautain p:énéral ; le peuple s'élança sur les pas de Mademoiselle, qui harangua les milices, puis se jeta dans la Bastille dont l'artillerie lui obéit aussitôt. La iille du duc d'Orléans, dit-on, tira cllc-niéme le canon contre les soldats de Turenne, déjà prcscjuc vainqueurs. L*armée royale, alors, battit en retraite sur Saint-Denis. Condé échappait à son rival Turenne, Condé qui, peu d'heares auparavant, pâle et découragé, s^SlaH ^orié l'ai perdu tous mes anus; il ne" me resté ^cTà moùrir, » La Jeanne Oarc frondeuse avait sauvé Ifonsieur le Prince I

HISTOIRE ÂNÉGDOTiQUË

Ce que vent Condé. — Grande assemblée h l'Hôtel-de-Ville. — Les condéens sur la place de Grève. — Les princes dévouent le» MgittraU mniikiipanli à là htfait âti peuplt* — » IftMndi* «t laore dt l'H6ul-4«-ViUe. — Inatties éu àué d^Odtat ^ éê Condé. Mademoiselle de Montpenuer se inoiitrt« — Pendai- •on remise* — Broussel, prévôt des marchHnds; son iocapacité.

— Mauvaise situation des Parisiens. — Confusion. — Duel de Beaufort et du duc de Nemours. — Soufflet reçu par le comte de Kieux, coup de poing douné à Condé. » Les mitigés prennent le doistif, — - Le parkmant à PontolM; mort de BeoBonde. » Complot royalbte. Papier oo rabtn bUmo oppooé à U palQo.

— Bronssel cesie MB fonotionf • — • Déoooiageme&t de la Fiondo, Masarin a'en va anooie.

Du 8 juillet 1663 «a 12 aoftt 1652. —

Ainsi donc, défait en réalité dans le combat da faubourg Saint-Antoine, Condé eut une large mais odieuse comp^* satîon dans Paris, à rHôtel-de-ViUe. En effet, les magistrats municipaux avaient été conTO(;[ués pour décider de- Tantltti et le duc d*Orléans la question ae c Tunion avec les princes. > Au lieu d'obtempérer aux désirs des con« déens, qui voulaient faire déclarer le duc d*Orlcans lieutenant-général du royaume, et Monsieur le Prince générali^ sime des armées, les magistrats municipaux, encouragés par les succès récents des troupes royales, demandaient le retour du roi sans condition.

I Condé et Gaston se firent attendre, à dessein, jusqu'à . six heures du soir. L'assemblée commença de délibérer sans , eux. Ils parurent enfin, la paille aux mains et aux chapeaux, accompagnés de Beaufort et de plusieurs autres j seigneurs. Gaston, dans un ])rcf discours, déclara que les princes mettraient bas leurs armes, pour les joindre à celles de Sa Majesté, aussitôt « qu'il aurait plu au roy esioiguer

le cardinal Mazarin hors du royaume. » Après lui, Condé parla. 11 corrobora les déclarations de Gaston d'Orléans, assura que tout ce qu'il entreprenait a estoit pour la conservation et seureté de Paris, à TefTet de quoy il donnerait volontiers sa vie et son sang. » Puis, ils se levèrent, certainement mal satisfaits des a remercîments • de l'assemblée, et furent reconduits jusqu'à la grande porte de l'Hôtel-de- Ville. Là, les gens des princes commencèrent à dire que son Altesse Rojale n'avait pas lieu d'être contente des magistrats municipaux. Ils sortirent en murmurant.

Il y avait sur îa place de Grève, pendant cette séance, une foule considérable de populaire, des hommes à la mine hostile, parmi lesquels étaient mêlés des soldais condéens déguisés. Là se trouvaient ces malheureux sans pain, que la misère avait donnés à Monsieur le Prince ! Là, des gens sans aveu, payés pour faire sédition, et auxquels on avait distribué, dit Conrart, quatre mille deux cents livres ! Les bateliers et « gagne-deniers » du quartier y fourmillaient. On comptait huit cents soldats, travestis ou non. Un seul fripier prétendit avoir loué deux cents paires d'habits pour cet elTet. Plusieurs chefs militaires s'y rencontraient, notamment un capitaine du régiment de Bourgogne, qui fut tué.

Dès le malin, ces rassemblements faisaient présager de terribles actes. Ils avaient maltraité les passants qui ne portaient point delà paille. <t Allez, criaient-ils aux députés qui se rendaient à la séance, et si vous ne faites pas ce qu'il faut, nous vous tuerons au retour ^ » Certes, cela

Eromcttait, et plusieurs personnes désignées pour l'assemlée furent averties ofticieusement de n'y point aller, ou de n'y faire qu'une courte a})p;irition.

Les princes ou leurs gentilshommes, à peine descendus de rilôtel-de-Ville, s'adressèrent à cette foule ardente, militairement conduite. « Tous ces gens-là, déclarèrent-ils en désignant les magistrats municipaux, tous ces gens-là

^ Voir les Mémoires de Valentîn Conrart, et les Hegistres de l'Hd" teUde-Vilh, par MM, Leroux de Lincy et Douët-d'Arcq, au 4 juillet 1652.

inSTOIRE ANECDOTIOUE

ne veulent rien faire pour nous; ils ont même dessein de tirer les choses en longueur, et de tarder huit jours à se résoudre : ce sont des mazarins, faites-en ce que vous voudrez. » '

Cet appel à l'insurrection fut entendu et suivi d'applaudissements signiticatifs, de menaces aux tnîtigés, au parti des modérés, « Le peuple cria : <r L*union avec les princes ! A bas les mazarins ! jd Des balles d'arquebuse sifflèrent, frappèrent les murs de l'Hôte 1-de -Ville. La journée du 4 juillet i6o2 allait devenir l'une des plus sanglantes de la Fronde.

La nuit est tombée : aussitôt après le départ des princes, et dans l'obscurité, les insurgés élèvent des bûchers devant toutes les portes de l'Hôtel-de-Ville. Ils y mettent le feu. De leur côté, les gardes de l'Hôtel-de- Ville ont répondu aux assaillants ; ils ont essayé de construire des barricades. Pleins d'effroi, les magistrats signent à la hâte un acte d*union, dont ils font jeter des copies par les fenêtres. Le curé de Saint-Jean a ordonné d'apporter le Saint-Sacrement. Mais comment apaiser un pareil tumulte? Le vicaire qui porte l'objet sacré est, assure-t-on, couché en joue.

Les insurgés veulent une victoire. Ils n'entendent à aucun accommodement. Leur fièvre va croissant. Bientôt les portes de l'Hôtel-de-Ville, incendiées, tombent en charbons. Des magistrats municipaux, les uns cherchent à fuir, les autres se cachent çà et là dans les bâtiments. Un massacre a lieu. Suivant une relation contemporaine, « trois ou quatre conseillers et maîtres des requêtes, un échevin ou deux, et pour le moins trente bourgeois sont tués. » Le duc d'Orléans et Condé restent immobiles au fond du Luxembourg. En vain Goulast secrétaire des commandements du premier, a écrit à son maître pour lui demander du secours. < Son billet, assure Conrart, a été porté en diligence au duc d'Orléans, lequel, étant pressé par celui qui le porte, a dit en grattant ses ongles qu'il n'y peut que faire, et qu'on ' aille à son neveu de Beaufort. » Celui-ci se tient pendant l'attaque dans la boutique d'un mercier, rue de la Vannerie, en regardant froidement les choses. Il va enfin à l'Hôtel-

M LA ËROilDB %\1

de-Ville, s'étonne du pillage et de la violence commise, lui qui n'imaginait pas « que cette fureur populaire les deut porter si avant contre leurs magistrats. » ^ ■

Mais, plus généreuse, Mademoiselle agit pour empê^iher le mal ; elle arrive à dil heures du soir environ, se concerte avec Beaufortf sorti enfin de sbn inaction, conjure la fureur des msnrgés et eauve le reste des bourgeois.

Oii TÎt bientôt Qluston d'Orléans çbmher a se diseulper de 8a.1àche o<mdiiite'derait le porlcÂMUt^ enjdéclarant qn^ Tenait defôire airètëv de\a 1ioiÉméijâii1iiiÙ«é de Tnieendieet des assassinats. Les prisoiûiiers forint condamnés à èfepe I»endn8 en place de Grève ; mais .les eonçagnies bourgçcst*' ses, commandées pour prêter miâi-forté à Pexécufion» refusèrent d'y aller, c Nous ne sommes pas, dirent-eBé^ bs Talets du Bourreau ; et, d'ailleurs, on pend les innocents -p'ou^ leurrer le peuple^ et Ton n'a garde de s'attaquer aiiy ^aoteurs de la violence, ni à ceux qui en ont été les inctni-ments. » Toute la vérité ressortait de ces paroles. Ajoutoiïs que Laisné, conseiller à la grand' chambre, qni était, avec ôilbert de Voisins, commis pour informer contre les coupa— bîes, trouva un matin écrit en grosses lettres sur sa porte : « Si vous faites mourir ces deux prisonniers, vous ne vivrez pas six heures après. » L'exécution des deux hommes fut remise à un autre jour, et on ne les pendit pas moins dans la cour du palais. L'un d'eux était, d'après les registres de l'Hôtel-de^Ville, oftipier de cuisii^e de la msuson du prince . de Gondé. " ' " - '

A la suite de cet événement, le prévôt des marchands se démit de sa charge, et Broussel fut élu à sa place (6 juillet). On put juger de l'incapacité de l'homme qu'on avait si longtemps ay)pelé le père du peuple ; ce vieux frondeur parlementaire garda son poste rxn peu plus de deux mois. Le moment était critique ; Broussel ne fit rien pour ses amis. Il laissa même exercer sa charge par son neven Pénis, ttéso^ rier de Limoges. Son âectioli mt eaçsee le 19 août par ii& arrêt du conseil d'Etât. ' - ^ «

Somme tonte, Tatitorité fût déyokie aux princes, qui re* cuèitlirent les fruits d*nne catastr<^he par esx préparée, et dont ils n'avaieni'pâs çréveiaa les eicès* Condé, notam^

is

M . mSTOIRB AN£GJ>OTlftU£

meaii éf ail respoBsablB de tout le mal. AtàA se ireavapi-S fort embarrasse de son incomplèie victoire. L*ainirchie régnait daQS Paris, où il jn'y avait plus de police, où les im-* ûàis ne se prélevaient plus, ou le commerce était , anéanti.

. La chair des clievaux tués au combat dv faubourg Saint- Antoine se vendait dix sons ia livre. Gaston d'Orléans fut forcé de défendre à ses troupes « d'aller fourra^* > Certains misérables parlaient de pillage, -Les princes, qui avaient besoin d*aigent, firent décider, en leur présence, par une Assemblée générale de rilôtelKle^Ville, quechaqpe porte cochère serait taxée à soixante-quinze livres, chaque porte carrée à ti'ente, et toutes les aûtj'es à quinze ; ils déclarèrent a qu'ils feraient payer cette taxe de gré ou de force. » I\Iais un arrêt du conseil siinint qui défendit de payer. A tout instant s'élevaient des démêlés entre les ofliclers de ia garde bourgeoise, ou bien les marchands se plaignaient d'être volés. On en vint à ordonner aux colonels de ne laisser entrer aucuns soldats dans Paris (31 août). Malgré les défenses, les attroupements étaient fréquents, et déjà l'on parlait de rétablir l'autorité roj'ale dans Paris.

Le parlement s'était démembré; une partie des magistrats avait quitté la capitale, tombée aux mains du duc d'Orléans, lieutenant-généi al du royaume; de Condé, fait gé-

. néralissime, et de Beaufort, nommé gouverneur de Paris. C'était là un pouvoir, sans doutai, mais un pouvoir qui manquait de force, parce qu'il manquait de moralité. Parmi les frondeurs, tous voulaient commander, personne ne "se résignait à obéir ; les uns espéraient la paix, grâce à la promesse que Louis XIV avait ftdie d'éloigner Hazann (11 juillet); les autres se réjouissaient de la prolongatÊon du desordre,

. et n'auraient entendn à aucune reconcîuatîon. Chaque jour voyait naître une quertille, une algarade Quelconque. On s'y

. accoutttinait sous prâexte de politique;. les filous de toute sorte péchaient en eau trouble» Les maavaises passions avaient beau jeu : disputes en bas, duels en haut; le navire

. allait sans pilote,

A propos de duels» racontons le suivant : Pendant un conseil ae guerre tenu dws Orléans avec mademoiselle do Hontpeçsieri trois mois auparavant, Beaufort et le duc de

Nemours s'étaient querellés ; celui-ci avait donné un démenti à celui-là. Le roi des Halles avait souflleté son beau-fi ère, qui, lui, par représailles, avait fait sauter la perruque blonde de Beaufort. Grâce aux supplications de madcmoisello de Montpensier, les deux antagonistes s'étaient alors réconciliés, embrassés même. A Paris, une question de rang les brouilla de nouveau ; et, cette fois, un duel au pistolet et a répée, ou plutôt un combat de six personnes s'ensuivit. Nemours tomba, tué par Beaufort, et deux seconds furent blessés mortellement (30 juillet). Le lendemain, soufflet donné au comte de Rieux, iils du duc d'Elbeuf, par Monsieur le Prince, encore à cause de la question de préséance; coup de poinp: donné à Condé, puis épées tirées; mais le duel fut inteiTompu et se termina par l'embastillement du comte de Rienx, qui fut rendu à la liberté peu de jours après. Misérable aventure pour un Condé! Cette injure, toutefois, n'atteignait pas son honneur « Vous voyez, dit-il presque en riant à mademoiselle de Montpensier, un homme oui vient d'être battu pour la première fois. » Rieux excita les sympathies de la noblesse frondeuse, a II est bon, remarquait-elle, que messieurs les princes du sang ne se croient point à l'abri de toute atteinte, et ne s'élèvent point tant au-dessus des autres. » Assurément, voilà une parole toute féodale reproduite dans Ir dix-septième siècle.

Tant de misère chez le peuple, d'incurie dans les princes, de confusion parmi les frondeurs, devaient aboutir au succès du parti modéré. Les mittges allaient peut-être enfin trouver leur point d'équilibre, en se rapprochant des courtisans. Comme la Cour demeurait à Pontoise, Louis XIV ordonna la translation du parlement dans cette ville (6 août). Ce parlement, qui ne compta d'abord que quatorze membres,' fut installé par Matthieu Mole (7 août). Un si petit nombre de magistrats excita les plaisanteries des courtisans eux-mêmes. Benserade fut très applaudi lorsqu'il raconta « qu'il venait de rencontrer à la oromenade tout le parlement dans un carrosse coupé. » Ce noyau de bonnets carrés n'eu demanda pas moins encore une fois l'éloignement de Mazarift (8 août).

A ce prix, la Cour s'efforça de désorganiser le soQTemement de la Frondé, dont tous les actes furent frappé de nullité par un arrêt du conseil; elle négocia secrètement

a?ec les bourgeois. Le parlement de Pontoise agissait en fiiveur du roi ; celai de Paris soutenait les vieux erremeixts des « mutins. » Bientôt les compagnies de milice bourgeoise 8*oc6upèrent de remettre Tordre dans la capitale, où éclata un complot royaliste (24 septembre). On y vit les bons serviteurB de Louis XIV arborer la couleur blanche représentée par des morceaux de papier ou des rubans, par opposition à la paille des frondeurs. Cette manifestation n*eut pour résultat immédiat que de porter Broussel à cesser ses fonctions de prévôt des marchands ; mais elle prouva ensuite que les mitigés n'étaient plus odieux au peuple, puisque le peuple ne les pourchassa point. Peu après Gondi, toujours ennemi acharné de Condé, s'en alla à Pontoise demander au roi qu'il rentrât dans sa bonne ville. Gondi paraissait satisfait : depuis le 28 février 1652, il portait le chapeau de cardinal.

La Fronde était profondément découragée. Il y avait eu recrudescence de dénonciations contre les mazarins, de listes affichées, de trahisons découvertes, etc. Les pamphlétaires, après réloignement du cardinal (19 août), avaient redoublé leurs invectives contre Y Icare sicilien^ le Cacus ' italien renversé par l'Hercule français^ le Triomphe du fa^ ûuinissime cardinal Mazarin^ etc. Triomphe en place de Grève, sur Téchelle de maître Jean Guillaiûaie (la^tence). Un éeritaiiL aylâ avancé, entre autres diosea : c àles anges n'eussent pas eu un premier ministre dans le conseil de MOT âiat hiére^hique, le désordre ne ie serait pas mis dans leurs dtfminations... ji Haie-Mazann, qu'une lutte de quatre années avait plus aguerri que &tigaé, vit avec raison dans ces violentes injures du parti froàdeur les dernières étincelles d'un feu qui s'éteignait. Pourquoi résister encore? se demandait^ Pourquoi braver les imfdacables menaces de ses ennemis moribonds? Le quasi-parl^nent de Pontoise voulait qu'il s'éloign&t; Louis XIY et Anne d'Autriche ne lui donnaient pas la permission de jMurtir : Mazarin,.donc, ^t pu rater, s'il n'eût été qu'un politique icouitevue,

DE LÀ FRONDE ' W

n floUicHa et obtmi'^ de quitter le royaume (12 ao6t>. Sa maxime c le temps et mm » lai dicta sa conduite. PrésHii, il eût craint des complications lâcheuses; abseirt» il rendait plus facile Taccoigmiodenieat final entre la-Coui' et les Pansiens.

tut BUTOIM AlfECDOTIQDB

xvin

Mazarîn r6siàe h St'^kn. — Gondi en dépiitation, — Il haranjçue Louis XIV î réponse du roi. — Autres députations. — Derniers efforts de Oondé. — - Tnrtiiiie le tient en éoheo. — Cendé sort de France. — Rentrée du roi dans Paris. — Mot andaoieniE de mademoitelle de Monipensicr. — Lit de justice. — Batiidsseinent de Beanfort, La Rochefoucauld et Rohan. — Regrets amers de la Rochefoucauld. — La Franchise. — Amnistie. — Le parlement bâillonné, — Réactions. — Couplet. — Quelques imprimés da temps. — Sort de madame de Longueville. — Gondi, suspect, est arrêté. . — Œuvres de'réaotion. — Retour définitif de Mazarin à Paris. — Vers : louanges et satires» — Mazaiin reprend m laxe et sa puissance.

]>a 12 août 1652 an 29 ma» 1658. —

Pendant qne Bouillon monraît à Ponioise (9 août \6o% d'une fièvre continue, et que le jeune duc ae Valois, fils / unique de Gaston d'Orléans, expirait subitement, Mazarin se disposait à quitter la France* U repartit avec Tuienne, dont répéc ('Uni devenue la sauvegarde du pouvoir royal, et qui allait combattreles armées étrangères, avec lesqiielles il avait naguère fait cause commune. Mazarin résida a Sedan : on chanta IVm exitu, — la Litanh du cardinal, — les Pleurs et Jlegrets inconsolables d'Anne d'Autriche et de Mazarin. Ce que ce ministre souhaitait s'accomplit. Satisfaits, ou du moins paraissant salisfaits de l'éloignement du cardinal, les Parisiens parlèrent de poser les armes, moyennant une amnistie.

Gondi, dbnt le chapeau rouge avait déjà été apporté au roi, se trouva en position de jouer le rôle de pasteur évangélique. Il conçut ou on lui suggéra la pensée de s'entremettre entre la Cour et les frondeurs. Un moment Gaston d'Orléans, c\ue sou égoïsme engageait maintenant à entrer dans le parti de Louis XIV, craignit de voir Gondi s'accommoder avec Monsieur le Prince ; il s! écria : « Si cela

est, nous avons la guerre civile pour réternité. » Mais quelqu'un avait dit à Gondi : « Vous êtes cardinal, vous êtes archevêque de Paris, vous avez Tamour du public, vous n'avez que trente-sept ans : sauvez la ville, sauvez l'Etat! 1 L'ancien brouille-tout de la Fronde devint l'apôtre de la paix et porta la branche d'olivier à Compiègne, où résidait la Cour ; il conduisit une députation du clergé, pour approcher le roi refusant d'entendre tous les envoyés qui ne venaient pas de Pontoise, pour le supplier de se renare au vœu de son peuple et de reparaître dans la capitale. Secrètement il porta à la reine les vœux et les promesses de Gaston d'Orléans, c'est-à-dire une demande d'amnistie universelle et la proposition de se retirer à Blois, afin de ne plus se mêler de rien.

Arrive à Compiègne le 11 septembre 1632, le cardinal de Retz reçut d'aijord solennellement le bonnet si désiré; Anne d'Autriche, qui ne cessait pas de le haïr, et qui avait encore sur le cœur les expressions de « grosse Suissesse » employées autrefois par Gondi à propos d'elle, lui fit un bon accueil. Le lendemain, « demandant la ])aix au nom de l'Eglise, » il prononça une harangue où hrillèrent les mille facettes de son esprit, et, ce qui vraiment étonne, de nombreux éclairs de raison. Nous y lisons ce passage: <r II est, sire, de vostre devoir d'arrester par une bonne et prompte paix le cours de ces prophanations abominables qui déshonorent la terre et qui attirent les foudres du ciel ; vous le devez comme chrestien, vous le devez et vous le pouvez comme roi. j> Personne n*eut pu reconnaître dans cet orateur, à la fois éloquent et mesuré, l'auteur de tant de scènes tragi-comiques. Il va sans dire que les cotidéens désapprouvèrent sa liarangue, publiée avec des variantes par certains libellistes. Mais Gondi pouvait raj^peler qu'en 1649, lorsqu'il levait le fameux régiment de Corinthe^ il lui avait donné pour devise des flèches avec les mots : In corda inimicorum rcgi^ (droit a!i cœur des ennemis du roi) ^; il pouvait se flatter, mainte-

* 3fe'moires on Journal des gverres civiles pendant Vannée , pur M. Duhuisson-Aubenay j 1| p. 61. (Mauu»crit d» la Bibliothèque Mazarine.) , . ^

ntat; d*agir seM eette deyise, cér tpnt dépendait de Yin^ terprétatioji qu'on lui donnait. ' / ^

Le roi ré^ndit (13 septembre) au cardinal de Rèis:*..

<r Sa Majesté a dcsjà pris résolution de se rapprocher de Paris» et a donné oi-dre de préparer son cbasteaa de Saint** Germain pour y aller avec sa Cour au premier jour ; mais il est très nécessaire que les bons subjects de sa dite ville, pour se mettre en estât de profiter de ce bien^ se délivrent des obstacles qui les en ont priyéz jusqu'à présent, et qu'ils n*y souffrent plus 4e pouvoir violent de ceux qui, pour faire durer les troubles qu ils ont excitez, n'ont autre but que de tenir toujours les principaux membres de TÉtat séparéz de leurchef... » Il fallait que les Parisiens, ajoutait Louis XIV, imitassent leurs pères qui s* étaient délivrés « des ennemis €Strangers et domestiques qui voulaient empescher le roi Henry-le-Grand d'entrer en possession de la ville capitale de son royaume. »

Le parlement de Paris, à son tour, résolut d'envoyer une nouvelle députation au roi ; mais on lui refusa des passeports, car la Cour ne reconnaissait plus que le parlement de Pontoise. Le corps de ville fut aussi repoussé, tandis que, au contraire, Louis XIV et sa mère s'attachèrent à gagner les notables habitants de Paris et les corporations bourgeoises, en comblant de soins, d'aménités et de caresses les syndics des six corps des marchands, et les colonels et nuartiniers de la ville» qui ne tardèrent pas à se rendre à Saint-Germain aussitôt que la Cour fat établie.

Paris inclinait à se soumettre, le roi pardonnait presque: la pâh deyenait inévitable, au grand désappointement de Gondé et du auc d*Orléans, qui virent bien que l'on ne leur ferait aueune concession. Monsieur le Prince avait tenté un suprême effoi-t : il avait appelé à son secours les Espaçiols, qui envahirent la Picardie ; le duc Charles IV de Lorraine accourut à son aide, pour s'entendre af^ler ro- /eur par le menu peuple de Paris, et il faut avouer qu'il avait cent fois ménté ce nom.

Gondé commandait donc en tout vingt mille hommes. Mais, sans doute, le découragement avait gagné ce grand général lui-mémpt car Turenne, avec huit mille soldiats, le tiuit en

échec pendant deux mois, près du confluent de TYères et de la Seine. Condé se retira a Corbeil. Il avait dit, en sortant de Paris : «Les Parisiens souhaitent que le roi revienne; cela ne finira pas la guerre. » Cependant, il essaya encore de se réconcilier avec la Cour, n*y réussit pas, ne parvint pas non plus à ranimer l'ardeur frondeuse des Parisiens, et sortit de France (1 décembre), tandis que Mazarin, son heureux rival , se faisait annoncer dans Saint-Dizicr comme libérateur de la Champagne, et se préparait un glorieux retour à Paris.

Dès octobre, Louis XlV était arrivé à Saint-Germain, ce château plein de souvenirs des troubles de son enfance. Les chefs de la garde bourgeoise l'y saluèrent. Turenne s'y rendit; puis, sans qu'il fût question du duc d'Orléans ni du

Parlement de Paris, le roi, parti de Saint-Germain avec urenne (matin du 21 octobre^, s'arrêta au bois de Boulogne, écrivit à son oncle reste au Luxembourg de ne pas demeurer dans Paris, ou plutôt, qu'il allait le chercher pour le mener au Louvre. Ce fut au milieu d'acclamations enthousiastes que Louis XlV entra dans le château. Retz félicita son roi; Broussel dis remit le commandement de la Bastille ; le duc d'Orléans, très agité, se retira à Limours ; mademoiselle de Montpensier se cacha un jour dans la capitale, puis se sauva où elle put. Comme elle se trouvait chez madame de Choisy, place du Louvre, elle entendit un homme qui vendait des lanternes pour mettre aux fenêtres crier bien haut : Lanternes à la royale l — A la Fronde ^ reprit-elle avec audace. Madame de Choisy lui dit : « Vous voulez me faire assassiner. » Les « particuliers du parlement de Paris » ayant reçu individuellement l'ordre de se rendre au Louvre, se mêlèrent à leurs collègues de Pontoisepour enregistrer la déclaration d'amnistie (22 octobre). Après, ils se formèrent en lit de justice. On lut devant eux deux déclarations royales : — la première, qui rétablissait à * Paris le parlement « fidèle, » récemment transféré à Pontoise; — la seconde, qui bannissait de Paris Beaufort, La Rochefoucauld (Marsillac) et Rohan.

La Rochefoucauld, chevalier servant de la duchesse de Longueville, qu'il avait passionnément aimée, allait maintenant songer au caractère de cette princesse, aux infidé-

M6 8I8T<HRE AmSCDOTIQUl

litcp nombreuses de cœur, sinon de fait, dont elle avait payé ses tendres sacrifices. La Rochefoucauld possédait le courairc, l'esprit, les belles manières; c'était un soldat intrépide, un courtisan chevaleresque. Ses coups de boutoir fréquents et ses vives apostrophes lui avaient fait donner le surnom delà Franchise par les frondeurs. Pendant sa maladie, après la blessure qu'il reçut au combat de Saint-Antoine, l amoureux MarsiUac se livra à de très sérieuses réflexions. Il put s'inspirer déjà pour écrire le livre des Maximes. Autrefois, il avait pris pour devise ces deux vers de la kagédie d'A/ct/onee, de Du Ryer : . .

. Pour m^teraoa oœor, pour plafan à ses iMiinx jevx^ . J^si Mt Ift giienw «uxxQUfJs ranrals Mte^qj: i»vau

fliainien^uit^ il parodiait cqs vers, il 8*éenait amèremeat:

Four ce cœur inconstant, qu'enfin je connais mieux. J'ai fait la gaerte vax. vois , j'en ai perda Ufi yeux.

Ël effet» La Rocbefoiicaald ^Uil àe deTenur aveugle.

L lunnistie fat i&complète, à peu. près déri^ire. Outre ]&$ gentilsbommes que ûous ayonaindiqués, ou en eicceptaonsa nembres du parlement les (Jus coi^mmis^ tout natuyelleneot» Broussel; on en eizc^ta aussi les fapaiUes àt». «ondé^ qui combattaient encore contre le roi.

La seconde déclaration ne limitait pas seulement la li^tei des amnistiés, elle limitait «lussi les prérogatives du ps^ls^ Oieot, ea détendant aux magisti ats de prendre conuais» sance des affaires générales de TEtat^ de. la direction doft finances, en leur interdisant de s'occuper à ravenir 4aa affaires des princes et des grands, de recevoir d*eux pen» §ions ou bienfaits quelconques, de les visiter souvent, d'assister à leurs conseils. Ces sortes d'engagements, disait le roi, a été la source des maux actuels (lu royaume. Séanco tenante, les conseillers atterrés supplièrent le jeune monarque de révoquer une sentence qui consommait la ruine du .parletatuit de Pari^ ^ Mais. 1q roi avait quatorze ans ré-

' ^ H««iri M^rtia, Uisiairi dtfranoê^ tfim \4| ik,tfAaââ 165:^,

DE LA FRONDE J27

volns, et, de son propre mouvement, ou à Tinsligation de sa mère, il a voulait » déjà, sans contradiction possible. Son chancelier ordonna renregistrement. (Jnels revirements ! On a remarqué que ce grand fait de puissance royale absolue fut accompli l'anniversaire même du jour où le parlement (24 octobre 1648) avait rédigé sa fameuse déclaration qui en faisait un rival de la royauté.

Bientôt les réactions commencèrent, politiquement et civilement. Le peuple railla les magistrats parisiens : chansons et libelles achevèrent de les déconsidérer. Il parut: le Parlement de Paris à confesse aux pieds du roy^ à la Thousmint^ et Ton chanta au Louvre, au Palais-Royal, au Luxembourg, dans la cour du Palais de Justice, dans les églises, les rues et les places, ce couplet devenu célèbre et cité par Mademoiselle : f

Messieurs de la noîre cour, Rendez grâces h la guerre; Vous êtes dieux sur la terro Et dansez au Luxembourg.

Petites gens do chicane, Tombera canne 8ur vous, Et Ton verra madame Anne Vous faire rouer de coups.

En même tem|>s, on adressa une requête présentée au roi,,, parles pauvres locataires de la ville et faubourgs de Paris, pour les exempter des termes de Pâques, Saint-Jean et Saint'Iiemy derniers, et Ton rédigea un état sommaire des misères de la campagne et besoins des pauvres aux environs de Paris ; on imprima un Mémoire des besoins de la campagne et un Magasin charitable, — toutes publications qui montrent assez que la présence de Louis XIV dans la capitale éveillait mille espérances au cœur des malheureux, et que les Parisiens avaient hâte d*être délivrés des gens de guerre.

L'incendie, si proniptement allume, s'éteignit plus promptement encore, et la Cour put frapper ses anciens ennemis, sans redouter de nouveaux troubles.

On alla de réactions en réactions. Madame de Longue-

t!^ HISTOÏIffi ANECIXmQUE/^;

vilë'^^jfMMlef peines poittes « contre fes fébel 'î^nicls de lèse-majesté, perturbateurs du repos public et À traîtres à leur patrie. » Le cardinal de Retz, ayftni eu des

«4 velléités de reprendre ses allures de frondeur (car, a dit le f poète, le naturel revient an galot^, pd tarda pas à devenir .suspect, à paraître dangereux. Comme il sortait de ehez la "^eine, au Louvre (19 décembre), le capitaine des gardes se ' * saisit de sa personne, et il fut ensii^ conduit à Vinccnnes. Le 23 janvier 1653, une lettre-^tretdaire de l'archevêqm c de Paris aux curés du diocèse s*empressà de recomman-* der le cardinal de Betz à leurs prières. Fin méritée de celui que madame de Sévigné appela <x le héros du bréviaire, » et dont, un siècle et demi plus tard, le conven- - tionnel Legendre coHsidéra les Mémoires comme le « bréf viaire des révolutionnaires ! » Quant à Condé, sous le coup I d'une condamnation à mort, il continua de guçrrojer à la tète de soldats étrangers.

L'œuvre de la vieille Fronde s'oublia bien vite. Abolition des milices bourgeoises, dont on brisa les chaînes redoutées! garnison royale imposée à Paris ! création de magistrats royaux ! Tel fut le prix de mille efforts mal dirigés. La • main du bourreau lacéra les registres du parlement et de rHôtel-d(î=Vi]le, qui eontenaient les actes des frondeurs. Il ne manquait plus jue Mazarin, pour que tout, dans la capitale, se terminât a l'avantage de la monarchie absolue. En effet, le Cardinal rentra (3 février 1 653) victorieusement dans Paris ; le roi Tidla diercber an Bourget, et le rameni^ en carrosse au Louvre, à trairérs une foute mnombrable. c Les Paiîsienï se tuaient au retour de Hasarin pour aller au deyant de lui, dit Laporte, et ceux même qui avaient été , ses plus grands ennemis furent les plus empressés à se pror duire et à lui faire la. révérence, le vis une multitude de gens de qualité faire des bassesses si honteuses en cette rencontre, que je n^aundspàs voulu être ce qu'ils étaient i condition d,'en faire autant... J'étais dans le cabinet de la rnne lorsqué son Kniinence y entra : j'y vis parmi tant de ;j|ens dé qualité qui s'étoufEuent à qui se jetterait le pre— ;^^ier a m^^ dis^e, un reli(;ieux ^ui seprot*

terna devant lui avec tant d'huimlité que je crus qu'il ne s'en relèverait point. »

Le soir, un feu d'artifice célébra son retour. Loret, lo gazetier, publia la nouvelle le 8 février, de la manière suivante :

. Enoor qu*il ftl un temps étnD0i|

Temps de vent, de plnyie et de fimgBf Lnndy matin, Sa M^esté,

Leste, brave et bien «justi?, ^ Fut en assez belle ordonnance, Vers le Ménil-madame-Rance,.

Pour recevoir le cardinal Qui venait du pays d'aval, Anqnel il fit grandes caresses»

Et témoigna bien des tendresses ; Et le soir fit maint compliment Aux trois nièces pareillement.

Qui plurent fort à notre Sire.

L'Eminence étant arrivée

A deox lienies de relevée,

Ent MI Louv^ un appartement.

Benserade célébra ainsi le retour de Mazarin, apris 89 retnûte à .Cologne :

Enfin vous revenez et lo peuple s'en plaint ;

Mais sçaît-il ce qu'il veut, mais sçait-il ce qu'il onûntt

Lui qui croit aisémeiit ce qu'on lui persuade :

C'est sans raison qu'il aime, et sans raison qu'il hait;

Le médecin ordonne en dépit dn* malade,

Vous goérilNS la Fiam» en dépit qn^e en ait.

A ces vers de courtisan, étrange appréciateur des misé* res du peuple, Blot, le pamphlétaire, sut répondre :

A la fin, malgré tout le monde, Mal{zr6 les princes de la Fronde, Malgré nos plaintes et nos cris, Après une horrible tempête, Joies est rentté dana Pana, Et remonte deseni sa bite.

SSÛ HISTOIRE ANECDOTIQUE-

- Deux mois après ce retour, le corps de ville offrît nft bavquet mapînG|ue (29 mafs 1653) à Mazarin réduit à une

E Fessante nécessité, ne tirant quoi que ce fût de ses Uénéces et de ses finances, presque contraint de « faire un autre métier que celai de cardinal, » sur le point de licencier ses gardes et de renvoyer ses gentilshommes, de se retirer enfin avec douze valets, écrivait-il, pour vivre le plus en cachette qu'il lui serait possible. Son palais n'avait plus que les quatre murs; Mazarin racheta pièce à pièce tout ce qui avait été vendu, meubles, livres, statues, tapisseries, tableaux, et sa bibliothèque recouvra ses trésors éparpillés; il ne tarda pas à étaler une magnificence tout a fait royale, et telle que Christine de Suède ne se lassait d'admirer ses merveilleuses collections de science, de littérature et d'art. Ainsi va le monde, le monde politique surtout : tel qui nage la veille au sein d'un luxe inouï, se trouve le lendemain errant et misérable ; l'exilé d'aujourd'hui est le mai tre demain. Mazarin avait passe par mille vicissitudes, pour revenir au plus haut point de la puissance.

1» hk 9R01IDE 231

Les frondeurs dans les provinces . <— IfiièfO générale. — Coromcnt

finissent les frondeurs des deux époques. — Tableau de Paris eft des provinces. — Mœurs diverses, — Oublieux. — Les fumnaes.— Le hocca ; d(Hails sur ce jeu. — Les Tontines, — Académistes. — i Les vic«s des grands, «p- Peinture, litUkature, inaovaiions divur*»

■et.^ La milieu boiif|flotM.

— Da 29 mais 1653 à la fin d« U Fronda» •«*

G*en était fait des frondeurs et des fronderies; les mottH fèu allai^t jouir paieibleinent du triomphe de leur (Mttron; hrébellioa $% trouvait confinée dans quelques coins du royanoM, Le sang qui devait couler encore était celui de sitnples partisans. Plus d'apparente réforme politique! plus de luttes parlementaires! Tout a fui, tout semble un songe évanoui! Le bonhomme de Brousscl, « pour qui en partie on fit les barricades, » meurt le i27 août lOoi, à Tagc de quatre-vingt-trois ans, écrit Gui-Patin. Du passé, que reste-t-il? une horrible misère générale. La bourgeoisie, pourtant, se souvient encore des jours où elle a failli fonder un gouvernement : le despotisme de Louis XIV ne peut étouffer les traditions insurrectionnelles. Voilà le résultat véritable de la Fronde.

Ah! la tin de tous ceux qui servirent l'ambition personnelle des princes ne saurait apitoyer l'historien, non plus que celle des hommes qui, en possession de la popularité, ont tour à tour flatté, excité, trahi les frondeurs qu'ds commandaient. Que Condé, dans les dernières années de sa vie, exj)ie son indigne conduite, c'est justice ; que Gondi se voie forcé d'abandonner son archevêché, et qu*il épropve mille vicissitudes honteuses» c*est justice encore, car il a joui avec la politique. Q^e Gaston d*Qrléaii9 couenne à

vivre, et qu'il meure sans gloire : c'est une conséquence de sa poltronnerie perpétuelle. L'heureuse destinée de Conti qui, par la suite, devient un beau-neveu de Mazarin et reçoit le gouvernement du Languedoc, nous laisse indifférents. La Rochefoucauld nous désarme à peine par ses Maximes, et souvent nous irrite par ses Mémoires, Madame de Longucville, en se retirant du monde, accomplit un de-^ voir, et se fait seulement pardonner à un point de vue par-*ticulier son attachement coupable pour La Rochefoucauld. Nous aimons mieux encore voir le duc de Longueville montrer, dans sa vieillesse, les plus nobles sympathies pour les misères du peuple. Après sa sortie de prison, il ne s'occupa plus d'intrigue politique ; retiré dans ses terres, il vécut honoré, chéri. Il répondit à la proposition qu'on lui faisait de défendre la chasse sur ses domaines : « J'aime mieux des amis que des lièvres. » - . r • , »

Quel cœur sensible, en effet, eût pu contetnpler de sangfroid l'état malheureux des populations, à Paris et dans les provinces! Au commencement des troubles, il s'était agi de^ faire diminuer les impôts, de porter remède à la misère publique, d'améliorer en un mot la situation des sujets du royaume. But louable, honorable entre tous, et qu'on n'eût jamais dû perdre de vue. Il fut oublié, néanmoins, et après, plus encore qu'avant la Fronde, les plaies du peuple se montrèrent à vif. A Paris, en 1653, on compta quarante mille pauvres ; le nombre extraordinaire des mendiants détermina la fondation de l'Hôpital général (aujourd'hui Salpétrière). Le 22 juin 1654, on inscrivait sur le registre de l'Hôtel-de-Ville la déclaration suivante : « Nous, prévôt des marchands et échevins de la Ville de Paris, certifions à tous qu'il appartiendra que, par les registres de la Ville, il appert que, depuis le samedy vingt-sixième jour d'aoust 1648 jusqnes a la fin du mois d'octobre 1632, il y a eu, dedans la dicte ville, diverses factions qui ont causé de grands troubles et quantité de ruynes,tant en ladicte ville, qu'aux environs d'icelle; ayant mesme esté investie fort longtemps de gens de guerre, d'armes, estrangers et autres, (jui y ont fait tous les maux imaginables, ce qui a empesche les bourgeois et habitants d'icelle de pouvoir

vaquer aux faicts de leurs charges et dans leurs propres affaires, pendant cette longue persécution; laquelle fut apaisée par le retour du Roy en ladicte ville.» Rien n'est exagéré dans ces lignes, où l*on n'incrimine pas, d'ailleurs, un parti plus que l'autre, mais qui constatent seulement le fait authentique des malheurs de la capitale.

Ajoutez les inondations de 1649; la Seine enlevant un pont à Paris: la petite rivière de Rièvre débordant; ajoutez l'hiver rigoureux, la neige fréquente, les maladies les plus terribles frappant sur les gens affamés, et vous aurez une idée des malheurs de Paris, depuis 1644 jusqu'en 1652.

Dans les provinces, pendant la Fronde, « la misère du peuple était épouvantable, dit La Porte, et dans tous les lieux où la Cour passait, les pauvres paysans s'y jetaient, pensant être en sûreté, parce que Tannée désolait la campagne : ils y amenaient leurs bestiaux qui mouraient de faim aussitôt, n'osant sortir pour les mener paître; quand leurs bestiaux étaient morts, ils mouraient eux-mêmes incontinent après, car ils n'avaient plus rien que les charités de la Cour, qui étaient fort médiocres, chacun se considérant le premier. Ils n'avaient de couvert contre les grandes chaleurs du jour et les fraîcheurs de la nuit que le dessous des auvents, des charrettes et des chariots qui étaient dans les rues. — Quand les mères étaient mortes, les enfants mouraient bientôt après... — Toutes ces misères touchaient fort la reine ; et même, comme on s'en entretenait à Saint- Germain, elle en soupirait, et disait que ceux qui en étaient la cause auraient un grand compte à rendre à Dieu, sans songer qu'elle-même en était la principale cause. » Ce tableau et la réflexion qui le termine méritent qu'on s'y arrête. Oui, ce fut surtout pendant l'existence de la nouvelle Fronde, lorsqu'Anne d'Autriche et Condé se cjuerellèrent à l'endroit de Mazarin, que les désolations montèrent au comble ; les calculs de Tégoïsme ou de l'ambition firent plus de mal que les essais infructueux du « libéralisme » d'alors. En 165i, lisez ce que vit mademoiselle de Montpensier : « A mon arrivée à Orléans, écrit-elle, je reçus force plaintes des bourgeois et gentilshommes des environs, des désordres des gens de guerre qui prenaient les bestiaux et les

HISTOIRE ANECDOTIÛUE

chevans des laboureurs, battaient et faisaient toutes les Tiolences imaginable^, à ce <)ue l*on disait; brûlaient les pieds des paysans pour avoir de Targont, enfin tous les contes fabuleux que Ton fait nffa bonnes femmes des champs. >

y a-t-îl exagération, comme le laisse penser la fille de Gaston d'Orlcans? Mais ces craintes incroyables indiquent des actes odieux. Le malheur ajoute à la vérité, sans inventer le mensonge. A Lyon, le nombre des ouvriers pauvres auxquels la ville donnait des secours était de dix mille en 1642; il s* éleva en 1656 à dix-huit mille. « Il n*y a point de langue qui puisse dire, point de plume qui puisse exprimer, point d*oreille qui puisse entendre ce que nous ■ avons vu (à Reiras, à Ghàlons, Rethel, etc.). Partout la famine et la mort, les corps sans sé})ulture. Ceux qui restent ramassent aux champs des brins d'avoine pourrie, en font un pain de boue. Leurs visages sont noirs ; ce ne sont plus des hommes, mai? des fantômes... La guerre amis l'égalité partout; la noblesse sur la paille n*ose mendier et meurt... On mange des lézards, des chiens morts de huit jours... Ailleurs, en Picardie, on rencontre tw troupeau da^q cen^ enfants, orphelins et de inoins de sept ansi l^UrnUM|^^les religieuses affamées quittent leur couvent pé^^UÊtT* Les pauvres créatures se donnent pour un fliS^mf £pain (io51). Nulle pitié. Une ^erre exéarable, Vachamée, sur les faibles. Une chasse épouvantable aux femmes. En pleine ville de Reims, une belle fille chassée par les soldats dix jours de rue en rue ; et, comme ils ne rat^pent pas, ils la tuent à coups de fusil. Près d'Angers, a Mais, à Gondom^ sur toutes les routes de Lorraine, tout violé, femmes et enfants, et par des bandes entières, à mort. Ëlles expirent, noyées dans leur f^an^. » Qu'ajouter à cette poignante description de Micheletï Uuel contraste ! La a littérature pour rire » des Mazarifiadu raconte par > fois ces scènes de deuil.

A côté des maux réels se produisaient les paniques, les terreurs imaginaires. Dès les premiers actes d'autorité du parlement, un émoi perpf'tuel s'empara des masses. En

1^9, Icâair, c aucuns oi&ciera de la ville ^v^ leurs ar-

chers estant à visiter le Palais-Ro}'a] avec flambeaux donnèrent Talarme à des femmes et enfants qui crièrent que l'on bruslait le palais CardinaP. » Tantôt, par crainte de manquer de pain, les habitants d'un quartier ne voulaient pas que ceux d'un autre quartier en allassent prendre chez leurs boulangers; tantôt à l'arrivée d'un régiment allemand autour de Paris, les gens des faubourgs et environs € portaient de toutes parts leurs meubles à sauveté dans la ville; » tantôt, on mettait garnison de soldats à la porte des trésoiicrs. » Le tocsin sonnait tout à coup dans tel ou tel clocher, et soudainement la population était sur pied : ce n'était souvent que par suite de visites domiciliaires et de rafles d'argent faites chez des financiers. Ou bien, les soldats se révoltaient contre leurs oflicicrs pour avoir la solde arriérée, et les Parisiens croyaient à des combats sérieux. Le chapitre des on-dit était interminable et motivait de continuelles alertes. Rarement un jour se passait sans arrestation, et quelquefois il arrivait que, sur un simple soupçon mal fondé, on tentât de jeter un homme à la Seine.

Au nombre des paniques, remarquons celle-ci, signalée par Dubuisson : « AUarme et commandement par le fauxbourg Saint-Germain, rue Saint-Antoine et autres quartiers de la ville de tenir de l'eau preste en chaque maison sur le bruit qui court que le feu doist être mis. » Bien souvent, quand les hommes de police allaient fjiire des perquisitions chez les imprimeurs, des attroupements se formaient, on proférait mille cris de haine, et tout finissait par s'a-

Î)aiser, quand les milices bourgeoises déclaraient suivre es ordres du parlement.

Ce qui a porté les historiens à traiter légèrement et comme en plaisantant les guerres de la Fronde, c'est le caractère hybride de cette époque. Ici Ton se battait, et là on s'égayait sur toutes choses. Entendez donc Condé s'écrier, après une terrible bataille : « Bah ! ce n'est qu'une

^ Mémoire ou Journal des guerres civiles pendant Vannée 1649, par M. Dubuisson Aubenay, tome i, pago 13. (Manascrit de U bibliothèque Mazarine.)

Sae BISIOlBE AMECDOTIQUE

nuit de Paris! > La minorité de Louis XIV est empreinte d'étrangeté. Les personnages qui figiu^nt alors sont des hommes de cape et d*épée ; leurs actes tes plus sérieux sont accompagnés de formes, d'accessoires comiques, si bien que, non-seulement les faià de guerre disparaiss^t presque dans la g^tesque mise en scène de ce - temps, mais encore, et à plus forte raison, les innovations détentes sortés, en littérature, en sdences et en arts,' la marche de la civilisation française, en un mot, deméurent cenune enfouies et annulées. ^ .

Essayons de tracer le tableau moral de la France pen« dant la Fronde, époque sur laquelle on a épuisé les plus humiliantes qualifications : mascarade, comédie, partie de chasse, scion G6ndi; jeu de barres, selon Bussy-nabutin; partie de cartes, a dit un chef de mécontents.

Dans aucun temps, les déguisements de tous genres n'ont été plus en usage. A cette époque, un déguisement tout prêt ressemble à un passeport. Tantôt Mazarin, au fort des émeutes, revêt Thabit d'officier, pour parcourir les postes placés autour du Palais-Royal; tantôt M. d'Aumont se promène en costume de minime ; tantôt Gondi, déguisé en cavalier, vient visiter le ministre, et Gondé, sous ce même déguisement, va de Gien à Lorris ^mars 1652). Des gentilshommes s'Iiabillent comme des artisans, pour échaulfer la colère des masses. Ou bien encore, le père François Berthod, gardien du couvent des cordeliers de Brioude, s'en va, sous une veste de matelot, rétablir en Guienne l'autorité royale. La princesse de Carignan se sauve de Paiis (février 1649) habillée en paysanne. ' • -

Rien en cela qui soit contraire à la mode, puisque de-

Suis longtemps aéjà les femmes qui sortit à pied portent es masques. . En février 165i, une ordonniem^se de police cherche en vain, pour cause de sûi^té publique^ à s'opposer aux déguisements : on ne décrète pas les mœurs, et les restrictions portées à un usage bien adopté invitent à la désobéissance. ' •.

Chaque événement ^ prépare dans Tomlm, avec mjs-^ tcre, ^ devient la conséquence d'une petite conspiration. Vers le commencement des trouUes/ on donne par plar-

UIQIU.

..Mntcirîe le nom d*oublieux aux jrrands et autres intrigants qui, mécontents des actes de Mazarin, parcourent la nuit en cachette les diûérents quartiers de Paris pour former des ennemis au cardinal.

' Tramés dans les boudoirs, les complots éclatent dans les rues et sont dirigés par des femmes. Le fin cardinal dit plus tard avec raison : «Nous avons trois femmes en France qui seraient capables de gouverner ou de bouleverser trois royaumes : la duchesse de Longueville, la princesse Palatine, et la duchesse de Ghevreuse. » Epris de madame de Montbazon, le marquis d'Hocquincourt mit un jour Péronne à sa disposition, en lui envoyant ce billet : oc Péronne est à la belle des belles. x> L'influence des femmes sur les troubles de T époque suscita de grands embarras aux gouvernants. Le caroinal s'en plaignit un jour en ces termes, à rEspagnol don Louis de Haro, pendant les conférences ' qui preçâèrent la paix des Pyrénées : t Vous autres ministres espagnols, vous êtes bien heureux : le^ femmes de votre pays ne vous donnent nulle peine à gouverner ; eUes n*ont pour toute passion que le luxe ou la vanité ; les unes jL*éerivent que pour leurs amants, les antres que pour leurs conlè^urs. Il n-en est pai( de même en France :

i'eunes. on vieilles, prudes ou galantes, sottes ou spîriuelles, toutes les femmes chez nous se mêlent des- affaires ^de TEtat, et Thomme le plus turbulent ne nous donne pas tant de peine à contenir que nous en procurent, par leurs intrigues, ontine duchesse de Ghevrettse^ ou une princesse Palatine, ou une tout autre femme de cette ,'&empe. » Il faut ajouter que protégés d*abord par les fem- ' mes, les hommes.politiques du temps s'empressaient bientôt de secouer cette tutelle dont souffrait leur amour-propre ; mais les protectrices criaient à ringratitude et choisissaient de nouveaux favoris. S

L'immoralité du jeu, jointe à la pénurie des finances, perdent Mazarin dans l'esprit des Français. Les Italiens venus à sa suite, ayant obtenu la permission de tenir le jeu de hocca à Paris, ruinent une foule de particuliers : le parlement croit devoir, pour arrêter le cours de ces dé- ^rdres, sévir contre les banquiers^ et défendra le àocca

SSa BISTOIEfi ÂliCCDOTIQUE

«ms des peines tigouream. Lès expédients» employés pcfto proctirear de Pargent au fisc^ se rènouvellent sans cesse.

De tous les jeux de has^^ dii Delamarre^ dans son Traité de la police, le hocca est le plus pentieieu:x. Les souverains pondfes^ Urbain VllI et Innocent X, avertis du désordre que ce jeu eausaii en Italie, l'avaient défendu^ et avaient chassé de Rome ceux qui le tenaient. Mais Masarin commande en France, et plusieurs banquiers de hocca se réfugient auprès de lui. Quatre Italiens^ nommés Prompti, Maure, Rabbosi, et la signera Anne, ouvrent quelques académies de ce jeu, à Paris, en différents quartiers de la ville. L'attrait de la nouveauté et la cupidité du gain attirent bientôt une foule de joueurs, qui n'ont point d'armes contre les artifices et les filouteries des banquiers. Les ruines sont fréquentes^ des banqueroutes s'ensuivent. Qu'importe à Mazarin, pourvu que les privilèges du hocca fassent verser de l'argent dans ses caisses? Il n'arrête pas le mal dont il prolile. A la fin, cependant, les cris et la désolation des familles aflligées excitent la sollicitude des magistrats. Le parlement défend, sous peine d'emprisonnement, de tenir aucun jeu de hocca (14 octobre 1658); ses inhibitions, réitérées, n'obtiennent que peu ou point de résultat, et les banquiers n'obéissent qu'à une déclaration royale du 18 décembre 1660.

Ce jeu, qui a inspiré la verve des pamphlétaires antijilazannistes^ s'exécutait au mojen d'un grand tableau di« tisé par raies, en trente numéros qui étaient gravés dans des carrés. Sur Tun on plusieurs de ces numéros, cehii qui Jouait contre le banquier mettait la somme qu'il toulait fia* sardor. Pour décider Son gain on sa pertie, il y avait un sac contenant trente boules mati^uées intérieurement des mêmes num^os que cèux qui étaient gravés sut les caités du tableau. On mêlait et seconait le plus possible ces boules dans le sac. Ensuite, unMes joueurs qui avaient mis au jen, et cent personnes pouraient y mettre en même temps, — tirait une des boules du sac, l'ouvrait, annonçait, montrait le numéro. Si celui qui était pareil sur le carré du tableau était couvert de quelque somme, il fallait que le .

bsnqm^paj4t Tingt-huiiloid cette somme» de sorte» par \

DE LA FRONDE Î39

éXilDpte, qtie s*il y avait un louis sur ce numéro, il ea payait vingt-huit. Slais tout ce qui était couché sur les autres numéros, perdu pour les joueurs, appartenait au banquier, lequel avait d'ailleurs pour lui deux des numéros de protit. En elîet, on mettait indilléremment sur trente numéros, et il n'en payait que vingt-huit aux gens que le hasard favorisait; ce qui ne constituait aux joueurs que 'Vingt-huit chances contre trente.

■ Le hocca a surtout prospéré pendant la Fronde, — dans iâes maisons spéciales, chez les particuliers, aux corps-dfi* gardée, au milieu de toutes les reunions.

■■• C'est en 1649 qu'un Napolitain, nommé Lorenzo Tonti^ imagine les emprunts en rentes viagères, rentes distribuées en plusieurs classes, et payées au dernier survivant de chaque classe. Dans la pensée de Lorenzo Tonti, la tontine a pour but de faciliter les emprunts des Etats^ en offrant aux prêteurs des cha&ees de benéficea considérables en cai de survie. A vrai dire, on voit là nne forme nouvelle de la loterie^ importée en France sous Finnçois l*'. La tontine eel Q|î>i»Lpedient fiscal; Mazarin prend l'inTenieur sous sa proté^on^ et il fait rendre (165^) un édit mii ordonne nne première application du dief-d* oeuvre de Tonti, pour une somme en rentes de i million 25 mille livres ou de 25 mil* Imns en capital. Si l'édit n*est pas exécuté, c'est parce que ^ le parlement a refusé de l'enregistrer, car Mazarin n'anen ia^^gé,pOtar les^cccs de Texpedient nouveau.

On sût que les tontines, autorisées (1689) par Louis XIV, iq[»rès les guerres que termina le traité d*Augsbourg, ont

Îusqu^à nos jours fonctionné après plus ou moins de bonleur.

':^aire l'amour, jouer et se battre, voilà la devise des français de l'époque, frondeurs ou mazarins. Mille aventures galantes sont racontées vli et là, à propos des bourgeoises et des dames : Talleuiant marche en tète des conteurs. Quant aux jeunes seigneurs, les uns, très adonnes aux écoles d'équitation, se glorifient du nom A'aiodémisks qu'ils ont reçu ; les autres ne rêvent encore qu'exploits aalcôve, tètes chez Renard. Cet homme, anciennement

Talet de chambre d'Augustin Potier» évèque de. Bcauvais»

HISTOIRE ANfiCBOTIQUE

puis garde des meubles du roi, avait galamment conquis la bienveillance d'Anne d'Autriche, en allant tous les matins lui porter un bouquet : [)lein de reconnaissance pour les générosités royales, il avait fait peindre un tableau allégorique, dans lequel on le voyait lui-même offrant des fleurs à la Fortune, qui d'une main recevait les Heurs, et de l'autre répandait une pluie d'or. Charmée d'une si délicate attention, la reine avait accorde la jouissance d'un terrain dans les Tuileries à Renard, qui bientôt y avait construit une jolie maison.

Les aventures d'amour mènent étalement à des combats singuliers : les jeunes gens de Tépoque profitent amplement de rinezéctttîon des anciens edi& sur le duel, tolérance motnrée par les troubles. S'ils s*anradient à la vie de libertinage, c'^est pour marcher à la suite des partis, et commettre toutes sortes* de violences indign^. Lfn poète compose ces vers contre les grands :

La "vioe ett tout knr êntratten ; Le luxe est leur souverain bieiiy Leur tabla on délices abonde; Leurs pieds an mal sont diligents ; £t les plus grands marauds du mondo Se nomment les honnête» gens.

Une fois entrés dans la lice, beaucoup cherchent leur avantage, sans braver les dangers : tel Gaston d'Orléans, type de la poltronnerie frondeuse; tels les mitigés en général, et ceux qui inclinent vers le tiers^purti inventé par Gondi.

Au milieu du bruit des discussions ou des armes, quelques hommes, étrangers à la politique, accomplissent des choses remarquables. Le Poussin a donné ses clu^fsd'œuvre. Le peintre Eustache Lcsneur a composé, de 1045 h 16i8, les vmgt-deux tableaux de la vie de saint Bruno; il a merveilleusement réussi à décorer Thotel Lambert; do 1648 à 1652, Charles Lebrun a peint le martyre de eaini André et le martyre ieMiim SitennCy pour la corporation des otftms parisiens, Jhnsard a foumi les desans du

DE LÀ FROMDË

Val-de-Gràcc, dont la première pierre a été posé« par le roi, le 4" avril 164o; Abraham Bosse, de Tours, a dooiié, à Paris, les premières leçons de la perspective. Pierre Pugei, admirable statuaire, conquiert déjà le génie qui lui vandra plus tard le surnom de Michel-An tj;c français.

Rotrou a fait représenter son WetïC€!<las (1647); Tavocat Cleirac, de Bordeaux^ a publié (1G47) les 6^5 et coutuims de la mer, collection qui exerça une grande influence sur la formation du droit maritime.

La Bibliothèque Mazarine a été ouverte à tout le monde, celle de Saint-Victor a suivi l'exemple, et TAcadémie de sculpture et de peinture a été fondée (i048|. En i650, la France a vu créer dans Marseille sa première chambre de commerce.

Une pléiade de savants a brillé : Mazarin a accordé une pension de mille écus au philosophe René Descartes, bien que celui-ci eût été accuse d* athéisme par un théologien hollandais. Parmi ces savants, on distingue Sirmond, Jacques Godefroi, Gassendi, Orner Talon, Petau, Naudé, âftumai'se^ Brébenf, Pascal, Gui^Patin, Labbe, Fermât , etc. Rien n% pu întorrompre leurs Ydlles. Des littérateurs» des poètes distingués ont laissé des ouvrages estimés: RotroUf bu Ryer, Balsac, Scarron, Racan, Peréfixe, Scipion Iht» pleix, Adam Billaut, etc. Ifolière a déjà joué la oomédie, et Pierre GomeiHe, devenu académicien, décline, mais ne se tait pas encore.

Les écoles de Port-Royal ont été établies, les relieuses de cette maison ont relevé l'Institut du Saint-Sacrement. Vincent de Paul a fondé Tordre des Filles de la Charité pour le service des pauvres, et bientôt après Tbospiofe des Orphelins, dans le château de Bicêtre. Ollier, curé de Saint-Sulfaoe, à créé un établissement pour les orphelins des deux sexes de sa paroisse : Orphelins de Saint-Sulpicc ou de la Mère de Dieu. Anne d'Autriche a protégé le couvent des Filles de la Congrégation de Notre-Dame; — celui des Filles de la Providence, — celui des Hospitalières de la Miséricorde de Jésus, etc. 1655, elle pose lapre* ^ mière pierre de l'église de Saint- Sulpice.

Plusieurs innovations ont eu lieu dans les armées. On

HISTOiRS AOTCBOnQOS

voit figurer quelques escadrons de Croates, dans la relation de la bataille de Rocroi : c'est Torigine de nos hussards. A Nordlingen, un régiment irlandais se couvre de gloire. Richelieu a commencé d'en enrôler au service de France : il eu existe deux régiments.

Au siège de Donkerque paraissent trois mille fantassins polonais, expédiés à Anne d'AuM^he par leur reine : c'est la prendère tois <|ue les Polonais vieimeiit senrir notre pays. Des régiments eélàbres, ceux, de Vendâmif de La Ferêé SmnelerTe et de^Za Fèn^ datent de 4651. Reconnaissons, 41'ailleBrs, que, pendant les tronbles, on ne cessa de pourvoir anrec on soin particulier à Tentretien de Fannée, Les administrations militaires n'étaient pas encore organisées; lliabillement et la nourriture des soldats se faisaient aux frais des villes, spécialement des villes-frontières. L'araement n.*était point régulier ; mais on décida, en 1654t clAns chaque compagnie d'infanterie, le tiers des liommes se serviraient de piques, et que tous les autres auraient des mousquets.

A côté de Tarmée permanente, la milice bourgeoise • joué un çrand rôle, de 1643 à 1653. L'organiration da cette milice était sérieuse. Elle avait pour colonels les

hommes les plus considérables du tiers-état, — de Lamoignon, de Guénégaud, Miron, Tubeuf, Molé de Ghamplastreux, de Longueil de Maisons, etc., presque tous membres du parlement ou du conseil d'Etat. Ces colonels recevaient chaque jour plusieurs ordres, autographes ou légalisés, soit du prévôt des marchands, soit du gouverneur de Paris. L'ordre de service, pour les ofticiers et bourgeois, était assez rigoureux. Chaque soldat devait tenir ses armes a nettes et en bon estait. » Le mousquetaire ne pouvait jamais venir au drapeau qu'avec six charges de poudre au moins, autant de balles de calibre et une brasse ae mèche. Défense à lui, toutefois, de mettre sans commandement du plomb dans son mousquet.

La milice bourgeoise ne s'illustra guère par son courage; elle plia souvent, tantôt devant les soldats de Gondé, tantôt devant ceux de Turenne. Mais elle représentait merreilleusèment le principe parlementaire et la puissance nuuiich*

r»aîe. Ses cliefs faisaient bonne contenance k rilôfel-tle- Ville, et vivaient en très étroite amitié avec les magistrats. Citons ce billet au colonel de Lamoignon :

« Monsieur, — messieurs les prévost des marchands et cschevins de la ville de Paris vous baisent très humblement les mains, et vous prient de leur faire l'honneur de venir disner jeudj prochain en l'hostel de ladite ville. » Et Lamoignon a écrit en note, au bas de cette lettre autographe : « C'estoit pour nous remercier de toutes les fafiguos de la guerre, qui n*avoicnt pas été médiocres. » (Avril 1649.)

^ Bien des membres de la milice bourgeoise manquaient de zèle; on les punissait par des amendes et par la confiscation de leurs armes ; s'ils commettaient des fautes graves dans les corps de garde, dans les marches ou quartiers, on les arrêtait, désarmait, emprisonnait et jugeait militairement.

^ Somme toute, pendant la Fronde, la milice bourgeoise s est conduite à peu près comme la garde nationale depuis la révolution. Mêmes ambitions pour obtenir des grades, mêmes désirs de parader, mêmes prétentions à rimportance politique.

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HISTOIRE ÂNEGDOTIQUS

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