‹ Histoire anecdotique de la jeunesse de MazarinChapitre 15 sur 22 · Voici comment la Mazarinade a travesti cette anecdote · texte numérisé non relu

Voici comment la Mazarinade a travesti cette anecdote

Te souvient-il bien d*Alcala

Quand, Ganymède ou Quînola,

L'amour de certaine fruitière

Te causa maint coup d'ctrivière, '^

Quand le cardinal Colonna

De paroles te malmena

Et qu'à beaux pieds, comme un briconne,

Tu te sauvas de Barcelonne ;

De Barcelonne tu gagnas

Ton pays où tu besognas, etc .

Il est dit dans le Segraisiana qu'il n y eut pas de pamphlet « qui fut aussi sensible » à Mazarin , précisément à cause de ce passage : « Le sujet de la colère de ce cardinal fut à l'occasion de ses amourettes avec une bouquetière qu'il vouloit épouser. » Que de vers de la Mazarinade pourtant semblent mieux expliquer le ressentiment du ministre! Combien d'injures plus sanglantes et de plus poignants outrages ! S^il nous falloit produire ici nos preuves, nous n'aurions que l'embarras du choix, embarras autant causé par le nombre des citations qui se présentent sous notre plume, que par les mots orduriers qui les salissent et en rendent la ré*

pétition impossible. Sur quoi donc repose l'assertion du Segraisiana? On ne le voit pas.

Qu'étoit-ce que cette histoire d'amourette?

L'auteur avoit-il frappé juste en cet endroit? Avoit'il réveillé dans le cœur de Mazarin un souvenir encore douloureux et* cher? L'insolence de son libelle s'étoit-elle attaquée a une personne dont le cardinal dut ressentir l'offense? Oui, ce fut là sa faute. D'un sentiment pur, il avoit fait une passion grossière ; il avoit peint des couleurs du libertinage un amour légitime; il avoit transformé en fruitière d'Alcala la fille d'un notaire de Madrid.

Tous les historiens du cardinal parlent du voyage d'Espagne ; mais ils en parlent très-diversement. Naudé dit que « Jules fut, en compagnie du cardinal Golonna, étudier à Alcala de Henarès, où il resta dix-huit mois à ses propres coûts et dépens. » Gualdo Priorato n'a rien su de cette dernière circonstance ; au moins il n'eu fait pas mention : « Son cœur, qui aspiroit toujours à quelque chose de grand, commença , dit-il , à prétendre à des choses nouvelles, de voir et de se rendre savant aux coutumes et aux mœurs des nations étrangères. Il passa donc en Espagne avec dom Hiérosme Golonna, fait depuis cardinal, et s'appliqua avec lui à étudier les lois dans l'université d' Alcala. » Aubery permet de croire que Mazarin

fut placé auprès de Tabbé Colonna , depuis cardinal, par l'abbé Bufifalini, qui « avoit avec le prince une habitude et une liaison trèsétroites. » En tous cas , il est d'avis que Jules ne suivit pas les couï^ de l'université espagnole, qu'il « *y donna seulement des preuves et un échantillon de ce qu'il venoil d'apprendre au coUé^fe romain. » Benedetti le conduit à Madrid avant de le faire aller à Alcala ; il ne prononce pas le nom de l'abbé Buffalini. Selon lui , c'est bien , comme le rapporte le biographe, Pierre Mazarin qui envoya son fils en Espagne; c'est bien également en qualité de chambellan du jeune Colonna que Jules fit ce voyage : « Ses études de philosophie terminées dans l'âge de dix-sept ans, dit-il , Mazarin se soumit à la volonté de son père qui , par le conseil de son oncle Jules , lui fit faire un voyage en Espagne av'ec le seigneur Girolamo, aujourd'hui cardinal Colonna , qui le reçut parmi les officiers de sa chambre ( in sua ca^ merata). » Paioli n'a qu'une seule phrase ; la voici : « Girolamo Colonna, filsduconnétable^ qui mourut cardinal en 1666, étoit si charmé des bonnes qualités de Jules , qu'il voulut l'avoir avec lui dans un voyage qu'il fit à Madria. »

Naudé raconte que Jules retourna à Rome parce que « ses affaires domestiques avoient

aucunement besoin de sa présence, et d'autant, ajoute-il , qu'il ne se pouvoit accommoder à Thumeur des Espagnols. » Cette insinuation à l'adresse de la Fronde ne laisse pas que d'être ingénieuse. Guaido Priorato, qui écrit après le rétablissement de Mazarin, la dédaigne, apparemment comme inutile. Il veut que le retour de Jules n'ait eu pour cause que le désir de défendre son père accusé de meurtre; mais Aubery, qui n'oublie jamais son rôle d'apologiste, la reprend et la développe en ces termes : « L'opinion la plus commune est qu'il ne sut jamais s'accommoder au naturel et à l'humeur altière de la nation, insupportable à tout le monde ; d'où l'on n'a pas douté d'inférer qu'il commença à prendre dès lors l'inclination et le parti pour lequel il s'est depuis déclaré, tellement qu'on pourroit dire à peu près de lui ce que M. d'Herbault, secrétaire d'Etat, écrit du cardinal Barberini , qu'il étoit retourné d'Es- ; pagne tout François. » Toutefois il reconnoît « qu'on a discouru et raisonné différemment sur ce sujet. » Benedetti nous révèle un des discours qu'on a tenus ; il avoue qu'on a parlé d'un mariage que Jules avoit voulu contracter avec une jeune personne de médiocre condition ; mais il dément « cette fable » et soutient avec Guaido Priorato que Mazarin fut rappelé par son père qui, poursuivi sous une accusation

d'homicide, se trouvoit privé de Tassistance de soD second fils, entré tout récemment dans Tordre des dominicains.

Paioli répète la fable avec plus de détails que Benedetti ; et il y croit : « Par un caprice du destin, Jules, un jour, ayant admiré une beauté excellente, aussi riche des présents de la nature que pauvre des biens de la fortune, en devint si épris qu'il résolut de Tépouser. Il s'efforça d'obtenir le consentement de Girolamo ; mais celui-ci, pour le détourner de cette folie, lui commanda de retourner à Rome et de demander la permission de son propre père, lequel, après avoir sévèrement réprimandé la légèreté de son fils, lui intima l'ordre de s'attacher à l'étude de la science et non à la vanité de l'amour. »

15. Benedetti a gardé le souvenir de cette représentation : « Jules, dit-il, n'avoit pas encore accompli ses vingt ans quand, à son retour d'Espagne, les jésuites, qui se souvenoient de ses rares talents, le considérèrent comme le sujet le plus propre à donner du lustre à la représentation solennelle qu'ils vouloient faire de Saint'Ignace dans le collège romain. Ils le décidèrent à se charger de la partie principale de l'opéra, qu'il porta si allègrement et où son esprit brilla d'un éclat si vif, qu'il n'y eut per-

sonue qui ne restât ravi et qui ne présageât une haute fortune à tant de vivacité. »

16. Suivant le n® 10 487* du Fonds Baluze^ le célèbre lecteur de la Sapîence s'appeloit Cosmo Gentile, Le ù** 5485 du Supplément français lui donne le même nom que la Riif ista,

17. Des divers récits que nous avons comparés sur le voyage d'Espagne, celui du biographe est assurément le mieux suivi le plus complet, le plus satisfaisant. Tout s'y lie et s'y enchaîne de manière à ne laisser dans l'esprit ni hésitation, ni doute : Jules, brouillé avec les jésuites, ses maîtres, quitte le collège romain et mène une vie dissipée. Il sent le besoin de s'éloigner de Rome. Son père, pénétré également de la nécessité d'une absence, le présente à Girolamo Colonna pour l'amener en Espagne. Pendant son séjour à Madrid, il est enlacé dans une sorte d'intrigue matrimoniale, dont le prince le dégage en le renvoyant dans la ville éternelle. Le mécontentement du connétable lui inspire la résolution et lui donne le courage de surmonter sa passion. Il reprend alors le cours de ses études; et bientôt il est docteur in utroque. Voilà qui est parfaitement clair, qui se comprend bien. Il n'y a là ni lacune ni

réticence. Nous n'en pouvons pas dire autant des autres récits. Guaido Priorato explique le voyage d'Espagne par une raison de fantaisie. Naudé et Aubery ne l'expliquent pas du tout ; Benedetti par davantage ; mais en faisant intervenir le P. Jules, il montre évidemment qu'il y avoit un motif grave de la décision suggérée par l'oncle et prbe par le père de Mazarin. Et ce motif, ne le découvre-t-on pas un peu sous le passage suivant du même auteur :

- Dès l'école, Jules se fit remarquer par sa manii^re très-noble de vivre, et sa coutume constante de frayer avec des personnes d'une condition au-dessus de la sienne. ■ Si des apologistes du cardinal, trois racontent qu'il retourna à Rome pour défendre son père contre une accusation d'homicide, le quatrième, Aubery, n'en dit pas un mot. On a vu que Benedetti seul nomme Madrid, et que, s'il dément le projet de mariage auquel Aubery fait peutêtre allusion, il avoue pourtant qu'on en a parlé. Il est d'ailleurs d'accord avec le biographe sur plusieurs points : sur la rupture avec les jésuites, sur la part que Pierre eut à l'entrée de son fils <lans la maison de Girolamo Colonna, sur l'emploi de chambellan et sur la représentation de Saint-Ignace. C'est une observation que nous aurons encore plus d'une fois occasion de renouveler.

18. Naudé veut que Jules ait été capitaine dans le régiment de Sachetti; en quoi il se trompe. Cualdo Priorato est plus exact quand il raconte que, « comme il étoit favorisé de la maison Colonna, Mazarin obtint la lieutenance de la compagnie Colonelle du régiment de trois mille hommes du prince de Palestrina, à la suite duquel il s'en alla à Milan. » Toutefois, il y a là encore deux erreurs. Voici, en effet, le récit de Benedetti : « Lors de l'expédition de la Valteline, il résolut de tenter la fortune par cette voie, déterminé surtout par rheureuse occasion qu'il eut d'obtenir du prince de Palestrina, de la maison Colonna, qui commandoit dans l'armée un régiment de trois mille hommes, sa compagnie Colonelle d'infanterie, dont les quartiers furent assignés à Lorette et à Ancône. » Benedetti vante, comme notre biographe, la supériorité d'esprit que déploya Mazarin ; mais il y ajoute « la distinction de la tenue, de la table et du logement, qui étoit, dit-il, toujours extraordinairement honorée des gouverneurs et des cardinaux du voisinage. »

19. Maffeo Barberini, pape le 6 août 1623, sous lé nom d'Urbain VIII, mort le 29 juillet 1644.

Anne, fille de Philippe Colonna, duc de Pa-

liano et deTaliacoti, et de Lucrèce Tomacelli, fut mariée en 1 627 à Tadeo Barberini, prince de Palestrino, préfet de Rome et général de l'Église, mort à Paris en 1 647 .

20. Jean- Jacques Pancirolo, patriarche de Constantinople, cardinal en 1642, mort àRome le 3 septembre 1651.

21. Ce récit, il faut en convenir, est fort incomplet. IjC biographe , évidemment , ne s'est proposé de raconter que Tincident capital de 1630, celui dont Mazarin fut le héros. Nous n'essayerons pas de suppléer à son silence.

L'histoire des négociations est partout ; elle est principalement dans les livres des apologistes du cardinaL Nous ferons seulement remarquer que la version de notre biogi*aphe sur ce qu'il appelle le pieux et curieux stratagème de Jules, si elle diffère des relations acceptées sans contradiction jusqu'à nos jours, ne leur est pourtant pas opposée. Il se peut fort bien que Mazarin ait parcouru le camp espagnol avant de sortir des retranchements, « poussant son cheval à toute bride, comme dit Aubery, s'empressant de faire signe du chapeau, et criant : Halte ! halte! paix ! » Les deux circonstances se concilient parfaitement. A le bien prendre même, la première étoit une préparation né-

cessaire de la seconde. Pour empêcher la bataille, il ne sufBsoit pas d'arrêter les François ; il falloit aussi retenir les Espagnols. Mazarin, à coup sûr, dut y pourvoir ; et nous n'hésitons pas à penser, pour nous, que désormais les "récits des historiens se comprendront mieux après celui du biographe. La part de Jules à ce grand et singulier événement en sera plus belle ; car il se verra qu'il n'a pas obéi seulement à une Inspiration soudaine, mais qu'avant de l'exécuter, il l'avoit mûrie par la réflexion ; .et il en avoit préparé le plan de manière à ne rien laisser à la' fortune. « Toute la France, dit Naudé, fut si satisfaite de cette action, que les almanachs de 1631 représentèrent le seigneur Giulio à cheval, faisant signe avec son chapeau à deux puissantes armées qui s'alloient choquer, de mettre bas les armes pour recevoir la paix qu'il venoit de leur négocier. Je me souviens fort bien qu'il y avoit autant de presse à voir ces almanachs du Mazarin sous le cimetière de Saint-Innocent.... qu'il y en a eu, cette année, pour voir les larges bandes remplies des différents portraits de M. de Bruxelles. » Voilà les retours de l'opinion ! * capricieux autant que ceux de la fortune !

2â. Tous les apologistes de Mazarin disent qu'il étoit déjà connu du cardinal de Richelieu.

Suivant Naudé et Aubery, il avoit été présenté dès 1628 au cardinal par le cardinal de Bagni, l'aîné, qui étoit alors nonce en France, et qui, rapporte Auberi, ne fit pas difficulté de ré- , pondre de son expérience et de sa fermeté.

Guaido Priorato et Benedetti reculent de deux ans la première entrevue du puissant ministre et du négociateur, bien jeune encore, qui dévoit être son successeur. Ils la placent en 1630, dans le temps où Spinola venoit de mettre le siège devant Gazai. Mazarin avoît été envoyé par Charles-Emmanuel, duc de Savoie, pour tâcher d'obtenir que les troupes françaises, francbissant les Alpes, passassent en Italie.

23. Il y a dans ce récit des lacunes évidemment. La paix de Cherasco fut suivie de négociations auxquelles Jules prit une part active, notamment pour la cession de Pignerol à la France. Le biographe les a-t-il ignorées.'' ou a-t-il cru que dans une relation familière, confidentielle, il lui étoit permis de les négliger.'* On est en droit de dire, après la manière dont il s'exprime au début de sa narration, qu'écrivant au cardinal Maurice de Savoie, il a pu juger qu'il n'étoit pas nécessaire de rappeler des circonstances dont le prince devoit être mieux infonné que lui-même. Quoi qu'il en soit, il parle, comme les historiens, de l'ac-

cueil que firent à Mazarin le roi de France et son ministre. Benedetti, en effet, raconte que le négociateur romain de Cazal fut reçu par Louis XIII et le cardinal de Richelieu « avec les démonstrations d'estime et d'honneur qu'il méritoit ; » et Aubery cite une lettre du car^ dinal à l'ambassadeur François à Rome après l'acquisition de Pignerol, lettre dans laquelle on lit : « Je vous fais ces trois mots par commandement du roi pour vous dire que vous ne sauriez rien faire qui soit plus agréable à Sa Majesté que de témoigner au pape le con* tentement qu'elle a de l'adresse et de l'affection de M. Mazarin à la négociation de la paix , et de le favoriser adroitement en ce que vous pourrez, pour le porter à la nonciature en France lorsque M. le nonce d'à présent sera rappelé à Rome pour une meilleure condition. » Le détail des présents que Jules rapporta de la cour est une preuve nouvelle des relations habituelles qui existaient entre lui et le biographe.

24. Les manuscrits 10 487' du Fonds Ba^ luze et 6486 du Supplément français^ portent 70 000 ducats.

26. D'après le manuscrit 6486 du Supplément français^ Mazarin montra son rosaire au

duc de Nemours, qui ëtoit alors Henri de Savoie, mort le 10 juillet 1632.

26. Voità certes des faits qui n'ont pu êti'e counus que dans la familiarité de Mazarin.

Aucun historien n'en a conservé le souvenir, si ce n'est que Naudé, racontant ce que valut à Jules l'affaire de Cazal, dit « qu'il fut pourvu d'un ofSce de référendaire de Tune et l'autre signature, au moyen duquel il tint rang de prélat. » Les pamphlétaires pourtant en ont eu quelque bruit qu'ils ont retenu ; et il faut convenir que c'étoit plus de leur domaine. Cet esprit mercantile, qui savoit à propos faire trafic des magnificsnces du luxe et de l'art, tantôt pour se créer des ressources et tantôt pour acheter la faveur des grands, relevoit en effet de leurs satires comme l'amour du jeu. Il leur appartenoit d'en saisir le ridicule et de le montrer. On va voir comment le Religieux, dans sa Lettre au prince de Condé, s'est acquitté de celte tâche : i Connoissant l'humeur du cardinal de Richelieu d'une superbe saus pareille, qui ne vouloit pas âtre abordé ni adoré les mains vides, Mazarin employoît tout ce qu'il avolt dépensions, en achat de présents qu'il lui (iiisoit, afin de se conserver dans ses bonnes grâces; si bien qu'il étoit contraint de pourvoir d'ailleurs à une partie de sa dépense

et de son entretien. Et, pour cet effet, suivant la profession de son ayeul, il faisoit trafic, par l'entremise d^un sien domestique, de livres qu'il faisoit venir de Rome ; de tables d'ébène et de bois de la Chine ; de tablettes, de cabinets d'Allemagne, de guéridons à têtes de mort et autres curiosités qui se vendoient publiquement dans une salle de l'hôtel d'Etrées, en la rue des Bons-Enfants, qu'il avoit louée pour ce sujet ; et de l'argent qu'il en tiroit, il achetoit des montres et quelques pierreries qu'il envoyoit à Rome, afin que de tous côtés il tirât ce qui étoit nécessaire à sa subsistance. » Nous n'ignorons pas que Naudé a répondu à ce passage de la Lettre dans son Mascurat; mais notre intention» n'est pas de dégager ici la vérité des exagérations habituelles aux pamphlétaires. Une remarque qui va mieux à notre but, c'est celle-ci : Le biographe dit qu'après avoir fait à Rome ses provisions de sculptures, Mazarin n'étoit plus riche que des espérances qu'il avoit reçues du cardinal de Richelieu ; et le Religieux raconte qu'il employoit tout ce qu'il avoit de pensions à faire des présents au cardinal. C'est la même pensée. Cette rencontre des deux écrivains, assurément n'est pas tout à fait fortuite. Elle atteste cette disposition d'esprit de Jules, que Benedetti a -traduite ainsi en Maxime : « Il avoit

coutume de dire qu'aucune cause n'exerce une influence plus considérable sur la fortune d'un homme que l'abondance de ses amis; qu'au reste, celui qui se contente de vivre dans une condition privée, n'a plus rien à désirer quand il a la commodité de dépenser quinze cents écus chaque année pour son train accoutumé, et deux mille de temps en temps pour des cas extraordinaires, mais nécessaires; c'est-à-dire mille écus pour conserver ses vieux amis et en faire de nouveaux au* moyen de régals et de présents, et cinq cents pour châtier les téméraires avec le bâton. »

Benedetti ajoute tout de suite que Mazarin pratiqua d'autant moins la seconde partie de cette maxime , qu'il s'attacha plus étroitement à la première; en d'autres termes, qu'il usa beaucoup moins du bâton que des présents et des régals; et cela est vrai. Dans ses débuts à la cour de France surtout, Mazarin ne chercha qu'à acquérir des amitiés puissantes. Il affecta à cette intention de se montrer généreux et hardi dans ses libéralités, donnant avec faste, jouant avec témérité, et communiquant sans mesure les largesses du jeu à tous ceux dont la faveur pouvoit contribuer à sa fortune. Il fut alors ce qu'il avoit été dès l'école : ambitieux de paroître, de briller, de s'élever. Il n'y avoit pas de conditions si hautes auxquelles il

ne se mélàt. On eût dit que, certain dy atteindre un jour , il voulait d'avance y faire son esprit, son maintien , ses habitudes , afin de ne point y arriver ignorant et inconnu. Mais ses ressources ne suffisoient pas au train qu'il étoit obligé de mener. Il y suppléoit par le trafic et par le jeu. A l'un il demandoit en même temps la satisfaction du goût qu'il avoit à un degré excellent pour toutes les merveilles des arts. Il trou voit dans l'autre les ressources qui lui permettoient d'être à l'occasion libéral et magnifique. Sans doute il aimoit le jeu parce qu'il y étoil heureux; mais il l'aimoit encore plus peutêtre, parce que son bonheur lui étoit un instrument d'élévation et de puissance. Il n'avoit point de passion qui ne fût l'humble servante de son ambition. Notre biographe, en cet endroit de son récit, rapporte deux anecdotes qui font voir avec quels habiles calculs Mazarin distribuoit ses dons et ses profits.

27. On Ut dans les manuscrits 10 487^ du Fonds Baluze? et 6486 du Supplément fran" cois : « qui servirent à compléter la dot de ses trois sœurs. » Gela est plus exact; car on a vu plus haut qu'avant de quitter Rome pour venir vendre son rosaire à Paris, Mazarin avoit laissé à son père « assez d'argent pour marier ses sœurs. »

ne s'applique qu'à ces deux seulement ; de sorte qu'il est d'accord avec Benedetti, si ce n'est que l'un marque la provenance des dots, et que l'autre en exprime la quantité.

29. Elle s'appeloit Anne Marie. Naudé veut qu'elle ait pris le voile à Città di Gastello; mais Paioli s'accorde pour Castel-Gandolfo avec notre biographe. Cette sœur de Mazarin vivoit encore en 1661. On la trouve, en effet, dans le codicile du cardinal en date du 6 mars, ainsi mentionnée ; « Mondit Seigneur déclare qu'il avoit accoutumé de faire donner annuellement «une gratification à Mme Anne-Marie Mazarini^ sa sœur, religieuse à Rome; veut qu'il soit payé à la dite dame, et sur ses quittances, la somme de six cents écus, monnoie de Rome, de pension annuelle viagère , pour être ladite somme de six cents écus employée aux commodités de ladite dame et ainsi qu'elle avisera ; lequel payement lui sera fait par les mains de MM. les exécuteurs de son testament durant Tannée de leur exécution, ensuite par les héritiers et légataires universels de mondit seigneur le cardinal durant la vie de ladite dame. »

Mme Martinozzi, qui survécut également à son frère, est comprise dans le testament du 3 mars pour un legs de 1 8 000 livres de rente viagère.

30. Antonio Barberini, le jeune, né en 1608, cardinal en 1627, moitié 4 août 1671.

31. François Barberini, né le 23 septembre 1597, cardinal en 1623, vice-chancelier de l'Eglise, doyen dir sacré collège, mort le 10 décembre 1679.

Les deux cardinaux Barberini frères étoient neveux du pape Urbain VIII.

32 . Notons les divers points de ce récit qui se retrouvent dans les historiens du cardinal Mazarin. Benedetti ne parle pas seulement de Févêché offert et refusé, il le nomme : c'est Vévêché de Cahors. Il y ajoute une riche abbaye dont il ne fait pas connoître le nom. U raconte, et Gualdo Priorato et Aubery avec lui, que Jules dut à la faveur du cardinal Antonio la vice-légation d'Avignon, et qu'il la garda deux ans. Tous trois portent le même jugement sur l'opinion qile le cardinal de Richelieu avoit conçue de son futur successeur. Pour n'en citer que deux, « Richelieu, dit Gualdo Priorato, n'étoit jamais si satisfait que quand l'occasion se présentoit de s'entretenir avec Mazarin, en qui il admiroit la civilité, l'éloquence et là belle façon de traiter les affaires ; » et Benedetti dit que « les occasions qu' avoit monseigneur Mazarin d'entretenir fréquemment le

cardinal de Richelieu, lui avoient acquis la plus entière confiance de ce grand personnage, qui, dans leurs conversations de tous les jours et de toutes les heures, trouvoit à nourrir son puissant esprit sans être jamais rassasié. » Tous trois ne conviennent pas seulement que la protection du cardinal Antonio laissa Jules, revenu d'Avignon , sans avancement et sans crédit ; ils assurent qu'elle lui suscita des inimitiés et des disgrâces; et ils en donnent deux raisons : Topposition des Espagnols et la jalousie du cardinal François.

33. François- Annibal d'Etrées, marquis de Cœuvres, maréchal de France, né en 1673, mort le 5 mai 1670. Le mot suivant de Tallemant des Réaux ne s'accommode pas trop mal avec le récit du biographe : « il a toujours joué désordonnément. » > ,

34. Anne-Habert de Montmor, veuve de Charles de Thémines, sieur de Lauzières, deuxième fils du maréchal de Thémines. Elle étoit la seconde femme du maréchal d'Etrées.

Elle mourut en octobre 1661 .

35. Marie de Lauzières, dite Mlle de Thémines, morte à Rome sans avoir été mariée. Sa mort est racontée ainsi qu'il suit

36. Le n" 5485 du Supplément françois contient ici quelques mots qui doivent avoir été oubliés dans le texte de la Rwista ; « D lui recommanda d*agir avec un grand secret » s^il faisoit quelque cas de sa faveur.

37. On lit dans les manuscrits 10 487' du Fonds Baluze et 5485 du Supplément francois : « Rouvray qui s'entendoit avec le cardinal Antonio et qui avoit été averti de l'heure où devoit passer Bianconi, » etc.

38. Les mêmes manuscrits portent gagna « Aquila » , puis Naples.

39. Omer Talon nous a conservé et M. Michaud a ajouté aux Mémoires de ce grave magistrat deux dépêches de Tambassadeur qui justifient F opinion du biographe, au moins sur la manière dont les faits furent présentés à la cour de France. La première est intitulée : Relation de ce qui s est passé a la Trinité du Mont de Rome. Elle commence, en effet, par un récit détaillé de Tenlèvement des captifs algériens qui avoient été déposés dans cette abbaye « de fondation royale et en la particulière protection du roi; » elle se continue par un exposé des négociations auxquelles donna lieu

obligations qu'il a à la France, ne peuvent assez s'étonner qu'il ait recherché avec tant de soins de faire paroitre son ingratitude, puisquHl est certain, ainsi qu'il l'a reconnu par la lettre de remercimeut qu'il en a écrite à Mgr le cardinal , que, du temps de la maladie que le pape eut, il y a deux ans, durant laquelle les Espagnols parloient de faire régir et gouverner les affaires par six cardinaux, il n'eut autre assistance que dudit maréchal qui empêcha cela et que sa maison ne fût pillée, déclarant hautement qu'elle seroit assistée de la protection de Sa Majesté. Il n'en a pas plus témoigné de reconnoissance envers le roi, n'ayant daigné venir se réjouir avec ledit maréchal à la naissance de Mgr le Dauphin que plus de deux mois après en avoir eu avis et après avoir été chez l'ambassadeur d'Espagne pour la naissance d'une fille. Quant à l'action que l'écuyer avoit faite, c'est chose si ordinaire à Rome que récemment les gens du duc de Bracciano , de l'abbéGésarina et plusieurs autres en ont fait de semblables sans qu'on en ait jamais parlé. Bien davantage, ledit cardinal Barberin a souffert que les gens du cardinal de Savoie aient battu ceux du cardinal Antoine et porté en sa présence des pistolets au milieu du Cours contre les défenses expresses sans en avoir rien dit ; et la manière dont il s'est conduit pendant tout

ce pontificat, ne fait que trop connoître qu'il a ménagé et s*est porté d'une extraordinaire passion et par animosité à une si méchante et si abominable action. »

On voit d'une part qu'il n'est pas le moins du monde question, dans cette dépêche, de la résistance de l'ambassadeur et de son écuyer à Tordonnance du cardinal Patron sur les tripots ; de l'autre, que l'assassinat de Rouvray y est adroitement mêlé à l'affaire de la Trinité du Mont. Il en est de même de la seconde pièce qui porte pour titre : Relation de F assassinat du feu sieur de Rouifray :

« Par la dépêche de M. le maréchal d'Étrées du août, M. de Chavigny aura vu comme M. le cardinal Bagni étoit venu trouver ledit sieur maréchal pour lui dire que le cardinal Barberin l'avoit prié de le voir et lui faire des excuses de sa part de ce qui s' étoit passé à la Trinité du Mont, et que même ledit cardinal prendroit occasion de venir visiter Mme la maréchale d'Etrées et confirmeroit audit sieur maréchal tout ce qu'il lui faisoit dire à présent de sa part ; sur quoi ledit maréchal pria ledit cardinal Bagni de trouver bon qu'il donnât part de cet avis à MM. les cardinaux Antoine et Bichi, montrant toutefois de déférer et de se porter déjà à l'expédient proposé ; mais ayant vu lesdits cardinaux, le jour suivant, soit que

ledit cardinal Barberin eût changé d'avis ou autrement, Tun et Fautre dirent au maréchal que, tandis que le Rouvray seroit en sa maison, ledit cardinal ne se porteroit pas aisément à y venir ; à quoi le maréchal répondit que s'il n'y avoit que cette difficulté, elle seroit bientôt levée, et qu'il étoit tout prêt de l'envoyer. Sur ces entrefaites, un mandataire du gouverneur étant venu porter une citation dans le logis tiu maréchal pour la même affaire dudit Rouvray', il fut arrêté ; et après avoir été retenu vingtquatre heures sans lui faire recevoir aucun déplaisir, il fut renvoyé à la prière de M. le cardinal Antoine. Cette affaire s' étant ainsi passée, le cardinal Bagni envoya, un matin, savoir dudit maréchal s'il le pourroit voir, ce ce jour-là, lequel répondit qu'il n'étoit point nécessaire qu'il prît la peine de le venir trouver et qu'il l'iroit voir l'après-dîné : ainsi qu'il fit ; où étant et recevant les propos de l'accommodement de l'affaire de la Trinité-du-Mont, il trouva, ainsi que ces messieurs lui avoient dit, qu'il y avoit quelque changement en la proposition que le'' cardinal Barberin avoit faite de venir en sa maison, sur la considération que le Rouvray y était encore ; sur quoi le maréchal dit qu'il étoit bien aisé de pourvoir à cela et que dès l'heure même il alloit ajuster avec M. le cardinal Antoine la sûreté de l'envoi dudit

Rouvray jusque sur les confins de l'état ecclésiastique; ce qu'il fit et arrêta avec MM. le cardinal Antoine et Mazarin que, le lendemain, MM. les cardinaux Antoine et Bichi iroient à la chasse, et que M. l'ambassadeur prendroit ses gens en son carrosse, et ayant ren*contré ces messieurs, il mettroit le Rouvray et ceux qui Tavoient assisté, dans le carrosse du cardinal Antoine pour les mener à Roussillon. « Le matin suivant, Mgr Mazarin ayant pris la peine de venir voir M. le maréchal, celuici reçut un billet du cardinal Bagni, qui portoit qu'ayant promis audit ambassadeur que désormais le cardinal Barberin vivroit bien avec lui, et craignant qu'en étant garant, ledit maréchal ne put lui en faire quelque plainte et reproche, il le prioit de lui rendre sa parole et trouver bon qu'il ne se mêlât plus de cette affaire ; sur quoi le maréchal ne pouvant comprendre d'où procédoit ce changement, pria Mgr Mazarin d'aller voir ledit cardinal Bagni pour s'en éclaircir mieux, ainsi qu'il fit à l'heure même ; et revenant chez le maréchal, il lui dit que c'étoit que ledit cardinal Barberin ne désiroit point venir chez lui ; sur quoi ledit maréchal dit qu'il n'en avoit point usé de même envers l'ambassadeur d'Espagne, parce qu'aussitôt la brouillerie qui s'étoit passée entre eux, il étoit allé visiter ledit ambassadeur d'Espagne

pour l'adoucir, lequel toutefois n'avoit tenu aucun compte de cette visite ; quHl étoit bien rude que le maréchal, se contentant de cette satisfaction pour le roi, et le cardinal Barberin étant assuré qu'elle seroit acceptée, il ne voulût pas faire la même chose qu'il avoit faite à l'ambassadeur d'Espagne dans l'incertitude de l'événement dont il n'a enfin remporté que du mépris. Un jour ou deux après, Mgr Mazarin dit au maréchal qu'il s'étoit enquis comme s'étoit passée la visite que le cardinal Barberin avoit faite à l'ambassadeur d'Espagne, et qu'il avoit appris que ç' avoit été à l'occasion du mariage de son fils avec la fille du duc d'Alcala qui étoit nouvellement arrivé de dehors. A cela le maréchal répondit que ledit cardinal n'ayant pas daigné visiter la maréchale d'Etrées ni lui envoyer faire le moindre compliment sur la mort de son père*, ce qui est une marque de la haine et de la mauvaise volonté qu'il a toujours eue sans aucun sujet contre ledit sieur maréchal, il pouvoit encore prendre ce prétexte et occasion, vu même que le préfet et la signora Constanza avoientbien usé de cette civilité envers lesdits ambassadeur et ambassadrice. Et sur le même sujet, ayant fait, quelques jours auparavant, en discourant,

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