‹ Histoire anecdotique de la jeunesse de MazarinChapitre 17 sur 22 · On a ajouté dans les manuscrits · texte numérisé non relu

On a ajouté dans les manuscrits

du Fonds Baluze et 5485 du Supplément fr ancois : « C'est pourquoi le roi le fit élever par le pape Urbain VIII, en Tannée 1641 (le 16 décembre], à la dignité de cardinal après laquelle il avoit tant soupiré ; » et on a terminé le paragraphe ainsi qu'il suit : «< De là à peu de temps mourut le cardinal de Richelieu, premier ministre du roi, le 4 décembre 1642. »

45. Les deux manuscrits cités dans la note précédente indiquent la date de la mort de LouisXIII: 24mai 1643; et,venantàLouisXIV, ils disent : « qui étoit né, peu d'années auparavant, d'Anne d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne ; princesse longtemps stérile , suivant le texte du premier; et dans celui du second , après vingt-trois ans de stérilité. »

46. Innocent X (Jean-Baptiste PanfiU), cardinal en 1629, élu pape le 15 septembre 1644, mort le 7 janvier 1655. 11 étoit fort opposé au cardinal Mazarin , que les pamphlétaires de la Fronde accusoient d'avoir fait assassiner son neveu Ignacio Panfili. On lit, par exemple, dans la Lettre du chevalier Georges de Paris^ etc. : « Ce fut lui qui donna conseil au cardinal Antonio de se défaire d'un nevea du pape d'aujourd'hui, qu'il avoit éloigné de ses bonnes gi*âces : il fut maltraité à coups de bâ-

ton ; et craignant justement le dernier effet de la haine italienne, il ne put pas même éviter la mort dans Tarmée de Tempereur, où il fut assassiné par le ministère de Mazarin qui, suivant la bonne coutume de son pays, ne pouvoit souffrir vivant aucun de tous ses ennemis, particulièrement celui-ci qui étoit autant brave qu'il étoit lâche et poltron. C'est le sujet de son inimitié * contre le pape et de l'exclusion qu'il fit donner par V ambassadeur de France pour l'élection de Sa Sainteté. »

47. Michel Mazaidn, frère puîné de Jules, général des dominicains, archevêque d'Aix, fut créé cardinal en 1646, sous le titre de Sainte-Cécile et non de Sainte-Claire ; mais peut-être y a-t-il une faute d'impression dans le texte de la ^wista; il faut y lire : Santa Chiesa^ comme portent nos manuscrits. Michel, nommé vice-roi de Catalogne en 1647, après le prince de Condé, mourut à Rome dans Tété de 1648.

Lorsque les pamphlétaires s'attaquent au cardinalat du frère Michel, qui, disent-ils, n'a pas coûté moins de douze millions à la France, ou à sa vice-royauté de Catalogue, qu'ils comparent à celles du maréchal de la Mothe-Houdancourt, du comte d'Harcourt et du prince de Condé, il n'y a pas lieu de s'en étonner. Ce

sont là des choses qui ne pouy oient être ignorées de personne. Quand ils parlent de ce superbe palais de Rome, où, suivant le Religieua: ^répété par l'auteur du Discours au Parlement sur la détention des princes , le cardinal Mazarin « ayoit fait conduire plus de trois cents ballots des meubles les plus précieux de toute TEurope, » on comprend aisément qu'ils peuvent n'être que les échos d'une sorte de clameur publique; mais qu'ils dénoncent les mœurs galantes du cardinal de Sainte-Cécile, par exemple qu'ils racontent , comme le Religieux , « qu'on l'a vu pompeux et magnifique daiis Paris, dans un luxe digne de sa nation , mettre la main sur le sein des plus belles dames de la cour, se persuadant que les Françoises ne sont pas plus chastes que les Italiennes, » oh ! on éprouve le besoin de se récrier, de les accuser de calomnie. Cependant le biographe a des allégations plus infamantes encore que les pamphlets. On vient de le lire.

48. Benedetti raconte, comme le biographe et dans les mêmes termes, qu'en témoignage de sa dévotion, Jules fit rebâtir de fond en comble (da i fondamenti) l'église des Saints- Vincent-et-Anastase. 11 dit encore, dans la Pompa funèbre nelVezequie celebrate in Roma al cardinal Mazarini^ que cette église fut choi-

sie pour la célébration des obsèques, parce qu^elle étoit un iruit de la piété du cardinal [parto délia di quel cardinal)^ qui Tavoit fait réédiBer depuis les fondements par les soins de Paul Macaroni , son très-confident ami ; et il ajoute à sa relation une vue gravée de la façade, qui répond exactement à la description de notre biographe.

On verra plus loin.que le manuscrit 5485 du Supplément français fait mention également du service qui fut célébré dans cette église « que Jules avoit bâtie. » En attendant, nous pourvons citer ici le passage suivant du Reassunto del testamento del cardinal Giulio Mazarino que contient le même manuscrit : « Il laisse 45 mille écus à l'église des Saints- Vincent-et- Ânastase, qu'il a fait bâtir de nouveau et dans laquelle il lui a été fait de magnifiques et étonnantes funérailles, comme pour un empereur romain, dans lesquelles on voyoit sa statue en bronze soutenue par la Paix, la Justice, la Prudence, la Force, et tout autour les autres vertus cardinales, où le sacré Collège a assisté à la messe chantée ; et icelle finie, il a été distribué aux pauvres mille écus d'aumône. »

49. Naudé, qui ne nomme pas le palais Bentivoglio, il est vrai, mais qui y fait certainement allusion, assure qu'en 1650 Mazarin le

possédoit depuis plus de douze ans. Avec son artifice ordinaire, il répond, non aux pamphlétaires qui avoient parlé de Tameublement , mais à Saint-Ange, qui se plaint de la construction d'un édifice si superbe. Aubery justifie la destination assignée au palais, quand il raconte que Mazarin « ne souffrit pas que le maréchal de Toiras, qui vint à Rome en 1633, prit logis ailleurs que chez lui. Il le traita, ajoute-t-il, et régala très-bien durant son séjour, qui fut d'environ un mois. Ce traitement et ce régal éclata d'autant plus, que le maréchal reçut un nombre incroyable de visites. » On sait que Toiras avoit été le défenseur de Casai.

C'est ce même palais Bentivoglio que le cardinal Mazarin désigne dans les dispositions suivantes de son testament : « Mondit seigneur le cardinal testateur, désirant que la maison Mancini continue à Rome où elle est très-ancienne et très-illustre, donne et lègue, en tant que besoin seroit, institue et nomme de sa propre bouche son héritier en son palais de Rome et en tous les meubles, droits et autres effets qui lui appartiennent eh ladite ville de Rome, de quelque nature et qualité qu'ils soient, ledit seigneur marquis Mancini, son neveu, auquel il substitue le second des enfants mâles dudit seigneur marquis Mancini, etc.; le tout à la charge que celui qui sera appelé à la substitution , . . . sera

teau de demeurer à Rome , de porter le nom et les armes pleines et entières de Maucini, sans pouvoir être parties ni écartelées d'aucune autre, etc. » Cependant, prévoyant que « ledit palais peut être inutile à la maison Mandni, parce qu'il y a un autre palais qui appartient à cette maison depuis sept à huit cents ans, » le cardinal donne pouvoir au cardinal Mancini, son exécuteur testamentaire, « d^acheter quelque terre ou Etat dans TEtat ecclésiastique, pour être les choses qui pourroient être par lui acquises , substituées en la place dudit palais. »

Dans le manuscrit 5485 du Supplément françois et dans le Reassunto del testamento del cardinal Giulio Mazarino^ on dit que le palais fut donné au cardinal Mancini ; mais c'est une erreur.

50. Résumons ici le travail de comparaison auquel nous nous sommes livré sur cette première partie de la f^ie de Véminentissime cardinal Mazarin,

Le biographe, on l'a vu, n'est ni ami ni ennemi du cardinal Mazarin. Il ne le flatte ni le dénigre. Ses récits sont sans passion. C'est un témoin bien informé, impartial, de bonne foi. S'il se rencontre souvent avec les pamphlétaires de la Fronde, il est plus souvent encore d'ac-

cord avec les apologistes du cardinal. Il les répète rarement ; il les corrige ou les complète presque toujours. Il ramène à la vérité les exagérations des uns et les réticences des autres. Ce n'est pas une histoire de Mazarin qu'il a voulu écrire ; ce n'est pas non plus un portrait qu'il a entendu faire. Ses prétentions n'ont pas été si hautes. Il savoit des anecdotes, il les a racontées; il avoit recueilli des paroles, il les a citées. Voilà tout. Ce qu'on apprend à connoître dans ses pages , c'est bien moins le ministre que l'homme.

Mazarin n'est point issu d'une famille illustre; eî le Religieux a dit avec raison dans sa Lettre au prince de Condé que, « quoiqu'il eût pris les haches avec le faisceau de verges pour ses armes, il ne falloit pas s'imaginer que ce fussent celles qui servoient de marques d'autorité aux anciens sénateurs de Rome. » Ses aïeux tiroient leur origine et leur nom d'une petite ville de Sicile dont ils n'étoient pourtant pas seigneurs. On ne peut pas remonter plus haut que son grand-père Girolamo, artisan ou bourgeois de quelque aisance , qui habitoit Palerme et qui y mourut laissant une succession fort embarrassée ; si bien que son fils , Pierre , fut contraint d'aller chercher fortune à Rome. Ce Pierre étoit un honmie de sens. Reçu dans la maison du connétable Colonna, il s'acquit par

remploi de ses bonnes qualités la faveur de son xnaître et s'en aida pour l'établissement de ses fils. L'aîné, Jules, naquit accidentellement à Piscina; de droit pourtant il étoit citoyen romain ; car son père et sa mère s'étoient mariés dans la capitale de l'Etat pontifical ; et ils y faisoient leur résidence. De bonne heure la vivacité de son esprit se manifesta dans les exercices spirituels d'El Bambino, Il fit ses études avec le plus grand succès au Collège romain; et les jésuites, ces connoisseurs si fins, essayèrent de se l'attacher; mais il avoit de l'ambition; il vouloit arriver; où? haut et loin, c'est peut-être tout ce qu'il en savoit. Il aimoit le luxe. Il lui falloit de la grandeur, de l'éclat, de la gloire. Il en chercha dans la fréquentation des nobles et des princes ; et parce que la richesse lui manquait pour ses desseins, il y suppléa par le jeu. Il mena alors une vie dissipée jusqu'à ce que, mis dans la nécessité d'apaiser le ressentiment de son père et de regagner les bonnes grâces du connétable Colonna , il la changea pour une vie laborieuse» Doué d'une volonté à la fois souple et forte, il se livroit avec un égal entrain au plaisir et au travail. Cependant il n' avoit pas encore trouvé sa voie. Il fut tour à tour soldat et diplomate. Il avoit incontestablement le courage du premier état; il en auroit eu l'exactitude, la vigi-

lance ; mais il avoit bien davantage la sagacité, la pénétration, la finesse du second. Ce fîit aussi par les négociations quUI se poussa. Il comprit vite que la France, débarrassée de ses guerres civiles, grandiroit dans sa force et domineroit le monde. Il voulut être, il fut François.

Jules Mazarin n'avoit pas une grande âme ; mais il avoit une âme capable des grandes choses que lui montroit son intelligence et vers lesquelles le poussoit son intérêt. 11 agissoit beaucoup moins par passion que par calcul. Il marquoit à toutes ses actions un but; et ilymarchoit sans trop de scrupules par tous les moyens, ceux de la violence exceptés; car, outre qu'il étoit d'une humeur douce, il lui auroit répugné de se laisser aller à des extrémités qui auroient fermé un chemin devant ou derrière lui. Il n'avoit guère d'amitiés ou d'inimitiés qui Aissent à l'épreuve des événements . Il rie rompoit jamais entièrement avec personne; mais «il n'avoit non plus avec personne des liens si étroits qu'il ne pût en relâcher les nœuds en cas de besoin. On se rappelle qu'il joua dans sa jeunesse la comédie avec un grand talent. Il s'en souvint toujours un peu. Ce n'est pas sans quelque apparence que les pamphlétaires l'ont traité de Pantalon. Mais ils l'ont indignement calomnié quand ils l'ont accusé

de mœurs galantes, quand ils lui ont imputé rhabitude abominable de la plus abominable débauche. Le biographe, qui l'a connu dans les jours les plus orageux de sa vie, ne permet pas même de soupçonner qu'il ait en aucune façon donné prétexte à un pareil outrage; et dans l'aventure d'Alcala, il n'y a rien que la morale réprouve, rien qui soit contraire à la pureté.

51. C'étoît le 3 que dévoient payer au roi les magistrats des cours souveraines pour avoir la liberté de vendre leurs charges. Il avoit été établi en 1604 et fixé au 6^ de prix d'achat. Son nom de Paulette lui venoit de Charles Paulet, secrétaire de la chambre du roi, qui en avoit été le premier fermier. L'auteur du Bandeau levé de dessus les yeux des Parisiens appelle spirituellement le blocus de Paris en 1649, « la guerre du droit annuel. »

52. Les maîtres des requêtes qui avoient vu créer douze charges nouvelles, furent en effet les promoteurs de l'arrêt d'union rendu le mercredi, 13 mai 1648 : « Ce jour, la cour, toutes les chambres assemblées, ayant délibéré tant sur le rapport fait par les conseillers d'icelle que sur ce qui a été dit par les députés du Grand-Conseil, Chambre des Comptes et Cour des Aides, touchant le retranchement de leurs

gages et la délibération du roi pour le payement du droit annuel , a arrêté Funion et la jonction avec lesdites compagnies , qu'à cette fin, deux conseillers de chacune chambre de ladite cour seront députés pour conférer avec les députés d'icelles compagnies, pour ce fait et rapporté à ladite cour, être ordonné ce qu'il appartiendra ; et cependant, suivant l'arrêt fait en 1615, qu'aucun ne sera reçu aux offices qui vaqueront, que du consentement des veuves et héritiers. »

Saint-Julien a spirituellement traduit cet arrêt de la manière suivante, dans le Courrier burlesque :

« Le Parlement^ qui n'est pas sot, Et qui l'est moins encor, ce semble.

Lorsque tout son corps est ensemble, Majeur, à jeun, après conseil.

S'unit avec le Grand-Conseil Cour des Aides, Chambre des Comptes.

Prince, ce ne sont pas des contes.

Dès lors ils jugèrent entre^ eux Qu'en cas que quelque malheureux De leur corps vînt à se répandre Et convertir sa chair en cendre, Aucun ne lui succéderoit En la charge qui vaqueroit, Que ses héritiers et sa venve N'ieussent devant dit : Je Tappreuve. »

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