‹ Histoire anecdotique de la jeunesse de MazarinChapitre 18 sur 22 · Jean-François-Paul de Gondy, archevê · texte numérisé non relu

Jean-François-Paul de Gondy, archevê

que de Corinthe , coadjuteur de rarcheyéque de Paris, cardinal de Retz en 16ôt, mort en 1679, le 23 août. Il étoit né au mois d'octobre 1614, à Montmirail.

54. L'auteur veut sans doute ici parler de l'arrêt fameux du 8 janvier 1649, dont voici le titre : . « Arrêt de la cour de Parlement donnée toutes les chambres assemblées^ le huitième jour de janvier 1649 j par lequel il est ordonné que le cardinal Mazarin çidera le royaume , et quil sera fait levée de gens de guerre pour la sûreté de la cille et pour faire amener et ap^ porter librement et sûrement les vivres à Paris. » Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires, du roi 1649.

Qu'on nous permette de donner, au lieu du texte de cet arrêt, la traduction que Saint-Julien en a faite dans le Premier Courrier françoiSj en vers burlesques. Ce sera plus gai et non moins véridique. On ne doit pas craindre d'ailleurs que nous abusions du poétique chroniqueur de la Fronde de 1649. Nous n'y reviendrons plus.

c Le vendredy, jour qu'on fait maigre, Messieurs^ sur le trailement aigre Qu'on avoit fait aux gens du roy, Voulurent que, selon la loy, Dans le plus beau papier de France La reine reçût remontrance ;

Et que, vu que le cardinal Est seul auteur de tout le mal.

Et de la misère présente, Dont on a preuve suffisante, Il est jugé mal à propos Avoir troublé notre repos, Ennemi de notre bon sire Et de son État qu'il déchire ; Enjoint à lui que dans un jour Il se retire de la cour ; Dans huit, de France il fasse gilles ; A faute de ce faire, aux villes De lui courir sus, comme au loup A qui chacun donne son coup ; De le poursuivre à son de cloches ; Qu'il lui soit donné des taloches Par tous ceux qui le trouveront; Cependant troupes se feront Pour la sûreté des entrées Et pour l'escorte des denrées. »

55. Louis II de Bourbon , prince de Gondé, né à Paris le 8 septembre 1621, mort à Fontainebleau le 11 décembre 1686.

56. Armand de Bourbon, prince de Conti, né à Paris en 1629 , mort à Pézénas le 21 février 1666.

57. Henri II d'Orléans, duc de Longueville, né en 1595, marié en secondes noces à Anne- Geneviève de Bourbon-Condé ; mort à Rouen en 1663.

68. Michel Le Tellier, secrétaire d'Etat, né à Paris le 19 août 1603, mort chancelier de France en 1686.

69. On sait que le duc de Longueville avoit été premier plénipotentiaire de France aux conférences de Munster et qu'il avoit signé le traité du 24 octobre 1648.

60. C'étoit Guy de Bar qui suivit ses prisonniers au château de Marcoussis et à la citadelle du Havre. Il mourut à Paris en 1696, gouverneur de la ville et citadelle d'Amiens, gi*and bailli de Picardie, lieutenant général des armées du roi. Il étoit âgé de 91 ans.

61. Sous le titre à! Epistolario inedito del cardinal Mazzarino publicato da Carlo Mor^ bio, il a paru en 1842, à Milan, un recueil de lettres italiennes de divers personnages , mais principalement du cardinal Mazarin, parmi lesquelles nous en trouvons une écrite par Zungo Ondedei, d'' ordre de Sa Majesté^ pour raconter l'arrestation des princes au marquis Gianettino Giustiniani . C'est évidemment la version que le cardinal vouloit accréditer en Italie. A ce titre, la lettre est très-intéressante et très-curieuse. En voici la traduction :

«< J'annonce à Votre Seigneurie la nouvelle

du plus grand coup qui ait jamais été frappé en France et qui se fera jamais. Trois princes du sang ont été fi^its prisonniers en même temps et envoyés au bois de Vincennes , où ils resteront, s'il plaît à Dieu, jusqu'à ce que le roi ait Tâge et la prudence nécessaires pour en disposer comme il Tentendra. Quand les ennemis croyoient le seigneur cardinal abattu, accablé et plus capable de souffrir que d'entreprendre, ils ont appris qu'il avoit mis la main sur le prince de Gondé , considéré , riche, puissant, glorieux et qui ne visoit à rien moins qu'à partager le royaume avec le roi.

« C'est une action dans laquelle Son Eminence a montré plus de hardiesse et de courage, plus d'adresse et de prudence , où il a eu une plus heureuse fortune qu'aucun grand ministre d'Etat qui ait été ou qui puisse être à l'avenir.

« Il étoit àla fois très-difficile et très-chanceux de prendre l'un de ces princes sans que l'autre s'échappât, de conduire l'affaire sans qu'elle ftlt découverte, d'avoir prêts les officiers et toutes les autres choses nécessaires pour mener l'œuvre à bonne fin, sans en parler à personne, enfin de faire arriver les captifs jusqu'à la prison sans encombre. Cependant tout est venu à son heure et a réussi de la manière la plus heureuse. Le coup avoit été combiné entre la reine, le duc d'Orléans et le seigneur cardinal pour

le jour du conseil du 18 courant, de sorte qu'ils dévoient être arrêtés au même instant, eussent-ils manqué de se rendiie au palais et se fussent-ils trouvés en des lieux différents. Mais la fortune commença à favoriser Tentreprise en les amenant Tun après Tautre.

« Le duc d'Orléans avoit feint d'être malade ; et il se tenoit dans son lit pour n'être pas présent à l'exécution , et aussi pour écarter tout soupçon par son absence.

« La reine également prétexta une maladie pour interdire l'entrée de sa chambre à tout le monde, excepté aux trois princes et aux trois secrétaires d'Etat, qui, après avoir salué Sa Majesté, furent invités par le roi à passer dans une galerie à l'extrémité de l'appartement, afin d'éviter à l'auguste malade la fatigue qu'auroit pu lui causer une nombreuse compagnie.

« Le seigneur cardinal, qui entra le premier, sortit presque aussitôt et se retira dans son cabinet pour donner des ordres.

« A ce moment entre le capitaine des gardes de la reine qui dît au prince de Condé qu'il avoit ordre de Sa Majesté de le faire prisonnier, et avec lui le prince de Conti, son frère, et son beau-frère le duc de Longueville. Son Altesse resta comme frappée de la foudre; puis elle s'écria : « Moi ! qui suis tout serviteur de la reine I » Et après quelques autres paro-

les, il pria le chancelier de lui faire obtenir une audience de Sa Majesté; mais toutes les portes étant fermées, il se tourna vers M. Servien, le pressant de demander pour lui un entretien à M. le cardinal dont il se disoit le serviteur. Sur ces entrefaites, le lieutenant des gardes entra avec quelques soldats; et les princes furent obligés de partir. On les conduisit par un escalier dérx)bé dans le jardin ; et de là, par une petite porte, on les mit dans un carrosse à six chevaux, préparé à cet effet, sous une escorte de vingt cavaliers au plus; gendarmes du roi qui avoient été commandés avec le consentement du prince lui-même, sous le prétexte d'arrêter quelques-uns de ceux qui avoient voulu faire du tumulte dans Paris ces jours passés.

Pendant ce temps, le duc d'Orléans avoit fait appeller le duc de Beaufort ; et l'ayant informé de l'emprisonnement des princes, il lui dit de monter à cheval, d'aller par les rues de Paris apprendre au peuple ce qui s'étoit fait d'ordre du roi, et calmer l'agitation qui pouvoit en naître. Ce fut une circonstance bien favorable que l'inimitié qui existoit entre le prince de Gondé et le duc de Beaufort. Le seigneur cardinal s'en servit foii; à propos.

<c A peu près au même moment, Onde4pi se rendit au couvent du Val-de-Grâce avec un

ordre de la reine pour ramener au Palais-Royal les nièces de Son Éminence, qu'elle Touloit ainsi soustraire à toute espèce d'insultes ou de représailles de la part des parents, amis ou serviteurs des princes.

« Le peuple ne vit pas dans cette arrestation un motif de soulèvement; loin de là. Il y trouva plutôt un sujet de satisfaction et de joie, comprenant que Je roi étoit délivre de la tyrannie du prince et le royaume garanti à toujours de tous désordres. On a fait des réjouissances publiques et allumé des feux dans les rues, trois jours de suite ; avec tant d^éloges du cardinal, avec tant de démonstrations d'affection pour lui dans tout le parti contraire, qu'on ne parle d'autre chose que de Son Eminence, de sa valeur et de la sagacité de son jugement.

« La reine fit convoquer le Parlement avant hier au soir et lui rendit compte de ce qui s' étoit passé. Puis hier matin, elle lui envoya le message ci-inclus qui iîit reçu- et lu avec de grands applaudissements.

<c Mme de Longueville fut invitée par Sa Majesté à se rendre au Palais^Royal ; mais elle a mieux aimé se retirer avec ses fils à Rouen, où le Parlement de cette ville Ta priée de choisir une autre retraite, déclarant qu'il ne vouloit pas déplaire à Sa Majesté.

« Les autres parents et amis, engagés dans le parti du prince, se sont dispersés ça et là sans avoir produit encore aucune nouveauté; et Ton croit que le roi va faire un voyage dans leurs provinces et gouvernements afin d'y établir des gouverneurs à leur place et y mettre toute chose en bon ordre.

« Pour finir, je baise de tout mon cœur la main à Votre Seigneurie illustrissime.

« Paris, le 21 janvier 1 650.

« Ondedei; d'ordre de Sa Majesté. »

Cette lettre ne confirme pas toujours le récit du biographe. Elle se dément même en un point important : c'est qu'elle fait honneur à Mazarin surtout de l'arrestation des princes, tandis que le récit semble vouloir dégager la responsabilité du cardinal, en notant qu'il donna son avis le dernier, comme pour insinuer que la majorité dans le conseil étoit formée et que la décision étoit arrêtée quand il prit la parole. Cette contradiction s'explique, à notre avis, par la différence des dates. La lettre a été écrite quatre jours après l'événement, dans l'enivrement du succès ; le récit est de 1667; et l'expérience avoit depuis longtemps montré que le coup, si hardi qu'il eût été, n'avoit pas tenu tout ce qu'on s'en étoit promis.

Le message dont il est parlé dans la leUre ne se trouye pas dans YEpistolario. Il est probable que la copie d^Ondedei a servi à la traduction qui a été publiée en 1650 à Milan sous le titre de : Lettera del re mandata al Parlamiento di Parigi sopra la causa délia ritentione de signori principi di Condé e di Conti e duca di Longaçilla. In-4. Rien même n'empêche de croire que la traduction ne soit d'Ondedei qui, certainement, n'avoit écrit au marquis Giustiniani que pour faire répandre en Italie la relation ordonnée par le roi.

Nous pouvons en tout cas reproduire le texte de ce document^ d'après Tédition qui en a été donnée par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi avec le titre de : Lettre du Roi sur la détention des princes de Condé et de Conti et duc de Longueçille^ envoyée au Par^ lement le 20 Janvier 1650. In- 4.

« Nos amés et féaux, la résolution que nous avons été forcé de prendre par Tavis de la reine régente, notre très-honorée dame et mère, de nous assurer des pei*sonnes de nos cousins les princes de Condé et de Gonty et du duc de Longueville, est^i importante pour le bien de notre service qu'encore que nous ne devions qu'à Dieu seul te compte de nos actions et de l'administration de notre État, nous avons cru néanmoins ne pouvoir trop tôt vous en faire

NOTBS. 175

savoir les motifs et au public, afin que tous nos sujets étant informés de la nécessité absolue où nous nous sommes trouvé par la conduite desdits princes et duc d'en venir jusque-là, pour prévenir des maux irréparables qui menacoient cette monarchie, chacun redouble son a£Pection et conccîure en ce qui dépendra de ses soins et de son pouvoir au but que nous nous proposons de rétablir un ferme repos au dedans de TÉtat, ayant même reconnu par expérience que c'est Tunique moyen de porter à la raison nos ennemis, qui ne se rendent difficiles à la conclusion de la paix que dans Tat-* tente où ils sont que les divisions qui ont agité depuis quelque temps cet Etat, causeront enfin un bouleversement général dont nous espérons, avec l'assistance de Dieu, de le garantir. Nous nous promettons que le souvenir qu'aura toute la chrétienté de notre modération et de la douceur des conseils que nous avons suivis depuis notre avènement à la couronne (qui a été telle que souvent même on a imputé de foiblesse dans le gouvernement ce qui ne pàrtoit que de notre pure bonté ou de prudence pour d'autres raisons plus fortes) persui|dera aisément un chacun que nous n'avons eu recours au dernier remède qu'après avoir éprouvé que tous les autres étoient impuissants. Et, à la vérité, quand il a fallu d^Ubèser sur l'arrêt

d*un prince de notre sang que nous avons toujours tendrement aimé et qui est d'ailleurs estimable pour beaucoup d'autres qualités qu'il possède, d'un prince qui a remporté plusieurs victoires sur nos ennemis où il a signalé son courage, il, est certain qu'encore qu'il ait mal usé d'abord de la gloire particulière que nous lui avons donné moyen d'acquérir, et que son procédé en diverses «entreprises qu'il a faites, nous ait en tout temps donné de justes défiances de ses desseins, nous n'avons pu, néanmoins, sans une répugnance extrême nous déterminer à résoudre sa diétention; et nous aurions encore dissimulé tout ce qu'il y avoit de mal en sa conduite, à moins d'un péril éminent de voir déchirer cet Etat, et à moins d'avoir comme touché au doigt que dans , le chemin qu'ayoit pris ledit prince, et où il s'avançoit tous les jours à grands pas, Tun des deux maux étoit inévitable ; ou sa perte sans ressource, ou la dissipation de cette monarchie dans la ruine de notre autorité, de la conservation de laquelle dépend principalement le repos et le bonheur du peuple que Dieu a soumis à notre obéissance. Il est si naturel à tous les hommes d'aimer leurs ouvrages et d'en vouloir, autant qu'il se peut, conserver le gré et le mérite que personne, sans doute, ne pourra présumer qu'ayant donné matière à notredit

cousin, par les emplois de guerre que nous lui ayons confiés, d'acquérir une haute réputation, et ayant aussi comblé sa maison et sa personne de bienfaits de toute nature, nous eussions pu nous porter, sans une dernière nécessité, à perdre le fruit de toutes ces grâces et à nous priver du service que notredit cousin eût pu continuer à nous rendre et par ses conseils et par ses actions en des temps difficiles, comme sont ordinairement ceux d'une longue minorité, s'il ne se tàt pas tant écarté qu'il a fait du chemin de son devoir, et qu'il eût pu modérer son ambition à ie contenter de vivre le plus riche sujet qui soit aujourd'hui dans la chrétienté. Et, certes, si Ton considère les grands établissements qui sont dans sa maison, soit en charges, ou en gouvernements de provinces ou de places, ou en fonds de terre ou en argent, ou en biens d'Eglise, on avouera que jamais il n'a été versé ni en si peu de temps , dans une même maison, ni tant de grâces, ni de si considérables que nous en avons fait depuis notre avènement à la couronne à notre cousin, sans même mettre en compte tout ce que nous avons accordé à ses proches et à ses amis pour sa considération et à sa prière. Il ne peut pas nier qu'il ne tienne de notre libéralité seule tout ce qu'il possède aujourd'hui de charges et de gouvernements, puisque tout avoit vaqué par la

mort de feu notre très-cher cousin le prince cfe Condé, son père, et qu^il iut alors en notre pleine liberté d'en disposer en faveur de telles autres personnes que nous aurions voulu en gratifier préférablement à lui. Mais, pour reprendre la chose de plus haut, chacun peut se souvenir comme dès que la reine régente, notre très-honorée dame et mère, prévit le malheur dont le ciel vouloit affliger la France par la perte du roi , notre très-honoré seigneur et père, et que l'on n'espéra plus rien du recouvrement d'une santé si précieuse à l'Etat, elle s'appliqua particulièrement à gagner l'affection de nosdits cousins en ordonnant, aussitôt qu'elle fiit désignée régente dans l'esprit du roi, à ceux en qui ce grand prince prenoit le plus de confiance , d'agir près de lui pour le porter à faire diverses grâces à toute sa maison. Ses ordres furent si heureusement exécutés que, nonobstant que le roi crût avoir déjà beaucoup fait pour elle, ayant mis peu de temps avant cela le duc d'Anguien à la tête de sa principale armée (à quoi il avoit eu d'abord tant de répugnance qu'il avoit même délibéré de le faire retirer en Bourgogne), on ne laissa pas de lui persuader et encore de faire un honneur à feu notredit cousin le prince de Condé qu'il avoit toujours extraordinairement souhaité, qui fut de l'appeler dans ses conseils pour

y exercer même la fonction de chef; et à quelques jours de là, il fut pourvu encore de la charge de grand maître de France, quoique le roi, comme chacun sait, eût résolu de la supprimer entièrement.

« La reine ensuite, dès les premiers jours de sa régence, lui donna en notre nom les maisons de Chantilly et Dampmartin ; ce qui fit dire dès lors à tous ceux qui avoient vu Chantilly, que c'étoit le plus beau présent que jamais aucun roi eût fait à une seule personne. On lui promit en outre d'acheter les biens de feu notre cousin le duc de Bellegarde, où la place de Bellegarde se trouvoit comprise, qui, pour son importance propre et à l'égard des autres gou- Tcrnements de notredit cousin, étoit celle de tout le royaume qui étoit le plus à sa bienséance et quHl avoit le plus désirée. Et quoique tant de grâces et qui étoient extraordinaires, étant accordées au père, ne fussent pas moins avantageuses au fils qui en recevoit tout le fruit , la reine eut la bonté d'en vouloir départir encore de très-considérables à la personne du duc d'Anguien. On donna, à nos dépens-, à notre cousin le maréchal de THospital, la récompense du gouvernement de Champagne •, et pour y joindre une place, on récompensa au sieur de Thibaut le gouvernement des ville et citadelle de Ste»ay f et l'une et l'autre

furent données en même temps audit duc. A la mort de feu notre cousin le prince de Condë, nous donnâmes en un seul jour à sa maison la charge de grand maitre de Finance, les gouvernements de trois provinces : la Bourgogne , la Bresse et le Berry, outre celui de Champagne, qu'elle avoit déjà, et trois places fortes : le château de Dijon, Saint-Jean-de-Losne et Bourges, outre Bellegarde et Stenay, dont elle étoit en possession. Nous avions tout sujet de croire qu'il n'y avoit point d'avidité de posséder ou de s'agrandir qui ne dût être pleinement assouvie par une si grave effusion de bienfaits de toute nature; et notredit cousin nous donna pour lors des assurances formelles de ne jamais rien prétendre à l'avenir, avouant et publiant lui-même que quelque service qu'il eût rendu, ou qu'il pût encore rendre à l'État , il ne pouvoit rien demander raisonnablement au delà de ce que nous avions déjà fait pour son avantage. Cependant il ne s'écoula guère de temps qu'il ne mit en avant d'autres grandes prétentions sur des prétextes mendiés et injustes, renouvelant, pour mieux parvenir à ses fins, le mécontentement qu'il avoit témoigné un an auparavant , de ce que nous avions pourvu la reine, notre très-honorée dame et mère, de la charge de grand maitre , chef et surintendant général des mers, navigation et commerce

de France, qui avoit vaqué par la mort de notre cousin le duc de Brézé , son beau-frère , comme s'il eût eu un privilège particulier de rendre héréditaires dans sa maison toutes les charges que ses parents auroient possédées pendant leur vie; ne voulant pas se souvenir même qu^il s' étoit positivement départi de nous rien demander sur le fait de ladite charge lorsque nous le gratifiâmes de tant d^autres et qui étoient si considérables, par la mort de son père qui suivit de près celle du duc de Brézé. Avec tout cela nous résolûmes de faire encore un dernier essai de le contenter, espérant toujours que Tàge tempéreroit ses excès et son ardeur immodérée de s'élever. Et afin de bien ôter une fois pour toutes par quelque grande grâce toute occasion d'en demander d'autres , nous comblâmes la mesure de tout point ; et sur les promesses qu'il nous renouvela de ne jamais rien prétendre, nous lui accordâmes un nouveau bienfait qui surpassoit en quelque façon tous les autres, qui fut d'ajouter à toutes les places de Bourgogne et du Berry, qu'il avoit déjà , et à Stenay, celle de Clermont avec le don en propre de tout le domaine, et de ceux de Stenay et de Jamets, qui valent bien près de cent mille livres de rente. Nous avons depuis cela accordé à notre cousin , le prince de Conty, l'entrée dans nos conseils à l'âge de^ringt ans

t82 NOTES.

(quoique son frère et son beau-frère l'y eussent déjà), cent mille livres de pension , la place de Damvilliers, dont il fallut donner récompense au sieur Danevoux, qui en étoit pourvu, et établi sous son nom divers corps de troupes de cavalerie et d'infanterie. Nous ne parlons point de tant d'autres diverses grâces que nous avons continuellement départies à notre cousin le prince de Gondé, et capables seules de satisfaire pleinement tout esprit tant soit peu réglé, comme de sommes d'argent considérables que nous lui avons données chaque année, et toutes les augmentations de pensions pour lui ou pour sa famille ou pour ses proches, qu'il a demandées. Nous ne parlons pas de la considération que nous avons toujours faite de ses prières, des brevets de duc, des promotions de maréchaux de France, de tant d'emplois de guerre, de tant de charges militaires et autres de toute nature : les abbayes et évêchés, de divers gouvernements de places donnés sur sa recommandation à des personnes qui s'attachoient à lui. Enfin, nous appelons Dieu à témoin qu'il n'y a diligence imaginable que nous n'ayons pratiquée et à son égard et avec ceux qui pouvoient avoir quelque part dans sa confidence , pour fixer son esprit et pour le contenter. Et sur ce sujet nous sommes obligé de témoigner que notre très-cher et très-amé

oncle le duc d^Orléans , préférant le repos de

l'Etat et le bien de notre service à tout autre intérêt et considération particulière, nous a lui-même porté toujours dans ces sentiments et contribué beaucoup par ce moyen aux avantages dudit prince et à toutes ses satisfactions. Mais tout a été inutile : nulle grâce, nulle application, nulle confiance n'ayant été capable de mettre des bornes au dérèglement de son ambition. La nature de diverses prétentions qu'il a mises en avant de fois à autre et dont on a tâché de s'exempter avec douceut et prudence, pourra faire juger quels étoient les pensées et les emportements de cet esprit. Tantôt il a insisté fortement à se faire donner une armée pour aller conquérir la Franche-Comté, à condition qu'il la posséderoit après souverainement ; tantôt que nous lui donnassions Gravelines, Dunkerque et toutes les conquêtes que nos armes ont faites en Flandre du côté de la mer en plusieurs années, pour les posséder en souveraineté. Au milieu de la campagne dernière, pendant que notre armée étoit avancée dans la Flandre et qu'on ne pouvoit l'affoiblir sans lui faire courir risque de rece^ voir quelque grand échec, il prétendit qu'abandonnant toute autre visée d'incommoder les ennemis et au hasard même d'exposer nos frontières et nos places à leurs insultes et à leurs

attaques, on détachât de notredite armée un grand corps de cavalerie pour aller du côté de Liège appuyer le dessein qu'il avoit de porter le prince de Gonty, son frère, à la coadjutorerie de cet évêché-là, afin de rendre par ce moyen plus considérables les places qu'il a sur la Meuse, et le gouvernement de Champagne, outre un plus grand établissement qu'il projetoit de prendre de ce côté-là , comme nous dirons ci-après.

« Tout cela fait voir clairement par beaucoup de circonstances remarquables à quel point il étoit possédé du désir de la souveraineté, pensée d'autant plus dangereuse en un esprit tout de feu, comme est le sien, que nous sommes d'ailleurs bien informé qu'il a eu souvent dans la bouche, parlant à ses confidents, la pernicieuse maxime qu'on peut tout faire pour régner. Bien que dans une monarchie établie sur des fondements aussi solides qu'est la nôtre, et principalement sur l'amour et sur la fidélité inébranlable que tous les François ont natu-* rellement pour les droits et pour la personne de leurs rois, une pensée si criminelle que cellelà ait pcesque toujours été suivie du châtiment ou de la ruine de ceuK qui l'ont eue, ce seroit manquer à ce que nous devons tant à nou^même qu'à nos fidèles sujets de n'aller pas audevant de tout ce qui pourroit rendre faciles

avec le temps les moyens d'exécuter un si funeste projet; car, quand même les propos qu'il en a tenus n^auroient pas été une marque de ce qu'il avoit dans l'âme, il est certain que, à examiner de près toute sa conduite depuis notre avènement à la couronne, personne ne sauroit désavouer qu'il n'ait eu une intention toute formée de faire d'autres maux dans l'Etat, qui ne requièrent pas moins le remède que nous venons d'y appliquer, puisqu'il alloit ouvertement à l'établissement d'une puissance qui nous fiit redoutable ; que son dessein étoitd'affoiblir et de mettre si bas l'autorité royale, que , s'emparant ou s'assurant par divers moyens des principales places du royaume, et s' attachant par obligation, par crainte ou par intérêt, toutes les personnes qui ont du crédit ou quelques bonnes qualités, il pût après en tout temps résister hautement à tout ce qui seroit de notre vouloir quand il ne seroit pas 'conforme au sien ; jeter impunément le trouble let la guerre dans. l'État selon ses intérêts ou ses caprices; profiter de toutes les occasions qui s'offriroient d'agrandir encore sa fortune ; et enfin, à le bien prendre, qu'il pût pendant notre bas âge nous réduire en état que nous n'eussions plus, arrivant à notre majorité, que le nom de roi et les apparences, et qu'il en eût en effet toute la puissance et l'autorité.

C'est véritablement la pluft favorable acception qu'on pourroit donner à la conduite qu'il a tenue particulièrement depuis que les commandements de nos armées que nous lui avons coa- Béslui ont Tourni matière d'y acquérir grande réputation et d'y faire quantité de créatures, et que, d'ailleurs, il s'est vu en possession de tant d'établissements considérables, que nous lui avons donnés coup sur coup pour l'obliger par gratitude à n'avoir d'autre pensée que celle de bien nous servir. Mais, bien loin de la reconnoissance que nous nous en étions promise, c'a été alors qu'il a commencé à lever le masque et à vouloir surtout faire éclater la grandeur de son crédit, afin que personne ne prît plus d'autre voie que celle de recourir à lui pour obtenir des grâces de nous, ou pour éviter le châtiment de quelque crime; c'a été alors que les pratiques cachées qu'il avoit faites auparavant pour gagner à sa dévotion tous les officiers de nos troupes, et notamment les étrangers qui nous servent (à quoi il avoit mis un soin tout particulier), ont été cbangées en des menées ouvertes pour se les acquérir et les rendre tout à fait dépendants de lui ; c'a été alors qu'il a fait voir clairement que le bien de notre service n'a jamais eu en son intention que la moindre part dans les actions de guerre qu'il a entreprises, puisqu'au plus pressant besoin que

nos annes aient jamais eu d'un chef de sa condition, et de son autorité pour suppléer à divers manquements restés de nos derniers désordres, il a évité de s'engager au commandement de nos armées qu'il poursuivoit autrefois avec tant d'ardeur, afin de pouvoir s'appliquer tout entier à la cour et à ses cabales, croyant le temps propre arrivé de cueillir le fruit qu'il s'étoit proposé, lorsque, toutes les campagnes, il hasardoit un combat général sur cette maxime dont il s'est souvent expliqué : que, gagnant la victoire , il augmentoit sa réputation et avoit même de nouveaux prétextes plausibles de se faire donner d'autres récompenses; et que, les perdant, et nos affaires venant ensuite à tomber en désordre, il en seroit d'autant plus considéré pour le besoin qu'on auroit de lui ; c'a été alors qu'il est devenu libéral de caresses plus qu'à son ordinaire, et qu'il a fait des recherches continuelles à tous les gouverneurs de places et à tous ceux qui possèdent des charges de quelque conséquence, ou qui sont assurés par des survivances ou par d'autres moyens d'y parvenir ; qu'il s'est engagé à nous presser pour tous les intérêts indistinctement de quiconque s'est adressé à lui, sans considérer s'il£ étoient préjudiciables à l'Etat ou non ; qu'il a fomenté tous les mécontents; qu'il a flatté leurs plaintes et promis de les assister ; qu'il a

tâché de débaucher tous ceux qui, par gratitude ou par affection, s^attachoient à nous et à leur devoir, diminuant le prix des gràceà qu^on leur avoit faites, ou leur voulant persuader quMIs n'en pouvoient à l'avenir espérer aucune que par son moyen ; c'a été alors qu'il a exigé de ceux qui lui oflFroient service un serment de fidélité, de le lui rendre aveuglément envers et contre tous, sans distinction de personnes ni de qualités, et qu'il a persécuté ouvertement en diverses manières tous ceux qui n'ont pas voulu entrer avec lui dans cette dépendance ; c'a été alors que tout homme qui se donnoit à lui, avoit le mérite et les qualités pour être préféré sans difficulté à tout autre concurrent ; que ceux qui se tenoient dans leur devoir, sans autre visée que de nous bien servir, étoient toujours des lâches et des gens de rien ; que ceux-ci mêmes devenoient en un instant de grands personnages dignes de toutes sortes d'emplois et de récompenses dès qu'ils se dévouoient à ses intérêts, ce qui étoit une voie sûre de passer du néant au mérite, et de l'inhabileté à la suffisance, comme il étoit infaillible d'acquérir son ^amitié et sa protection dès que l'on perdoit nos bonnes grâces ; c'a été alors qu'il a fait des diligences sans nombre pour avoir à lui tous ceux qui avoient des charges dans notre maison ou pour la garde de notre personne j qu'il a pro-

légè ouTertement tous les délinquants, pourvu qu'ils recourussent à lui, quoiqu'ils eussent avant cela des attachements contraires ; que sa maison a été notoirement un asile pour tous les crimes qui se commettoient; c'a été alors qu'il a commencé à demander généralement tout ce qui vaquoit, de quelque nature qu^il pi\t être ; qu'en toutes occasions, autant petites que grandes, il a mis le marché à la main et me* nacé de quitter tout, de se cantonner et de se mettre à la tête de ceux qui seroient contre nous.

« Enfin c'a été alors que pour mieux faire parottre sa puissance et sa fermeté pour les personnes qui entroient dans ses intérêts, il ne s'est pas contenté d'obtenir des grâces, mais il a mieux aimé que le monde crût qu'il nous les arrachoit par violence; témoin le gouvernement du Pont- de-l' Arche qu'il voulut emporter de haute lutte et à jour nommé, sans quoi il nous fit entendre qu'il alloit allumer un nouveau feu dans l'Etat ; mais parce qu'il reconnut bien que la demande qu'il faisoit de cette place, étoil odieuse et généralement désapprouvée dans le monde , il publia d'abord qu'il ne poursuivoit la chose qu'à cause qu'il s'étoit engagé de parole au duc de Longueville de la lui faire avoir, déclarant au reste qu'il ne seroitpas excusable si, étant comblé de nos

bienfaits de toute façon et si ayant de plus grands établissements qu*aucun prince n'a eu en France depuis Torigine de la monarchie, il prétendoit jamais rien ni pour lui ni pour les siens après cette affaire-là achevée. Nous nous portâmes donc encore dans cette occurreuce-là à contenter son impétuosité, nonobstant la manière dont il en avoit usé, afin de lui ôter tout prétexte de brouiller; mais quoique l'accommodement de cette affaire eût passé par les mains de notre très*cher oncle le duc d'Orléans, qui voulut en être l'entremetteur pour conserver la tranquillité publique, il se trouva le lendemain qu'on n'avoit rien avancé et que ce n'étoit pas le même homme qui, le soir d^auparavant, avoit témoigné une entière satisfaction à notredit oncle, et donné sa parole de bien servir. Il reprit, le jour suivant, ses premières froideurs et témoigna disposition à faire pis pour extorquer de nous quelques nouveaux avantages, ne se voulant plus souvenir de la déclaration qu'il avoit formellement renouvelée de ne prétendre jamais rien après le Pontde-F Arche accordé. Enfin la reine lassée de tant de rechutes, et voulant, s'il étoit possible, couper pour une bonne fois la racine de toute mésintelligence, le fit presser vivement de s'expliquer nettement de ce qu'il désiroit pour vivre en repos et dans son devoir. Sur quoi

ayant déclaré qu'il avoit conçu de Tombrage de quelques alliances (auxquelles néanmoins il avoit non-seulement, dès les* premiers jours qu'il en fut parlé, donné son consentement, mai^ les avoit conseillées lui-même, six mois durant, comme les croyant fort utiles), et ayant en outre témoigné souhaiter que la reine lui promît une sincère et entière attention, comme aussi de faire grande considération des personnes qu'il lui recommanderoit dans des rencontres, et enfin de lui donner part généralement de tout ce qui se résoudroit en quelque matière que ce put être, la reine eut la bonté en premier lieu, pour lui ôter tout prétexte de dégoût et de méfiance, de lui faire promettre qu'on ne concluroit rien dans ces alliances-là que de conceit ave^ui ; et quant aux deux autres points, elle y engagea d'autant plus librement sa parole qu'elle ne se souvenoit pas d'y avoir jamais manqué et croyoit même d'avoir plutdt penché du côté de l'excès que de l'omission. Mais oh connut bientôt par son procédé à quel dessein il avoit exigé de la sorte des promesses non nécessaires et que son but en cela n' avoit été autre que d'avoir un nouveau prétexte de les étendre à demander plus hardiment et exécuter avec plus de hauteur tout ce qui lui tomberoit dans l'esprit qui pût servir à avancer son projet de se rendre maître

absolu des forces de TEtat. Et en effet, à quatre jours de là, la correspondance dont il commença de payer la sincère affection que la reine lui avoit promise, avec toutes les solennités et sûretés qu'il avoit désirées, ne fut «pas simplement de recevoir en sa protection ceux qui la lui demandèrent contre elle, mais de l'offrir lui-même à diverses personnes qui avoient encouru notreindignationoudès longtemps auparavant ou pour des fautes qu'ils venoient de commettre. Notre cousin le maréchal de Schomberg se trouva bientôt après en danger de la vie : on tient d'abord sur ces incidents un conseil dans la famille du dit prince dont le résultat est de demander et d'emporter, à quelque prix que ce soit, le gouvernement de Metz et pays ftessin pour le prince de Gonty qui étoit d'ailleurs en traité pour avoir aussi l'évêché de Metz. La reine, notre très-honorée dame et mère, est forcée par la folle conduite d'un extravagant de le chasser hors de sa présence ; ledit prince prend aussitôt sa protection à découvert; l'empêche de se retirer, veut même contraindre la reine à le recevoir et par un insupportable manquement de respect qu'aucun François n'entendra sans une indiG[nation extrême, il vient jusqu'à menacer de prendre cet étourdi dans sa maison et de le mener tous les j ours devant la reine ; et si on n'eût été obligé par

. pradence à lui faire espérer que le temps raccommoderoit cette affaire, et que lui-même n'eût ap-

. préhendé de nuire à d'autres grandes prétentions qu'il poursuiVoit en même temps, on eût couru risque de voir réduite notre très-honorée dame et mère ou à souffrir de lui cette injure ou à se porter à toute extrémité pour s'en défendre. Qui n'a point su les différentes partialités si préjudiciables au bien de l'Etat et de nqtre service qu'il a témoignées dans les derniers mouvements de Provence et de Guienne, où en deux affaires de même nature il vouloit en un lieu relever entièrement l'autorité du gouvernement à Toppression du parlement, et en l'autre faire directement le contraire, sans qu'il eût aucune autre raison d'un procédé si différent qu'à cause que l'un des gouverheurs étoit son parent et qu'il n'aimoit pas Tautre ; afin que par de semblables exemples de grand éclat, chacun venant à reconnoître ce que coûtoit son aversion et ce que sa protection valoit, on ne songeât plus qu'à se départir de toute amitié et dépendance pour se donner à lui sans réserve. Quelle autre patience que celle de la reine eût pu souffrir le prince, dans un conseil tenu en notre présence, menaçant de rouer de coups de bâton dans Paris les députés de notre parlement de Provence parce qu'ils avoient osé faire plainte, dé la part de leur corps, des mauvais traitements

qu'ils prétendoient leur être faits par notre cousin le comte d'Alais, contraires aux conditions de pacification que nous avions accordées à cette province -là? Quel moyen de tolérer plus longtemps la violence avec laquelle il avoit commencé de suffoquer la liberté de nos conseils, par sa manière d'agir impétueuse envers les ministres qui ont l'honneur d'y assister, dont presque aucun n'étoit plus exempt de menaces en particulier ou d'affronts en public et en notre présence même quand leur conscience et leur devoir les obligeoient à embrasser quelque avis qui ne se trouvoit pas conforme à celui dudit prince ?

« Sa modération n'étoit pas plus grande dans les gouvernements que nous lui avons confiés. Ce n'étoit pas assez que tout ce qu'une grande province , comme la Bourgogne , fournissoit avec tant d'affection et de ponctualité pour notre épargne, fflt entièrement absorbé par lui et par les siens, s'il n'y eût encore exercé une puissance qui faisoit gémir sous son oppression tous les particuliers dont plusieurs ont été forcés de nous faire des plaintes en secret, et nous remontrer qu'il ne lui restoit plus qu'à prendre la qualité de duc pour en être souverain. Notre province de Champagne ne recevoit pas de son frère un plus favorable traitement, tous les bourgs et villages et la plupart des villes ayant

été tellement exposés ou au pillage des troupes qui portent son nom, ou à T avarice de ceux qui s'étoient emparés de son esprit, pour obtenir des délogements, que grand nombre de familles ont été obligées d'abandonner les lieux de leur demeure pour se retirer aux pays étrangers circon voisins. Avec quelles paroles enfin expliquerons - nous l' affaire du Havre et les moyens criminels qu*il a tenus pour s^emparer de cette place, l'une des plus importantes du royaume pour sa situation et sans contredit la meilleure pour sa force?

Après avoir employé diverses pratiques pour séduire la jeunesse de notre cousin le duc de Richelieu afin de lui faire épouser clandestinement une femme qui par divers respects est entièrement dans sa dépendance, non content de nous avoir sensiblement ofiFensé pour s'être rendu avec le prince de Conty et la duchesse de Longueville, sa sœur, les promoteurs du mariage d'un duc et pair, pourvu d'une des principales charges de l'État, sans notre su et sans notre permission,, et d'avoir voulu comme autoriser par leur présence un contrat de cette natpre prohibé par les lois du royaume, comme si ce n'étoit pas assez de s'être emparé par cette voie illicite de la personne d'un jeune homme, il le fait partir, la même nuit de ses noces, lui donne pour conseil et pour conduc-

teur celui des siens qui avoit déjà été employé à le débaucher, et le fait jeter en diligence dans le Havre, afin de s'emparer ainsi de cette place, laquelle étaiit située à Tembouchure de la rivière de Seine, peut donner lieu de maîtriser Rouen et Paris, tenir en sa sujétion tout le commerce de ces deux grandes villes, recevoir en un besoin des secours étrangers et pouvoir introduire à point nommé lem^s forces dans le royaume quand pour ses fins particulières il auroit dessein de troubler TEtat. Et d^autant quMl jugea bien qu*il y auroit aussitôt nombre de courriers dépêchés vei:s ledit duc de Richelieu pour lui faire conhoître en cette rencontre notre intérêt et le sien, il en dépêcha plusieurs à Tinstant pour faire arrêter en chemin les autres, violant en cela au plus haut point qu'on peut concevoir, le respect, la fidélité et l'obéissance qui nous sont dus. Ensuite de quoi par im attentat encore plus grand, la reine ayant envoyé elle-même une personne expresse à Sainte-Maure qui commandoit dans le Havre, pour lui porter ses ordres dans un événement de si haute conséquence, et lui faire entendre l'obligation qu'il avoit de nous conserver la place sans y souffrir aucun changement, il n'en fut pas plutôt averti qu'il dépêche un autre courrier et mande qu'on jette dans la mer, une pierre au col, la personne

qui amVeroit chargée des ordres de la reine ; et cela avec une telle présomption et un si grand mépris de notre autorité qu'il a été le premier à s^en vanter hautement. Enfin pour nous ôter par divers moyens toute disposition de cette place, il fait partir en diligence la dame même qui lui avoit T obligation récente de son mariage, lui fournit de Targent pour gagner de plus en plus l'esprit du jeune duc, en envoie encore par d'autres voies pour le payement de la garnison afin de s'acquérir les officiers et les soldats qui la composent ; et pour y avoir, outre tout cela, d'autres gens plus à sa dévotion, et qui lui fussent connus, il fait accompagner ladite dame de bon nombre d'hommes à cheval qui s'y sont jetés, faisant courir le bi*uit qu'on avoit dessein de l'enlever en chemin. Tant d'entreprises sur la puissance royale dont cette dernière seule du Havre est digne d'un châtiment rigoureux, ne nous ont plus laissé aucun lieu de douter des pernicieux desseins de notredit cousin, non plus que de la hardiesse qu'il eût eue à les exécuter si nous n'y eussions apporté à temps un remède proportionné à la gi*andeurdu mal. Cependant, afin que vous soyez informés aussi des nouveaux moyens qu'il méditoit, pour pousser son projet en avant, et' des travaux qu'il nous préparoit encore et que nous avons prévenus

par sa détention, voici ce qui létoit en dernier lieu sur le tapis : Il traitoit avec Tambassadeur de Mantoue pour Tachât de la place et de la principauté de Charleville, non-seulement sans notre permission, mais contre le refus exprès que nous lui en avons toujours fait ; et parce que nous avions adroitement fait naître entre eux des difficultés sur le prix, le sieur Perrault avoit depuis peu déclaré suidit ambassadeur que son maître dépêcheroit dans peu de jours à Mantoue une personne expresse pour conclure l'affaire avec le duc même. Sur quelques oppositions qui avoient été formées à la jouissance de Clermont et des domaines des environs (quoique faciles à surmonter, comme il a paru depuis), ledit prince s*étoit déjà laissé entendre que, s'il y étoit troublé, il falloit lui donner la place de Sedan et tout le* domaine qui en dépend, qui a été par nous récompensé à notre cousin le duc de Bouillon de la valeur de beaucoup de millions.

« Des personnes dépendantes de lui avoient introduit présentement une négociation avec le sieur d'Aiguebère pour l'achat du gouvernement du Mont- Olympe qu'il faisoit état de payer de son propre argent pour le faire tomber entre les mains de quelqu'un des siens, afin qu'il n'y eût plus de place en Bourgogne qui ne fiit à lui, hors Châlons. Il nous pressoit d'à-

cheter du sieur Plessis-Besançon à nos dépens le gouvernement des ville et citadelle d'Âuxonne pour une de ses créatures. Il avoit même redoublé depuis peu les diligences qu'il a toujours employées pour faire réussir le mariage du marquis de La Moussaye avec la fille du sieur d'Erlach, gouverneur de Brissac, afin d'avoir encore cette place importante à sa dévotion, quoiqu'en cela comme en toute autre chose, nous ayons tout sujet de nous louer de la conduite et de la fidélité dudit sieur d'Erlach. Nous avons aussi été averti de divers endroits qu'il faisoit traiter quelques autres mariages pour mettre , par ce moyen , dans sa dépendance, des principales charges du royaume et bon nombre de places de grande considération. Il avoit fait venir à la cour , malgré toutes ses incommodités , notre cousin le maréchal de Brézé pour se joindre ensemble à demander encore la charge de chef et surintendant des mers, quoique Tun ni Tautre ne puissent y avoir Tombre seulement imaginaire d'aucun droit. Ledit prince a déjà été récompensé deux fois, comme nous l'avons dit; et ledit maréchal a été gratifié encore en cette considération , après la mort de son fils, de trente-trois mille livres à prendre annuellement sur les droits d'arréragé qui sont les plus clairs deniers de ladite charge. En outre,

bien que ledit maréchal ait tiré , depuis quelques mois, par notre grâce et permission, cent mille écus de sa démission du gouvernement d'Anjou et que toutes ses sûretés aient été prises pour faire que cette somme vienne après sa mort à notre cousin , le duc d'Anguien , lesdits prince et maréchal avoient encore dessein de nous presser tous deux de donner la survivance du gouvernement de Saumur au duc d'Anguien. Et cela étant accordé, nous savons que ledit prince, pour se rendre toujours plus considérable dans ses gouvernements et dans ses charges, avoit résolu de nous faire les dernières instances pour emporter tout d'un coup, en faveur de son fils, âgé seulement de six ans, tout ce généralement que nous avons donné en divers temps à son père et à lui.

Quand nous n'aurions point été touché des préjudices et des périls ci-dessus exprimés qui nous menaçoient, où nous pourrions même ajouter beaucoup d'autres, que pour certaines considérations et circonstances il n'est pas à propos de donner au public, il s'est rencontré que tout ce que nous avons de fidèles serviteurs dans notre conseil et au dehors nous ont représenté en même temps qu'une plus longue patience rendroit bientôt le mal sans remède, et que l'unique moyen d'en garantir notre Etat, aussi bien que notre personne , étoit de

faire arrêter mondit cousin qui, tenant tous les jours des conseils de famille pour rétablissement de cette puissance qu'ils vouloient opposer à la nôtre, n'avoient pas honte de compter entre les moyens d'y parvenir, outre les grandes charges et les gouvernements des provinces qui sont à eux ou dans leur dépendance, qu'ils étoient déjà maîtres de toutes les grandes rivières du royaume par les diverses places qu'ils ont entre les mains, ou qu'ils croyoient avoir à leur dévotion sur la rivière de Seine, de Meuse, de Saône, du Rhône, de Loire, de Garonne. Enfin, pour renouveler, si on eût pu, en ces temps-ci, l'exemple des anciennes puissances qui ont fait passer autrefois ceux qui les ont eues d'un état particulier à la royauté , et, afin que l'autorité que ledit prince a déjà envahie fut encore accrue notablemnnt, étant appuyée par un pouvoir légitime émané de nous, il poursuivoit vivement pour se faire donner l'épée de connétable (quoique la charge ait été supprimée) ; laquelle jointe au bâton de gi^and maître et à l'amirauté dont il ne tendit la poursuite en permanence que jusqu'à ce qu'il eût été créé connétable, il eût eu par l'une, notre maison et tous nos domestiques en son pouvoir ; par l'autre, le commandement général sur tous les gens de guerre de notre royaume; et par la troisième, la puissance absolue sur la

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