‹ Histoire anecdotique de la jeunesse de MazarinChapitre 19 sur 22 · NOT · texte numérisé non relu

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mer et sur les côtes ; et comme nous lui avions fait représenter touchant l'épée de connétable que notre très-cher oncle le duc d'Orléans aùroit grand sujet d'être offensé pour l'intérêt de la charge qu'il a de notre lieutenant général en toutes nos armées et provinces , il demandoit maintenant que nous fissions expédier les provisions sans le su de mon oncle pour les tenir seci'ètes jusqu'à ce qu'il eût pu le lui faire trouver bon, ou plutôt jusqu'à ce que les desseins qu'il méditoit lui donnassent lieu de soutenir l'affaire hautement, quelque désordre qu'il en eût pu arriver. Cependant, pour se mettre mieux en état de nous violenter en toutes choses, en même temps qu'il faisoit des poursuites si extraordinaires, il demandoit avec instance, sous divers prétexies, qu'on fît approcher de ces quartiers-ci les troupes qui portent son nom ou qui en dépendent, lesquelles seules sont capables de composer un corps d'armée, sans avoir égard que la plupart sont employées pour notre service et pour la défense de l'État en divers lieux fort éloignés, circonstance que nous estimons digne de très-grave réflexion, aussi bien que celle des fortifications de Stenay et de Clermont où on travailloit incessam* ment à ses dépens; comme encore le prix fait depuis un mois à deux cent mille francs pour fortifier Bellcgarde ; n'étant guère à pré- ,

sumer qu^à moijis d'avoir des pensées et des desseins tout à fait extraordinaires, il eût voulu employer son propre argent à rendre plus fortes des places qui sont déjà de soi en très-bon état et qui ne sont menacées d'aucun ennemi.

Nous avons , par beaucoup de respects, dissimulé nos justes ressentiments jusqu'à une telle extrémité que nous sommes assuré que le monde jugera que nous avons trop hasardé par notre patience.

« Il est vrai que nous espérions toujours que la prudence que notredit cousin pourroit acquérir avec Tâge, modéreroit cette grande ardeur, ou que tant de bienfaits sans exemple dont nous l'avions comblé Tobligeroient à se tenir par gratitude dans les termes de son devoir; mais ayant au contraire vu les choses réduites en tels termes qu'il falloit se résoudre ou à lui accorder tout (et par cette voie nous aurions été bientôt dépouillé) ou à le lui refuser (et nous l'aurions vu bientôt les armes à la main contre nous-même); voyant d'ailleurs que la profusion de nos gi'âces ne lui servoit plus qu'à lui en faire prétendre tous les jours de nouvelles, qu'une plus grande tolérance seroit la perte infaillible de l'État si on ne trouvoit bientôt quelque moyen d'arrêter la course violente de ce torrent qui n'avoit plus de digues qu'il ne rompît pour tout inonder ; et ayant

enfin remarqué depuis quelque temps que les avis que nous recevions de quelque endroit que ce fût des pays étrangers, s'accordoient tous à dire que le plus véritable sujet de l'aversion que les Espagnols témoignent à la conclusion de la paix procède de ce quHls veulent voir auparavant à quoi aboutiront les desseins et les actions du prince de Condé qui va, disoient-ils, s'emparant, tous les jours, des principales forces de l'État et de l'autorité , ce qui ne peut pas tarder ou de produire^ une guerre civile dans ce royaume, ou de causer le bouleversement de cette monarchie, nous avons estimé que ce seroit défaillir à Dieu qui nous a commis le régime de cet État, à nous-même et au bien et repos de nos sujets si nous n'apportions, sans plus de délai, remède à un mal devenu désormais si pressant, qu'il eût pu, étant négligé, donner bientôt un coup fatal à l'État. Nous avons donc résolu par l'avis de la reine régente, notre très-honorée dame et mère, de nous assurer de la personne de nôtredit couwsin le prince de Condé, comme aussi de celle de notre cousin le prince de Conty, complice présentement de tous les desseins de son frère, et qui depuis notre retour à Paris a incessamment visé et concouru par sa conduite à toutes les mêmes fins. Quant à notre cousin le duc de Longueville, nous nous étions pro-

mis que le grand nombre de grâces que nous lui avions accordées, soit en places, soit en honneurs ou en biens, et que nous avons même de beaucoup augmentées depuis nos dernières déclarations de paix, lobligeroient suivant ses promesses et son devoir à procurer de toute sa puissance le repos de la province que noi)S lui avons confiée, et le bien de notre service dans le reste de TÉtat ; mais nous avons remarqué depuis ce temps- là qu^il n'a rien omis d^extraordinaire et d'injuste pour acquérir dans son gouvernement un crédit redoutable ; qu'il ne s'est pas contenté d'y posséder diverses places très-considérables dont Tune a été arrachée de nous en dernier lieu par les artifices que chacun a vus, ni de voir presque toutes les autres, aussi bien que les principales charges de la province, entre les mains de ses dépendants; qu'il ne s'est pas contenté d'avoir joint à la charge de gouverneur en chef celle de bailli de Rouen et de Gaen pour avoir un prétexte apparenunent légitime de troubler la fonction de nos juges ordinaires, et par ce moyen usurper une nouvelle autorité dans la justice aussi bien que dans les armes; et enfin qu'il ne s'est pas contenté de faire travailler ouvertement des émissaires pour débaucher les esprits de nos fidèles sujets et attirer dans sa dépendance tous ceux qui ont témoi-

gné affection pour notre service, n^ayant pas fait scrupule de les menacer d'une entière ruine s^ils refusoient plus longtemps d'épouser aveuglément toutes ses passions; mais aussi qu'il a eu part dans les conseils et principaux desseins de nosdits cousins les princes de Gondé et de Conty, et qu'iL a presque toujours assisté aux délibérations tenues dans leui*s familles pour rétablissement et augmentation de leur commune grandeur et d'une puissance légitimement suspecte à celle que Dieu nous a donnée dans notre royaume ; et d'ailleurs que les siens disoient déjà insolemment dans sa maison que si Tannée dernière il ne put venir à bout du Havre tout seul,- tous ensemble auroient fait enfin le coup, ensuite de quoi on devoit l'appeler duc de Normandie, ne lui restant pas à beaucoup près tant de chemin à faire pour aller à la souveraineté qu'il en avoit fait pour parvenir à l'excès, du pouvoir et des forces qu'il avoit dans la province; voyant en effet qu'il commençoit à exercer divers actes de cette prétendue souveraineté par des désobéissances formelles à nos ordres ; témoin le refus qui fut fait, il n'y a que peu de jours, au Pontde- l'Arche, de recevoir les compagnies de gens d'armes et de chevau-légers de notre garde ; quoiqu'il n'y eût que peu de jours que nous l'avions mis en possession de cette place

et qu'il y eût un ordre exprès signé de nous pour les y faire loger; nous avons été ainsi contraint par tant de respects de nous assurer de la personne de notredit cousin le duc de Longueville. Cependant nous voulons bien vous faire savoir qu'encore que tous ces périls dont notre royaume étoit menacé, fussent si grands et si pressants que ç'a'été presque dé* faillir au devoir d'un bon roi d'avoir différé jusqu'à présent les remèdes nécessaires pour l'en garantir, néanmoins l'amour que nous avons pour la justice, et l'appréhension que Ton ne nous imputât d'en vouloir arrêter le cours pour d'autres fins, nous a fait tenir toutes choses en suspens, même avec beaucoup de hasard, pour vous donner le temps d'achever le procès que vous aviez commencé par notre ordre et à la requête du procureur général contre tous ceux qui se trouveront coupables de la sédition qui fut excitée l'onzième décembre dernier {affaire des rentiers de t Hôtel de cille et coup de pistolet de Guy Joly) ou de l'entreprise faite contre la personne dudit prince de Condé, que voulons être continué par vous sans interruption et selon la rigueur de nos ordonnances ; mais ayant su que ledit prince avoit fait approcher de lui plusieurs gentilshommes de sa dépendance, des officiers de ses troupes et que de ses plus confidents

s^étoient laissés entendre quHl mëditoit quelque dessein qui ne pouvoit être qu'au préjudice de notre autorité et du repos de nos sujets, puisqu'il ne nous en donnoit aucune connoissance, ayant même d'ailleurs reçu des avis certains qu'il se préparoit à se retirer dans son gouvernement en diligence et sans notre congé, aussitôt qu'il verroit que les choses ne passeroient pas entièrement selon son désir parmi vous, afin d'y faire éclore avec plus de sûreté les résolutions formées de longue main dans son esprit, et que de concert avec lui, lesdits prince de Conty et duc de Longueville se dévoient aussi rendre en même temps dans leurs gouvernements, il n'a plus été en notre pouvoir d'user de remise ; et nous avons été forcé pour le repos de notre Etat de passer par- dessus toute autre considération et de nous assurer de leurs personnes sans plus de délai. Et d'autant que leurs partisans et ceux qui vont sans cesse cherchant les occasions de brouiller pourroient essayer de dopner quelque mauvaise interprétation à une résolution si juste et si nécessaire pour le repos et salut de notre Etat» que notre devoir nous oblige de préférer à toute autre chose, nous déclarons n'avoir aucune intention dé rien faire contre notre déclaration du vingt- deuxième octobre 1648, ni contre celle du mois de mars 1649 et autres

NOTES. a09

que nous ayons fait publier depuis pour la pacification des troubles passés, tant dans notre bonne ville de Paris et la Normandie que la Proyence et la Guienne; lesquelles nous voulons et entendons demeurer en leur force et vertu en tous les chefs qu'elles contiennent; car tel est notre plaisir. Donné à Paris le 19 janvier 1660. Signé : Louts. Et plus bas : Par le roi et la reine régente, sa mère présente :

DE GuÉNÉGAUD. »

Cette lettre fut envoyée le 21 janvier à la Chambre des Comptes et à la Cour des Aides.

Omer Talon raconte qu^elle procédoit de la main du cardinal Mazarin, lequel Tavoit concertée avec Lionne. Puis il ajoute : « Elle fut lue dans la grande Chambre, en notre présence, avec grande attention et grand silence, per^ sonne n'ayant sourcillé ni rendu aucun témoignage de contradiction à tout ce qui est écrit en icelle y que j'ai appris être absolument dans la vérité de l'histoire et qu'il n'y a dans tout ce narré aucune supposition. »

Si le parlement garda le silence , les pamphlétaires prirent là parole. Il y eut bientôt plusieurs réponses à la Lettre, Nous n'en mdiquerons que deux : Discours au parlement sur la détention des princes. S. 1. n; d.,'31 pages in- 4*5 Factum pour MM. les princes; égale-

ment S. 1. n. d., 30 p^es. Il y a dans ce dernier pamphlet une phrase qui est tout un trait de mœurs : « Autrefois on condamnoit quelquefois les princes à mort ; mais on ne les mettoit pas en prison. »

62. La joie du peuple n'éclata pas seulement en feux de joie, comme le dit Oneedei dans la lettre que nous venons de citer; elle éclata aussi en libelles. Du 18 janvier au 2 février on n^en compta guère moins de quarante. Il y en a dont il suffit de rappeler le titre, conmie celui-cî : le Retour du prince de Condé dans le if entre de sa mère, Inde exeunt flumina^ înde revertuntur.

< Ce fier torrent dont la rage et l'envie Ravageoît tout, sans ordre ni raison, S'est englouti dans la même prison Où il avoit reçu l'air et la vie. »

S. 1. n. d., 11 pages. Avons-nous besoin de dire qu'ici la mère du prince de Condé, c'est le château de Vincennes ? Il y a d'autres pamphlets dont il est à propos de reproduire au moins quelques vers pour donner une idée complète de l'esprit de vengeance qui animoit la Fronde. Dans le Magnificat de la reine sur la détention d£S princes. Paris, Jeau Brunet, 1650, 8 pages; la dernière stance, qui correspond au

Gloria patri^ est adressée au capitaine des gardes de la reine :

<c Guitaut, que jamais la faveur Après ce coup ne t'abandonne, Puisque tu causes le bonheur Du peuple et de la couronne. »

C^est sans fiel cela. Le pamphlétaire veut le bien de Guitaut; il ne dit pas qu'il veuille le mal du prince de Condé. Il sait se contenir.

En voici un autre qui ^'exprime plus librement ; c'est l'auteur du Reçers du prince de Condéy en vers burlesques^ et le regret de quitter la cille de Paris pour aller loger au château de yincennes, Paris, veuve d'Ânthoine Coulon, 1650, 8 pages.

« Dieu veuille qu'il y demeure

Tant que pour le tirer dehors

Paris remue son grand corps ,

Ou recommence le grabuge

Qu'il Et pour sauver le bon juge (Broussel)....

D'où pour le repos de la France

Le plus jeune sorte grison....

De parler ici d'échafaud,

Je ne l'ose faire tout haut. »

63. La princesse de Condé arriva à Bordeaux le 31 mai; et le 1®"^ juin, Arrêt de la cour du parlement de Bordeaux portant que le roi sera très-humblement supplié d'agréer que

madame la princesse de Condé et M, le duc dH Anguien^ son fils, demeureront en la pré sente i/ille, sous sa sauvegarde et de sa justice^ at^ec le registre y mentionné, Bordeaux, J. Mongiron Millanges, 1650, 4 pages. Le roi partit de Paris pour la Guienne le 4 juillet. La paix fut faite le l**" octobre : Déclaration du roi a^cor^ dée à son parlement et cille de Bordeaux^ du 1*' octobre 1650, portant amnistie générale de ce qui a été fait depuis la dernière déclaration de Sa Majesté^ du 26 décembre 1649, enregistrée en ladite cour^ le 1 janvier 1650, ensemble les propositions de monseigneur le duc d'Orléans^ registres du parlement de Paris^ lettre de Sadite Majesté portant approbation dCiceux et révocation de M* le duc d^Épernon du gouvernement de Guyenne , avec V arrêt d! enregistrement et de publication, Bordeaux, L. Mongiron Millanges, 1650, 12 pages. Pour avoir toutes les pièces annoncées dans le titre il faut joindre à la Déclaration la Vraie suite de la déclaration du roi accordée pour la pa^ cification des troubles de Bordeaux^ du V^ octobre 1650, à Bourg sur la mer^ portant amnistie générale de ce qui a été fait depuis la dernière déclaration de Sa Majesté du 2.6 décembre 1649, enregistrée en ladite cour^ le 7 janvier 1650, ensemble les propositions de monseigneur le duc dH Orléans^ registres du par-

lementde Paris ^ lettre de Sadite Majesté^ portant approbation Vieeux et ré\>ocation de M. le duc d'Epernon du gouvernement de Guyenne , avec t arrêt d'enregistrement et publication et actes de protestation de serment faite par madame la princesse , pour elle et M, le duc cTEnguyen (sic), son filsj les ducs de Bouillon et de La Rochefoucault de demeurer dans le service du roi, Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1650, 7 pages.

64. Attaqué le 10 juin, le Câtelet fut rendu le 15. La Gapelle fut prise le 3 août, après une vaine tentative des Espagnols contre Guise que défendoit Bridieu et dont ils levèrent le siège le 1*"" juillet. Château-Porcien (le Castel Percia du texte) et Rhetel suivirent de près.

65. C'est alors que les prisonniers furent transférés de Yincennes à Marcoussis, gros château à quelques lieues de Paris ^ près de Montihéry. La translation eut lieu le 3 septembre.

66. César de Choiseul, maréchal du Plessis- Praslin, mopt en 1675. Il a laissé des Mémoires qui sont bien connus.

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