La bataille de Rethel, que du Plessis
Praslin gagna le 15 décembre contre Turenne.
68 . Le roi y assista en personne , ainsi que le montre la Lettre du roi ençoyée à MM. les préçot des marchands et échet^ins de la cille de Paris sur la grande défaite des troupes espagnoles^ lorraines et autres rebelles de ce royaume^ et pour assister au Te Deum ou Sa Majesté sera en personne, Paris , Pierre RocoUet, 1650, 4 page§. La lettre est datée du 18 décembre.
69. Mazarin partit de Paris le 6 février 1 651 . Son départ fut salué par la publication d'une douzaine de pamphlets assez maussades, quoique plusieurs aient été reproduits dans le Nou-veau Siècle de Louis XIV ^ de Sautereau de Marsy.
70. C'est une fausse date. Les princes, rendus à la liberté le 1 3 février, firent leur entrée dans Paris le 16.
71 . Dès le 7 février, il y avoit eu un Arrêt de la cour de parlement pour la liberté de MM. les princes et Véloignement du cardinal Mazarin hors du royaume de France^ le 7 février 1651. Paris, par les imprimeurs et li-
NOTES. Ûib
braires ordinaires du roi. S. d., 6 pages. Le 9, autre Arrêt de Icl cour de parlement^ toutes les chambres assemblées , portant que le cardinal Mazàrin^ ses parents et domestiques étrangers i^uideront le royaume de France; autrement permis aux communes et autres de courir sus, açec autres ordres pour cet effet. Du jeudi^ 9 février 1651. Paiûs, par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 16Ô1, 4 pages. Le 20, troisième Arrêt de la cour de parlement portant qu aucuns cardinaux étrangers ^ natu^ ralisésy même François^ ne seront reçus dans les conseils d'État du roi , et que les qualités de notre très^cher et bien- aimé ^ attribuées au cardinal Mazarin , seront retranchées de la déclaration de Sa Majesté, Du lundis 20 février 1 661 . Paris, Jean Guignard, 1 651 , 4 pages. Enfin, le 11 mars, dernier Arrêt de la cour de parlement^ toutes les chambres assemblées^ contre le cardinal Mazarin, Du samedi^ 11 mars 1651. Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi. S. 1., 6 pages. Cet arrêt confirme tous les précédents.
72. Il faut probablement lire Dourlens où Mazarin étoît en efiet vers la fin de février. En tout cas, ce ne peut être Orléans. Qu'il y ait une lettre du cardinal à la reine, comme le dit le biographe, c'est possible; c'est probable
même; et celle que nous allons citer tout à Theure donne tout lieu de le croire ; mais nous n'avons rencontré nulle part le texte de la lettre de Dourlens.
73. Le premier écuyer étoit alors Henri de Beringhen, sieur d'Herminvilliers, mort en 1692. S'il eut la commission de porter à Mazarin la lettre de la reine, ce fut avec Henri Massuis, sieur, puis marquis de Ruvigny.
74. Cette lettre a été publiée en 1661, sans nom de lieu ni d'imprimeur, sous le titre de : Lettre du cardinal Maiarin envoyée a la reine touchant sa sortie hors du royaume. Du sixième mars 1661. La voici :
Madame,
Aussitôt que j'ai vu dans la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire, et reconnu par ce que M. de Ruvigny y a ajouté de sa part, que le service du roi et le vôtre demandoient que ma retraite de la cour fût suivie de ma sortie hors du royaume, j'ai souscrit très-respectueusement à l'arrêt de Votre Majesté, dont les commandements et les lois seront toujours l'unique règle de ma vie. J'ai déjà dépêché un gentilhomme pour m'aller
chercher quelque azyle ; et quoique je sois sans équipage et dénué de toutes les choses nécessaires pour un long voyage, je partirai demain sans faute pour m'en aller droit à Sedan et de là passer au lieu que Ton aura pu obtenir pour ma demeure. Je dois trop déférer aux ordres de Votre Majesté pour avoir hésité le moins du monde à prendre ces résolutions. Ce n'est pas, Madame, que beaucoup d'autres en ma place, avec la justice et le nombre d'amis que je puis avoir, n'eussent pu trouver des moyens pour se mettre à couvert des persécutions que je souffre, auxquels je neveux point puiser, aimant mieux contenter la passion de mes ennemis que de rien faire qui puisse préjudicier à l'Etat ou déplaire à Votre Majesté. Encore qu'en cette occasion, ils aient eu le pouvoir d'empêcher Son Altesse royale de suivre les mouvements de sa bonté naturelle, ils n'ont pas laissé de lui témoigner, contre leur intention, qu'ils avoient fort bonne opinion de ma fidélité, de mon zèle pour le bien de l'Etat et de mon entière résignation aux ordres de Votre Majesté ; car à moins que d'être entièrement persuadés que je suis inébranlable dans ces sentiments-là , ils n'auroient pas été assez peu prudents pour mç pousser avec tant de violence, sans faire aucune réflexion sur la connoissance que je dois avoir des plus secrètes et importantes affaires du
royaume, dont j'ai eu si longtemps le maniement, ni sur les amis que mes services et la bienveillance de Votre Majesté m'ont acquis et qui sont assez considérables par leur nombre, par leur qualité et par la passion qu'ils m'ont témoignée en ce rencontre. Mais j'ai trop de ressentiment, Madame, des grâces que j'ai reçues de Votre Majesté, pour être capable de lui déplaire ; et quand il faudroit sacrifier ma yie, je le ferois avec joie pour la moindre de ses satisfactions. J'en aurai beaucoup dans mon malheur si Votre Majesté a la bonté de conserver quelque souvenir des services que j'ai rendus à l'Etat, depuis que le feu roi, de glorieuse mémoire, me fit l'honneur de me confier la principale direction de ses affaires et de prier Votre Majesté, plusieurs fois avant sa mort, de me maintenir dans la même place. Je me suis acquitté de cet emploi avec la fidélité, le zèle et le désintéressement que Votre Majesté sait, et s'il m'est bienséant de le dire, avec quelque peine, puisque toutes les personnes sensées, et les Espagnols même avouent qu'ils se sont moins étonnés des grandes conquêtes que les armées du roi ont faites dans les cinq premières années de votre régence, que de voir que pendant les trois dernières on ait pu soutenir les affaires, sauver du naufrage un vaisseau battu de tous cotés, et si furieusement agité par la
tempête que les divisions domestiques avoient excitées. J^eusse bien souhaité, Madame, de pouvoir cacher aux étrangers le mauvais traitement que je reçois, pour empêcher que le blâme ne rejaillisse sur une nation que j'ai toujours honorée et chérie avec tant de tendresse ; mais quand ils iue verront errant parmi eux, avec les personnes qui me sont plus proches, pour chercher un abri, ils auront sujet de s'étonner qu'un cardinal qui a l'honneur d'être parrain du roi soit traité de la sorte, et que vingt-deux ans de services fidèles ne lui aient pu acquérir une retraite sûre en quelqu' endroit d'un royaume dont les limites ont été assez notablement étendues par ses soins.
Je prie Dieu, Madame, que comme ce qui m'est arrivé n'altérera jamais la passion immuable que je conserverai jusqu'à la mort pour la prospérité de Vos Majestés, pour l'agrandissement de l'Etat, je puisse aussi en faire bientôt cesser les désordres et montrer que ceux qui m'ont attaqué n'en veulent qu'à ma personne.
C'est,
Madame,
De Votre Majesté
Le très-humble, très*obéissant serviteur et sujet,
Jules, cardinal Mazarin»
75. Le château de Breuil, petite place entre Cologne et Bonne.
76, Nous ne voyons pas bien à quel arrêt du parlement le biographe fait allusion. Il n'y en eut pas moins de trois dans le mois de décembre 1651, un quatrième en février et un cinquième en mars 1652, sans compter deux arrêts du 24 avril et du 7 septembre 1651 en faveur des créanciers du cardinal. Le premier a été publié sous ce titre : Arrêt de la cour de parlement^ toutes les chambres assembléesj contre le cardinal Mazarin^ du 13 décent'bre 1651. Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1651, 8 pages. Voici le second : Arrêt de la cour de parlement^ toutes les chambres assemblées^ contre le cardinal Mazarin et ses adhérents^ du vingtième jour de décembre 1651 . Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1651, 7 pages. Le troisième a été rendu le 29 décembre : Arrêt de la cour de parlement donné contre le cardinal Mazarin^ publié le 30 décembre 1651.
Paris, parles imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1651, 7 pages. Le titre du quatrième est ainsi conçu : Arrêt de la cour de parlement donné ^ toutes les chambres assemblées ^ contre le cardinal Mazarin du 25 janvier 1652.
Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires
du roi, 1652, 6 pages. Enfin le cinquième ordonne l'exécution de tous les autres : Arrêt du parlement^ toutes les chambres assemblées ^ portant que sans s* arrêter à V arrêt du grand conseil du 22 février dernier^ les arrêts de la cour de parlement donnés contre le cardinal Mazarin seront exécutés y du 21 mars 1652. Paris, par les imprimeurs et libraires ordinaires du roi, 1652, 4 pages.
77. Les pièces où sont le plus complètement exposés les griefs de la Fronde sur ce point sont : Apologie particulière pour M. le duc de Longueçillcy oit il est traité des serçices que sa maison et sa personne ont rendus à F Etat ,
. tant pour la guerre que pour la paix^ at^ec la réponse aux imputations calomnieuses de ses ennemis, par un gentilhomme breton. Amsterdam (Paris) y 1650, 116 pages; et Apologie pour messieurs les princes , enç^oyée par madame de Longueçille à messieurs du parle-ment de Paris. (S. 1. 1650.) 37 pages.
78. Ce troisième point de l'accusation a plus occupé les pamphlétaires que le parlement. On a publié, le 25 octobre 1650, une Lettre du Grand Turc écrite en France à M, Rousseau, avocat au conseil, au sujet des Arméniens pris en mer qui sont de présent à Paris, Paris, Ni-
colas Jacquard, 1650, 6 pages. Dans la Plainte publique sur F interruption du cont" merce^ Paris, Jean Brunet (1650), 20 pages; Tauteur ne dénonce pas seulement Tintelligence avec les corsaires, mais la course même que font les vaisseaux du roi , pour deux raisons, dit-il : la première, c'est que les navires alliés refusent d'amener et d'aller ou d'envoyer à bord lorsqu'ils en reçoivent le commandement; la seconde, que les navires amis portent des marchandises ennemies. Il afBrme que le commerce maritime employoit mille grands vaisseaux, sans compter les moyens et les petits, et trente mille mariniersr Les grandes pèches occupoient trois cents bâtiments et dii^ mille matelots. Ces assertions seroient trèsdignes d'intérêt si elles avoient quelque caractère de certitude. En 1652 un autre pamphlet donne sur ce grief de Topinion des détails encore plus précis; c'est celui qui est intitulé : Observations sur quelques lettres écrites au cardinal Mazarin et par le cardinal Mazarin, Paris , .Nicolas Vivenait , 74 pages. « Demandez aux marchands de Paris, de Rouen, de Saint-Malo, de Nantes, de Bordeaux, de Marseille, de Lyon, de Toulon et autres villes. Os vous diront que trois ou quatre millions volés sur les Anglois, les Hollandois, les Arméniens, les Vénitiens, les Génois, coûtent le
NOTES. 22a
triple aux François qui naviguent sur les mers Océane et Méditerranée; que quatre ou cinq corsaires enrichis et la part que le cardinal Mazarin a eue en leur butin, ont entièrement ruiné notre commerce ; outre la haine dans laquelle on a jette notre nation. Ne sait-on pas que par lettres patentes il a été permis- à nos capitaines de vaisseaux et galères de prendre tout ce qui leur seroit nécessaire pour leur subsistance sur amis ou ennemis, alliés ou non alliés et même sur les sujets du roi, sans avoir épargné le pape et le grand-duc qui en ont porté leurs plaintes? Ignorons-nous que le cardinal Mazarin a tiré de ce brigandage, dans une année, jusqu'à huit cent mille livres; qu'il jouit encore à présent sous le nom de la reine du tiers de tout ce qui est écume sur les deux mers ; et qu'il tient à Toulon un agent qui autorise ces voleries et fait la recette de ce qui en provient? »
79. Dubosc Montandré qualifie ces maximes de maximes* italiennes dans le Dérèglement de l'Etat ou les curieux {verront que les çéritables causes des désordres sont ; 1 . le mépris de la religion dans la diç^ision de ses docteurs ^ dans la politique des prédicateurs et dans le maU" i^ais exemple des grands ; 2 . la confusion des trois Etats dans V ambition déréglée du clergé ^
dans Vabus de la noblesse et dans le luxe du peuple; 3. F impunité des crimes dans les personnes publiques ; 4. la trop grande abondance des richesses dans les ecclésiastiques ; 5. le munirais usage de la politique dans la pratique des maximes italiennes^ contraires à la simplicité des François ; avec un discours ensuite qui fera i^oir dans Inapplication de ces cinq causes à leurs effets^ par les exemples du temps ^ que tous les désordres de VÉtat en sont proçenus» S. 1. 1651, 39 pages. Les maximes italiennes sont que le roi est maître absolu de la vie et des biens de ses sujets; qu'il n'est pas obligé de tenir sa parole , et que l'intérêt est la seule règle de la dispensation des charges publiques. On les retrouve sous une forme plus concise et plus ferme dans les Trèshumbles remontrances par écrit faites et présentées au roi par messieurs du parlement de Paris en la i^ille de Sully-sur-Loire contre le retour et pour Véloignement et la punition du cardinal Mazarin. Paris, veuve J. Guillemot, 1652, 15 pages : « La bonne foi ne doit être en usage que parmi les marchands. L'honnête homme nVst pas esclave de sa parole. Il n'y a pas de danger de mentir pourvu que le mensonge ne soit découvert qu'après qu'il a réussi. » C*est ici le lieu de remarquer que les pamphlétaires protestants, et notamment les
réfugiés, ont emprunté le fond de leurs déclamations contre Louis XIY aux accusations de la Fronde contre Mazarin. Il n'y en a pas d^exemple plus frappant que le libelle diabolique qui a paru à Cologne pour la première fois en 1684 et pour la dernière à Francfort, en 1706, sous le titre de Breçiarium politicum secundum rubricas Mazarinicas, Ce n'est, à le bien prendre, qu'un long et injurieux développement des maximes italiennes du pamphlet de Dubosc Montandré et des Très -humbles remontrances. Un autre libelle, aujourd'hui plus célèbre encore que le Bre\fiarium politicum^ peut-être parce qu'il a eu moins d'éditions et qu'il est plus rarcj les Soupirs de la France escla%fe qui aspire à la liberté^ nous fournit sur ce sujet l'occasion d'un rapprochement curieux. Jurieu, qu'il faut en croire l'auteur, à notre avis, y dit, p^e 83 : « Pharamond a établi la monarchie françoise sur ces deux lois : la première, que le peuple seroit maître de l'élection de ses rois ; la seconde, que l'autorité des rois seroit bornée selon la volonté du peuple. » C'est le droit public qu'il oppose à la royauté de Louis XIV. Or, on avoit^lu, en 1652, dans une mazarinade de Dubosc Montandré : Le coup d!Etat du parlement des pairs ou le Prince convainquant le Mazarin par la raison et par r histoire^ etc. : « Le pouvoir que les Francs
donnèrent à Pharamond à la naissance de leur monarchie, doit être la règle de la royauté Françoise et le terme de son ambition. »
80. Abel Servien , marquis de Sablé, né à Grenoble en 1593, mort le 12 février 1669.
81. Hugues de Lionne, né à Grenoble en 1611, mort à Paria le 1*' septembre 1671.
82. L'arrêt du parlement fut rendu le 14 juillet 1651; mais les secrétaires d'État n'y furent pas nommés. La reine cependant comprit qu'elle devoit céder, et les congédia le 20.
83. Nicolas de Neuville, duc de Villeroi, maréchal de France, gouverneur du roî, né en 1597, mort le 28 novembre 1685. Il n'étoit pas l'ami de Mazarin ; mais il n'auroit eu garde de s'en déclarer l'ennemi. Un pamphlétaire l'avoit très-bien nommé :
« Cher favori de la prudence. »
84. Le garde des sceaux étoit Charles de l'Âubespine, marquis de Chateauneuf, né à Paris en 1580, mort en 1653. Ce ne fut pas le parlement qui le fit entrer au ministère après
la majorité du roi; ce fut la cabale de Mme de Qievreuse par le coadjuteur.
85. Léon Le Bouthillier, comte de Chavigny, mort en 1652. Il étoit de la faction du prince de Condé. La reine ne l'appela donc pas. Au contraire, elle lui fit un accueil trèssévère lorsqu'il se présenta pour prendre la place au moins d'un des secrétaires d'Etat.
86. Non pas le 18 juillet, mais le 21. Le biographe auroit dû dire d'abord que le prince de Condé s'étoit retiré à Saint-Maur le 6 ; que là il avoit écrit, le 7, la Lettre de monsieur le Prince à messieurs du parlement de Paris.
Paris, Nicolas Vivenay, 1651, 7 pages; que la reine avoit répondu par le papier non signé dont parle Omer Talon, et qui a été publié sous le titre de Réponse que la reine a donnée à messieurs les gens du roi pour porter au parlement^ après la lecture faite par Sa Ma^ jesté de la lettre de monsieur le Prince. Paris,
1651, '5 pages; enfin, que le prince avoit répliqué , le 9 , par la Seconde lettre écrite à messieurs du parlement par M, le prince de Condé ^ serçànt de réponse à V écrit envoyé par la reine régente à messieurs du parlement par messieurs les gens du roi, Paris, veuve J. Guillemot, 1651, 8 pages. L'arrêt même du 14 ne
suffit pas ^ur faire sortir de sa retraite le Prince, qui ne revint à Paris qu'après le départ des secrétaires d^Etat.
87. Ce bois étoit le Cours la Reine. La rencontre dont la date est contestée dut avoir lieu avant le. 25 juillet, puisque ce jourlà, le premier président la rappela au prince de Gondé dans la séance du parlement. Elle causa dans Paris une émotion as^ez vive pour qu'il fôt nécessaire de publier d'abord un Ai^is au peuple^ puis un Second avis sur les calomnies contre M, le Prince. Paris, Nicolas Vivenay, 1651.
88. C'est Henri-Âuguste de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d'État, mort en 1666.
89. Ni ce «récit, ni cette analyse du discours prononcé au nom du roi ne sont parfaitement exacts. Surtout il n'est pas vrai que le coadjuteur ait dénoncé un traité de Condé avec les Espagnols, encore moins qu'il en ait eu une copie. Mais nous ne pouvons pas nous engager à redresser toutes les erreurs du biographe. Il suffira de reproduire le texte du discours qui a été imprimé sous ce 'titre : Discours que le roi et la reine régente^ assistés de monseigneur le duc d! Orléans^ des princes^ ducs ^ pairs ^ ^ffi'
ciers de la couronne et grands du royaume^ ont fait lire en leur présence aux députés du Parlement , Chambre des Comptes , Cour des jéydes et corps de cille de Paris, au sujet de la résolution quils ont prise de F éloignement pour toujours du cardinal Mazarin hors du royaume, et sur la conduite présent^ de mon^ sieur le prince de Condé , le 17* Jour d^août 1661. Paris, par les imprimeurs' et libraires ordinaires du roi, 1651, 8 pages.
« C'est avec un extrême déplaisir qu'après toutes les déclarations que nous avons cidevant faites avec tant de solennité contre le retour du cardinal de Mazarin , nous vo^fons que les ennemis du repos de l'Etat se servent encore de ce prétexte pour y fomenter les divisions qu'ils y ont allumées. C'est ce qui nous a obligé à vous envoyer quérir pour vous déclarer de nouveau que nous voulons et entendons exclure pour jamais ledit cardinal nonseulement de nos conseils, mais de notre royaume, pays et places de notre obéissance et protection ; faisant défense à tous nos sujets d'avoir aucune correspondance avec lui, enjoignant très-expressément que toutes personnes qui contreviendront à notre volonté encourent les peines portées par les ordonnances des rois nos prédécesseurs et par les derniers arrêts de nos cours souveraines, voulant que toutes dé-
clarations oécessaires pour cela soient expédiées. Après vous avoir donné ces assurances , et à tous nos sujets, nous ne pouvons plus dissimuler, sans blesser notre autorité, ce qui se passe. Un chacun sait les grâces que la maison de mon cousin le prince de Gondé et lui en particulier ont reçues du feu roi, de glorieuse mémoire, mon Irès-honoré seigneur et père, et de lareine, ma très-honorée dame et mère, rég^ite. Après avoir accordé sa liberté aux instantes prières de mon très-cher et très-aimé oncle le duc d'Orléans et aux très humbles supplications de mon parlement de Paris ; après lui avoir rendu le rang qu^il avoit dans mes conseils, restitué le gouvernement des provinces et places que lui et les siens tiennent dans mon royaume en si grand nombre qu'il est aisé de juger que celui qui les a désirées vouloit plutôt prendre le chemin de se faire craindre que de se faire aimer ; après avoir rétabli les troupes levées sous son nom, capables de composer une armée; après lui avoir accordé l'échange du gouvernement de Bourgogne avec celui de Guyenne, lui ayant permis de retenir les places qu'il avoit dans la province qu'il laissoit, ce qui ne s'étoit jamais pratiqué ; après lui avoir fait payer les sommes immenses qu'il disoit lui être dues d'arrérages, de pensions, d'appointements, de désintéressement, de montres de
ses troupes et garnisons, qui sont telles que pour le contenter, on a été contraint de divertir les fonds destinés à Tentretien de ma maison et subsistance de mes armées ; bref n*ayant rien omis de ce qui lui pouvoit apporter une entière satisfaction et le disposer à employer les bonnes qualités que Dieu lui a données, et qu'il a fait paroître autrefois, à l'avantage de notre service, nous avions conçu cette espérance lorsqu'à notre très-grand regret elle a été trompée par des actions bien contraires aux protestations qu'il nous avoit faites solennellement dans l'assemblée de notre parlement. Nous ne dirons rien de ce que, aussitôt après sa liberté , T ardeur de ses poursuites nous porta à faire les changements que ^ vous avez vus dans le conseil. Cette entreprise lui ayant réussi, il prit la hardiesse d'accuser et se plaindre de la conduite de trois de nos officiers ou de la reine, notre très -honorée dame et mère, laquelle leur ordonna de se retirer non-seulement de notre cour, mais de notre bonne ville de Paris, pour ôter à notre dit cousin tout prétexte de plainte et pour étouffer les tumultes qu'il excitoit. Nous espérions que toutes ces grâces le disposeroient à nous complaire en quelque chose, ou pour le moins Tempécheroient de continuer ses mauvais desseins, lorsquavecun extrême regret nous avons
VU des effets tous contraires à ceux que nos bontés avoient tâché de provoquer. Nous avons remarqué qu'après que notre très-cher et bienaimé oncle le duc d'Orléans lui a donné de notre part et a porté à notre parlement nos paroles royales qui lui offroient toutes les sûretés qu'il pouvoit désirer et qu'il avoit requises, il demeura quelques jours sans pouvoir se résoudre à nous voir, quoiqu'il se fût rencontré une fois à notre passage. Enfin, pressé par notre parlement de nous rendre ses devoirs, il prit résolution de nous voir une seule fois, où il fut reçu par la reine notre très-honorée dame, mère et régente, avec toutes les démonstrations d'une parfaite bienveillance qui eût été capable de le guérir de ses appréhensions, si elles ne venoient plutôt de sa propre conscience que des mauvais offices qu'il veut croire lui être rendus. Nous sommes obligé de vous dire ce qui est venu en notre connoissance touchant ses menées tant au dedans comme au dehors de notre royaume. Pour commencer parles choses qui sont publiques, c])acun a vu que notredit cousin s'est absenjté depuis deux mois de nos conseils, qu'il les a décriés dans nos parlements et partout ailleurs, disant qu'il ne pouvoit se fier en nous ni en ceux qui nous approchoient ; ayant écrit à tous nosdits parlements et quelques-unes de nos bonnes villes pour leur don-
ner de mauvaises impressions de nos intentions ; engageant en même temps dans toutes nos provinces plusieurs gentilshommes et soldats à prendre les armes aussitôt qu'ils en seroient requis de sa part. Nous avons appris aussi qu'il renforcoit les garnisons des places que nous lui avons confiées, les munissoit de toutes choses nécessaires, et faisoit sans nos ordres travailler en diligence aux fortifications, employant à cela nos sujets et les contraignant d'abandonner leurs récoltes. Il a fait retirer nos cousines, sa femme et sa sœur, dans le fort château de Mouron. Il a ramassé de toutes parts des sommes notables de deniers. Enfin il pratique publiquement tout ce qui peut nous donner sujet de croire ses mauvaises intentions. Nous avons été confirmé en cette croyance par les avis certains que nous avons reçus de divers endroits, des intelligences qu'il formoit avec les ennemis, tant à Bruxelles avec l'Autriche que dans le camp avec le' comte de Fuensaldagne, faisant escorter ses courriers jusque dans les portes de Cambray par quelque cavalerie tirée des troupes qtd n'obéisssent qu'à lui seul. Ces pratiques étant faites à notre insçu, sans nos passe-ports et contre notre volonté, qui peut douter de s6n intelligence avec ceux contre lesquels nous sommes en guerre ouverte ? Il n'a voulu non plus faire sortir les Espagnols
de ia ville de Stenay, ainsi qu'il s'étoit obligé de le faire; cette seule condition ayant été exigée de lui lorsqu'il fut retiré de prison.
» Sa conduite est cause que don Estevan de Guemarre s'est approché de la Meuse avec son armée, qu'il a ravitaillé Mouson et s'est conservé le passage de Dun, qui met en contribution une partie de la Champagne. Pour donner aussi plus de moyen à nos ennemis d'entreprendre contre nous, et arrêter les progrès que notre armée plus puissante que la leur pourroit faire dans les Pays-Bas, par une entreprise qui n'a jamais été vue dans notre royaume, quelques ordres exprès qui aient été donnés, ceux qui commandoient ses troupes n'ont jamais voulu obéir aux commandements que nous leur avons faits, de joindre les siennes au corps d'armée où elles avoient été destinées par nous et par notre oncle le duc d'Orléans ; ce qui a renversé jusqu'à présent tous nos desseins, tant à cause de la juste défiance que nous avons eue de ceux de notre cousin, comme aussi parce qu'il a donné loisir aux ennemis de se reconnoitre et de se mettre, en état de s'opposer à nos forces, outi*e que leur résolution s'est augmentée par les espéiances, ou pour mieux dire, par les assurances qu'on leur a données de quelque mouvement dans notre royaume. Mous ne pouvons nous empêcher de vous dire toutes
les désolations que les gens de guerre commandés par notredit cousin ont faites et qu^ils contiauent de faire en se maintenant entre la Picardie et la Champagne, qu'ils achèvent de ruiner, au lieu d'être dans les pays ennemis à leur faire la guerre. La liberté que ces troupes prennent de piller nos sujets, fait aussi que plusieurs de nos sujets abandonnent notre camp pour vivre dans la licence qui est dans le sien. Nous avons bien voulu vous donner part de toutes ces choses, encore que la plus grande partie vous fût déjà connue. Nous croyons que vous jugerez par ces déportements publics de notredit cousin que ses menées secrètes ne sont pas moins dangereuses. La connoissance que nous en avons ne nous permet pas de le pouvoir dissimuler plus longtemps sans abandonner le gouvernail de cet Etat que Dieu nous a mis en main et que nous sommes résolu détenir avec fermeté. Nous savons que si nous n'apportons un prompt remède aux désordres qu'on veut jeter dans notre État, nous ne pouvons obliger nos ennemis d'entendre à la paix que nous désirons de conclure, ni réformer les abus qui se sont glissés- dans notre royaume, ainsi agité par tant de pernicieux desseins et entreprises, si nous ne les prévenions et en arrêtions le cours, comme nous sommes résolu de le faire par les moyens que Dieu nous a mis en main,
dans Tassurance que nous avons et que vous nous avez toujours témoignée, de votre fidélité et affectioQ à maintenir notre autorité, entretenir nos sujets dans T obéissance qu'ils nous doivent ; et nous nous assurons que vous continuerez à apporter tout ce qui dépendra de vos soins, pour faire valoir nos bonnes intentions pour le bien et repos de notre royaume. Fait à Paris le dix-septième jour d'août mil «ix cent cinquante-un. Signé Louis; et plus bas de
GuÉNÉGÀUD. »
On sait par le témoignage du cardinal de Retz que ce discours fut écrit par le président de Bellièvre sous la dictée de Châteauneuf, adouci par le conseil de Gondi et approuvé par Mole, qui pourtant « y trouva trop de vinaigre et y mit du sel. » Suivant Mme de Motteville, le premier président se contenta « d'y corriger quelque chose qu'il jugea ne pas être selon l'ordre » ; et le duc d'Orléans « y corrigea deux articles qui ne pouvoient pas être prouvés contre le prince de Condé ! »
90. Il est impossible de reconnoître à ce récit la fameuse séance du 2t août; mais les faits de cette journée sont trop connus pour que nous ayons besoin d'en rétablir ici la vérité. Disons seulement que ce n'étoit pas pour une information juridique que le parlement
s^ëtoît réuni, mais pour continuer sa délibération sur les justifications présentées dès le 19 par le prince de Condé.
91. C'est limours apparemment qu'a voulu dire le biographe; mais Limours appartenoit au duc d'Orléans qui avoit coutume de s'y retirer dans ses bouderies contre la cour. Son château, avec titre de comté, à quelques kilomètres de Versailles, étoit alors la résidence favorite du prince. C'est aujourd'hui un des chefs-lieux de canton du département de Seine-et-Oise. De fait, après quatre séances du parlement, le prince de Condé retourna dans sa maison de Saint'Maur.