‹ Histoire anecdotique des barrières de Paris (volume 2)Chapitre 17 sur 47 · LA BARRIÈRE "DES Q4MANDIERS · texte numérisé non relu

LA BARRIÈRE "DES Q4MANDIERS

On ne pouvait trouver un nom plus fleuri pour un voisinage plus mélancolique : c'eft à vous donner envie d'aller vous faire enterrer tout de suite. Car, personne ne l'ignore, cette barrière — qui venait immédiatement après celle de Ménilmontant & dont les deux petits pavillons avaient été reconftruits en iSSy par l'architede Jay — était située en face de la terrasse du Père-Lachaisej qui occupe tout un côté du boulevard & dont une longue file de tombeaux coquets & empanachés de verdure semble faire des appels aux passants.

Appels rarement entendus^ frais de sédu£fion presque toujours perdus! Les passants passent rapidement, heureux de vivre en pensant qu'il y a là un peuple entier de morts auxquels ils comptent bien ne se mêler que le plus tard possible; ils passent &, dans

i(î() Les ^Barrières de Paris

leur joie puérile d'être encore de ce monde quand tant de gens — & de braves gens — n'en sont plus, ils vont s'inftaller sous les gloriettes des cabarets qui confinent au cimetière. Jamais le vin ne leur a paru aussi bon 1

C'ell: une tradition païenne que ces libations faites sur les cjrcueils, «Se qu'on ne trouve pas du tout indécente, — tant on a une morale facile en ce « plaisant pays de France! )) On vient d'enterrer un ami, un parent, quelqu'un de cher, une partie de soi-même, — la meilleure presque toujours : au lieu de s'en revenir vite chez soi pour y cacher ses larmes, on se laisse prendre le bras par des indifférents qui ont ce perdu leur journée » & veulent l'employer d'une façon guillerette; on se laisse entraîner par eux dans un des nombreux débits de consolation qui ont poussé autour du cimetière comme des champignons autour d'une planche pourrie, — - & l'on boit, & l'on se console ! Il faut bien noyer ses chagrins, — quitte à voir apparaître, plus menaçants, ceux d'entre eux qui savent nager...

Ah ! si les morts savaient combien peu ils sont regrettés, combien vite ils sont oubliés, ils ne voudraient jamais se laisser enterrer I

Son nom, la Barrière des Amandiers^ le devait à là. rue qui vient aboutir en cet endroit, — un chemin sinueux, ondoyant & divers à la fin du siècle dernier, une voie régulière «Se monotone depuis le commence-

La barrière des oAvmndicrs 167

ment de celui-ci. Singulière fée, l'Édilité ! Sous prétexte de nettoyer & d'embellir, elle gâte & enlaidit. J'aimais mieux les viettes d'autrefois^ qui s'en allaient de guingois^ avec mille zigzags ^ compromettants peut-être pour leur dignité, mais amusants au possible; elles avaient de la boue parfois^ des ornières, de la poussière^ toutes sortes d'inconvénients, mais je n'en raffolais pas moins, — parce qu'elles conduisaient toujours^ à travers champs^ à quelque Moulin de la Galette, vers quelque gai cabaret aux barreaux verts^ où l'on buvait du vin plus vert encore.

Je les ai suivis ^ ces chemins^ D'abord tout seul, dans mon enfance, Puis à deux, mes mains dans les mains De je ne sais plus quelle Hortense.

Infidèle, t'en souviens-tu ?...

A défaut d'autres, la mémoire Peut passer pour une vertu...

Si je racontais ton histoire?....

Mais à quoi bon : Le merle blanc Des femmes eft encore à naître ; Faut-il donc s'en percer le flanc Ou s'en jeter par la fenêtre i...

Si l'une me trompa jadis, Depuis j'en ai trompé vingt autres , Ou sinon vingt, pour le moins dix..

Mes trahisons valent les vôtres!

ôS Les 'Barrières de Paris

Nous sommes quittes désormais, Chère âme que j'ai méconnue !

Vous m'aimiez et je vous aimais...

Ah ! si vous étiez revenue !

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