LA "BARRIÈRE "DE FONTARABIE
A propos de celle-là aussi, le savant & naïf propriétaire-rédacieur de VAlmanach du Commerce — un livre énorme! — n'a pas craint d'avouer son ignorance, (c Nous ne savons d'où vient le mot Fonta^ rabie^ ^ dit-il à la page 221 de son Dictionnaire.
Fontarabie, monsieur, vient de Fons rapidus en latin & de Fuenterrabia en espagnol. C'eft une ville située sur la Bidassoa, à l'embouchure de cette rivière, dans le golfe de Gascogne. Voilà déjà une source. Il y en a d'autres. Fontarabie a été assiégée à plusieurs re prises, notamment en i52i & en 1794. 1794 eft une date bien rapprochée de celle du baptême des barrières parisiennes; & cependant ce n'elt pas au siège du i" août 1794 que celle-ci dut son nom, puisque je le retrouve sur le plan de Roussel^ gravé en 173 1. Ne vous rappeliez-vous donc plus, monsieur & cher con-
lyS les Ixu mères de Taris
frère^ la conférence politique de l'Ile des Faisans? Ne saviez-voLis donc pas qu'un petit village situé à l'cft de Paris^ à droite du Mont-Louis, avait gardé le souvenir de cette conférence, comme plus tard le petit village d'AufterlitZj à gauche de la Salpétrière^ celui de la fameuse bataille que Napoléon faillit ne pas gagner ? Le village de Malakoff, dans la plaine de Vanves, n'a pas non plus d'autre origine. Ah! monsieur & cher confrère^ votre Dictionnaire eft certainement précieux pour les paresseux qui aiment la besogne toute faite, mais il eft bien incomplet; & si vous étiez encore de ce monde, vous en conviendriez volontiers avec moi.
La barrière de Fontarabie s'appelait aussi Bannière de Charonne, parce qu'elle conduisait au village de Charonne^ dont l'église, une des plus anciennes de la banlieue, eft perchée sur la crête de la montagne , comme un phare pour les âmes en détresse.
C'eft de cet endroit que, lors des troubles de la Fronde^ Paris étant partagé en deux camps, S. M. Louis XI Vj roitelet abrité sous
L'écarlate linceul du pâle Mazarin,
contemplait les progrès de l'insurreclion au faubourg Saint-Antoine, où Turenne^ qui commandait en son nom , eût écrasé l'armée des Frondeurs , commandée par le prince de Condé, si mademoiselle de Mont-
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pensier n'eût fait tirer à temps le canon de la Bastille.
En cet endroit aussi, le 3o mars 1814^ les Parisiens soutinrent vaillamment l'attaque des Cosaques & leur firent même rebrousser deux ou trois fois chemin; mais là comme aux buttes Chaumont^ comme à la barrière de Clichy, comme à l'avenue de Vincenncs^ le courage dut céder devant le nombre. Les Parisiens furent culbutés à leur tour jusque dans le Père-Lachaise^ ou ne craignirent pas de les poursuivre les Russes de la division du prince Gortschakoff. Ceux qui furent tués là n'eurent pas loin à aller pour se faire enterrer.
Pour ces héi-oïques vaincus Nul n'a fait d'oraison suprême^ Nul n'a conté leurs jours vécus Obscurs tout comme leur mort même.
Ils sont tombés, épis humains,
Sous la faux du grand Faucheur sombre ^
Agitant encore leurs mains
Lorsque leurs yeux se couvraient d'ombre.
Braves gens ! Pauvres gens aussi !
Martyrs de leur patriotisme j Au lieu de leur dire merci, Je crois qu'on a d\X cliaiivinisvic!
j8o Les ^an'ières de Taris
Les Cosaques de l'avenir Les vengeront de cette injure...
Eh bien ! ils peuvent revenir :
Je serai chauvin, je le jure!