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CHAPITRE II l'institut national de musique

Les théâtres marchent de concert avec les manifestations populaires ; leurs programmes en sont comme un écho. Voici que les comédiens du Roi représentent en janvier, Épiménide ou le Réveil de la Liberté; tandis que s'entasse à la Monnaie, la vaisselle d'argent sacrifiée à l'envi par le clergé, par la noblesse et la bourgeoisie, les Dangers de Vopinion apparaissent sur l'affiche de la Nation.

Bientôt, à l'Opéra, on osera mettre Louis IX

en scène; Talma adressera une plainte contre le curé de Saint-Sulpice qui a refusé de le marier.

La misère grandit et, par ordre de la Municipalité, on multiplie les représentations au profit des pauvres. Puis les journaux, tout entiers au formidable bouleversement qui menace, abandonnent musique et théâtres.

Une note apprend que dans le Despotisme renversé, l'orchestre a joué le Ça ira, mais on néglige de rendre compte des opéras nouveaux; on nous annonce que, le 2 avril 1791, toutes les scènes parisiennes font relâche à la nouvelles delà mort de Mirabeau, et on s'occupe à peine de la séparation survenue entre les comédiens.

Quand commence l'année 179'2, le sieur Dorfeuilleréussit à intéresser quelquesgazettes

à un projet gigantesque. Il veut fonder un grand théâtre embrassant tous les genres, théâtre de la Réunion des Arts, auquel serait attachée une École de chant, de déclamation et de danse. 11 suffirait, pour réaliser ce plan, d'unesouscriptionde3,000billetsà3,0001ivres.

Le versement proposé rencontre peu d'amateurs ; il n'était plus question de musique.

La garde nationale a tous les sourires de la foule ; c'est son uniforme que porte le Dauphin, lors de la dernière revue passée par le Roi et la Reine dans les Champs-Elysées; c'est pour sa musique, que dès la fin de 1789, Bernard Sarrette, capitaine d'état-major, a réuni quarante-cinq hommes, leur a donné des maîtres, les a fait instruire. L'année suivante, la Municipalité les prend à sa charge.

Un arrêté de la Commune, daté du 9 juin 1792, institue : l'École gratuite de Musique de la Garde nationale parisienne.

Les soixante bataillons présentent cent vingt élèves, fils de gardes nationaux. Les uns, âgés de 10 à 16 ans, n'ont encore aucune connaissance musicale, tandis qu'une certaine instruction est exigée des autres ayant de 18 à 20 ans.

Les élèves doivent se pourvoir d'un uniforme, se fournir d'instruments, de papier à musique sur lequel ils transcriront durant une heure, chaque jour, les ouvrages nécessaires à leurs études. Ils recevront, par semaine, deux leçons de solfège, trois d'instruments.

La République veut multiplier les fêtes, les cérémonies imitées de l'antique, et la musique figurera au premier rang de ses programmes.

Le 20 brumaire, an II (10 novembre 1793), dans Notre-Dame, nouvellement épurée, un

hymne à la déesse Raison souligne l'enthousiasme des adorateurs.

Dix jours plus tard, l'École de la Garde Nationale donne son premier exercice public sur le théâtre de la rue Feydeau. Un discours de Sarrette, vantant les mérites et l'utilité de l'institution, remplit l'entr'acte du concert d.nis lequel on a remarqué une ouverture de Catel, « élève de Gossec si universellement connu, soit comme le premier harmoniste de France, soit comme excellent républicain. » Accueillis avec une faveur marquée le ci-clezant 0 Salutaris de Gossec encore, exécuté à trois cors, et, du même, une symphonie concertante pour onze instruments à vent.

La prise de Toulon est célébrée le 10 nivôse (30 décembre). Dans le cortège, organisé par David, prennent place 50 tambours, les musiques de la force armée parisienne, les artistes chargés de l'exécution des hymnes.

Chœur au départ, chœur au temple de l'Humanité, où les invalides se joignent au défilé, chœur au Champ-de-Mars devant l'autel de l'Immortalité.

Chants et instruments vont prendre une telle importance dans les cérémonies, qu'un magasin de musique à Vusage des fêtes nationales s'établit rue Joseph, section de Brutus. On y annonce la publication de Vhymne à la Divinité par Bruni, de rhym,ne à l'Être suprême composé par Gossec :

Ton templeest sur les monts, dans les airs, sur les ondes, Tu n'as point de passé, tu n'as point d'avenir. Et sans les occuper tu remplis tous les mondes Qui ne peuvent te contenir.

La mise en scène de la lête du 19 prairial a été minutieusement réglée d'avance par David. Cent tambours et les élèves de Fins-

titut national, qui vient, par décret de la Convention, de remplacer l'Ecole de Musique, accompagneront le peuple dans l'hommage rendu à l'Être suprême. « Les jeunes filles jetteront des fleurs vers le ciel et, simultanément, les adolescents tireront leurs sabres et jureront de rendre partout leurs armes victorieuses. Les vieillards ravis apposeront leurs mains sur leurs têtes. Après la dernière strophe, tous les Français confondant leurs sentiments dans un embrassement fraternel, termineront la fête en faisant retentir les airs du cri général : Vive la République ! »

La victoire de Fleurus donne prétexte à' une fête à laquelle est convié l'Institut national ; Catel est désigné pour écrire le chœur patriotique :

Soleil, témoin de la victoire, Sois fier d'éclairtr des Français!

Les élèves de la Patrie qui apprennent la natation à l'école du cito5''en Tarquin, réclament, eux aussi, un orchestre pour célébrer, comme leurs aînés, les lauriers de Fleurus. « Il y a eu danse dans le bassin par un grand nombre de nageurs, ce qui a rendu cette fête des plus agréables. »

H3'mne de Méhul pour la fête de Barra et de Viala, chœur de Catel le 23 thermidor, chants de victoire, fanfares de trompettes se su'ivent de près.

Le deuxième jour des sans-culottides, apparaît le nom de Cherubini, célébrant, sur une pièce de Chénier, la gloire des martyrs de la Liberté et de ses défenseurs. Le corps de Marat est porté au Panthéon; « une musique mélodieuse, dont le caractère doux et tranquille peindra l'immortalité », salue le cortège à l'entrée du Temple.

Vient, avec l'an III, le tour de Rousseau. Ses restes vont être transportés sous le dôme consacré aux grands hommes ; on veut honorer à la fois l'auteur d'Emile et le compositeur du Devin du village.

La fête débute aux Tuileries, où le corps a passé la nuit sur un bassin orné de lampions, rappelant par une décoration ingénieuse l'île d'Ermenonville.

Le rôle de l'Institut national commence dès l'arrivée de la Convention, saluée par l'air : « J'ai perdu tout mon bonheur. » Après la lecture du décret accordant aux cendres les honneurs de l'apothéose, autre mélodie empruntée, elle aussi, à l'œuvre de Jean-Jacques : « Dans ma cabane obscure ». Enfin, quand le cercueil paraît à l'entrée du Panthéon,

éclate le motif connu : « Je Vai planté, je l'ai vu naître ».

Pour terminer la cérémonie, hymne de Gossec :

Toi qui d'Emile et de Sophie Dessinas les traits ingénus,

dont les différentes strophes sont chantées tour à tour par les "vieillards et les mères de famille, les représentants du peuple, les enfants, les jeunes filles et les Genevois.

Nous retrouvons l'Institut national donnant, le 18 brumaire, un exercice public; « tirant les larmes des yeux attendris de la Convention et renouvelant par ses accents la tristesse dans tous les cœurs », le jour où. on célèbre pompeusement les funérailles de Féraud; exécutant, dans d'innombrables céré-

monies, les œuvres de circonstance dues à Lesueur , Gossec , Méhul , Catel, jusqu'au 16 thermidor, où Cbénier, au nom du Comité d'instruction publique, propose le décret, aussitôt adopté, qui organise le Conservatoire national de musique.

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