‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 101 sur 188 · Dans la nuit du 3 au 3 juin · texte numérisé non relu

Dans la nuit du 3 au 3 juin

6. Au méridien d’Antioche, le 3 juin, le soleil se lève à quatre heures et demie; ce fut donc vers quatre heures que commença l’escalade.

Première croisade. 10

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

I06 SCALIS MURUM ANTIOCHIAE FRANCI SCANDtJNT

habebimus, si Deo placet, in nostra® custodia. m Venerunt illi usque ad scalam, que jam erat erecta et fortiter ligata ad civitatis menia*, et ascenderunt per illam homines fere lx ex nostris ac divisi sunt per turres quas ille custodiebat**. Videns hoc Pirrus quod tam pauci ascendissent ex nostris, cepit pavere, timens sibi et nostris ne in manus Turcorum inciderent dixitque : « Micro Francos echome'' (hoc est : paucos Francos habemus)’. Ubi est acerrimus Boamundus? Ubi est ille® invictus? » Intérim descendit quidam serviens Langobardus* deorsum et cucurrit quantocius ad Boamundum, dicens : « Quid hic stas-^, vir prudens? Quamobrem hue venisti? Ecce nos jam très turres habemusl » Motus est ille cum aliis et omnes gaudentes pervenerunt ad scalam.

Videntes itaque^ qui jam erant in turribus ceperunt jocunda voce clamare : « Deus le volt* ! » Nos vero idem clamabamus^. Tunc^ ceperunt illico mirabiliter ascendere; ascenderunt tamen et cucurrerunt festinanter in alias turres; quos illic inveniebant morti tradebant*, fratrem quoque Pirri occiderunt. Interea forte rupta est^ scala per quam noster erat ascensus, unde inter nos orta est immensa angustia et tristicia. Quamquam autem scala fuisset fracta, tamen quedam porta erat juxta nos clausa in sinistra parte, que quibusdam manebat incognita; nox namque erat, sed tamen palpando et inquirendo invenimus eam omnesque cucurrimus ad illam et, ipsa fracta, intravimus per eam^

a. vestra B. — à. merulas B et Tudebode^ p. Sj; mergula « Hist. belli sacri », p. zp6. — c. observabat B. — d. Transcription du grec : (xtxpoi; ^pàyxou; miles B. —

/. Quid agis A^^ C. — g. illi qui A^, B, C. — h. Deus vult Ay C; Deus lo vult dans Tudebode, p. Sy, et F Hist. belli sacri », p. ig6. — i. nunc A^y A^y B. — k. A la suite de ce mot,

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

ESCALADE d’aNTIOCHE (3 juilî IO98) IO7

bientôt, s’il plaît à Dieu, sous notre garde. » Ils vinrent jusqu’à l’échelle qui était dressée et fortement liée aux murs de la cité; environ soixante hommes des nôtres l’escaladèrent et furent répartis entre les tours dont il avait la garde. Pirrus, voyant que si peu des nôtres étaient montés, commença à craindre, redoutant pour lui et les nôtres de tomber entre les mains des Turcs. « Mixpovç «tpàYxouc », s’écria-t-il

(c’est-à-dire : nous avons peu de Francs*). « Où est donc cet ardent Bohémond? Où est cet invincible? » Au même moment un sergent longobard^ redescendit et, courant précipitamment à Bohémond, lui dit : « Que fais-tu là, homme prudent? Pourquoi es-tu venu ici? Voici que nous tenons déjà trois tours! * Excité par ces mots, il rejoignit les autres, et tous parvinrent joyeusement à l’échelle.

A cette vue, ceux qui étaient déjà dans les tours se mirent à crier d’une voix joyeuse : « Dieu le veut! » Nous-mêmes poussions le même cri^ Alors commença l’escalade merveilleuse; ils atteignirent enfin le faîte et coururent à la hâte aux autres tours; ils massacraient tous ceux qu’ils y trouvaient, et le frère de Pirrus périt ainsi. Puis l’échelle par laquelle avait lieu notre escalade se rompit, ce qui nous plongea dans une grande angoisse et dans la tristesse. Cependant, bien que l’échelle fût rompue, il y avait à notre gauche une porte fermée, ignorée de quelques-uns. 11 faisait encore nuit, mais, en tâtonnant et en cherchant, nous finîmes par la trouver : tous nous y courûmes et, après l’avoir brisée, nous entrâmes grâce à elle^.

B ajoute : inveniebant, mortalem eis continue dabant sententiam. Même texte dans Tudebode, p. 5/, et dans V t Hist. belli sacri », p. ig6. — l. fracta C.

1. Il n’y a aucune raison pour mettre en doute, comme le veut Hagenmeyer (édition des Gesta, p. 3o3, n. 43), la véracité de la réflexion de Firouz. Le grec était resté en Orient une langue internationale et beaucoup de Turcs le parlaient.

Page 1