‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 109 sur 188 · LETTRE DE KERBOGA AU CALIFE II · texte numérisé non relu

LETTRE DE KERBOGA AU CALIFE II

pèlerins, et lui dirent : « Voici les armes que les Francs ont apportées pour nous combattre. » Courbaram, souriant, dit en présence de tous : « Telles sont les armes belliqueuses et brillantes que les chrétiens ont apportées pour nous surmonter en Asie et avec lesquelles ils pensent avec confiance nous chasser au delà du Khorassan et détruire notre nom jusque par delà les fleuves des Amazones^, eux qui ont expulsé nos parents de la Romanie et d’Antioche, cette ville royale, capitale magnifique de toute la Syrie 2. »

Aussitôt il convoqua son notaire et lui dit : « Écris tout de suite plusieurs chartes qui seront lues en Khorassan, à savoir : A notre calife apostolique^ et à notre seigneur-roi le Soudan, chevalier très courageux, et à tous les sages chevaliers du Khorassan, salut et grand honneur ! Puissent-ils être gais et, dans une joyeuse concorde, donner satisfaction à leur ventre, commander et pérorer dans toute la région, s’adonner à leur fougue et à leur luxure et engendrer beaucoup de fils capables de combattre vaillamment contre les chrétiens. Qu’ils veuillent bien accepter ces trois armes que nous avons enlevées à une troupe de Francs et qu’ils apprennent quel genre d’armes le peuple franc a apportées pour nous vaincre. Que tous sachent encore que je tiens les Francs enfermés dans Antioche, que j’occupe la citadelle à ma volonté, tandis qu’ils se trouvent en bas dans la ville. Ils sont déjà tous en mon pouvoir et ils seront ou condam-

1. L’emploi de cette allusion à un souvenir classique montre le caractère fabuleux du discours de Courbaram (ou Kerbôga). On plaçait le séjour des Amazones sur les bords du Thermodon et de l’Iris (lechil Irmak), fleuves du Pont. Cette légende était populaire en Occident, comme le montre le curieux chapitre sur les Amazones et leurs rapports avec les Goths, inséré (d’après Jordanis et Orose) par Ekkehard d’Aura (mort en ii25) dans sa Chronique universelle (Migne, Patrologie latine, t. CLIV, col. ySo- 736).

2. Ces réflexions inutiles forment contraste avec la sobriété habituelle des discours qui se trouvent dans notre texte. Sur le caractère artificiel de ces passages, voir l’Introduction, p. vi-vii.

3. Ce protocole imité des chartes latines et l’expression d’ « apostolique » appliquée au calife achèvent de démontrer le caractère fabuleux et imaginaire du morceau.

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Il8 MATER CURBARAM FILIUM ALLOQUITUR

talem subire sententiam aui deduci in Corrozanum in captivitatem nimiam, eo quod minantur nos suis armis propulsare et expellere ab omnibus finibus nostris®, ceu* ejecerunt omnes parentes nostros a Romania sive Syria. Amodo juro vobis per Machomet et per omnia deorum nomina^ quoniam ante vestram non ero rediturus presentiam donec regalem urbem Antiochiam et omnem Syriam sive Romaniam atque Bulgariam usque in Apuliam acquisiero mea forti dextera, ad deorum honorem et vestrum et omnium qui sunt ex genere Turcorum. » Sic fecit finem dictis.

[22.] Mater vero ejusdem Curbaram, que erat in Aleph civitate, denuo*" venit ad eum dixitque illi lacrimabiliter^ : « Fili, suntne vera que audio? » Cui ait ille : « Que? » Et dixit ilia : « Audivi quia bellum vis committere cum Francorum gente. » Ait ille : « Verum omnino scias. » Dixit ilia : « Contestor te, fili, per omnium deorum nomina'^etpertuam magnam bonitatem ne bellum cum Francis committas quoniam tu es miles invictus* et te e campo ab aliquo victore fugientem quisquam minime invenit. Diffamata est tua milicia, ubique omnesque prudentes milites audito tuo nomine contremiscunt. Satis namque scimus, fili, quoniam tu es bellipotens et fortis et bellorum ingeniosus-'" nullaque gens christianorum vel paganorum ante tuum conspectum aliquam virtutem habere potuit, sed fugiebant solummodo audito tuo nomine, sicut oves ante leonis furorem fugiunt; ideoque obsecro te, carissime

a. A la suite de ce mot, B ajoute : aut ejicere ultra superiorem Judaeam B. Même addition dans Tudebodey p. 62-63^ et V « Hist. belli sacri », p. rpp {avec la variante Indiam pour Judaeam dans ces deux textes). — b. seu B; sicut C*, C*; aut

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