‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 180 sur 188 · L’émir égyptien qui s’enfuit à Âscalon · texte numérisé non relu

L’émir égyptien qui s’enfuit à Âscalon

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DE AUIRAUl MŒRORE

merens, lacrymando : « O deorum" spiritus ! Quis unquam vidit vel audivit talia! Tanta potestas, tanta virtus, tanta milicia que nunquam ab ulla gente fuit superata, modo a tantilla gente christianorum* est déviera! Heu mihi tristis ac dolens! Quid amplius dicam? Superatus sum a gente mendica, inermi et pauperrima que non habet nisi saccum et peram. Ipsa modo persequitur gentem Egipiiacam, que illi plerumque suas largita est elemosinas dum olim per omnem nostram patriam mendicarent^^. Hue eonduxi'^ ad conventionem cc milia miliium® et video ipsos Iaxis frenis fugientes per viam Babilonicam et non audent reverti adversus gentem Franeigenam. Juro per Maehumet* et per omnia deorum numina"* quod ulterius non retinebo milites conventione aliqua, quia expulsus sum a gente advena-^. Conduxi omnia armorum généra et omnia maehinamenta, ut eos obsiderem in Hierusalem et ipsi prevenerunt me ad bellum itinere dierum duarum^. Heu mihi! Quid amplius dieam? Inhonoratus ero semper in terra Babilonica. »

Nosiri autem acceperunt ejus stantarum^ quod comparavit® eomes de Nortmannia xx marehas argent!® et^ dédit patriarche in Dei honorent sanctique Sepulchri; ensem vero émit quidam lx bisanteis^.

a. Christianorum, quod in pugillo poiest claudi

B (cf. Tudebode, p. i Si, manuscrit C). — c. mendicaret A‘^, C*. — d. conduxi gentem^*. — e. Mohamel C*; Machometh O; Mahumet R. — /. aliéna et advena A^, C*, O, R. — g. duorum. Vech! quid mihi esset si illius gentem conduxissem meam B (cj, Tudebode, p. 1 1 6). L'interpolation ne figure pas dans R. — h. itaque standarum ejusdem ammiralii acceperunt quem inclitus et ab omnibus honorandus miles Robertus Normannorum cornes (cornes omis dans C) nobilissimus perempto hujus signifero prosiraverat, quem ipse redemit xx marcis argenti deditque patriarchae C2; nostri itaque admiralii ejusdem acceperunt standarum quod honorandus miles Rotbertus Normannorum nobilissimus

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DOULEUR DE l’ÉMIR DE BABYLONE 21 7

leur, s’écria tout en larmes* : « O esprits des dieux! Qui a jamais vu, qui a jamais ouï de telles choses! Une pareille puissance, une pareille force, une pareille chevalerie qui n’a jamais été vaincue par aucune nation et qui s’est fait battre par ce peuple minuscule des chrétiens! Quelle tristesse! Quelle douleur! Qu’ajouterai-je de plus? Me voilà battu par un peuple de mendiants, de lâches, de gueux qui n’a rien que le sac et la besace! C’est lui qui poursuit ce peuple égyptien, qui lui a si souvent distribué ses aumônes, quand il allait mendiant à travers notre patrie^. J’ai conduit là, après les avoir enrôlés, deux cent mille chevaliers ^ et je les vois, lâchant les rênes, fuir sur la route de Babylone, et ils n’osent se retourner contre la gent française. Je jure, par Mahomet et par la puissance de tous nos dieux^, que jamais plus je n’enrôlerai des chevaliers par engagement, puisque me voilà chassé par une gent étrangère. J’ai amené toutes les espèces d’armes et de machines pour les assiéger dans Jérusalem, et ce sont eux qui m’ont attaqué en me prévenant de deux jours. Hélas! que dire de plus? Me voilà déshonoré pour jamais dans la terre de Babylone. »

Les nôtres recueillirent son étendard et le comte de Normandie l’acheta* vingt marcs d’argent* et le donna au patriarche en l’honneur de Dieu et du Saint-Sépulcre. Quelqu’un acheta son épée soixante besants^.

perempto hujus signifero prostraverat, illud redimens x marcas argenti A^, — t. et omis dans A^^ A^.

1. Véritable morceau de rhétorique dont le ton déclamatoire fait contraste avec le récit de l’Anonyme. Voir l’Introduction,

p. VI.

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