‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 84 sur 188 · SPÉCULATIONS SUR LA NOURRITURE DES CROISÉS · texte numérisé non relu

SPÉCULATIONS SUR LA NOURRITURE DES CROISÉS

les mains vides. Et le sage Bohémond les réprimanda en ces termes : « O malheureuse et misérable gent! la plus vile de toute la chrétienté! Pourquoi voulez-vous revenir si vite? Attendez donc, attendez jusqu’à ce que nous nous soyons concentrés et n’errez pas comme des brebis sans pasteur. Si nos ennemis vous trouvent ainsi errants, ils vous tueront, car ils veillent jour et nuit pour vous surprendre sans chef, à l’écart ou seuls, et travaillent à vous conduire en captivité. » Ayant terminé son discours, il revint à son camp avec les siens, plus légers que chargés de butiné

Les Arméniens et les Syriens, voyant que les nôtres étaient revenus les mains à peu près vides, se concertèrent pour parcourir les montagnes et la contrée dont on a parlé, y rechercher habilement et y acheter du blé et des aliments et les rapporter au camp où régnait une grande famine. Ils vendaient la charge d’un âne huit hyperpres, qui valaient 120 sous en deniers*. Alors moururent beaucoup des nôtres qui n’avaient pas les moyens d’acheter aussi cher.

[16.] Guillaume le Charpentier* et Pierre l’Ermite*, à cause de cette grande calamité et de cette misère, s’évadèrent secrètement. Tancrède les poursuivit, les rattrapa et les ramena avec lui en grande honte. Ils lui donnèrent leur foi et leur serment qu’ils reviendraient volontiers au camp et feraient satisfaction aux seigneurs. Pendant toute la nuit,

synonyme du sou d’or, « nomisma », valant 1/73 de livre, soit une pièce d’or de i5à 16 francs en poids, valant, d'après la législation byzantine, 12 deniers ou « miliaresia ». L’Anonyme donne ici sa valeur en deniers d’Occident, soit i5 deniers pour un hyperpre au lieu de 12. Voir Andréadès, ‘leropla tîJç èXXTjvixi^ ?Tj|AOffia; oixovo(i!ai<; {Histoire de l’économie politique des Grecs), Athènes, 1918, p. 4o5. Raimond d’Aguilers (6, p. 245) donne ce détail que, pendant cette période de détresse, la nourriture d’un cheval coûtait 7 ou 8 sous, soit loô à 120 deniers, par nuit.

3. Guillaume le Charpentier, vicomte de Melun, parent de Hugue le Mainsné. Il avait fait partie de l’armée de Godefroi de Bouillon (Albert d’Aix, I, 28, p. 294, et IV, 36, p. 414).

4. C’est la première fois que le nom de Pierre l’Ermite est prononcé depuis le départ de Constantinople; il n’a donc dans l’armée qu’un rôle secondaire.

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

yS DE PROFÜGORUM CRUCESIGNATORUM JUDICIO

Willelmus uti mala res in tentorio" Boamundi jacuit, Crastina vero die, summo diluculo, veniens erubescendo, ante Boamundi presentiam stetit, quem alloquens Boamundus dixit : « O infelix et infamia totius Francie, dedecus et scelus Galliarum! O nequissime omnium quos terra suffert! Cur tam turpiter fugisti? Forsitan ob hoc quod voluisti tradere hos milites et hostem* Christi, sicut^ tradidisti alios in Hispania^? » Qui omnino tacuit et nullus sermo ex ejus ore processit. Adunaverunt sese omnes fere Francigene* rogaveruntque humîliter dominum Boamundum ne deterius ei fieri permitteret. Annuit ille sereno vultu et ait : « Hoc pro vestri amore libenter consentiam, si mihi toto corde et mente juraverit quod nunquam recedet ab Hierosolimitano itinere, sive bono sive malo, et Tancredus neque per se neque per suos aliquid contrarii ei consentiet fieri. » Qui auditis his verbis voluntarie concessit^; ipse* vero protinus dimisit eum. Postmodum vero Carpentarius, maxima captus turpitudine non diu morans furtim recessit-^*.

Hanc paupertatem et miseriam pro nostris delictis concessit nos habere Deus : in tota namque hoste non valebat aliquis invenire mille milites qui equos haberent^ opiimos^.

[16.] Interea inimicus Tetigus® audiens quod exerci-

a. in tenda B. — à. gentem A^. — c. sicut olim C^, O. — d. consensit C*, C*. — e. Boamundus C. — /. non diu moratus latenter aufugit C. — g. habuissent A^^ C.

1. Il avait pris part à une expédition contre les Maures et avait déserté (Guibert de Nogent, IV, 7, p. 174).

2. Dans la pensée de l’auteur, les Francigenae diffèrent des Franci. 11 entend par là les Français des provinces du nord, compatriotes de Guillaume le Charpentier et qui, à ce titre, intercèdent pour lui.

Original from

UNIVERSITY OF WISCONSIN

Page 1