‹ Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduiteChapitre 96 sur 188 · HUITIÈME RÉGIT · texte numérisé non relu

HUITIÈME RÉGIT

[Fin du siège et prise d’Antioche (8 mars-3 juin 1098)]

[19.] Déjà toutes les issues étaient à peu près interdites aux Turcs et coupées, sauf dans la partie du fleuve où se trouvaient un château et un monastère^. Et si nous garnis-

de Lucques {Epistulae et chartae, p. 166) : « Tertia autem die erecto castello. »

3. Sur cette construction improvisée, voir la deuxième lettre d'Anselme de Ribemont {Epistulae et chartae, p. i58-i59). L'Anonyme ne dit rien des incidents à la suite desquels le comte de Toulouse prit le commandement du château (Raimond d’Agui- 1ers, 8, p. 249-250;.

4. Ce château se trouvait auprès du monastère de Saint-Georges, sur la rive gauche de l'Oronte, sur les pentes occidentales du mont Cassius. C’est ce secteur que l’Anonyme a appelé au chapitre XIV (p. 75) : c La montagne de Tancrède. »

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98 COMMEATIBUS TURCOS TANCREDUS INTERCLUDIT

fuisset a nobis perfecte munitum, jam nullus eorum auderet extra civitatis portam exire. Conciliaverunt se denique nostri et una voce concorditer dixerunt : « Eligamus unum ex nobis qui robuste teneat illud castrum et nostris inimicis prohibeat montaneas et plana et introitum urbis et exitum®*. » Tancredus igîtur primus protulît se ante alios dicens : « Si scirem quid proficui mihi attigerit*, ego sedule cum meis solummodo hominibus corroborarem castrum et viam, per quam inimici nostri soient frequentius sevire, viriliter devetabo illis. » Qui continuo spoponderunt ei cccc marcas argentin.

Non adquievit Tancredus**, tamen perrexit cum suis honestissimis militibus ac servientibus® et extemplo abstulit undique viam** Turcis, ita ut nulli auderent ex eis, jam timoré ejus perterriti, extra urbis portam exire neque propter herbam neque propter ligna neque propter ulla necessaria. Remansit vero ibi Tancredus cum suis cepitque vehementer ubique coangustare civitatem.

Ipsa quoque die^ veniebat maxima pars Hermeniorum et Suranorum secure de montaneis* qui ferebant alimenta Turcis in adjutorium civitatis; quibus advenit obviam Tancredus et apprehendit eos omnia que deferebant, videlicet frumentum, vinum, hordeum, oleum et alia hujusmodi. Sic itaque robuste et prospéré deducebat se Tancredus jamque habebai prohibitas et incisas omnes semitas Turcis, donec Antiochia esset capta.

a. A la suite de ce mot^ B ajoute : plures vero ex illis prohibentes se illud hospitari, nisi forte fuissent multi in unum; même texte dans Tudebode, p. 53; plures vero ex illis renuebant singulatim se illud servare non posse, nisi cum magna multitudine aliorum dans V « Hist. belli sacri », p. jq4. — b. contingeret C. — c. quamquam solus erat B et Tudebode, p. 53. — d. et semi*

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TANCREDE COUPE LES VIVRES AUX TURCS (avril IO98) 99

sions ce château d^une force suffisante, nul d’entre eux n’oserait plus franchir une porte de la cité. Aussi les nôtres tinrent conseil et dirent d’une voix unanime : « Choisissons l’un d’entre nous pour tenir fortement ce château et interdire à nos ennemis l’accès de la plaine et de la montagne, ainsi que toute sortie, toute entrée dans la ville ^ » Tancrède, le premier, se présenta devant les autres et dit : « Si je savais quel profit me reviendra, j’occuperais le château avec mes seuls hommes et, quant à la route par laquelle nos ennemis ont l’habitude de nous harceler si souvent, je la leur interdirais vigoureusement. » On lui promit aussitôt 400 marcs d’argent^.

Sans même souffler, Tancrède partit avec ses valeureux chevaliers et sergents^ et, immédiatement, il intercepta tout chemin aux Turcs, si bien qu'aucun d’eux — ils étaient déjà frappés de terreur — n’osa plus franchir une porte de la ville pour amasser du fourrage, du bois ou toute autre denrée nécessaire. Tancrède demeura là avec les siens et commença à bloquer la ville de toute part.

Le même jour^, un fort parti d’Arméniens et de Syriens s’en venait en toute sécurité des montagnes, portant aux Turcs des aliments pour ravitailler la ville. Tancrède alla à leur rencontre et les captura, ainsi que toutes leurs provisions, blé, vin, orge, huile et autres denrées de ce genre. Ainsi Tancrède manifestait sa force et faisait merveille : avant qu’Antioche fût prise, il avait déjà interdit et coupé aux Turcs toutes les issues.

tam B et TudebodCy p. 53; « Hist. belli sacri », p. jg4. — e. montanis A3.

1. .\ucun des manuscrits ne donne le récit de la discussion qui se trouve dans le texte de Bongars et de Tudebode.

2. Cf. les récits analogues de Raimond d’Aguilers (8, p. 23o) et Raoul de Caen (5o, p. ôqS). Le marc, dérivant de la livre romaine, était Tunité de poids des métaux précieux, valant au xi* siècle 8 onces, soit 12 deniers d'argent.

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