‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 105 sur 140 · HÉRÉSIE DE BÉRENGER · texte numérisé non relu

HÉRÉSIE DE BÉRENGER

Bérenger, archidiacre de Tours, nia la présence réelle de J.-C. dans l’Eucharistie. Il fut vivement combattu par

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Lanfranc, moine de l’abbaye du Bec, depuis archevêque de Cantorbery. Le pape Léon IX, ayant eu connaissance de l'erreur de Bérenger, le fit condamner, au concile de Rome, en 1050.

L'hérésiarque tâcha d'attirer dans son parti Guillaume, duc de Normandie, depuis, conquérant de l'Angleterre ; mais ce prince fit assembler les évêques de sa province, et Bérenger fut condamné. Il le fut encore au concile de Tours, tenu sous la présidence d’Hildebrand, depuis, St Grégoire VII. Lui-même y abjura son erreur, ou par des expressions équivoques, trompa le légat, qui crut à son adhésion à la foi catholique.

Bérenger ayant recommencé à soutenir son hérésie, Nicolas IT tint un concile à Rome, où il fut obligé de brûler son livre,et de souscrire à une profession de foi nette et explicite. À peine parti de Rome, il rejette la formule qu'il avait admise. Cité enccre à Rome, par Grégoire VII, en 1078, il fut de nouveau obligé d'affirmer par serment que le pain et le vin, après la consécration sont changés, au Corps et au Sang de J.-C.

Il fut traité avec indulgence par le pape. Courbé par l’âge et par l’affliction, il se retira près de Tours où, suivant l'opinion commune, il mourut dans la pénitence et l'adhésion à la foi catholique.

Bérenger fut un homme vain et entêté : il ne montra ni science ni talent dans la discussion qu'il soutint ; il eut si peu de partisans, qu'il ne forma pas de secte.

La controverse suscitée par Bérenger, au sujet de l’Eucharistie, prouve la perpétuité de la foi de l'Eglise sur ce dogme.

1 L'’hérésie de Bérenger a été condamnée dans plusieurs conciles ; elle a été combattue de toutes parts ; elle n'a guère eu d’autres partisans que son auteur. Il suit de là, qu'au 11e siècle, l'Eglise entière croyait à la présence réelle, et la discussion du temps fait voir que cette croyance était absolument et sur tous points la même que celle que l'Eglise professe aujourd’hui. La controverse suscitée par Bérenger décèle un dessein de la Providence, celui de faire éclater la foi de l'Eglise sur ce dogme fondamental, à une époque, comparativement à d’autres, peu éclairée ; ce qui devait avoir plus tard une force triomphante contre les allégations de l’hérésie protestante.

2° En effet, la croyance à la présence réelle étant générale chez les chrétiens, au temps de Bérenger, il faut qu'elle soit aussi ancienne que l'Eglise elle-même ; car si elle s’est introduite dans le cours des temps, il faut que ce soit tout à coup ou par degrés.

La première supposition est impossible, car alors il faudrait que les chrétiens, après avoir cru jusqu’alors que le corps de Jésus-Christ n’était pas présent dans l'Eucharistie, eussent commencé tous ensemble à croire qu'il y était, en sorte que s'étant, pour ainsi dire, endormis dans la croyance que l’Eucharistie n'était qu'une figure du corps de Jésus-Christ, ils se fussent réveillés, persuadés qu'elle contenait réellement le corps et le sang du Sauveur.

Il est impossible qu’une multitude d’églises, séparées de communion, dispersées dans différentes parties de la terre, ennemies et sans communications entre elles, se soient accordées à rejeter la croyance à la figure qu’elles avaient toujours crue, pour professer la présence réelle que personne nc croyait, et qu’elles se soient accordées sur ce point, sans se la communiquer, sans que ce changement, dans leur doctrine, ait produit aucune contestation.

3. Si ce changement s’est introduit par degrés, il est impossible qu’il ne se soit pas élevé des contestations dans l'Eglise. Les plus petits changements dans la discipline, les plus légères altérations dans des dogmes moins développés, moins connus, ont excité de fortes discussions ; toutes les erreurs, toutes les hérésies ont été attaquées dès leur naissance ; comment la croyance à la présence réelle, qui bouleversait toutes les idées, présentait le dogme le plus extraordinaire à la raison humaine, et devait changer tout le culte, :.urait-elle été enseignée sans contradiction ?

4. Cependant, depuis les apôtres jusqu'à Bérenger, on ne trouve aucune discussion sur la présence réelle ; car celle qui s'éleva au 9e siècle, à l’occasion du traité de Paschase, Radbert ne touchait pas, à proprement parler, à ce dogme, et le supposait admis,au contraire, puisqu'elle roulait sur le mode de la présence réelle et la manière dont s'accomplissait la transsubstantiation.

On ne trouve point que personne, prèchant la présence réelle, eût été déféié aux évêques et aux conciles, qu'aucun concile se soit tenu à ce sujet ; qu'aucun auteur ecclésiastique mentionne ce changement.

Ce qui prouve encore la perpétuité de la foi de l Egise sur la présence réelle, ce sont les témoignages des Pères et des auteurs ecclésiastiques de chaque siècle, dont les textes sont formels et explicites, ce sont les anciennes liturgies ou formulaires du culte dans l'ancienne église latine, grecque ou orientale. Partout on y trouve clairement établi le principe de la présence réelle et de la transsubstantiation ; enfin ce sont les liturgies, les confessions de foi des sectes séparées des catholiques depuis plus de mille ans. Les Grecs, les Nestoriens, les Arméniens, les Monophysites de l’Abyssinie s'accordent tous à reconnaître le Sauveur du monde, dans sa nature divine et sa nature humaine, présent au sacrement de l'autel. — (1 Pluquet, Dictionnaire des hérésies. Tome I. Art : Bérenger ; et 3e conférence sur la transsubstantiation.—Mgr Wiseman.

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