‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 107 sur 140 · ST GRÉGOIRE VII ET HENRI IV · texte numérisé non relu

ST GRÉGOIRE VII ET HENRI IV

Henri IV, fils de l'empereur Henri III avait succédé à son père, en 1037. Il n'avait alors que 6 ans, son père le laissa sous la tutelle du St Siège. Une conspiration des premiers seigneurs l’enleva au soin de l'impératrice Agnès, sa mère. Il ne reçut aucune éducation convenable à sa dignité. On laissa ses penchants se développer sans opposi-

tion. Aussi, il se livra aux excès de la plus monstrueuse lubricité et fit frémir l'Allemagne de ses passions.Il devint, en même temps, cruel et sanguinaire. Il indisposa les seigneurs, par des actes d'injustice et de violence, et fit peser un joug cruel sur ces peuples, particulièrement sur les Saxons.

Il ne traita pas mieux l'Eglise que l’état. I laissa des courtisans s'approprier des revenus ecclésiastiques, fit le trafic le plus honteux des dignités ; il nomma aux plus hautes charges de l'Eglise, les plus indignes sujets. Tant de crimes forcèrent les seigneurs et les évèques d'Allemagne à faire à Henri les plus énergiques remontrances, et bientôt ils s'adressèrent au pape, alors, Alexandre IT, pour mettre fin aux maux dont ils souffraient. C’est dans cette circonstance que Grégoire VII monta sur le trône pontifical. Il avertit Henri avec la plus grande bienveillance et le traita longtemps, selon son expression, avec l'amour d'un père et la tendresse d’une mère. Il recuic bientôt une lettre du roi dans laquelle il reconnaissait tous ses torts, et promettait de se corriger ; mais c'était un acte trompeur de sa part ; il voulait ménager le pape pour faire la guerre contre les Saxons, que de nouvelles vexations venaient de soulever. Dans cette guerre, Henri porta la fourberie, la cruauté et les excès de tout genre, au plus haut dégré.

Cependant, le Pape poursuivait avec ardeur son plan de réforme cléricale, et il envoyait en Allemagne un ordre d’assembler un concile, pour faire cesser la simonie et l'incontinence ; Henri promit au Pape de l'aider ; mais il empêcha la réunion et continua d'élever d’indignes sujets aux charges ecclésiastiques. L'Eglise d'Allemagne était dans le plus grand désordre. Dans le système féodal, les souverains investissaient les vassaux de leurs fiefs, en leur donnant un symbole de leur dignité et de leur propriété.

La plupart des évêques étaient évèques temporels. L'empereur leur confiait le pouvoir, avec les insignes de l'autorité spirituelle, la Crosse et l’'Anneau, et celui-ci remettait ces symboles au nouvel évêque, quin’'entrait en possession de sa dignité qu'après les avoir reçus. Bientôt, comme les suzerains nommaient eux-mêmes les évêques, l'investiture fut comme la collation de l’autorité spirituelle et temporelle. On pouvait croire que tout le pouvoir ve-

nait de l’évêque et de l’état, et, dans le fait, Henri s'attribuait à lui seul la nomination des évêques. Grégoire comprit que pour réformer le clergé et pour couper le mal à sa racine, il fallait ôter au pouvoir laïque la collation de l'autorité ecclésiastique. Dans un concile tenu à Rome en 1075,le pape défendait à tout ecclésiastique de recevoir une dignité de la main d’un laïque, et à tout prince de conférer une dignité ecclésiastique, sous peine d'excommunication. Et comme l'investiture par la Crosse et l'anneau était regardée comme le signe propre du pouvoir, il ne voulait pas reconnaître à Henri le droit de le donner. Il envoya en même temps au roi, pour lui manifester ses intentions. Henri, alors vainqueur des Saxons, croyant n'avoir plus de ménagement à garder, insulta les légats, en investissant en leur présence, par la Crosse et l’anneau, un évêque de Cologne, décrié par ses vices. En même temps, comme il craignait l’'excommunication, qui, à cette époque, entrainait la déposition, il fomenta une insurrection à Rome. Le pape fut enlevé pendant qu'il célébrait les saints mystères, le jour de Noël, mais le peuple le délivra. Grégoire donna encore un avertissement paternel à Henri ; Henri le méprisa. Grégoire le cita à comparaître à Rome, pour se justifier.

Henri assembla à Worms un concile de 26 évêques simoniaques et incontinents ; il fit déposer le pape et notifia à Rome cette déposition, dans les termes les plus insultants. Ce fut à la suite de ce schisme et de cette insultante témérité que Grégoire, dans un concile tenu à Rome, où 110 évêques étaient réunis, prononça solennellement au nom de St Pierre, la sentence d'excommunication contre Henri IV. Cette sentence était justifiée par les excès de Henri contre l’Eglise,et par sa tyrannie contre la foi. Mais le schisme qu’il venait de commencer, la nomination des dignités ecclésiastiques qu’il faisait malgré la défense du pape, le trouble qu'il mettait dans l'Eglise, tout cela faisait voir, du moins par ses actes, qu'il était ennemi de l'Eglise. La nouvelle de l'excommunication se répandit avec rapidité et causa le plus grand tort à Henri. La plus grande partie de ses partisans l’abandonnaient. Les Saxons se soulevèrent de nouveau et remportèrent des succès éclatants.

Les princes d'Allemagne s’assemblèrent à Tibur,

près de Mayence,et décidèrent que le roi serait cité à Augsbourg, que le pape y serait appelé comme juge suprême, et que, si Henri ne se faisait pas absoudre avant l’anniversaire de son excommunication, il serait à jamais exclu du trône.

Le pape promit de se rendre à Augsbourg, le roi promit d'aller se justifier à Rome, parce qu'il espérait plus du pape que des seigneurs. Grégoire ne voulut pas le remettre. Malgré cela, le roi prit le parti d'aller trouver le pape. Il traversa la France, passa les Alpes avec des difficultés incroyables et arriva à Canosse, dans la Lombardie, où se trouvait le pape. Celui-ci connaissant sa perfidie, et ne voulant pas manquer à sa patole donnée aux seigneurs Allemands de juger la cause à Augsbourg, ne voulut pas d'abord recevoir Henri. Le roi persista et passa trois jours en habit de pénitent dans la cour du Château de Canosse. Enfin, le pape se laissa toucher, et, après avoir reçu d'Henri le serment de réparer ses fautes, il le délia de l’excommunication. Quelques jours après, netrouvant dans les Lombards, dont les évêques étaient presque tous simoniaques, que des partisans de sa cause qui avaient été excommuniés, il rétracta sa parole et rompit le traité avec le pape.Cependant, les seigneurs allemands voulaient toujours le déposer. Grégoire essaya de les détourner parce que cela annonçait la guerre civile ; les seigneurs persistèrent et déposèrent Henri, élurent Rodolphe de Souabe et demandèrent la confirmation de cette élection au pape. Celui-ci ne voulut pas d'abord consentir, et demanda une assemblée générale, où l'affaire serait traitée en un commun accord. Il ne fut pas écouté, une guerre civile sanglante déchira le pays.

Enfin Rodolphe parut l'emporter, ses partisans se plaignirent amèrement au pape de ce qu'il faisait souffrir l'Allemagne en refusant de condamner de nouveau un prince parjure, violateur de tous les droits. Alors Grégoire renouvela l’excommunication contre Henri. (Celui-ci rassembla quelques évêques prévaricateurs à Bénévent, déposa le pape et nomma Guibert de Ravenne pour remplacer Grégoire. Bientôt après, Rodolphe étant mort, il reprit le dessus, arriva en Italie et assiègea le pape dans Rome. Après avoir été trois fois repoussé de cette ville, il trouva le moyen d’y entrer à force d’intrigues.

Le pape se retira au Château St-Ange. Robert Guis-

card vint à son secours. Henri se retira, à l'approche de celui-ci. Le pape,délivré,se retira à Salerne, où il mourut bientôt après, admirable dans ses derniers moments, par son intrépide courage et sa vive piété (1088). Henri IV éprouva les effets de la malédiction du pape. Peu après la mort de Grégoire VII, ses revers commencèrent. Il fut battu par les Saxons révoltés. Un crime horrible indigna contre lui l'Allemagne et l'Italie qui ne voulurent plus reconnaître son autorité. Ses propres fils Conrad et Henri se révoltèrent contre lui. Abandonné des siens, déposé solennellement à l'assemblée de Mayence, il fut contraint d'abdiquer. Il erra ensuite de ville en ville, quelquefois tellement dénué de ressources, qu’il demandait du secours pour vivre. Il mourut subitement à Liége, à l’âge de 56 ans. Son corps,renfermé dans un cercueil de pierre, resta cinq ans sans recevoir de sépulture, parce qu'il était excommunié. La pensée de Grégoire VII, l'indépendance de l'Eglise et, par ce moyen, la réforme de la société chrétienne, lui ont survécu. Il ne vit pas tous ses efforts couronnés de succès, mais ses idées ont triomphé. Il a assuré la liberté des élections pontificales, rétabli la discipline ecclésiastique relativement au célibat. Il a condamné la simonie, ôté au pouvoir laïque la nomination aux dignités de l'Eglise, et il a fait reconnaître aux peuples opprimés, dans la personne du vicaire de J.-C., un défenseur et un soutien, et il apprit aux souverains que la tyrannie n'est pas maîtresse de la société chrétienne. Une autre grande idée de Grégoire VII lui a survécu, la croisade.

Pendant plusieurs siècles, les principes donnés par Grégoire VII ont dominé l'Europe. La plus belle partie du moyen-âge a reçu les idées de ce pape, qui,au reste,n'a fait que répandre dans la société l'esprit du Christianisme.

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