JUSTIFICATION DE CE POUVOIR
Le pouvoir consiste uniquement en ce que le pape, en tant que premier des pasteurs, en tant que directeur et principal docteur de l'Eglise, dans les grandes questions de morale, est obligé d’instruire le peuple qui le consulte, sur l'observation du serment de fidélité. Du reste, les pontifes n’ont aucune raison de prétendre commander aux princes, à moins qu'ils n'aient acquis ce droit par un titre spécial ou par une possession particulière sur quelques princes feudataires du St Siège. C'est une doctrine du Christianisme que l’on doit obéissance au pouvoir politique et qu’il n’est pas permis de se révolter. Mais il est des extrêmes où la résistance n’est pas une révolte, où ce pouvoir cesse d’être pouvoir parce qu’il n’y a plus les conditions qui le constituent. Ces cas doivent être très-difficiles
à décider. Une résistance, quoique juste en principe, pourrait amener les résultats les plus fâcheux pour la société, et devenir par là même illicite. Il doit donc arriver que, dans le nombre des circonstances, on doute de la légitimité d'une insurrection ; ne devrait-il pas exister une autorité revêtue d'un pouvoir divin qui déclarât qu'en tel cas le serment de fidélité au pouvoir n'oblige pas. Or, le souverain pontife a reçu de J.-C. le pouvoir de décider les questions, du dogme et de la morale, il a le pouvoir de lier et de délier. Connaissant le principe d'obéissance au pouvoir, il doit avoir la faculté de l’interprêter comme il fait pour les autres principes moraux, dans de telles circonstances, peut-on, sans blesser la loi divine, prendre les moyens de s'opposer à la tyrannie ?
En répondant au peuple qui le consulte pour savoir si, dans tel cas extrême, il est délié du serment de fidélité, le pape ne se mêle pas plus de gouvernement politique que le curé, répondant à ses paroissiens tous les jours s’il y a faute contre la justice dans telle et telle transaction, ne se mêle des affaires de famille et n’entretient des relations civiles. La considération qui vient d'être posée, présente une justification des papes du moyen-âge pour un grand nombre de faits. Les souverains pontifes n’ont délié le plus souvent les sujets du serment de fidélité que sur les plaintes faites par ceux-ci sur une autorité tyrannique. Et cela est vrai particulièrement de Grégoire VII relativement à Henri IV.